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Camps de vacances (13)

18 juillet 2015 - Treizième jour - Loïc

Le lendemain de la soirée avec Jeremy, nous nous étions réveillés tard, avions pris un petit déjeuner copieux qui avait aussi été notre déjeuner. Nous avions répété ensuite ma scène avec la robe de fée. Nous n’avions plus eu de rapports intimes. J’avais pensé que Jeremy ne voulait pas m’impliquer davantage dans une relation sans lendemain. Nous étions rentrés à la colo au début de l’après-midi. Le soir, Damien était revenu du camp sportif. Je lui avais juste dit que nous avions passé la nuit en ville à la suite d’une panne de voiture. Il avait eu un sourire entendu.

La vie habituelle avait repris jusqu’au samedi soir. Après 22 heures, Nathan nous avait dit dans la chambre :

— Eh les deux rouquins, on peut compter sur votre silence ?

— Pourquoi ? dis-je. Qu’as-tu à cacher ?

— Je vais tout vous dire, mais je vous casse vos jolies gueules si vous nous dénoncez.

— Nous ne dirons rien, juré.

— Les moniteurs sortent le samedi soir pour se bourrer. La voie est libre. Moi et Tristan nous allons descendre dans la chambre des filles. Nous avons un rencart avec Céline et Brigitte.

— Avec Céline ? Ah bon. Eh bien allez-y tout de suite.

Ils sortirent de la chambre. J’étais fou de joie. Elle avait délaissé Damien pour Nathan, l’espoir renaissait. Celui-ci ne fit aucun commentaire. Je demandai à Gaël :

— Et toi, tu n’y vas pas ?

— J’ai trop peur de me faire prendre et d’être renvoyé. Et toi, pas envie de baiser une fille ?

— Moi je suis gay, dis-je spontanément, sans réfléchir.

Gaël et Loïc me regardèrent comme si j’avais dit que je venais d’une autre planète.

— Bravo, me dit Gaël, tu es courageux de faire cet aveu.

— Bon, dis-je, tu n’as pas besoin d’informer toute la colo. Cela reste entre nous.

— Oui, et toi tu ne dis rien de l’escapade de mes potes.

Les deux compères revinrent trois quarts d’heure plus tard, Gaël les questionna :

— Est-ce que ça s’est bien passé ?

— Parfaitement, répondit Nathan, elles nous attendaient les jambes déjà écartées.

— Tu n’es plus vierge alors ?

Il hésita avant de répondre, puis dit finalement :

— En effet.

J’eus l’impression qu’il mentait et que cela ne s’était pas si bien passé.

21 juillet 2015 - Seizième jour - Loïc

Le grand jour du spectacle était arrivé. Il allait commencer à 15 heures et être suivi d’un apéritif pour les artistes et les spectateurs. Les jours précédents avaient été assez stressants, nous n’étions pas encore prêts, il y avait quantité de détails à corriger. Nous avions eu la générale un jour avant, elle s’était assez bien déroulée. Nous étions à la salle des fêtes du village. Les participants aux ateliers de dessin et de peinture avaient exposé leurs oeuvres tout autour, les spectateurs pourraient les admirer à l’entracte et à la fin. Ce spectacle de la colo était une tradition depuis de nombreuses années et nous attendions beaucoup de monde des environs. La salle se remplit rapidement. Mes parents avaient fait le déplacement, je les saluai et leur présentai Damien comme mon « meilleur pote ». Ils me dirent que la colo m’avait fait du bien, que j’avais l’air plus épanoui qu’avant mon départ. Je n’osai pas leur répondre qu’il me manquait encore un amoureux pour être tout à fait heureux.

La première partie était assurée par les groupes et solistes de l’atelier de musique, je ne les avais pas encore entendus car il avaient eu leur générale un autre jour. J’avais le trac et je les écoutai distraitement. Ce furent mes camarades de chambre qui eurent le plus de succès, je dus reconnaître qu’ils avaient du talent.

Pendant l’entracte, nous installâmes les décors sur la scène, ainsi que tous nos accessoires, en particulier des cartons qui contenaient nos costumes. Jeremy nous donna les dernières consignes et nous dit merde. Comme prévu, la première scène était la transformation en comédien. Le rideau s’ouvrit, nous entrâmes sur la scène, nous eûmes quelques applaudissements pour nous encourager. J’avais longtemps hésité puis finalement décidé de me déshabiller entièrement, face au public. Ma première expérience avec Jeremy m’avait libéré de ma pudeur excessive. J’étais le seul, les autres préféraient rester de dos ou garder leur sous-vêtement blanc. Nous avions mis au point le déroulement du striptease.

Je tournai le dos au public et enlevai tout d’abord mes souliers, mes chaussettes, mon tee-shirt et mon jeans, je les pliai méthodiquement, les mis les uns par-dessus les autres contre le mur du fond, comme c’était prévu. Je me retournai et baissai un peu mon slip blanc en faisant un clin d’oeil. Je dis : « Oui ou non ? ». Il y eut quelques oui dans le public, en particulier de la part de mes camarades de chambre. J’attendis quelques secondes, regardai à droite et à gauche, comme pour voir si j’étais bien seul, puis je baissai mon slip, exposant mon sexe, qui, comme vous le savez, était déjà assez gros à l’état naturel, et, à ce moment-là, légèrement gonflé. Il n’y eut pas beaucoup de réactions de la part du public, à part quelques sifflets admiratifs. Ce fut par contre une franche rigolade lorsque j’enfilai mon boxer blanc à pois rouges.

Damien avait un rôle spécial : il était d’une part chargé de présenter au public la pièce et de raconter les passages que nous avions coupés, il était d’autre part le metteur en scène de la troupe d’amateurs qui jouaient dans Le Songe d’une nuit d’été, il avait également le texte et pouvait nous souffler les répliques que nous avions oubliées. Quant à moi, j’étais une fée comme vous le savez déjà. Je restai assis au fond de la scène au début, comme celles et ceux qui n’étaient pas en train de jouer. J’étais toujours presque nu, vêtu de mon seul boxer.

Lorsque ce fut mon tour, je sortis ma robe d’un carton et l’enfilai, provoquant de nouveau des rires. Je pris également un petit oiseau télécommandé et je le fis voler, essayant de l’attraper, puis le laissant s’écraser contre une paroi. J’allai ensuite sur le devant de la scène et je fis ma parodie de danse classique, imitant les mouvements d’une ballerine. J’eus même droit à des applaudissements.

La représentation se termina par le « théâtre dans le théâtre », la troupe d’amateurs jouant sa pièce de manière caricaturale. Nous retournâmes ensuite nous changer, je me déshabillai à nouveau mais présentai mes fesses au public. Par contre, Damien osa montrer son sexe, il n’eut pas d’érection, contrairement au cours d’éducation sexuelle.

Le public nous applaudit chaleureusement à la fin, même Jeremy lorsqu’il salua avec nous.

Nous prîmes ensuite l’apéritif avec le public. Le maire de la commune avait offert un vin d’honneur, ce qui ne devait pas plaire au directeur de la colo, ni d’ailleurs les idées de Jeremy. Je me demandai s’il allait lui passer un savon. Je retournai vers mes parents, Damien vint avec moi. J’était impatient et un peu inquiet de connaître leur réaction. Je leur demandai :

— Vous avez aimé notre pièce ?

— C’était une mise en scène assez moderne, dit mon père. Je n’ai pas tout compris.

— Ne t’en fais pas, dis-je, nous non plus.

— J’ai été étonnée de ce changement d’habits au début et à la fin, continua ma mère.

— C’était pour symboliser le passage de la vie de tous les jours à celle de comédien.

— Vous étiez obligés de vous déshabiller entièrement ? ajouta-t-elle.

— Non, c’était seulement ceux qui voulaient.

— Cela m’étonne que tu aies accepté, à la maison tu ne te déshabille plus jamais devant nous.

— Ce n’est pas la même chose, ici je jouais un rôle.

— Je me suis toujours demandée pourquoi tu ne voulais plus te montrer nu, je pensais que… que tu n’étais pas satisfait de la taille de ton zizi, que tu le trouvais trop petit.

— Maman, ce n’est pas le moment de parler de ça.

— Mais oui, tout le monde l’a vu, tu n’as plus rien à cacher.

— Bon, alors qu’est-ce tu penses de la taille de mon « zizi », comme tu le dis ?

— J’ai été assez surprise je dois le dire. Il a bien grandi, très bien même. Je pense que tu auras de la facilité à trouver une petite amie. Tu n’as pas flirté avec une fille à la colo ?

Je vis Damien qui souriait.

— Euh non, le sexe était interdit.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire.

Heureusement, Jeremy arriva, interrompant cette conversation. Je le présentai à mes parents. Il nous dit ensuite qu’il allait rentrer chez lui tôt le lendemain et qu’il prendrait congé de chacun d’entre nous séparément après le dîner. Il nous quitta pour aller saluer d’autres personnes. Mes parents restèrent encore une demi-heure puis partirent, ils avaient une longue route jusqu’à leur camping.

Après le dîner, Jeremy prit congé de chacun d’entre nous, comme il l’avait annoncé. J’étais le dernier, nous sortîmes nous promener dans le parc.

— Voilà, me dit-il, c’est bientôt fini. As-tu apprécié l’atelier de théâtre et mes cours ?

— C’était génial, tu as été très bien. Qu’en a pensé le directeur ?

— Il m’a dit que j’aurais pu éviter le changement de costumes au début et à la fin du spectacle. Je m’y attendais. Il m’a fait comprendre qu’il n’aurait plus besoin de moi l’été prochain.

— Cela te dérange ?

— Non, j’ai déjà autre chose de prévu. Je participerai à un festival.

— Tu m’informeras ?

— Bien sûr, mais ce ne sera qu’avec un groupe de jeunes en formation, je ne jouerai pas les rôles principaux. As-tu envie de te lancer dans le théâtre ?

— Je dois tout d’abord passer mon bac. Je verrai plus tard.

— Tu peux me contacter si tu a besoin de conseils.

— Je n’y manquerais pas. En ce moment, j’aurais plutôt besoin de conseils dans un autre domaine.

— Lequel ?

— Comment faire avec Damien ? Nous avons été très pris ces derniers jours par les répétitions, il ne me reste plus beaucoup de temps avant le retour. J’aimerais enfin savoir quels sont ses sentiments pour moi.

— Eh bien, demande-le lui.

— Je n’ose pas.

— Ose ! Il ne va pas s’offusquer si tu lui dis que tu es gay.

— Il le sait déjà. Mais il ne m’a pas dit qu’il l’était aussi.

— Il ne l’a peut-être pas encore admis. Si tu lui poses directement la question, il sera obligé de prendre position, de te dire la vérité.

— Je pourrais lui proposer de faire un jeu de la vérité, nous poser des questions sans le droit de refuser de répondre ou de mentir.

— Oui, demain vous allez à la piscine, tu trouveras bien un endroit discret pour t’isoler avec lui et discuter. Vous avez la chance d’habiter dans la même région. Vous pourrez continuer votre relation à la maison si ça marche entre vous.

— Jeremy, j’aimerais encore te remercier pour la merveilleuse soirée que nous avons passée ensemble.

— Merci, j’ai eu des remords, je me suis demandé si je n’avais pas profité de la situation.

— Non, non, je t’assure.

Je lui fis la bise.

22 juillet 2015 - Dix-septième jour - Loïc

Le matin, dans le car, le moniteur Pierre nous annonça au haut-parleur :

— Cette piscine a également une partie avec des saunas et un hammam. Vous pouvez y aller, mais ce n’est pas compris dans le prix. Vous devrez passer à la caisse à l’arrivée pour acheter un supplément. On vous remettra une carte qui débloquera l’entrée.

J’étais assis à côté de Damien et je lui demandai :

— Tu as envie d’y aller ?

— Je ne sais pas, je ne suis jamais allé au sauna. Et toi ?

— Oui, une fois.

— C’était où ?

— Je t’en parlerai un autre jour.

Je n’avais pas envie que tout le car soit au courant de ma nuit au palace avec Jeremy. Je continuai :

— J’y vais, je te paie l’entrée.

— Non, ce n’est pas nécessaire, je suis d’accord, je viens avec toi.

À l’arrivée à la piscine, nous passâmes à la caisse et louâmes encore deux grandes serviettes. Nous étions les seuls à acheter le supplément, c’était une chance : il n’y aurait personne de la colo pour nous déranger. Nous nous rendîmes ensuite dans un vestiaire collectif réservé aux groupes, les filles et les garçons étaient évidemment séparés. Ce fut une dernière occasion de mater les camarades que je n’avais pas encore vus à poil, il n’en restait plus beaucoup, avec la branlette dans la chambre, le bain dans la rivière et le cours d’éducation sexuelle.

Damien et moi nous rendîmes directement dans la section avec les saunas. Nous entrâmes dans une cabine, posâmes la serviette sur le banc en bois et nous assîmes. Je ne perdis pas de temps :

— Damien, puis-je te dire quelque chose de personnel ?

— Bien sûr.

— J’aimerais te remercier de m’avoir tenu compagnie pendant la colo. Je pense que nous sommes devenus de bons amis.

— Je le pense aussi.

— Par contre, nous avons eu toujours une certaine réserve entre nous, nous nous sommes jamais tout dit.

— Nous sommes deux grands timides, dit-il en riant.

— J’aimerais te proposer quelque chose, un jeu de la vérité. Nous allons nous poser à tour de rôle des questions et nous serons obligés d’y répondre. Celui qui ne réponds pas aura perdu.

— D’accord, il y aura des jokers ?

— Non, ce ne serait pas drôle.

— Tu commences ?

— Je commence. As-tu couché avec Céline le 14 juillet ?

— Tu y vas fort. Non, nous nous sommes juste embrassés. Quand Nathan a eu fini son morceau, il l’a courtisée et elle m’a laissé tomber. Et toi, tu as couché avec Jeremy ?

— Oui et non. Oui, nous avons joué avec nos bites, non, nous n’avons pas expérimenté toutes les positions. À moi : tu es jaloux ?

— Oui.

— Tu es jaloux ? Pourquoi ? Tu aurais aimé être à ma place ou à la sienne ?

— À la sienne, évidemment. As-tu baisé une seule fois avec lui ?

— Une seule. Es-tu gay aussi ?

— Au début de la colo, je ne le savais pas encore. Je n’avais jamais envisagé cette possibilité, je m’imaginais encore rencontrer une fille. Au fil des jours, j’ai découvert que les garçons m’attirent plus. J’ai réfléchi à mon enfance et, oui, ça a toujours été comme ça. Sur les vidéos pornos je regarde toujours les bites et pas les seins des filles. Je peux te le dire aujourd’hui, je suis presque sûr d’être gay. À toi.

J’hésitai, puis me lançai :

— Tu m’aimes ?

— Oui. À moi, Tu m’aimes ?

— Oui. À toi.

— Game over. Nous avons atteint le niveau suivant.

— C’est quoi le niveau suivant ?

Il me prit dans ses bras et m’embrassa pendant de longues minutes. Soudain quelqu’un entra dans le sauna et nous dérangea. Nous étions confus d’avoir été surpris et nous sortîmes de la cabine.

— Que de temps perdu, me dit Damien. Et ce type qui nous dérange alors que ça devenait intéressant.

— Nous pourrons nous revoir après notre retour à Paris.

— Et il y aura encore le dernier camp après-demain, nous dormirons de nouveau sous la même tente.

— Je n’y pensais plus. Cette fois nous pourrons laisser la lampe de poche allumée.

Le reste de la journée se déroula comme dans un rêve, je flottais sur un nuage, déjà presque au septième ciel.