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Une histoire à découvrir

Calendrier de l'Avent (10)

Tomokazu m’avait invité pour m’initier au judo. Une certaine intimité nous liait depuis le jour où il m’avait aidé à ramasser mes affaires tombées de mon sac : il avait vu mes mangas yaoi et avait souri, alors que j’étais horriblement gêné.

Il s’entraînait dans une maisonnette au fond de son jardin, il faisait nuit et il avait allumé quelques lampions pour me signaler l’endroit. Je lus les inscriptions sur les luminaires : espérance, amour, joie, et mon nom sur le dernier, Tsuguhiko. Quelle délicatesse !

J’entrai, Tomokazu était vêtu de son kimono blanc, ceinture noire. J’en avais acheté un, je me déshabillai. Mon camarade me regardait, l’ambiance chaleureuse et intime me fit bander, il ne pouvait pas ne pas avoir vu la bosse de mon slip. Il me passa une ceinture blanche sur la taille, ce qui augmenta encore mon émoi.

Tomokazu m’expliqua les bases du judo sur le tatami. Il me montra quelques mouvements, m’expliqua comment tomber sans me faire mal.

Je me retrouvai couché sur le dos, Tomokazu m’immobilisait, sa tête à quelques centimètres de la mienne, le haut de son corps sur le mien. Ses lèvres se rapprochèrent des miennes, sa main se glissa dans mon slip.

Je me prélassais sur une chaise longue à côté de la piscine du complexe hôtelier, au Pôle Nord, sous le grand dôme translucide. Quelle agréable sensation d’être nu dans cet endroit mythique ! J’avais dû attendre trois ans avant d’obtenir une chambre. Le complexe avait été pris d’assaut dès son ouverture. Le voyage en sous-marin nucléaire ajoutait un certain charme à l’expédition.

Un homme, grand, blond, beau, s’était couché sur la chaise voisine. J’aurais bien aimé terminer la soirée dans son lit, j’avais commencé à le draguer.

Soudain, une sirène hulula, les gens se regardaient, ne sachant que faire. Les lumières s’éteignirent, on ne voyait plus que les lampes vertes des sorties de secours. Mon voisin me prit par la main en me disant :

— Suis-moi, il faut quitter le dôme.

Nous courûmes vers la sortie la plus proche, ouvrîmes la porte et nous retrouvâmes sur la glace, perdus dans l’immensité de l’Arctique. Je grelottais, l’homme me prit dans ses bras.

— Qu’allons-nous devenir ? demandai-je.

— Ne crains rien, mon igloo est proche.

Je me demandai s’il avait perdu la tête, nous marchâmes quelques mètres, l’igloo nous attendait. Nous entrâmes. Ses caresses me réchauffèrent au-delà de toutes mes espérances.

Les statues antiques grecques du musée du Louvre s’étaient mises en grève pour une durée illimitée, afin de protester contre leurs conditions de travail inhumaines.

La direction du musée aurait pu fermer la salle et personne n’aurait rien remarqué, mais il y avait un futur mécène qui devait venir ce jour-là, et il voulait absolument voir la fameuse statue d’Adonis et celles d’autres éphèbes.

La direction avait donc promis une prime aux jeunes étudiants pas trop moches qui travaillaient au musée pendant leurs vacances afin de remplacer les statues.

Nous dûmes nous déshabiller entièrement et nous plonger dans un bain de boue de la Mer Morte. Le conservateur nous étudia attentivement, comparant nos attributs avec des photos, c’est moi qui eus l’honneur de représenter Adonis. Je montai sur un socle et pris la pose.

Le mécène entra, il se promena dans la salle, regardant chaque statue sous toutes les coutures. Nous devions nous retenir pour ne pas rire. Il s’arrêta devant moi et commença à me caresser la bite, cela était sensé redonner de la vigueur. Je ne sais pas si cela fit de l’effet au vieil homme, par contre cela me fit bander. Le mécène eut l’air étonné…

Nous étions dans une grange. Je ne voulais pas dire à ma mère que je m’étais lié d’amitié avec un fils de paysans.

— Merci, Monsieur le Vicomte, de m’initier à l’escrime.

— Appelle-moi Eudes, et enlève ta chemise.

— Pourquoi ?

— Nous allons transpirer.

Johann m’obéit, c’était plutôt pour que je puisse admirer son buste musclé que je lui avais demandé de se déshabiller. Nous avions des armes d’exercice pour ne pas nous blesser. Je lui montrai quelques passes, il apprenait vite, il était en pleine forme physique. Je commençais à transpirer aussi, il était temps de risquer ma botte secrète. Je lui fis sauter le fleuret de sa main et pointai le mien sur sa braguette.

— Tu vois, Johann, avec une vraie arme j’aurais coupé les boutons et ouvert ta braguette.

— Mais pourquoi, Eudes ?

— Pour regarder ce qu’il y a dedans.

— Cela t’intéresse ?

— Je voulais juste voir si elle est aussi grosse que la mienne.

— D’accord, mais tu devras aussi me montrer la tienne pour comparer.

Nous ouvrîmes nos braguettes.

— Regarde, Eudes, j’étais sûr de gagner.

— Attends, avant de fanfaronner, il faut encore voir quand tu bandes.

Nous ôtâmes nos bottes, nos pantalons. Nous nous couchâmes sur les bottes de paille.

Lorsque j’étais enfant, j’avais un camarade d’école, Nicolas, qui mettait toujours des bonnets à pompons, ceux qu’on rencontrait sur les pistes de ski au siècle passé. Certains se moquaient de lui et l’avaient surnommé : « Pompon ». Je lui demandai un jour :

— Pourquoi mets-tu ces bonnets démodés ?

— Ils me rappellent ma mère, c’est elle qui les tricotait. Elle est partie.

— Tes parents ont-ils divorcé ?

— Non, elle est morte.

Je restai sans voix. Depuis ce jour, nous fûmes de grands amis, j’aidais souvent Nicolas à faire ses devoirs. Il cessa de mettre ces bonnets, ils étaient devenus trop petits.

Quelques années plus tard, au lycée, Nicolas revint un jour avec un nouveau bonnet arc-en-ciel. Je le taquinai :

— Alors, Pompon, tu en as retrouvé un ?

— Non, je l’ai acheté.

— Dans quel but ? Voudrais-tu séduire les filles ?

— Non, les garçons.

— Les garçons ? Tu es gay ?

— Oui, je voudrais séduire un garçon en particulier.

Mon coeur se mit à battre plus fort.

— Et quel est l’élu de ton coeur ?

— Toi, évidemment.

— Moi, mais… mais comment as-tu deviné ?

— Viens chez moi ce soir, je suis seul, je te le dirai.

J’acceptai son invitation, je lui enlevai le bonnet… et le reste.

J’avais un travail mortellement ennuyeux : j’étais copiste et je passais ma vie à dessiner des enluminures représentant le Guide Suprême. Aucune créativité possible. Lorsque le chef avait le dos tourné, je dessinais un jeune éphèbe en train de se branler. Je m’inspirais de mon propre corps, assez beau, je dois le dire, sans fausse modestie.

Je rêvais de m’évader, de quitter cet atelier sinistre. Je laissai exprès mon oeuvre dans une pile de parchemins. J’espérais qu’un inconnu en éprouverait un peu de plaisir.

Quelques jours plus tard, au briefing matinal, où nous étions alignés sur quatre rangs pour écouter l’hymne national, le chef hurla :

— L’un de vous a glissé un dessin subversif dans un paquet destiné à un client. Nous allons découvrir le coupable. Déshabillez-vous !

Nous étions trop endoctrinés pour refuser cet ordre. Le client entra, c’était le Guide Suprême, entouré de soldats. Enfer et damnation, c’en était fait de moi, je risquais la peine de mort. Le Guide Suprême nous passa tous en revue, il me reconnut facilement et me dit doucement :

— Tu es mon nouveau giton.

Giton, d’accord, mais pas d’un dictateur, je l’étouffai sous un oreiller lors de notre premier rapport. Il n’avait qu’une petite bite.

— Bastien, vous avez décidé d’arrêter la compétition, pourriez-vous dire aux téléspectateurs quel est votre état d’esprit au moment de poser vos patins ?

— Eh bien, Marcus, je ne pose pas définitivement mes patins, puisque je vais encore faire des spectacles de gala. Je ne voulais pas me séparer de mon public, alors que je suis encore jeune.

— On dit que vous aviez beaucoup d’admiratrices, des groupies qui vous attendaient à la sortie des patinoires.

— C’est exact, elles étaient parfois des dizaines à m’attendre pour avoir des autographes, ou simplement me voir, me toucher. Certaines me demandaient même de passer la nuit dans ma chambre d’hôtel.

— Et vous avez parfois accepté ?

— Je demande mon joker.

— Vous espérez qu’elles continueront à vous suivre ?

— Bien sûr, je l’espère, mais je n’en suis plus très sûr.

— Merci, Bastien, d’être passé nous voir, et plein succès pour la suite de votre carrière.

— Merci à vous, Marcus. Vous ne voulez pas de scoop ce soir ?

— Quel scoop ?

— Posez-moi une dernière question.

— Laquelle ?

— Vous le savez bien.

— Pardonnez-moi, c’est vous qui me l’avez demandé. Un journal a publié des photos de vous dans un club gay.

— Et alors ?

— Êtes-vous gay ?

— Oui, je le suis.

Un après-midi d’automne pluvieux, à Vienne, en Autriche. Je me promène au Prater que je découvre pour la première fois. Ambiance tristounette, la plupart des manèges sont fermés.

Une petite maisonnette, à gauche on peut acheter de la nourriture, à droite on peut se faire prédire l’avenir. J’opte pour la gauche, je choisis une barbe à papa, elle me rappellera mon enfance.

— Pas beaucoup de monde, dis-je au vendeur.

— Nous avons l’habitude à cette saison. Je vous offre un vin chaud, venez vous réchauffer à l’intérieur.

— Oh, merci, avec plaisir.

Il passe du côté droit et ouvre la porte, j’entre. Décoration chargée et démodée. Un autre homme est assis dans un fauteuil, il lit un livre.

— Karl, j’ai un client pour toi.

— Mais, je ne désire pas que…, objecté-je.

— Pas de souci, ce sera gratuit pour vous. Karl est mon ami, nous sommes homosexuels.

Nous discutons un moment. Le vin chaud me monte à la tête. J’apprécie l’ambiance chaleureuse. Karl finit par regarder sa boule de cristal :

— Je vois que vous allez rencontrer l’amour, ce soir…

Je n’en crois pas un mot, je donne quand même quelques euros à Karl et je les quitte. Il pleut toujours.