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Calendrier de l'Avent (11)

Je rentre à l’hôtel, je n’ai plus envie de ressortir, ce n’est pas comme cela que je vais rencontrer l’amour ce soir. Je me masturbe.

Je descends au restaurant, il ne reste plus qu’une table libre. Je commande un apéritif. Le maître d’hôtel revient vers moi quelques instants plus tard :

— Un homme désirerait partager votre table. Êtes-vous d’accord ?

— Euh, oui.

Il entre dans la salle, il est grand, la cinquantaine, il a les cheveux roux.

— Bonsoir, me dit-il, désolé de vous déranger, il n’y a plus de place.

— Bonsoir, pas de souci. Je suis seul, comme d’habitude. Je suis toujours seul.

— Oui, je sais, je suis descendu rien que pour vous voir.

— Descendu ? Vous habitez la montagne ?

— Non, du ciel. Je suis un ange.

C’est bien ma chance, pour une fois que quelqu’un partage ma table, c’est un illuminé. Je me plonge dans la lecture de la carte.

L’ange n’est pas si mal que ça, je me mets à rêver.

— Vous a-t-on dit que vous alliez rencontrer l’amour ce soir ? me demande-t-il.

— Mais, comment le savez-vous ?

Après le repas, il monte dans la chambre avec moi. Nous ne nous sommes plus jamais quittés.

Je passais le week-end avec trois amis dans un chalet à la montagne, nous avions soupé et cherchions une occupation pour la soirée. Damien proposa :

— Et si nous faisions un strip poker ?

— Pourquoi pas ? dis-je. Damien nous a invités, on peut lui faire un petit plaisir pour le remercier.

— Mais on garde les chaussettes, il ne fait pas chaud, malgré le feu, dit Roger.

— D’accord, dit Damien, je vais chercher les cartes dans ma chambre.

Damien revint et nous commençâmes à jouer, je faisais équipe avec lui. Nous remplaçâmes le poker par le jass. Nous étions assez nuls au jeu et nous nous retrouvâmes rapidement en boxer, alors que les deux autres étaient seulement torse nu.

— Encore un tour perdu, nous dit Paul, et c’en est fini de votre pudeur.

Et nous perdîmes à nouveau. La mort dans l’âme, je me résolus à enlever mon sous-vêtement et a exposer mes attributs virils plutôt rabougris à cause du froid. Damien fit de même, surprise, sa bite était entourée d’une chaussette.

— Tu triches, dit Roger.

— C’est toi qui a parlé de la chaussette.

— Chaussette ou pas, le gage pour les perdants est le même : ils se branlent. Au travail.

Je fus assez surpris, je demandai :

— Il y a un gage ? Je ne le savais pas, je ne connaissais pas les règles du jeu.

— Ouais, me répondit Roger, on dit ça. Je te laisse une alternative, c’est la branlette ou tu sors nu sur le balcon et tu chantes une chanson paillarde.

— Et si je refuse ?

— Tu savais bien qu’en venant au chalet avec trois pédés, me dit Paul, tu allais passer à la casserole.

— Vous êtes les trois… gays ?

— Ne joue pas les vierges effarouchées…

Oui, j’avais deviné que mes amis étaient gays, et je savais bien que la soirée finirait comme cela, j’avais juste un peu peur, j’étais effectivement vierge. Pendant que nous discutions, Damien avait commencé à se masturber, il bandait. Il vint se placer derrière moi et me chuchota à l’oreille :

— Ne t’inquiète pas, tout se passera bien, n’oublie pas que tu peux sortir sur le balcon si tu n’aimes pas.

Je sentais le sexe dressé de Damien dans la chaussette entre mes fesses. Il prit mon pénis dans sa main droite et me titilla les tétons de la main gauche. Il avait des mouvements très doux. Il décalotta mon gland, je sentis le plaisir monter.

Vous connaissez tous ces coffrets-cadeau avec une nuit d’hôtel, un repas gastronomique ou un soin corporel. J’en avais reçu un pour un week-end de rêve, sans autre précision.

Je me mis à rêver : un week-end dans une maison moderne et lumineuse, au bord d’une piscine avec un beau jeune homme nu. Ce serait plutôt un hôtel décrépit, un repas quelconque, des bains vieillots, un massage par une femme.

Je réservai sur internet, on me confirma qu’on viendrait me chercher à la gare vers 11 heures.

Ce fut bien un jeune homme qui m’attendait, avec une petite voiture électrique, pas de quoi rêver, mais j’étais écolo.

Nous arrivâmes vers une maison moderne, et le jeune homme me confirma que nous passerions le week-end ensemble. Le déjeuner fut excellent, un traiteur l’avait apporté. Nous prîmes le café au bord de la piscine.

— C’est extraordinaire, dis-je, je m’imaginais un week-end de rêve comme cela.

— Nous sommes à l’écoute de nos clients, me répondit mon hôte.

— Je crains cependant que la suite ne se réalise pas comme prévu.

— Pas du tout, je vais tout de suite me déshabiller. Et pas de maillot de bain, nous sommes entre nous.

Je désirais offrir un cadeau original à mon amoureux, nous étions en Laponie. J’avais vu une petite annonce : le Père Noël louait son traîneau le reste de l’année. Le vieil homme était méconnaissable sans sa barbe blanche, il avait mis un sweat-shirt à capuche et des jeans.

— J’ai des fins de mois difficiles, nous dit-il, un jour de travail par année c’est pas beaucoup. C’est pour ça que je loue mon traîneau.

— Pas trop difficile à diriger ?

— Non, j’ai un pilote automatique avec un laptop.

Il m’expliqua le fonctionnement. Je montai avec mon amoureux dans le traîneau. Nous nous assîmes sur le banc, nous serrâmes l’un contre l’autre. Le père Noël nous avait prêté des manteaux rouges. Les rennes s’élancèrent et nous nous envolâmes.

Le vol fut magnifique, nous vîmes toutes les contrées de la terre, du Pôle Nord au Pôle Sud, du levant au ponant. Nous étions éperdument amoureux et perdus dans nos étreintes torrides.

Soudain, je fus pris d’inquiétude, je consultai l’écran et constatai avec effroi qu’il était devenu bleu. J’essayai de redémarrer l’ordi, sans succès.

Nous avions quitté la terre et nous volions vers les étoiles, vers l’infini, serrés l’un contre l’autre, unis pour l’éternité.

Je me promenais dans une forêt lorsque j’entendis un gémissement. C’était un elfe qui était tombé dans un buisson de ronces et qui avait de la peine à s’en dépêtrer.

C’était la première fois que j’en voyais un (ou une, je n’étais pas sûr). Son manteau blanc était déchiré et taché de sang. Je lui tendis la main et le relevai.

— Merci, me dit-il. Je me suis égaré et je suis arrivé dans la contrée des hommes.

— Dois-je désinfecter vos plaies ? J’ai une trousse de premiers secours avec moi.

— Il suffira de les laver, aidez-moi à marcher, je me suis foulé la cheville.

Il posa son bras sur mon épaule et nous allâmes au bord de la rivière. Il s’allongea sur la rive herbeuse.

— Déshabillez-moi, me dit-il.

J’ouvris le manteau, il avait juste un pagne blanc dessous. Pas de poitrine, c’était un mâle. Je déchirai un pan de son manteau, le trempai dans l’eau et nettoyai ses plaies. Elles se refermèrent immédiatement.

— Que puis-je faire pour vous remercier ? demanda-t-il.

— Je n’ose pas vous le demander.

— Osez !

— Je n’ai jamais vu de pénis d’elfe.

— Et moi je n’ai jamais vu de pénis d’homme.

— Je peux regarder ? demandai-je à l’elfe.

— Faites comme chez vous.

Je me mis à genoux, enlevai le pagne. L’elfe était gris, son pénis était cependant recouvert d’une fine fourrure noire. Il était long et fin. Je le caressai. C’était très doux au toucher. Je sentis le membre durcir.

— Oh, excusez-moi, me dit-il, je suis très sensible.

Le gland s’était libéré, il était rouge écarlate. Un petit point brillait vers le frein.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

— Un bijou, alimenté par l’énergie sexuelle, qui brille quand nous sommes excités.

Je repris mes caresses, je ralentissais lorsque le point brillait plus et j’accélérais lorsqu’il brillait moins. L’elfe m’interrompit.

— Pourrais-je aussi voir le vôtre ?

Je baissai mon pantalon et mon boxer.

— Pas de fourrure ? me dit l’elfe.

— Non, mais vous pouvez aussi toucher.

La main de l’elfe me fit un effet incroyable, je bandai immédiatement, je sentis une chaleur se répandre dans tout mon corps. J’eus l’orgasme le plus rapide et le plus intense de ma vie.

— Déjà fini ? me demanda l’elfe.

— Oui, il faudra apprendre à mieux nous connaître.

L’elfe ne retrouva jamais le chemin de sa contrée. Nous avons fait des progrès depuis ce jour-là.

Ce jour-là, Pompon avait congé et devait cuisiner le dîner. Lorsque je rentrai, rien n’était prêt. Il avait ressorti son bonnet arc-en-ciel.

— Ah, lui dis-je, ce soir c’est amour et eau fraîche.

— Amour, oui, eau fraîche, non. J’ai cassé ma tirelire, je t’invite au resto.

Je pris une douche et me changeai. Pompon avait réservé dans le meilleur restaurant de la ville, trois étoiles.

— Tu es fou, lui dis-je. Tu sais combien ça coûte ?

— Pas de souci, j’ai gagné au loto.

Je ne le crus pas, tant pis, autant profiter de sa générosité.

Nous dégustâmes un menu gastronomique divin, le meilleur de toute ma vie. Avec le café, Pompon demanda le chariot des digestifs. Il s’intéressa aux Armagnacs. Il me proposa un de 1990, l’année de ma naissance.

— Non, tu exagères, lui dis-je, hors d’âge et hors de prix.

— Alors un de 2006, l’année de notre rencontre, 10 ans jour pour jour.

Je réalisai alors que j’avais oublié cet anniversaire, je présentai mille excuses. Nous trinquâmes. Pompon me dit encore :

— J’ai moi aussi oublié quelque chose ce soir, je voulais te demander d’être mon mari. Tu es d’accord ou on attend encore 10 ans ?