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Camps de vacances (18)

26 juillet 2015 - Vingtième-et-unième jour - Loïc

À neuf heures, Katarina se parqua devant la colo, je montai rapidement. Il y avait toujours quelques photographes en faction, il publièrent ma photo avec la mention : « Une mère vient chercher son enfant à la colonie. ». Cela m’était bien égal, seule m’importait la santé de Damien. Au centre d’un village, je vis un fleuriste qui était ouvert le dimanche. Je demandai à Katarina de s’arrêter. Je n’avais pas beaucoup d’argent. J’achetai seulement deux roses rouges, une pour Damien et une pour Katarina. Elle fut émue de mon geste.

Nous arrivâmes à la clinique une heure plus tard. Elle était entourée d’une haute palissade. L’entrée était surveillée par un garde de sécurité qui reconnut la fille du directeur et ouvrit la barrière. Nous nous garâmes à une place réservée au personnel. Je pris nos sacs dans le coffre et nous pénétrâmes à l’intérieur par la porte principale. C’était un bâtiment ancien de quatre étages qui devait avoir plus d’un siècle. Katarina me dit que c’était un hôtel qui avait été transformé. La décoration était luxueuse, un peu surannée, avec des dorures en quantité. Katarina demanda le numéro de la chambre à la réception. Nous montâmes au premier étage à pied, frappâmes à la porte et entrâmes. La chambre était lumineuse et donnait sur un magnifique parc. Il y avait deux lits. Damien était couché dans celui le plus près du balcon et dormait. Il avait mis une chemise d’hôpital blanche. Je posai la rose sur la table de nuit. Il se réveilla et me dit :

— Loïc, toi vivant, je ne pensais plus jamais te revoir.

Il s’assit dans le lit et je le pris dans mes bras. Nous restâmes longtemps ainsi. Katarina s’enquit ensuite de l’était de santé de son patient puis décida de nous laisser seuls. Je la remerciai chaleureusement pour ce qu’elle avait fait pour nous et lui promis de la tenir au courant. Damien me demanda :

— As-tu pris mes habits, je n’ai plus qu’un short plein de poussière. Heureusement que j’ai retrouvé mon portable dans une poche. L’accu est déchargé.

Je lui donnai le sac. Il se leva, enleva la chemise et mit un boxer blanc, ainsi qu’un tee-shirt et des pantalons.

— Tu as le droit de te lever ? demandai-je.

— Oui, je me reposerai après le déjeuner. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.

Nous nous assîmes autour d’une petite table. Damien prit son iPhone, le brancha au chargeur et le débloqua en me disant :

— Regarde, c’est bien mon téléphone, je connais le code.

Il consulta les photos.

— Je ne reconnais pas les dernières photos depuis trois semaines. Ce n’est pas moi qui les ai prises, mais qui d’autre aurait pu les faire ? Personne ne connaît mon code.

— C’est toi qui les a faites, je t’ai vu, d’ailleurs je dois être sur certaines.

— Sur beaucoup même. J’ai vu le psy ce matin. Il me conseille de parler avec toi de chacune des photos, et tu me montreras aussi les tiennes.

Je passai en revue avec lui les trois semaines à la colonie, n’évitant même pas l’épisode du cours d’éducation sexuelle. Nous fûmes interrompus par une infirmière qui apportait le déjeuner. Damien se coucha ensuite un moment, puis nous continuâmes. Damien me parla de ce qu’il avait vécu dans l’ancien camp militaire, cela avait dû être affreux. C’était incroyable, comme si nous avions vécu les trois dernières semaines ensemble, mais dans des mondes différents. L’après-midi passa rapidement. Nous sortîmes un moment dans le parc pour nous promener main dans la main.

Le soir, après le dîner, je proposai à Damien de se coucher, je lui dis que je pourrais lire un moment seul sur le balcon. Il accepta.

Une heure après, il se releva et me dit de rentrer, je fus inquiet :

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Je vais te demander quelque chose de très important, réfléchis bien avant de me répondre.

— Je t’écoute.

— À la colonie, si je t’ai bien compris, je t’ai vu à poil plusieurs fois.

— Oui, pour faire les photos, au camp de théâtre dans la rivière, sous la tente, mais il faisait nuit, sur la scène, mais tu me tournais le dos, et au sauna, nous étions assis l’un à côté de l’autre.

— Mais je ne t’ai jamais vu bander ?

— C’est exact, je ne te l’ai pas encore dit, nous nous sommes branlés dans la chambre, tu n’a pas voulu participer et tu t’es endormi. Je suis sûr que tu ne m’as pas vu bander.

— Et je n’ai jamais pris ta bite dans ma main, je ne l’ai pas examinée.

— J’aurais bien aimé, non, tu ne l’as pas fait.

— As-tu un grain de beauté vers le frein, près du gland ?

— Oui, comment le sais-tu ?

— Tu vois, je n’ai pas rêvé. Nous étions bien ensemble au camp.

26 juillet 2015 - Vingtième-et-unième jour - Damien

Loïc resta silencieux après ma révélation. Il était perdu dans ses pensées. Il s’assit à la table, prit du papier à lettres offert par la clinique et dessina des schémas. Il jeta plusieurs feuilles, puis finit par me dire :

— Je pense avoir trouvé.

— Trouvé quoi ?

— Pourquoi nous sommes dans cette situation. J’ai lu beaucoup de livres de science-fiction, j’ai une idée.

Je m’assis à côté de lui et lui dis :

— Je t’écoute.

— Voilà. Nous avons vécu jusqu’à présent dans deux mondes parallèles.

— Des mondes parallèles ? Comment peux-tu expliquer deux mondes parallèles ?

— Personne n’a jamais pu expliquer un seul, alors pourquoi pas deux ? Ces mondes sont presque identiques, avec quelques variations. Je vais appeler le tien le numéro 1, celui du camp militaire, et le mien le numéro 2, celui de la colo. Tu me suis toujours ?

— Oui, ce n’est pas trop compliqué jusqu’à présent.

— Tu es Damien#1, du monde #1, et moi Loïc#2, du monde #2. Tu es passé du monde #1 au monde #2 après ton exécution et pris la place de Damien#2.

— C’est affreux, cela veut dire que j’ai tué Damien#2 en prenant sa place.

— Mais c’était un double de toi. Tu vis toujours.

— J’aurais toute ma vie sa mort sur ma conscience.

— Attends, laisse-moi encore réfléchir.

Il recommença à griffonner.

— Il n’est pas forcément mort, il est peut-être encore dans ton cerveau.

— Une autre personne dans mon cerveau ?

— Pas comme un être vivant qui interférerait avec ta propre vie. Ce sont les souvenirs de Damien#2 qui sont encore dans ton cerveau, comme si c’était le disque d’un ordinateur crypté dont tu n’as pas le mot de passe.

— Comment les débloquer ?

— Demande au psychiatre, il te donnera une solution.

— Il pensera que je suis fou si je lui parle d’un monde parallèle.

— Demande-lui seulement si on peut retrouver des souvenirs cachés. On doit pouvoir le faire avec de l’hypnose.

— J’essayerai. Je vais laisser cette idée mûrir jusqu’à demain.

— Tu veux te recoucher ?

— Non, je ne pourrais pas dormir, je dois vérifier quelque chose. Lève-toi et viens devant moi.

Il obéit. Je lui décrochai sa ceinture, ouvrit la fermeture de la braguette et lui descendit son jeans et son caleçon violet. Je pris sa bite dans ma main et regardai le grain de beauté. Il était exactement à la même place que dans mes souvenirs. Je le touchai. Loïc se mit à bander.

— C’est bon, dis-je, tu peux te rhabiller, je l’ai vu.

— Attends une minute, Loïc#2 est frustré car il n’a encore jamais baisé avec Damien#1, ni avec Damien#2 d’ailleurs. On recommence à zéro. Rappelle-moi quelle a été notre première relation au camp.

— Avec plaisir. Tu m’as demandé : « C’est quoi la masturbation ? », je t’ai répondu : « Tu ne sais pas ? ».

— Non.

— Eh bien, sais-tu comment on fait les enfants ?

— Je crois que le papa met une petite graine dans le ventre de la maman.

— Et avec quoi il met la graine ?

— Avec le zizi ?

— Oui, sais-tu comment il fait sortir la petite graine ?

— Non. On peut la faire sortir quand on a pas de maman ?

— Oui, je vais t’expliquer, couche-toi sur le lit.

Il se coucha sur le deuxième lit.

— Et maintenant ?

— Tu prends ton zizi dans la main.

— Mais c’est sale, ma maman me disait toujours de ne pas le toucher.

— Et ton curé ?

— Je comprends maintenant pourquoi il me demandait toujours si je me touchais, je ne savais pas ce qu’il voulait dire.

— Il ne t’a pas expliqué ?

Loïc mit la main sur son pénis.

— Et maintenant ? me demanda-t-il.

— Jamais eu d’élève aussi nul.

— Tu as déjà eu d’autres élèves ?

— Je t’offrirai La branlette pour les nuls pour Noël. Bon je vais te montrer.

Je me couchai sur mon lit, je libérai mon pénis, il se dressa immédiatement. Loïc me dit :

— J’ai tout compris. Il faut que mon zizi devienne tout dur. Je me demandais si c’était normal quand j’étais petit.

Je ne pus pas me retenir longtemps tellement la pression était forte. Loïc fit sortir sa petite graine en même temps. À ce moment-là, j’eus un flash, tous les souvenirs de Damien#2 me revinrent en mémoire, je savais ce qui s’était passé à la colonie. Je criai :

— Loïc ! C’est merveilleux, je suis guéri, je me souviens !

Je me tournai vers lui, il s’était assis dans son lit, il tremblait. Je me levai immédiatement, me précipitai vers lui et le prit dans mes bras :

— Qu’y a-t-il ?

— J’ai aussi retrouvé les souvenirs de Loïc#1, je sais ce que nous avons vécu au camp, c’était horrible.

Je le serrai contre moi pendant plusieurs minutes.

— C’est bon, me dit-il, je me suis calmé. Le cauchemar est fini, nous sommes maintenant au même niveau.

— Nous pouvons envisager l’avenir avec sérénité. Je te propose de ne plus jamais en parler à quiconque. Je dirai au psy que j’ai retrouvé la mémoire à la suite d’une éjaculation, ce sera un nouveau cas pour la médecine, ils en discuteront pendant des années, je m’en fiche, je suis guéri.

— Je garderai aussi le secret. Tournons la page. Comment s’est passée notre deuxième rencontre ? Ah oui, je le sais aussi maintenant. Bis repetita placent.

— Tu sais le latin ? Je pensais que tu ne le savais pas.

— Comment saurais-tu que je ne le sais pas, nous n’en avons jamais parlé, ni dans un monde, ni dans l’autre.

— Je ne sais pas, une intuition.

— Non, je ne sais pas le latin, à part quelques locutions. Cela veut seulement dire qu’il faut profiter des bonnes choses et reprendre de ce qu’on aime.

— Eh bien, cessons de discuter et profitons.

Nous nous levons, je pose mes bras sur les épaules de Loïc, il fait de même, comme lorsque nous nous sommes promis de nous soutenir jusqu’au bout. Nous nous regardons dans les yeux puis rapprochons nos visages. Nos lèvres se touchent, d’abord quelques effleurements maladroits. Le contact devient plus intense, nos langues se cherchent. Je le serre dans mes bras. Vous connaissez déjà la suite.