Une histoire à découvrir
Camps de vacances (2)
6 juillet 2015 - Premier jour - Damien
L’homme au tee-shirt rouge nous réveilla à cinq heures en allumant les néons.
— Bonjours Messieurs, un nouveau jour se lève. Veuillez vous lever et vous mettre debout au pied de vos lits, les bras le long du corps.
Il était d’une extrême politesse. Je m’étais attendu à la caricature d’un sergent instructeur sorti tout droit de Full Metal Jacket. Ce n’était pas le cas, il avait quand même une force de persuasion étonnante. Tous se levèrent plus ou moins rapidement. Certains avaient leur sous-vêtement déformé par leur érection matinale. Il le remarqua :
— Je vois que l’air de la campagne vous convient bien. Pourrais-je demander à Messieurs Nathan, Tristan et Gaël de baisser leurs slips afin d’en faire profiter tout le monde ?
Je fus étonné, il connaissait déjà nos prénoms. Deux de mes camarades exécutèrent ses ordres alors que le troisième se rebiffa :
— C’est inacceptable. Vous vous croyez où ? Dans un camp disciplinaire de la Légion étrangère ? Et comment vous appelez-vous ? Vous ne vous êtes même pas présenté.
— Appelez-moi simplement Monsieur. Monsieur Nathan, n’avez-vous pas lu la remarque qui accompagnait le bulletin d’inscription ?
— Quelle remarque ? Mes parents, qui sont très haut placés et dont vous aurez bientôt des nouvelles, m’ont présenté ce camp comme une colonie de vacances tout à fait ordinaire.
— Vos parents savaient que la discipline est très sévère, ils n’ont pas voulu vous en parler.
— Je vais tirer ceci immédiatement au clair.
Il prit son portable. Il jura :
— Zut, pas de réseau.
— Les conditions de réception sont très mauvaises, il n’y a pas d’antennes dans la région.
Je ne compris pas, personne ne s’était plaint la veille. L’homme reprit :
— Vous êtes libres de partir quand vous le voulez. Nous ne retenons personne.
Nathan hésita. Je m’impatientai, j’avais besoin de pisser.
— Je peux encore réfléchir ?
— Non, vous quittez ce camp sur le champ. Il y a des trains toutes les heures dès 6 heures.
— Bon, je pars.
Il commença à se vêtir. L’homme nous autorisa à vider notre vessie et à pendre notre douche glacée après nous être totalement déshabillés. Nous eûmes ensuite un petit-déjeuner qui n’était pas si mauvais. Il y avait même du pain frais.
Nous ne revîmes jamais Nathan, nous n’étions plus que onze.
Après le repas, nous dûmes nous rendre dans un autre bâtiment, tout aussi délabré mais beaucoup plus imposant. Nous nous assîmes dans une salle de cours. L’homme au tee-shirt rouge (je l’appellerai désormais le moniteur) nous demanda de nous lever pour saluer un deuxième homme qui fit son entrée. Celui-ci était gros, même obèse. Il avait un complet et une chemise blancs avec une cravate rouge et un chapeau de paille. Il nous dit bonjour avec un accent indéfinissable, puis s’assit devant nous sur une chaise. Nous pûmes également reprendre place. Le moniteur prit la parole :
— Je vous présente le propriétaire du camp. Il désire garder l’anonymat, ne parle pas français et je serai son interprète. Il vous souhaite la bienvenue et vous souhaite un excellent séjour. Il est millionnaire et a décidé d’investir sa fortune pour la formation des jeunes. Il partagera la vie du camp avec vous de temps en temps. Avez-vous des questions à lui poser ?
Un camarade leva la main.
— Monsieur Bruno, votre question ?
— Ce monsieur a-t-il envie de nous engager dans une armée étrangère par la suite, pour participer à une guerre ?
— Pas du tout, vous n’aurez d’ailleurs aucune arme, le but de ce camp est de vous endurcir pour faire face à la vie civile, qui est parfois très meurtrière, pas de faire de vous des guerriers.
Je levai la main.
— Monsieur Damien ?
— Pourquoi avons-nous tous les cheveux roux ?
L’obèse sourit. S’il ne parlait pas le français, il devait le comprendre.
— Monsieur aime bien cette couleur. Il était aussi rouquin dans sa jeunesse.
— Oui, mais comment nous a-t-il sélectionné ?
— Nous avons envoyé cette invitation uniquement à des personnes aux cheveux roux.
Il n'avait pas répondu à ma question, je n’insistai pas.
— Encore d’autre questions ? Non ? Bien, allez chercher vos sacs et toutes vos affaires. Nous devons contrôler si vous n’avez pas d’objets interdits. On vous donnera aussi d’autres habits plus adaptés.
Nous revînmes rapidement, le moniteur nous fit entrer dans une grande salle qui avait dû être un gymnase. Il nous fit placer sur deux rangs devant des gros cartons vides. Il nous dit ensuite :
— Veuillez tout d’abord mettre dans le carton vos valeurs : portemonnaie, clefs, montres. Nous ne voulons pas de vols qui nous gâcheraient la vie.
C’était une bonne idée, je mis mes objets dans le carton.
— Mettez ensuite vos portables.
Quelqu’un protesta :
— Mais, vous ne pouvez pas…
— Monsieur Cédric, je vous prie de ne pas prendre la parole sans y être invité. Vous voudrez bien lever la main si vous avez quelque chose à dire. Je vous ai déjà indiqué qu’il n’y avait pas de réseau. Vous pouvez tous contrôler.
Effectivement, personne n’avait de liaison. Nous déposâmes avec regret nos téléphones dans le carton.
— Bien, déshabillez-vous et mettez ensuite tous vos habits et vos chaussures dans le carton, nous vous en distribuerons d’autres.
Nous nous retrouvâmes rapidement presque nus. Certains hésitaient à enlever leurs boxers. Le moniteur précisa :
— Tous les habits, vous recevrez d’autres sous-vêtements.
Il ne nous restait plus grand-chose.
— Mettez encore tout le reste, vous pouvez garder en fait seulement vos objets de toilette, vos remèdes et vos préservatifs. J’espère que vous avez eu la bonne idée d’en prendre.
L’homme au tee-shirt rouge nous ordonna de porter les cartons dans un local attenant dont il ferma la porte à clef, « jusqu’au dernier jour » précisa-t-il. Nous dûmes retourner vers nos sacs pour y ranger les rares objets personnels qui nous restaient. Nous étions toujours entièrement nus, alignés sur deux rangs. J’étais devant, le premier tout à gauche. À ma droite, le camarade qui dormait à côté de moi. Il avait de longs cheveux bouclés (roux bien sûr). Son corps avait l’air chétif et fragile. Je me demandai pourquoi il avait choisi ce camp. Il s’appelait Loïc.
Le moniteur revint avec un chariot. Il fit entrer un homme que nous n’avions encore jamais vu, la trentaine, vêtu d’un pantalon noir et d’une chemise polo bleu marine, et nous le présenta :
— Voici le Docteur Stéphane X. C’est le médecin du camp qui interviendrait si l’un d’entre vous tombait malade ou avait un accident, ce que ne n’espère pas, bien entendu.
— Bonjour Messieurs, dit le médecin.
Il avait une grosse valise, il l’ouvrit et en sortit une blouse blanche qu’il enfila. Il déposa ensuite toutes sortes d’instruments médicaux sur le chariot. Il hésita, puis s’approcha de moi, suivi du moniteur qui poussait le chariot et de l’obèse au complet blanc.
— Voici mon premier patient, me dit-il en me serrant la main.
Le moniteur avait également pris nos questionnaires médicaux. Il chercha le mien puis cria, pour que tout le monde l’entende :
— Damien X, né le 17 janvier 1999, habite à Paris. Pas de maladies, grand sportif, 10/16.
— 10/16 ? s’interrogea le médecin en regardant mon entrejambe, cela me paraît quelque peu exagéré.
J’entendis quelques rires derrière moi, je sentis mon pénis rétrécir encore. Le docteur prit un abaisse-langue sur le chariot et m’inspecta la gorge. Ensuite il m’ausculta. Il mit des gants, prit une réglette graduée, s’agenouilla et mesura mon pénis au repos puis l’étira le plus qu’il pût. Je grimaçai.
— Vous pouvez corriger et mettre 8/13, indiqua-t-il au moniteur.
Il décalotta mon gland plusieurs fois, assez brusquement. Heureusement que je n’avais pas de soucis à ce niveau. Il me tâta les testicules et me fit tousser pendant qu’il plantait son doigt dans le pli de l’aine. Je m’étais attendu à cet examen, presque un rite de passage comme il se pratiquait autrefois dans les conseils de révision ou les « 3 jours ». J’étais devenu un homme maintenant, j’avais le doit de baiser. Il me demanda de me retourner, et là je fus plus surpris, d’autant plus que j’étais le premier. Je sentis son doigt me lubrifier, puis pénétrer dans mon anus, sans qu’il m’eût prévenu. Les camarades du deuxième rang avaient l’air gêné, ne perdant toutefois pas une miette du spectacle. Je sentis ensuite un piqûre dans mes fesses. Le médecin me dit :
— C’est fini, j’ai aussi mis à jour vos vaccinations. Vous pouvez vous retourner. Au suivant.
Bizarrement, il sauta Loïc. L’obèse s’approcha de moi. Le moniteur expliqua :
— Nous aurions souhaité vous raser la tête, ça aurait été plus agréable avec la chaleur estivale. Monsieur trouve dommage, il aime tant vos cheveux roux. Nous vous demandons par contre de raser votre pubis et votre scrotum, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait.
Il prit un rasoir et de la mousse sur le chariot et les tendit à Loïc en lui disant :
— Monsieur Loïc, je vous prie de raser Monsieur Damien.
Loïc eut l’air totalement décontenancé. Je décidai de l’encourager :
— Vas-y Loïc, ne sois pas si timide. Les poils ça repousse.
— Mais…
— Je ne peux pas le faire moi-même. Sois très prudent.
Le gros homme observait la scène en souriant bêtement. Loïc se résolut à me badigeonner le pubis avec la mousse. Il fit attention de ne pas me blesser en me rasant. Il redoubla de prudence pour les couilles, mais me fit quand même une ou deux égratignures. Ils nous avaient promis du sang et des larmes, j’avais déjà eu le sang. J’eus un mauvais pressentiment à cet instant, j’espérai que ce serait le seul sang qui coulerait, mais je n’en étais pas sûr, pas sûr du tout…
Je n’attendis pas qu’on me dise de le faire, je demandai à Loïc de me passer la mousse à raser et le rasoir que je nettoyai avec une lingette prise sur le chariot. Le gros homme eut l’air satisfait de mon initiative, il m’incita à continuer. Je m’agenouillai devant mon camarade. J’étais un peu gêné. Je m’étais attendu à de l’amitié virile, quand même pas à ce point. C’était la première fois que je voyais les organes sexuels d’un autre homme de si près.
Je n’avais jamais eu de petite amie, j’étais encore puceau. Je me disais que ce n’était pas urgent d’en trouver une, une occasion allait bien se produire une fois ou l’autre. Je téléchargeais des vidéos pornos avec des femmes, pour faire comme tout le monde et avoir l’air d’un spécialiste lors de discussions avec les autres.
Non, je n’étais pas en train de tripoter une fille, j’étais en train de raser les poils bouclés et roux d’un garçon que je connaissais à peine. Le pubis terminé, je pris son pénis dans ma main. Il se raidit immédiatement. Je relevai la tête, Loïc avait l’air gêné. Je le rassurai :
— Ne t’inquiète pas, c’est un réflexe impossible à contrôler.
C’était plutôt moi qui m’inquiétai. J’étais fasciné par ce gros membre dressé dans ma main. Je regardai le gland totalement dénudé à cause de la circoncision. Plus aucune trace de prépuce. Je vis qu’il avait un névus près du frein. Pour essayer de désamorcer la charge érotique, je le signalai à Loïc :
— Tu as déjà vu ce grain de beauté près de ton gland ?
— Bien sûr.
— Tu devrais en parler au médecin tout à l’heure.
Son érection ne diminua pas. Je rasai les bourses. Le médecin en avait terminé avec le troisième de la rangée, il revint vers nous en disant :
— Oh, ce sera parfait pour la mesure. Combien cet ange a-t-il mis sur son questionnaire ?
— 11/18, répondit le moniteur.
— Pas mal, je vais vérifier.
Il prit la réglette graduée et mesura.
— C’est bon, on lui fait confiance pour la valeur au repos, sinon il faudrait qu’il ait une éjaculation pour débander et ce ne serait pas convenable en public. Voyons encore ce grain de beauté… non, ce n’est pas grave.
Loïc dut encore subir tous les autres examens et j’eus presque pitié de lui lorsqu’il se retourna et exposa son sexe dressé aux camarades derrière nous. Ils allaient penser qu’il était gay. Je me dis à ce moment-là qu’il l’était peut-être vraiment, que tous les participants à ce camp l’étaient. Et moi ? L’étais-je aussi ? Sans l’avoir jamais accepté car cela aurait été en contradiction avec l’image que je voulais donner, celle d’un futur militaire de carrière qui ne pouvait baiser que des filles ?
J’eus le temps de gamberger car plusieurs heures s’écoulèrent jusqu’à ce que le médecin eût examiné tout le monde. L’ambiance était détendue. Tous avaient l’air de trouver ceci assez amusant et ne se gênaient pas de mater les examens et de faire des plaisanteries. Cela renforça mon idée de camp gay, mais comment auraient-ils pu sélectionner uniquement des rouquins gays ?
Peu avant midi, nous pûmes aller chercher trois slips taille basse blancs, des chaussettes noires, trois tee-shirts verts ainsi qu’un treillis kaki, une casquette et de grosses chaussures. Tous ces habits étaient neufs. On nous donna également des étiquettes avec notre nom pour les coller sur les habits. On nous informa qu’un membre du personnel les laverait chaque jour. Le moniteur nous dit ensuite :
— Vous pouvez aller déjeuner. Monsieur Nicolas et Monsieur Damien, je vous prie de rester quelques minutes ici.
Cela m’inquiéta, qu’avait-il à me dire ? Il s’adressa tout d’abord à Nicolas :
— Monsieur, le médecin a constaté que vous n’étiez pas apte pour ce camp. Vous avez encore les séquelles d’un accident. Vous pourrez revenir l’année prochaine si vous êtes guéri. Je suis désolé. Compte tenu de ces circonstances, nous vous rembourserons le séjour.
— Je suis déçu, répondit Nicolas, mais je m’y attendais un peu.
— Allez vers le local où se trouvent vos affaires, je viendrai ouvrir.
Nous ne revîmes jamais Nicolas, nous n’étions plus que dix.
— Monsieur Damien, nous avons besoin d’un chef pour diriger le camp. Voulez-vous le devenir ?
— Moi ! m'exclamai-je, devenir chef ?
— Mais oui, nous avons besoin de quelqu'un pour diriger vos camarades. Je dois me consacrer aux tâches administratives et je ne pourrais pas être tout le temps avec vous.
— Pourquoi moi ?
— Vous nous avez indiqué que vous désirez devenir officier en demandant des précisions sur le camp. Ce n'était pas nécessaire de donner une motivation, nous l'avons quand même notée. Ce serait une expérience enrichissante pour vous.
— Je ne sais pas si j'en serais capable.
— Nous allons faire un essai cet après-midi, nous vous remplacerons si cela ne fonctionne pas. Voici un plan du camp. J'ai noté un itinéraire, une marche de 15 km. Vous la conduirez et on verra si vous trouvez le chemin.
— Pourrais-je encore réfléchir ensuite ?
— Oui, nous informerons les autres seulement demain matin. Et je vous demanderais de nommer un adjoint. Il pourra vous aider.
— Et que devrais-je faire exactement les jours suivants ?
— Nous vous donnerons un ou des buts pour chaque journée. Vous pourrez en organiser le déroulement comme vous le désirez. Vous servirez de liaison entre les hommes et nous.
— Vous n'avez pas d'autres employés ?
— Il y a deux cuisiniers et un concierge pour l'entretien. Ils ne parlent malheureusement pas le français. Il viennent du même pays que Monsieur, me dit-il en montant le patron. Je vous laisse réfléchir. Vous devez avoir faim. Allez déjeuner.
Je décidai rapidement d'accepter. En plus de l'expérience du commandement, cela me permettrait peut-être d'en savoir un peu plus sur les deux mystérieux hommes qui dirigeaient le camp et d'en connaître les coulisses. Il valait mieux agir que subir.
Je trouvai rapidement mon adjoint, en fait le seul que je connaissais déjà un peu : Loïc. Il y avait deux raisons : il me paraissait très intelligent, il pourrait me donner des conseils judicieux. Et il avait besoin d'être protégé, il me semblait si vulnérable. Je ne lui en parlai pas encore pendant le déjeuner, qui était assez bon pour un camp de ce type. Je m'étais attendu à pire.
Après le repas, le moniteur nous annonça la marche. Il nous mit à disposition de la crème solaire car nous avions tous la peau fragile. Il nous recommanda de prendre assez d'eau et distribua des gourdes. Personne ne râla. Ils avaient tous envie d'exercice après la matinée dans le gymnase.
La marche se déroula bien. Je demandai à Loïc de rester en tête avec moi et de m'aider à lire le plan, je choisis un rythme assez lent avec deux pauses de 15 minutes. Le paysage était sauvage, quelques bosquets et des arbustes rabougris, la terre était desséchée, il ne devait pas pleuvoir souvent. Nous passâmes vers plusieurs entrées de bunkers. Je n'avais pas pensé à me renseigner avant de venir, je ne savais pas quelles unités s'étaient entraînées ici. Nous n'atteignîmes pas les limites du camp, sa superficie était très étendue, mais nous vîmes à plusieurs reprises la haute clôture qui le délimitait et nous ne nous perdîmes pas. Un seul incident : l'un d'entre nous, Frédéric eut de la peine à suivre et s'arrêta. Le moniteur, qui suivait en jeep, le prit en charge et le ramena à l'entrée. À notre retour, il nous annonça que notre camarade avait décidé de quitter le camp.
Nous ne revîmes jamais Frédéric, nous n'étions plus que neuf.
Le soir, je demandai à Loïc de venir faire une promenade avec moi. Nous sortîmes du bâtiment.
— Comment ça va ? lui demandai-je.
— J'ai les pieds en compote, autrement ça va.
— Tu t'habitueras à cette vie. Pourquoi as-tu choisi de passer tes vacances ici ?
— J'aimerais faire des études de théâtre. Ce camp me permettra d'une part de me muscler, il faut du physique pour jouer sur une scène, et j'espère aussi gagner de l'assurance, être plus sûr de moi. Et toi ?
— J'ai envie de faire une carrière à l'armée, devenir officier. C'est pour cela que je serai votre chef.
— Notre chef ? C'était prévu ?
— Non, je l'ai appris à midi. Et tu seras mon adjoint.
— Ton adjoint ? Tu es fou, je ne suis pas fait pour commander. C'est toi qui as choisi ou les deux tarés qui dirigent le camp ?
— C'est moi, si tu es d'accord évidemment. Tu as une bien piètre opinion de nos G.O. …
— Tu peux les appeler comme tu veux, pour moi ce sont des tarés. Nous faire examiner en public par ce médecin vicieux.
— Cela fait partie de la vie militaire, l'humiliation par la nudité. C'est un rituel, un rite de passage.
— J'appellerais ça un bizutage. Excuse-moi d'avoir bandé, c'était plus fort que moi.
— Tu es tout excusé. C'était certainement ce qu'ils voulaient. Je me demandais s'ils n'ont pas cherché des homosexuels pour ce camp.
— Et tu penses que je le suis ? Je n'ai jamais couché avec un homme.
— Moi non plus, mais je commence à douter. J'ai bien aimé ces examens et ces rasages intimes.
— Bon, je te l'avoue. Je suis sûr d'être gay.
— Merci de ta franchise. Je pense que nous nous entendrons bien. Tu es d'accord d'être mon adjoint ?
— Je ne te laisserai pas tomber, j'accepte.
Je posai ma main sur ses épaules en lui disant :
— Merci, je savais que je pourrais compter sur toi.
— En contrepartie, je te demande encore quelque chose.
— Je t'écoute.
— Soutenons-nous jusqu'au bout, quoiqu'il arrive.
— Tu m'inquiètes, qu'y a-t-il ?
— Quelque chose ne me plaît pas dans ce camp. Je ne sais pas encore exactement quoi.
— Je te le promets, nous nous soutiendrons quoiqu'il arrive.
Il me mit également ses mains sur mes épaules et nous restâmes de long instants sans rien nous dire.
J'eus de nouveau de la peine à m'endormir le soir, inquiet des responsabilités qui m’attendaient.