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Calendrier de l'Avent (12)

Nous étions en voyage de noces en Écosse et avions longé le Loch Ness.

— Regarde, m’avait dit Pompon, j’ai vu le monstre !

— Tu as des visions, je ne crois pas aux entités surnaturelles.

Nous étions arrivés à Oban où nous avions réservé une suite dans un hôtel. Le réceptionniste avait l’air ennuyé, je lui demandai :

— Un problème avec la réservation ?

— Non, mais, oserais-je vous demander ? Êtes-vous un couple ?

— Nous sommes frères.

— Pas de souci, alors.

Nous avions l’habitude de mentir pour ne pas avoir d’ennuis. Nous avions le temps jusqu’au dîner et nous fîmes l’amour avec passion. Nous étions encore couchés sur le lit lorsque nous entendîmes une voix :

— Merci, il y a longtemps que je n’avais vu un si beau spectacle.

— Mais, demandai-je, qui est-vous ?

— Je suis un fantôme homosexuel.

— Un fantôme ?

— Oui, je ne me manifeste que si des hommes couchent ensemble, et ils évitent de louer la suite aux hommes. Puis-je me joindre à vous ?

Avant que nous pussions répondre, nous sentîmes la présence du fantôme qui venait de se coucher entre les deux. Même immatériel, il réussit à nous procurer un nouvel orgasme.

Depuis ce jour, je crois aux entités surnaturelles.

Papageno

Quel malheur, je viens de rencontrer Papagena.

Le librettiste s’est trompé :

moi je suis amoureux de Tamino,

Papagena est amoureuse de Pamina.

Comment faire pour rétablir la vérité ?

Je vais compter : un, un, deux, trois !

(parlé) Un ... deux ... trois !…

Nul regret, c’est dit, c’est fait (bis),

Puisque nul ne me retient !

Bonne nuit, méchantes gens ! (bis)

Les trois enfants (accourant, côté cour)

Attends (bis) ô Papageno. Sois prudent !

Écoute bien : on ne vit qu’une fois (bis).

Papageno

Vous ne pouvez pas comprendre,

je suis un inverti,

vous ne savez pas ce que c’est.

Les trois enfants

Bien sûr, on le sait, nous avons été initiés pour jouer dans cet opéra.

Nous ne sommes pas aussi innocents que nous en avons l’air.

Fais donc résonner tes clochettes.

Tu verras ton homme apparaître.

Papageno

Insensé ! j’oubliais leur charme ! (bis)

Résonne, carillon, résonne !

Celui que j’aime, donne-moi (bis).

(Il agite son carillon.)

Sonne (ter), joyeux carillon,

Sonne (ter), et donne-le moi.

Les trois enfants, amenant Tamino

Hé ! Papageno, le voilà !

Tamino

Pas encore à poil ? Je m’impatiente, je bande déjà !

Papageno

Les enfants, sortez !

Les trois enfants

Zut, pour une fois que cela devenait intéressant.

J’avais hérité de la maison de mes parents, une grande maison près du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Je vivais seul et j’avais décidé de louer une chambre sur airbnb pour les adeptes de la marche pèlerine. Mon premier hôte arrivait ce soir-là et j’étais nerveux. Je contrôlai une dernière fois si tout était prêt dans la chambre : les serviettes, une corbeille de fruits, une Bible dans la table de nuit. Je me dis que j’aurais pu y déposer quelques préservatifs, mais je ne pensai pas que mes hôtes seraient des pécheurs.

Le pèlerin arriva vers 17 heures. Je lui montrai la chambre, il la trouva à son goût. Il me demanda ensuite :

— J’ai marché toute la journée, je suis affamé. Y a-t-il un restaurant dans le village ?

— Je crois que c’est le jour de fermeture aujourd’hui. Je n’y avais pas pensé. Je pourrais vous offrir quelque chose, mais je cuisine très mal.

— Cela ne fait rien, j’accepte volontiers.

Je réussis à faire des spaghetti à la tomate, accompagnés d’une salade. Le pèlerin en fut très satisfait. Il termina la marche chez moi et loua la chambre à vie. Heureusement que j’avais quand même des préservatifs.

J’avais commencé un apprentissage dans une fabrique de cosmétiques, les cadeaux de Noël étaient les mêmes pour tous : une boîte avec cinq savons différents, même pour Florian, un ami qui passait la nuit de Noël chez nous car sa mère travaillait.

J’avais rajouté un post-scriptum sur sa carte de voeux : « Je te ferai volontiers une démonstration ». Il rougit mais ne dit rien. Florian ne désirait pas se rendre à la messe, nous restâmes seuls.

— C’est quoi cette démonstration ? me demanda-t-il.

— Je vais te dire quel savon utiliser où. Allons à la salle de bain.

Je lui montrai le premier :

— Blanc, doux, pour le visage.

Je pris un gant de toilette et lui lavai le visage.

— Le suivant est jaune, neutre, pour le torse. Enlève ta chemise.

Il eut l’air étonné, mais m’obéit. Le suivant était bleu, fort, pour les pieds. Le quatrième vert, tonifiant, pour les jambes. Florian ôta son jeans, il ne lui restait plus que son boxer.

— Et le dernier, le rouge, est aphrodisiaque et pour le zizi, me dit-il.

— Tu as deviné juste.

— Et tu penses que je vais baisser mon boxer ?

— Avec la bosse qui le déforme, cela ne fait aucun doute.

Dans ma ville il y avait une tradition : un calendrier de l’Avent un peu spécial, cela s’appelait les « Fenêtres de l’Avent ». Chaque soir de décembre, une fenêtre ou une décoration était dévoilée, chez un habitant ou un commerçant. Ma mère avait tenu à en organiser une, nous étions le 21 décembre. Elle avait préparé du thé, des sandwiches et des petits fours pour accueillir les visiteurs. J’étais chargé de l’animation puisque je jouais du violon.

Il n’y avait pratiquement pas de jeunes de mon âge, soit des enfants, soit des adultes. Je remarquai cependant que Nathanaël était là. Je l’avais déjà croisé au conservatoire où il apprenait le piano. Je me mis à rêver, était-il venu spécialement pour m’entendre ou participait-il à toutes les fenêtres ?

J’eus des applaudissements polis après ma prestation, Nathanaël vint vers moi :

— C’était très beau, me dit-il, tu joues très bien.

— Si quelqu’un d’autre que toi me l’avait dit, j’aurais pensé que c’était par simple politesse, venant de toi je suis très touché.

— Tu viens demain chez nous ? C’est à notre tour d’organiser.

— Je ne pensais pas venir, mais j’accepte ton invitation avec plaisir.

Il me fit la bise, je fus plutôt surpris.

Le lendemain, je me rendis chez Nathanaël à 18 heures. Il joua bien entendu du piano et je le félicitai à mon tour :

— Tu joues comme un dieu.

— As-tu déjà entendu un dieu jouer ?

— Non, tu as raison, tu es aussi beau comme un dieu.

Il rougit, puis me demanda :

— Tu te moques de moi ?

— Non, je suis sincère.

Je ne savais pas pourquoi j’avais dit cela, c’était venu spontanément.

— Excuse-moi, je n’aurais pas dû te le dire.

— Ne t’en fais pas, c’est que je n’ai pas l’habitude, surtout de la part d’un homme.

— Ta petite amie ne te le dit jamais ?

— Euh, oui, des filles me l’ont dit, mais je n’ai pas de petite amie. Et toi ?

— Moi non plus.

Nathanaël m’invita à boire un vin chaud à la cannelle. Nous sortîmes ensuite dans le jardin pour prendre l’air. Nous fîmes le tour de la maison. Il y avait une piscine.

— Dommage que nous ne soyons pas en été, je me serais bien baigné.

— Je me baigne parfois en hiver.

— Tu n’as pas froid ?

— Nous avons un sauna. C’est habituel de se plonger dans l’eau glacée après.

— Je n’oserais pas.

— On parie ? Reviens demain, nous verrons bien.

Le 23 décembre, je me rendis à nouveau chez Nathanaël. Sa mère m’avait invité pour dîner après le sauna. Nous descendîmes immédiatement à la cave. Je demandai :

— Où puis-je me changer ?

— Te changer ?

— Oui, mettre mon maillot de bain.

— Tu ne sais pas que le sauna c’est à poil ?

— Je pensais… j’avais peur de…

— Peur de quoi, de bander ? Ne t’en fais pas, ça m’arrive aussi.

Je rougis. Nat me montra l’exemple, il se déshabilla, je fis de même et nous entrâmes dans la cabine. La proximité de son corps nu m’excita et ce qui devait arriver arriva : nous eûmes rapidement de belles érections, cela nous fit sourire.

— On se branle ? me demanda Nat.

— Je n’osais pas te le proposer.

— Tu es trop timide.

Il prit mon sexe dans sa main pour m’encourager.

Nous renonçâmes au bain dans la piscine, je n’y tenais pas vraiment. Le repas fut excellent. Je quittai Nathanaël en lui disant :

— J’ai failli oublier, je t’ai encore apporté un cadeau pour te remercier.

— Il ne fallait pas.

J’avais acheté un pain d’épice en venant chez mon ami. Le boulanger avait écrit un texte personnalisé sur une étiquette de massepain collée dessus :

« Nat, je t’aime ».

Le tournage du film avançait. En fin de journée, le réalisateur nous invita à boire un verre.

— C’est demain que nous allons tourner la scène de sexe, nous dit-il.

Nous ne répondîmes rien. Nos personnages étaient des jeunes homosexuels. Le réalisateur ne nous avait pas donné beaucoup de détails lors des castings.

— Vous avez des questions ? continua-t-il. À ma connaissance, c’est la première fois dans votre carrière d’acteur.

— En effet, dis-je.

— Pour moi aussi, dit mon partenaire, Pierre.

— Et vous accepteriez d’être entièrement nus devant la caméra ? continua le réalisateur. Qu’on voie vos bites ?

— Je ne sais pas si la mienne est vraiment digne d’intérêt, dis-je.

— Chaque bite est digne d’intérêt, rétorqua-t-il.

— Surtout pour ta famille, dit Pierre. Imagine ta mère, ta grand-mère, que tu as invitées à l’avant-première, qui découvrent ton intimité sur grand écran.

— Bah, elles l’ont déjà vue quand elles me langeaient.

— Et tes amis, qui vont se demander si tu es vraiment gay ?

— Bon, dit le réalisateur, alors c’est oui ou c’est non ? Vous pourrez mettre un cache-sexe si vous êtes trop pudiques.

— C’est oui, dis-je. On a déjà fait un essai la nuit passée.

Kaléidoscope (Figuré) Diversité de choses, de personnes, de couleurs multiples. (d’après le Wiktionnaire).

C’est exactement ce que j’ai écrit en une centaine de drabbles ces quatre derniers mois de décembre. Permettez-moi donc de me reposer ce soir, je désire simplement remercier toutes celles et ceux qui ont lu fidèlement ces petits récits. J’espère vous avoir fait sourire de temps en temps, ou, pourquoi pas, vous avoir émoustillés.

Merci également aux organisatrices de la Ficothèque Ardente et à mon lecteur amoureux, il se reconnaîtra.