Une histoire à découvrir
Calendrier de l'Avent (9)
Je m’appelle Aoki, je suis japonais et danseur. On m’a invité pour un stage dans une compagnie prestigieuse en Europe. Milan, un autre danseur, m’a aimablement invité à passer quelques jours dans son chalet à la montagne pour Noël.
Ce soir c’est la fête. Beaucoup de monde, toute la famille se retrouve ici. À l’heure de la distribution des cadeaux on m’a un peu oublié, c’est normal, juste deux boîtes de chocolat, l’une de Milan et l’autre d’un inconnu. Pas de carte dans l’enveloppe, seulement un petit bijou, un pendentif représentant deux symboles de Mars entrelacés. Personne n’a l’air de regarder ma réaction. Qui sait-il que je suis gay ? Je ne l’ai jamais dit.
Le lendemain je vais aux bains thermaux, seul, car je ne fais pas de ski. La porte du sauna s’ouvre, un jeune homme entre et s’assied à côté de moi. Je le reconnais, il était hier à la fête, c’est un cousin de Milan.
— Tu es le danseur ? Moi j’aurais bien aimé l’être, mais j’ai eu un accident. J’étais dans la salle lorsque tu as gagné ton prix.
— Merci.
— Puis-je regarder ton pendentif ?
— C’était toi ?
Sans me répondre, il approche ses lèvres des miennes.
Je faisais des courses à pied, je finissais toujours dans les profondeurs du classement. Ce jour-là, je fus quand même désigné pour le contrôle anti-dopage. Je me rendis dans la salle prévue à cet effet. On me remit deux gobelets avec des étiquettes à mon nom. Un homme vêtu de blanc, un infirmier je pensai, m’invita à le suivre jusqu’aux toilettes. Je m’apprêtai à entrer dans une cabine lorsqu’il me dit :
— Vous devez uriner devant moi, en baissant votre short et votre slip.
— Mais…
— Je regrette, c’est le règlement. Si vous refusez, votre contrôle sera déclaré positif.
Je sentais déjà mon membre gonfler dans mon short. L’infirmier était terriblement sexy, exactement mon type d’hommes.
— Ne vous inquiétez pas, me dit-il, j’en ai vu de toutes les formes et toutes les couleurs.
Je baissai mon short en rougissant. Mon pénis se dressa. L’infirmier sourit :
— Oui, je comprends. Je n’ai malheureusement pas le temps de résoudre ce problème à présent. Revenez me voir dans une heure.
L’infirmier descendit son pantalon et son boxer blancs. Il urina dans les gobelets, mit les couvercles et les scella.
C’est ainsi que je vis pour la première fois la bite de mon amant.
— Bonjour mon petit oiseau.
— Bonjour mon gros bébé.
— Tu as bien dormi ?
— Pas mal, et toi ?
— Aussi. Dis-moi, tu es bien paresseuse ce matin.
— Pourquoi ?
— Toute molle. N’as-tu jamais entendu parler des érections matinales ?
— Ce n’est pas de ma faute, c’est de la tienne.
— De ma faute ?
— Oui, hier il a encore fallu que tu me caresses.
— C’est ton travail.
— Tous ces frottements, c’est irritant.
— J’avais mis du gel.
— Encore heureux, et le soir d’avant j’avais dû explorer les entrailles de ton ami.
— J’avais mis un préservatif. Tu étais bien emballée.
— Oui, mais ce n’est quand même pas très agréable. Il fait tout noir et ça ne sent pas la rose.
— Tant pis pour tes états d’âme. J’ai envie de bien commencer la journée, allez au boulot.
— Je refuse.
— Tu refuses ? C’est qui qui commande ici ?
— Toi, mais j’ai des droits syndicaux. Je fais grève.
— Tu fais grève ?
— Oui, j’exige un jour de repos par semaine, et une augmentation de 10%.
— Une augmentation, tu ne te trouves pas assez longue ? Tu ne m’impressionnes pas, je vais casser la grève.
— Et comment vas-tu faire ?
— Regarde ce j’ai acheté hier.
— Encore des pilules ? Qu’est-ce que c’est ?
— Du sildénafil.
Je ne croyais plus au Père Noël depuis longtemps. J’avais quand même accepté de participer à la crèche vivante de l’église de ma ville la nuit de Noël, à la demande pressante de mon ami d’enfance Amaury. Nous étions deux des santons : les Rois mages.
Je voyais mon ami différemment depuis quelques temps, je m’étais aperçu qu’il m’intéressait plus que les filles. Lui aussi semblait aussi indifférent à leurs charmes, je prenais peut-être mes désirs pour la réalité.
La messe de minuit se déroula selon la tradition, la crèche était connue et appréciée loin à la ronde. Après avoir remis nos habits ordinaires dans la sacristie (ce qui m’avait permis de voir une fois de plus Amaury en sous-vêtements), nous étions restés dans l’église. Le moment tant attendu était arrivé. J’allais enfin savoir comment Amaury réagirait à mes avances.
— Amaury, dis-je, je t’ai apporté quelques cadeaux inspirés par les Rois mages.
— Des cadeaux ? Pour moi ?
— Voici tout d’abord du parfum.
— Je suis touché. Tu n’aurais pas dû, c’est trop cher.
— Et voici encore de l’huile de massage.
— De l’huile ?
— Je m’en sers pour… enfin, tu me comprends.
— Mais pourquoi tout cela ?
— Et voici le troisième, des ceylor…
— Excuse-moi, me dit Amaury, c’est tellement inattendu ces préservatifs, est-ce que tu penses que j’ai une amie ?
— Euh… non, je pensais à autre chose.
— Je comprends maintenant. Tu m’aimes ?
— Oui.
Amaury resta bouche bée. Je me demandai si je n’avais pas fait une gaffe en lui offrant ces cadeaux.
— Et moi qui n’ai rien à te donner.
— Tu pourrais m’offrir de la musique.
Amaury voulait devenir organiste. Il monta sur la galerie et me joua quelques morceaux de Noël. Il était encore hésitant, je fus quand même ému aux larmes. Je le rejoignis et lui dis :
— Magnifique.
— Tu le pense vraiment ?
— Oui.
— Montons dans la tour du clocher.
Je fus étonné de sa demande. En haut, nous avions une magnifique vue sur la ville avec toutes les lumières de Noël. Amaury me dit :
— Je désirais être plus près de Dieu pour Lui demander conseil.
Il pria. Je ne croyais plus vraiment en Dieu, je respectais cependant la croyance de mon ami.
— Voilà, me dit-il. J’ai obtenu une réponse.
— C’était à quel sujet ?
— Je devais savoir si je pouvais sortir avec toi, entre hommes c’est interdit.
— Et Dieu a accepté ?
— Il me pardonne, c’est le miracle de Noël.
J’assistai à un festival d’opéra. J’en profitai pour visiter le musée consacré au Compositeur. Dans une des vitrines étaient exposés des habits en soie, entre autres un caleçon écru. Un homme m’aborda :
— Vous pensez que ce sont des originaux ?
— Certainement. Je trouve d’assez mauvais goût d’exposer un sous-vêtement.
— Pas moi. Il n’a jamais caché son goût pour la soie.
— Est-ce ainsi qu’il courtisait ses maîtresses ?
— Je ne sais pas, je ne courtise que les hommes.
Je trouvai bizarre qu’il m’avouât déjà son homosexualité. Nous continuâmes la visite ensemble et découvrîmes que nous logions dans le même hôtel. Nous bûmes un verre. L’homme, qui s’appelait Franz, me demanda :
— Auriez-vous le temps de passer dans ma chambre, je désirerais vous montrer quelque chose.
Il s’agissait d’un programme du festival de 1965. Je ne connaissais pas les artistes de cette époque. J’eus également une pensée pour la personne qui avait assisté à cette représentation. Elle avait laissé le billet dans le livret.
J’allais prendre congé de Franz lorsque celui-ci me dit :
— Vous savez, j’ai le même caleçon de soie.
Il baissa alors son pantalon, à la différence du caleçon du Compositeur, une grosse bosse déformait déjà celui de Franz.
J’étais dans une ville étrangère et j’allai voir un opéra de Philippe Glass : Dans la Colonie Pénitentiaire, d’après Franz Kafka. J’avais acheté le billet à l’avance sur Internet. C’était le dernier, une place isolée, et je n’avais pas compris le texte qui avait été affiché à l’écran.
Le spectacle avait lieu dans une ancienne usine. Je cherchai ma place et je ne la trouvai pas, le placeur m’indiqua qu’elle se trouvait sur la scène. Il y avait une chaise dans un coin. Je ne fus pas si étonné, il arrive que les spectateurs soient invités à participer. Les lumières s’éteignirent.
Lorsque les projecteurs se rallumèrent, la scène était emplie de fumée. Deux figurants habillés en soldats étaient maintenant derrière moi. Ils me soulevèrent brutalement de la chaise et me placèrent devant la fameuse machine qui écrivait sur la chair des condamnés. Avant que je ne pusse réagir, d’autres soldats me déshabillèrent entièrement et m’attachèrent sur la machine. Je ne pouvais rien dire, la musique aurait couvert mes paroles. La torture commença. Je bandai.
À la fin, on me mena dans une loge, Je fis une photo de mon corps nu, la machine avait écrit des dizaines de fois :
క్రిస్మస్ శుభాకాంక్షలు