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Camps de vacances (8)

11 juillet 2015 - Sixième jour - Loïc

Mes relations avec Damien étaient restées les mêmes après notre retour du camp sous la tente. Nous étions les meilleurs amis du monde, sans plus. Il faut dire que cela n’aurait pas été facile de nous isoler, nous aurions pu être surpris par un camarade qui aurait, dans le meilleur des cas, raconté à tout le monde que nous étions des pédés, ou, dans le pire des cas, nous aurait dénoncé au directeur avec une expulsion immédiate comme conséquence. Nous n’avions plus parlé de sexe.

Le samedi, un programme spécial était prévu pour les grands. Les petits étaient partis en car à la piscine située dans une grande ville à plus de 100 km. Nathan, qui était toujours au courant de tout, nous avait dit que ce serait un cours d’éducation sexuelle d’un nouveau genre. La région avait décidé de financer un programme pour faire baisser la propagation des MST et des grossesses non désirées. Ces cours étaient offerts aux colonies et aux écoles de la région. Nous revînmes à 9 heures dans le réfectoire. Les rideaux étaient tirés, l’écran pour la projection des vidéos baissé. Trois tables avaient été alignées devant. Les chaises étaient disposées en deux demi-cercles. Deux projecteurs éclairaient la « scène ». Un cadreur filmait le tout et les images étaient projetées sur l’écran. Le directeur prit la parole. Il nous confirma que c’était bien un cours d’éducation sexuelle et qu’il désapprouvait ceci, c’était cependant obligatoire pour obtenir des subventions. Il invita ceux qui ne voulaient pas participer à sortir, personne ne se leva. Il nous indiqua que chacun pourrait quitter la salle en tous temps. Il précisa que c’était le fils du président de la région en personne qui organisait ces cours et sortit.

Le cadreur nous expliqua que nous devrons applaudir lorsque cela s’afficherait en haut à droite de l’écran. Nous fîmes un ou deux essais, les applaudissements n’étaient pas très nourris. Il éteignit la lumière et une image de foetus sur fond noir apparut sur l’écran, accompagnée de l’ouverture de Ainsi parlait Zarathoustra, de Richard Strauss. Je reconnus les dernières images de 2001, le film de Stanley Kubrick. Les projecteurs se rallumèrent et nous fûmes priés d’applaudir. Un présentateur au sourire de publicité pour dentifrice fit son entrée, suivi de l’inévitable femme-potiche et d’un troisième homme. Ils montèrent sur une table, le présentateur consulta une fiche et prit la parole :

— Mesdemoiselles, Messieurs, je vous souhaite une cordiale bienvenue. Je m’appelle Patrick. Je désire préciser qu’aucune image ne sera télévisée, nous n’avons même pas le droit de les enregistrer. Chacun est libre de participer activement ou de rester simple spectateur, ou même de sortir de la salle. C’est la première fois que nous essayons ce format, il y aura peut-être des détails à corriger, nous vous demanderons un feedback à la fin. Déjà des questions ? Aucune ? Je vous présente mes co-animateurs : Madame Claude, et le Docteur Franz K, qui répondra à toutes vos questions.

Encore un docteur ? Il commençait à y en avoir beaucoup trop dans cette colo, ce n’était heureusement pas le même que le premier jour.

— Nous allons tout vous expliquer sans tabous et tout vous montrer. Nous avons besoin de huit personnes, d’abord quatre hommes pour commencer. Nous aimerions si possible avoir des origines différentes, afin de montrer la diversité du corps humain. Des volontaires ?

Je compris immédiatement de quoi il s’agissait. Il allait nous demander de nous présenter en tenue légère, ou même à poil, sur la scène. Avec mes cheveux roux, j’étais prédestiné pour y passer. J’avais déjà donné avec les photos pour la police. Personne ne s’annonça. Le présentateur demanda à Nathan, qui n’avait pas arrêté de faire des plaisanteries douteuses, s’il était volontaire. Il refusa, s’attirant les rires narquois des autres. Il pensa soudain à nous :

— Et ces deux messieurs aux cheveux roux, pas intéressés ?

À mon grand étonnement, Damien se leva. Tout le monde l’applaudit spontanément. Suivirent également Ken, d’origine japonaise, Chadli, d’origine maghrébine et Nelson, qui était noir. Nathan ne put s’empêcher de faire une plaisanterie sur la longueur supposée des bites en fonction de l’origine. Il se fit remettre à l’ordre par le présentateur. Les quatre sortirent de la salle avec Madame Claude. Le médecin commença sa présentation avec un schéma des organes génitaux masculins.

Nos camarades revinrent sous un tonnerre d’applaudissements. Ils n’avaient plus mis qu’un peignoir de bain. Ils montèrent sur les tables. Le présentateur reprit la parole :

— Mesdemoiselles, Messieurs, le grand moment est arrivé. Je vais demander à nos modèles d’enlever leur peignoir.

Les projecteurs baissèrent d’intensité, se focalisant vers le bas des corps, et mes camarades se dénudèrent, non sans un peu d’hésitation. Il n’avaient rien mis dessous. Il y eut du brouhaha qui se calma peu à peu. Le médecin mit des gants et prit son air le plus sérieux pour commenter les particularités du pénis et des testicules : couilles plus ou moins grosses et pendantes, glands plus ou moins découverts, bites plus ou moins longues, poils pubiens rasés ou pas. La caméra suivait pour faire des gros plans. Il s’arrêta vers chacun, décalotta ceux qui n’étaient pas circoncis, expliquant comment palper les testicules pour détecter un cancer. Il nous parla ensuite d’analyses par prélèvement dans l’urètre et de vaccinations. Il nous dit que tous les garçons auraient l’occasion de faire ceci l’après-midi. J’eus un frisson dans le dos, quelques mauvais moments à passer. Il répondit ensuite à diverses questions. Une fille demanda :

— Comment met-on un préservatif ?

— Très bonne question. On vous montrera sur un pénis en bois, à moins que…

Le médecin venait de réaliser qu’un des modèles était prêt à mettre un préservatif. C'était Damien qui avait une érection. J'étais bien sûr content de le voir dans cet état, j'avais aussi pitié de lui, ce devait être la honte de sa vie. Tout le monde commençait à chuchoter dans la salle. Le présentateur intervint :

— Silence s'il vous plaît. Ce n'était pas prévu au programme, mais c'est quelque chose... de tout à fait naturel. Damien, désirez-vous remettre votre peignoir ?

— Non, répondit-il, ça passera.

— Parfait, Madame Claude, voudriez-vous nous montrer comment on enfile un préservatif ?

— Avec grand plaisir.

J'espérais que Damien débanderait, ça aurait été pour moi la preuve qu'il n'était pas sensible aux charmes féminins. Malheureusement ce ne fut pas le cas, il resta en érection pendant que l'animatrice déroulait la capote en donnant des explications. Il fut spontanément applaudi à la fin. Les quatre modèles descendirent de la table pour aller se rhabiller.

Nous fîmes une pause pour nous désaltérer. Je demandai à Damien :

— Pas trop traumatisé ?

— Non, ça va, je m'en remettrais, le ridicule ne tue pas.

— Heureusement.

— Et si je deviens comédien, je pourrais me recycler dans les films X si je n'ai plus assez de travail.

— Je n'ai pas l'impression.

— Pourquoi ?

— Excuse-moi de te dire la vérité, elle est trop... courte. Pour jouer dans un film je veux dire, pour le reste elle ira très bien.

— Et la tienne ?

— Sans me vanter, elle conviendrait déjà mieux.

J'eus envie d'ajouter :

— Veux-tu la voir lorsque je bande ?

Je me retins. Le présentateur interrompit notre conversation et nous pria de regagner nos places. La deuxième partie me passionna beaucoup moins, ce furent quatre filles qui se déshabillèrent. Je les regardai juste pour l'aspect scientifique, voir quand même une fois dans ma vie comment une femme était faite. Ce qui me désola, c'est que Damien s'intéressa beaucoup à elles, en particulier à Céline qui répétait aussi la pièce avec nous. J'étais jaloux. Damien était-il hétéro ? Mes espérances s'évanouissaient. J'écoutai à peine le reste, essentiellement des questions au médecin et ses réponses. J'aurais bien voulu en poser une, mais je n'osai pas, on aurait soupçonné que j'étais homosexuel.

Après le déjeuner, les filles restèrent avec Madame Claude pour parler de thèmes plus féminins, comme la palpation des seins, thèmes qui ne nous concernaient pas. Ce n'est pas tout à fait exact. Ceci aurait intéressé la plupart de mes camarades, j'ai tendance à généraliser. Le présentateur resta avec les filles pour se rincer l’œil. Jeremy, qui avait aussi assisté au cours, « pour des raisons professionnelles uniquement », m'avait-il dit sans rire, « afin de voir si la mise en scène était bien faite », vint avec nous et nous mena à l'ombre dans la forêt. Il me dit qu'il avait été très satisfait de la prestation de Damien. Oser bander sur scène, il ne le pourrait pas. À la rigueur pisser, mais pas bander.

Le médecin était aussi avec nous, il nous expliqua qu'il allait nous montrer comment examiner régulièrement nos testicules afin de détecter tout changement. Il demanda un volontaire pour faire la démonstration. Personne ne réagit, sauf Nathan :

— Damien, tu as l'habitude maintenant, vas-y !

Jeremy intervint :

— Et toi, au lieu de toujours parler et de dénigrer les autres, ne pourrais-tu pas nous prouver que tu en as ?

— Que j'en ai quoi ?

— Des couilles, évidemment.

Tous rirent et approuvèrent, Nathan commençait à énerver bon nombre d'entre nous. Tête basse, il se résolut à se mettre en face de nous. Il attendit les ordres du médecin qui lui dit :

— Eh bien, baissez votre pantalon, on verra mieux.

Il obéit, le médecin lui expliqua ce qu'il devait faire, corrigeant ses gestes. Il put ensuite se rhabiller. Nous pensions en avoir fini, lorsque le docteur nous dit :

— C'est à vous maintenant.

Nous nous regardâmes, personne ne semblait avoir compris. Le médecin insista :

— Oui, vous pouvez tous le faire maintenant.

Nous baissâmes alors nos pantalons et caleçons, puis nous nous triturâmes les couilles pendant quelques minutes. Nathan nous matait en prenant sa revanche. Jeremy compatit à notre triste sort et nous imita.

Le médecin nous invita ensuite à nous rendre à l'infirmerie, chacun à notre tour, pour parler de la prévention des MST. Ce n'était pas obligatoire, je m'y rendis, même si je n'avais pas tellement envie de retourner dans ce local qui avait peut-être des caméras cachées, mais ce sujet m'intéressait. Je me disais que j'allais certainement faire une visite dans un sauna gay ou dans un autre lieu de perdition et baiser avec n'importe qui. Il faudrait être prudent.

Le médecin était bien plus respectueux que le précédent. Il me vouvoya, me demanda si je voulais bien répondre à quelques questions. J'acceptai. Il me demanda ensuite si j'avais déjà eu des relations non protégées, je dis non, sans oser dire que je n'avais jamais eu de relations du tout. Il me parla avec tact de mon orientation sexuelle, je lui avouai que j'étais gay. Il me pria de me coucher sur la table d'examens et de baisser mon caleçon. Il examina brièvement mon pénis, faisant un commentaire sur mon grain de beauté. Le monde entier allait bientôt connaître cette particularité de mon anatomie. Il me conseilla de faire régulièrement des contrôles, en particulier si j'avais plusieurs partenaires. Il me montra ensuite comment on faisait un prélèvement dans l'urètre avec un coton-tige. Ce fut très désagréable. Il me proposa ensuite une vaccination contre le papillomavirus. J'acceptai, il me demanda de me retourner et me fit une piqûre dans les fesses. C’était terminé, je pris congé et je sortis. À ce moment-là, je pensais ne plus avoir de contacts avec un médecin jusqu’à la fin de la colo.