Une histoire à découvrir
Calendrier de l'Avent (14)
— Johnny aimait les femmes, dis-je, personne n’est parfait.
Jean-Philippe sourit, il avait peut-être compris que moi aussi j’étais gay. Je ne le lui révélai pas, je ne voulais pas le brusquer. Je lui demandai :
— As-tu des pris des habits chauds pour demain ? As-tu un bonnet ?
— Non, je n’y ai pas pensé.
— Je te conseille d’aller en acheter un, il y a un grand magasin tout près.
— Tu as raison, je voulais aussi profiter de faire des achats. Dans la ville de province où j’habite on ne trouve rien.
— Moi je préfère toucher le tissu avant d’acheter des habits.
— Moi aussi. Tu viens avec moi ?
— D’accord.
Nous fûmes en quelques minutes au magasin. Jean-Philippe choisit un bonnet noir. Il me dit ensuite en riant :
— J’ai besoin de caleçons, je ne t’oblige pas à me suivre.
— Je pourrais te donner des conseils…
Nous discutâmes de nos marques et couleurs préférées, Jean-Philippe en acheta une dizaine, tous différents.
— Avant, dit-il, je m’en fichais, c’était ma mère qui me les achetait. Maintenant je fais attention à mon look. Je vais voir lesquels me vont le mieux.
Ah que j’aurais aimé être avec lui pour les essayages…
— Voudrais-tu dîner avec moi ? proposai-je.
— Volontiers.
— As-tu une préférence ?
— Non, mais pas trop cher. J’ai déjà presque épuisé mon budget avec les boxers.
— Je t’invite, ne t’inquiète pas. Ce ne sera quand même pas le Fouquet’s. J’ai vu un resto près d’ici qui fait des brochettes au feu de bois. Ça te tente ?
— Ça m’ira très bien, merci.
Les brochettes sur des piques en métal étaient copieuses et excellentes, accompagnées de frites et d’une bonne bouteille de Bourgogne.
De retour à l’hôtel, je demandai à Jean-Philippe :
— Tu viens un moment dans ma chambre ? J’ai mon portable avec toutes les chansons de Johnny dans iTunes.
— D’accord, mais je ne resterai pas trop tard. J’ai envie de me lever tôt pour avoir une bonne place.
Jean-Philippe monta directement dans ma chambre. Nous nous assîmes sur le sofa.
— Pourrais-tu me monter de nouveau la vidéo de Johnny jeune ? me demanda mon compagnon.
— Bien sûr.
Jean-Philippe avait l’air très ému, même triste, en la revoyant.
— Il aimait les filles, aussi les voitures de sport, alors qu’il ne devait pas encore avoir le permis. Je l’envie, tellement sûr de lui à cet âge. Moi, je suis toujours puceau.
— Ne sois pas pressé, dis-je à Jean-Philippe, ça viendra, au moment où tu t’y attendras le moins.
Quelque chose me disait que ce moment était proche. Comme en écho à mes paroles, la lumière de la chambre s’éteignit. Je regardai dehors, tout le quartier était plongé dans l’obscurité.
— Une panne de secteur, fis-je, pas de quoi s’inquiéter.
L’écran de l’ordinateur éclairait encore faiblement la pièce, nous continuâmes à regarder des vidéos. Quelques minutes plus tard, on frappa à la porte, j’allai ouvrir. C’était un employé de l’hôtel :
— Bonsoir monsieur, me dit-il. Je vous apporte quelques chandelles en attendant que l’électricité soit rétablie.
Je pris les bougies et en allumai une. Je refermai la porte en mettant l’écriteau « ne pas déranger ».
— Quelle ambiance romantique ! me dit mon compagnon. Tu vois, c’est comme cela que j’aimerais faire ma première fois, seul avec un homme dans l’intimité d’une chambre, et pas dans un sauna glauque.
— C’est bien parti en ce moment.
— Oui, mais il me manque l’homme.
— Et moi alors ?
— Toi ? Je pense que tu es marié à une femme et que tu as des enfants.
— Non, je suis libre, et si tu ne me trouves pas trop vieux…
La route était couverte de verglas, il neigeait abondamment, des congères se formaient. C’était la fin de l’après-midi, tout le monde était resté chez soi, j’avais quand même dû sortir pour aller travailler.
Il n’était plus possible de continuer, je m’arrêtai en face d’une maison abandonnée. J’essayai d’appeler mon chef, pas de réseau. La tempête avait certainement coupé l’alimentation des antennes. Il n’y avait rien à faire, sinon attendre que le temps s’améliorât. J’éteignis le moteur pour économiser l’essence, j’envisageais de devoir passer plusieurs heures dans la voiture. La neige recouvrit les vitres, je ne voyais plus l’extérieur. Je m’assoupis.
Soudain, quelqu’un frappa contre la vitre, je sursautai et mon coeur se mit à battre très fort. Je vis qu’il avait ôté la neige et éclairait l’intérieur avec une lampe de poche. J’ouvris un peu.
— Ça va ? me demanda-t-il.
— Oui, pas de souci, vous m’avez fait peur.
— Désolé, venez vous réchauffer à l’intérieur.
— Vous habitez ici ? Je croyais que la maison était vide depuis des années.
— Je l’ai rachetée récemment, venez, nous discuterons dedans.
Je sortis de la voiture, il neigeait toujours. L’homme n’avait pas mis de manteau, il avait juste un tee-shirt et des pantalons blancs.
Je suivis l’homme et nous entrâmes dans la maison. Je fus étonné, tout l’intérieur avait été remis à neuf, c’était un restaurant gastronomique : une salle à manger design, un bar avec des fauteuils en cuir.
— C’est magnifique, dis-je à mon hôte. Je passe tous les jours devant et je n’ai jamais remarqué les travaux.
— Nous n’avons pas encore rénové l’extérieur.
Nous nous assîmes au bar et l’homme me servit une coupe de champagne.
— Santé, me dit-il. Je m’appelle Cédric. Et toi ?
— Euh, Pierre, répondis-je.
J’étais un peu surpris de sa familiarité. Il m’expliqua :
— Je devais faire le premier service ce soir, j’avais invité quelques amis, ils ne peuvent pas venir. Voudrais-tu les remplacer ?
— Ce serait avec grand plaisir, mais je dois aller travailler. As-tu un téléphone fixe ?
— La ligne est coupée. Reste pour le dîner.
— Mais… Ça doit coûter cher un repas gastronomique chez vous… pardon, chez toi.
— Je te l’offre, tu sera mon cobaye.
Je regardai par la fenêtre si la tempête se calmait, c’était toujours pire. Je n’avais pas le choix et j’acceptai l’offre de Cédric.
— OK, je reste pour le dîner.
— Et tu pourras même passer la nuit, j’ai trois chambres d’hôte.
Je m’assis à la salle à manger, Cédric me dit :
— Le sommelier est aussi bloqué dans la neige. Voici la carte des vins.
Je la feuilletai, je n’étais pas un spécialiste, je remarquai cependant que toutes les bouteilles coûtaient plus de 100 francs.
— Je suis très gêné, ces vins sont certainement des crus d’exception, mais trop chers.
— Allons, pas d’économies ce soir, je vais choisir à ta place.
Il me montra une bouteille de Pomerol Le Pin à 5’000 francs.
— Celui-ci ira très bien avec les oeufs au truffes.
J’étais mal à l’aise, je me demandai si tout ceci était réel. Cédric m’apporta la bouteille, l’ouvrit et la dégusta avec moi.
— Génial, me dit-il. Je vais en cuisine.
Il revint un quart d’heure plus tard. C’étaient plutôt des truffes aux oeufs que le contraire. Il s’assit en face de moi et en mangea aussi.
— On dit que les truffes sont très aphrodisiaques, me dit le cuisinier.
Le plat était excellent, le vin s’accordait parfaitement avec sa saveur délicate. À ce moment-là, je sentis une bouffée de chaleur entre mes jambes. Cédric me rassura :
— T’inquiète pas, cela ne me dérange pas si les clients bandent. Au contraire.
Je fus embarrassé de la remarque de Cédric, je me demandai comment il avait vu mon érection sous la table.
— Je… balbutiai-je, je suis confus. Qu’as-tu mis dans ce plat ?
— C’est mon secret. Je vais te préparer la suite. Je te sers une autre bouteille de vin en attendant ?
— Non, celui-ci ira très bien.
— Comme tu voudras.
Le cuisinier revint ensuite avec un velouté au safran, puis un filet de bœuf avec une sauce au piment. À chaque plat j’avais de nouveau des démangeaisons à l’entrejambe.
— Ça va toujours ? me demanda Cédric.
— Oui, oui. Tu fais toujours des repas comme ceci ?
— Non, seulement à la Saint-Valentin.
— La Saint-Valentin ? C’est vrai, c’est aujourd’hui, j’avais complètement oublié.
— Tu n’as pas d’amoureuse ?
— Non, ce serait plutôt un amoureux d’ailleurs si j’en avais un.
— Parfait. Je vais chercher le dessert.
Il me servit un sorbet à l’orange et au gingembre qui me fit à nouveau bander. Cédric posa sa main sur ma braguette.
— Oh, dit-il, c’est plus grave que je pensais. Viens t’asseoir au bar pour le café, me dit Cédric, nous verrons ensuite comment soulager tes émois.
Je le suivis en titubant, j’avais un peu trop bu.
Je m’assis sur un canapé en cuir, Cédric m’apporta le café et un Cognac Hennessy XO, il se serra contre moi. Nous trinquâmes.
— Je te remercie, lui dis-je. C’était le repas le plus excitant de ma vie, au propre comme au figuré.
— Et ce n’est pas fini.
Il décrocha la ceinture de mon pantalon et mit sa main dans mon boxer pour dégager ma bite…
…Le scialytique m’éblouit lorsque j’ouvris les yeux. Je mis du temps à réaliser que j’étais couché sur une table, un homme en blanc était à mes côtés.
— Cédric… dis-je.
— C’est bien mon prénom, me répondit-il, mais nous n’avons pas été présentés. Vous devez avoir entendu mon nom lorsque vous étiez dans le coma.
— Dans le coma ? Où suis-je ?
— À l’hôpital. Vous avez dérapé sur le verglas. Je suis en train de soigner vos plaies.
Je réalisai que j’étais nu. Mon entrejambe me faisait mal, je dirigeai ma main vers mon pénis, je bandai toujours.
— Je… je suis confus… Je faisais un rêve érotique.
— Pas de souci, me dit l’infirmier en riant, je l’ai désinfecté tout à l’heure. C’est bon signe, c’est la preuve que ce n’est pas si grave que ça.