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Camping (3)

Il paraît que c’est mon caractère: je me complique parfois la vie. Cette aventure avec Julien et Maxime aurait dû me réjouir jusqu’à la fin des vacances et pourtant, les heures qui passaient depuis notre retour la veille me laissaient de plus en plus mal à l’aise. J’avais pas envie de traîner ces deux gamins avec moi juste parce qu’on s’était laissé aller à baiser tous les trois. Mais est-ce qu’ils y pensaient même? C’était peut-être aussi parce que c’était mon frère quand même... ça c’est clair que ça me foutait un peu les boules. Et puis il y avait cette histoire de capote. Ou plutôt cette histoire de «pas de capote». On se croit irréprochable, ont se dit «t’inquiète pas je maîtrise, mec, on me l’a fait pas à moi» et on se fait avoir à la première occasion.

Je n’avais pas envie de plage, je tournais en rond. Je suis allé à l’ombre de la buvette du camping lire une revue, histoire de voir passer du monde tout en restant en retrait. Bien sûr, les gens normaux préféraient la plage. Y'avait juste le flot des enfants qui venaient s’acheter des glaces en serrant dans leurs mains l’argent donné par papa ou maman. Un jeune, le fils du patron, était seul à servir. Je réalisais en le voyant là qu’il devait trimer grave. Je crois bien que je le voyais tout le temps là, à bosser. Je ne me souvenais même pas de l’avoir vu une fois sur la plage. À son âge – juste un peu plus vieux que mon frère – je trouvais que ça faisait des vacances un peu hard quand même. Il ne pétait pas la joie, mais c’était pas le calvaire. Finalement, c’est peut-être le sweat un peu épais pour la chaleur et le jogging auxquels il semblait abonné qui m’avaient fait le remarquer. En fait, en dehors de ses cheveux tondus très courts, on ne voyait pas grand chose de son corps.

Quand Marcel – c’est comme ça que j’appelais le baiseur de mon frère – s’est pointé, j’ai senti le petit serveur se raidir, presque autant que moi. Marcel se montrait sûr de lui, en terrain conquis. Je comprenais qu’il avait ses habitudes ici. Le petit mec subissait. Marcel devait faire partie de ceux qui passent des années de suite leurs vacances dans le même camping pour retrouver les amis et les habitudes. Pour Marcel, les habitudes ça devait être la cabine handicapé dans le bloc sanitaire...

Le patron est arrivé et, à la façon rigolarde dont il parlait avec Marcel au bout du bar, on les devinait copains. Je comprenais comment Marcel avait eu la clé des douches. «Thomas, viens voir ici!» appela le patron en s’adressant à son fils. Celui-ci s’est approché très près d’eux avec une sorte d’appréhension, du moins j’ai cru voir ça. Je me suis bien demandé ce qu’ils lui racontaient comme ça à voix basse. En fait je ne parvenais pas à me détacher de cette situation, comme si je me sentais instinctivement solidaire du jeune mec dont je venais d’apprendre le prénom. J’ai vu Thomas tirer la langue et Marcel tendre deux doigts pour la lui attraper. Après l’avoir palpée il a passé le bras par-dessus le cou de Thomas qui n’esquiva pas. «Tu vas voir, ça va bien t’aller... T’as de la chance, c’est pas tous les gamins qui ont le droit de se faire faire un piercing à la langue! Et là c’est ton père qui veut...» commenta-t-il fortement avec un sourire inquiétant. «Allez, tu vas voir, tu vas aimer aussi.» De façon indécente, il a ponctué cette phrase en pinçant le téton du garçon au travers du sweat et, en le regardant dans les yeux, il a fait tourner sa main. Thomas a fait la grimace mais rien de plus. Moi j’étais un peu éberlué et je repensais bien sûr à mon frère dans la douche avec Marcel. Pourtant là, y avait le père du garçon... ça ne se pouvait pas que... ça me paraissait carrément glauque. Je devais délirer. Thomas a regardé avec inquiétude dans ma direction et je lui ai souri pour le rassurer. J’ai réalisé aussi que tout ça me chauffait salement. Ma réaction m’a fait peur, j’ai senti un truc trop malsain; j’ai paniqué.

En fait j’ai carrément pris la fuite. Une heure après, j’ai appelé au hasard tous les potes qui pouvaient me fournir un alibi raisonnable pour me tirer de ce camping, mais ce n’est pas évident quand on n’a pas une thune pour payer le train. Finalement j’ai relancé un fuck-friend épisodique qui avait une bonne chance d’être pas trop loin. C’est un type plus vieux – presque 40 – et je sais que je peux discuter avec quand j’en ai besoin. Le mec, sans doute trop heureux d’être sûr de me sauter dans ces circonstances (je ne suis pas un ingrat quand même), n’a pas hésité à faire 150 bornes pour venir me chercher et me soustraire à tout ça. Ça faisait du bien d’être loin, au calme. Une belle baraque avec piscine, même à la campagne, ça vous change du vacarme d’un camping.

C’était tout cool. On a fait une grande promenade avec le chien au travers des champs. On a passé du temps à oilp dans l’eau ou au bord de la piscine. Être à poil au soleil, ça me relaxe trop. On a baisé aussi, pas tellement, plutôt câlin. Il a fini par me demander à nouveau ce qui m’avait fait le relancer comme ça avec cette insistance. Faut bien dire que l’explication que j’avais donné était bien foireuse mais il ne l’avait d’abord pas souligné.

Le lendemain soir, alors qu’on allait regarder un DVD dans le salon, je lui ai tout raconté. Ce n’est pas le genre de mec à faire la morale mais quand même, j’ai pensé qu’il allait me prendre pour un taré. En fait, quand il s’est levé pour aller chercher du vin dans la cuisine, j’ai vu qu’il bandait dans son bermuda. Ça m’a rassuré sur ma santé mentale: cette histoire, elle ne fait pas triquer que moi! Du coup je lui ai donné plus de détails... là je savais bien que je le chauffais. À nouveau il m’a abandonné quelques instants pour revenir avec le collier du clebs. Il l’a placé sur mon cou et j’ai trouvé ça plus excitant que sur les revues. Il me faisait le sucer en me plaquant sur sa queue en tirant sur la laisse... puis il m’a baisé en pénétrant d’un coup sans me préparer la rondelle, en me gavant seulement le cul de gel pour ne pas déchirer le latex. Je me sentais dominé et j’aimais ça. Pour montrer que je n’étais pas un mec facile, j’ai quand même résisté un peu et ça m’a valu quelques claques bien senties sur le cul et même sur la gueule. Il m’a fait une clé au bras sans vraiment forcer et ça m’a donné le prétexte de céder à mon envie de me faire baiser comme une salope. Il n’était pas dupe, ma soumission l’excitait et il savait qu’il me permettait de découvrir des envies pas très bien cachées en moi.

Après on a parlé. Il m’a épargné la morale sur la capote. Il a fait ça pro: juste un rappel tranquille, précis de que signifie être séropo avec des médocs tous les jours qui détraquent souvent, puis il m’a fait observé qu’après tout, je ne savais rien du vécu réel de Maxime et Julien. Il m’a fait cette recommandation bien concrète selon laquelle «il serait approprié» que j’aille faire un test. Ça ramène dans la réalité! Ensuite ill m’a parlé de l’entraînement des sportifs, des danseurs qui visualisent mentalement leurs exercices. Cette répétition psychique leur permet de créer des automatismes. Ils anticipent, ils sont préparés. Il m’a dit que ça lui faisait un peu peur la façon dont on pouvait s’habituer de la même façon à baiser sans capote. À force de répéter le fantasme dans la tête, on se prépare peut-être à passer à l’acte en conduite automatique. Il suffit d’un peu de poppers, d’un taz, de n’importe quoi qui donne une bonne excuse à cette partie de nous qui crierait de peur sinon. Un peu comme les «hétéros» qui prétendent n’avoir pas été eux-même quand ils ont baisé avec un mec en prenant le prétexte de l’alcool... C’est son boulot, le «training mental» comme il dit, il m’avait déjà préparé pour le bac parce que je flippais et que je perdais mes moyens. Bref, de quoi me convaincre une nouvelle fois qu’il ne fallait pas jouer avec ces choses-là.

Le surlendemain il m’a raccompagné.

Je suis arrivé pour le dîner. Mon père faisait la gueule et ma mère était assez silencieuse. J’ai tâté le terrain pour voir si c’était à moi qu’ils en voulaient. Ma mère m’a dit: «On ne sait pas ce qui arrive à Julien. Hier il s’est tondu la tête et aujourd’hui ton père a vu qu’il s’est rasé les poils sur les jambes et même sous les bras. Ton frère a beau dire que c’est pour le vélo avec Maxime et que les sportifs font ça, ton père n’aime pas ça...» Je me demandais dans quel trip était Julien mais j’ai préféré changer de sujet et, à table, j’ai fait un peu le clown en improvisant une version «familialement correcte» de mon escapade.

Après dîner, j’ai fait un tour et en passant devant la caravane de Marcel, j’ai vu que tout était bien fermé. Il avait dû s’absenter pour la soirée avec la famille. Je suis allé à la buvette où Thomas rangeait après le service. J’ai fait un peu la conversation et il m’a appris que Marcel et son père étaient partis depuis la veille et qu’ils rentreraient le lendemain. C’était une virée entre hommes et la femme de Marcel étaient quelques jour chez de la famille. Son attitude vis-à-vis de moi restait réservée et en même temps il me semblait content qu’on échange ces quelques mots. C’est comme si l’épisode de l’autre jour dont j’avais été le témoin créait un lien entre nous. J’ai vu aussi son piercing sur sa langue.

— Ça fait mal?

— Non, ça va. Et puis je cicatrise vite, heureusement.

— Ah... Tu fais faire ça par qui?

— Par Teddy, le pote de mon père que t’as vu.

— Ah, il s’appelle Teddy alors. Il est perceur?

— Nan, c’est pas son boulot, mais il sait faire, il a le matos. Il me fait ça chez mon père.

— Et tu as confiance?

— Faut bien...

— Tu... tu en as d’autres?

— Oué...

J’ai scruté sa poitrine sans discrétion pour confirmer l’hypothèse qui s’imposait à moi.

— Là?... au téton?

— Oué, les deux.

Je comprenais la raison de ce sweat épais en plein été... Je n’ai pas insisté. Mon Marcel s’appelait donc en fait Teddy. Il s’amusait à faire des piercings sur un jeune mec avec la bénédiction de son vieux. Après il jouait avec... C’était hard et Thomas acceptait ça. Et moi je triquais salement dans mon futal.

Julien est revenu à sa tente pas longtemps après, l’air maussade.

— Ça va pas?

— Ça va, lâche-moi!

— Allez raconte...

— C’est juste Maxime qui veut se taper une craquette.

— Craquette?

— Oui, une fille quoi!

Julien a disparu dans sa tente. Je n’ai pas tardé à me pieuter aussi. Mais ce flot de pensées m’éloignait du sommeil. Un peu plus tard, je me suis relevé, je suis allé au bloc douche. Y'avait personne dans la cabine handicapée. Je n’y étais jamais entré avant. L’air était épais de dangers et de perversité. Je me suis foutu à poil et je me suis branlé brutalement en imaginant que je baisais mon frère sans capote, lui violait Thomas et le remplissait de son jus... Je m’habituais.

À suivre...