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À trois dans la sacristie

Deux missionnaires venus d'Afrique, de passage dans notre paroisse, firent sensation dans la bourgade. Par leur accoutrement d'abord. Vêtus d'une robe de bure, tonsurés et sandales aux pieds, œil brillant, barbe broussailleuse, ils incarnaient un exotisme qui reléguait le vieux curé au rang d'antiquité minable. Venus pour évangéliser le prolétariat des faubourgs, ils furent accueillis sans chaleur par la majorité des hommes, pétris d'anticléricalisme, mais avec certaine complaisance teintée d'une grande curiosité par leurs épouses moins sectaires. C'est qu'elles s'ennuyaient, les pauvres, et eurent plaisir à contempler deux gaillards dans la quarantaine, à la tournure bien déliée et au sourire éblouissant. Et comme jamais, au grand jamais, ils ne parlèrent de religion, posant des questions sur la vie, le quotidien et les enfants, ils furent bien vite adoptés par cette population rétive. S'ils ne demeurèrent que trois mois dans ce village de 3000 âmes, ils changèrent la vision du monde d'un bon nombre des habitants. Quant à moi, ils changèrent ma vie.

Appelé par mon évêque à remplacer le vieux curé, victime d'un brutal AVC, je trouvai les deux moines dans la cuisine du presbytère, attablés devant un gigot.

— Tiens, voilà le petit curé ! dit le plus grand. Frère Honorat, se présenta-t-il. Mon collègue, c'est frère Alfonso.

— Je suis l'abbé Hervé de Plane, répondis-je avec un sourire.

Leur accueil plein de naturel tranchait avec le protocole qui régnait auprès de l'évêque où, secrétaire particulier, j'avais fait jusqu'ici mes classes. Je les détaillai un peu plus. Frère Honorat, très grand et mince, avait un visage marqué par vingt années sous les tropiques. Son regard, immensément bleu, avait un éclat métallique, signe d'une force intérieure. Frère Alfonso, tout en contraste, offrait une face délicate où se lisait de la bonté. Sous l'habillement monacal se dessinait une silhouette élancée, rendue harmonieuse par la corde qui lui tenait lieu de ceinture. À leur invitation pressante je me joignis à leur repas bien que j'eusse déjà dîné, mais je brûlais tout simplement de faire plus ample connaissance. Le repas n'était pas fini que nous étions déjà amis.

Je n'accompagnai pas les deux moines dans leur mission évangélique. Primo, je n'avais pas le temps, secundo, j'eusse été incapable de me frotter de but en blanc à la rugosité ouvrière. Mon éducation patricienne ne m'y avait pas préparé. Car j'étais vicomte, voyez-vous, et l'on ambitionnait pour moi l'habit voler avec la mitre. À trente ans je ne savais rien ou pratiquement rien de la vie. J'avais flirté, dans mon jeune âge, avec une jolie demoiselle, cadette du château voisin, mais sans pousser mon avantage car je n'en éprouvais pas l'envie. On parlait de ma séduction, j'étais un parti honorable. Mais voilà, j'étais attiré par la carrière ecclésiastique qui me semblait bien au-dessus d'une destinée matrimoniale. J'étais entré au séminaire.

Nous nous retrouvions tous à dîner autour d'une table bien servie. Une paroissienne dévouée s'occupait seule, dans la journée, du service du presbytère et rentrait chez elle le soir. Nos conversations étaient gaies, se prolongeant parfois très tard. Les moines me parlaient de l'Afrique et moi je leur parlais de moi avec une ingénuité totale. Le problème de la chasteté s'invita un soir à la table. Je signalai étourdiment que, grâce à Dieu, j'étais épargné par les tourments liés à la chair. Honorat, l'air dubitatif, modelait de la mie de pain.

— Tu as de la chance, me dit-il. Moi je suis un pauvre pécheur dans ce domaine comme tant d'autres. je m'en confesse à Alfonso. Il me donne l'absolution et également ma pénitence. En retour, je lui donne la mienne. Lui aussi se confesse à moi.

Il triturait sa mie de pain qui prit la forme d'un long cylindre, renflé au bout comme des ciseaux et me parut énigmatique mais fit naître chez Alfonso, un sourire de connivence.

— Bon, il est temps de se coucher, reprit Honorat se levant. Il fit tourner la mie de pain quelques instants entre ses lèvres, puis il l'engouffra d'un seul coup.

Ils gagnèrent leur chambre aussitôt et moi je rejoignis la mienne qui était celle du vieux curé. Couché sous le grand crucifix, ma pensée erra un moment sur les propos d'après dîner. Qu'avait voulu dire Honorat, parlant de sa vie pécheresse ? Ma naïveté était telle qu'aucune réponse ne me venait. Mais bientôt le sommeil me prit. Je me réveillai brusquement. Des râles traversaient la cloison de la chambre voisine de la mienne. Des gémissements entrecoupés par des claquements de ceinture, et une voix altérée qui criait : "Plus fort, au nom de Dieu, plus fort !" Je compris qu'une flagellation se déroulait à quelques mètres. La voix d'Honorat s'éleva : "Ah ! Ah ! je jouis. Merci Seigneur !" Je pensai instantanément : "Ce sont des saints. Ils trouvent la jouissance de leur âme dans le châtiment de leur corps ?" Car pour moi le mot jouissance était l'extase de l'esprit. Pénétré de cette découverte, je ne me rendormis qu'au matin;

Ce matin là était dimanche. Nous devions, les deux moines et moi, concélébrer à trois la messe qui commencerait à 11h. À 10h, soit une heure avant, nous fûmes à la sacristie pour préparer l'office divin et revêtir, avec méthode, nos vêtements sacerdotaux. J'avais juste à ôter ma veste, gardant col romain, chemise noire et mon pantalon habituel avant d'enfiler mon surplis. Les moines se défirent de leur bure et à mon ébahissement complet, ils apparurent entièrement nus. Fasciné, je les regardai. Je n'avais jamais vu personne ainsi dans le simple appareil. Sur le dos puissant d'Honorat, des zébrures d'un rouge grenat inscrivaient la carte sanglante de la flagellation récente. Un pénis énorme et velu au gland violet près d'éclater s'avançait de 20cm. Le torse harmonieux d'Alfonso s'étrécissait jusqu'à la taille et pointait, à l'angle des cuisses fuselées et galbées à souhait, un sexe long et haut levé nanti de petits testicules qui rappelait exactement la mie de pain sculptée la veille. Je sentis un fourmillement qui s'emparait de mon bas-ventre et qui se traduisit bientôt par une érection gigantesque.

Jamais je n'avais ressenti une excitation si intense. Mon unique flirt, en maillot de bain, n'avait jamais ému ma verge et mes érections du matin m'avaient toujours laissé des impressions plutôt pénibles. J'attendais, cramoisi de honte, qu'elles acceptassent de disparaître. Je me rappelais qu'au séminaire, mes camarades, en plaisantant d'une manière sacrilège, prétendaient que Notre Seigneur, au moment de sa crucifixion, bandait sous son lambeau d'étoffe. Et voilà maintenant que moi-même je bandais en pleine sacristie à la vue de moines lubriques. Je fis un grand signe de croix.

— Nus comme le bon Dieu nous a faits, déclara le bel Alfonso. Sois humble, déshabille-toi. Montre-toi à Dieu dans ta gloire.

Et comme je n'obtempérais pas. Ils me dépouillèrent lentement. Paralysé, presque inconscient, je laissai leurs mains s'activer pour me mettre en tenue d'Adam. Lorsque je fus tout nu comme eux, mon sexe tendu à se rompre, les missionnaires se reculèrent pour me contempler à loisir.

— Tu es un chef d'oeuvre du ciel, dit Alfonso, devenu soudain grave.

Il s'agenouilla devant moi et engloutit ma grosse bite. Le mot bite me vint brusquement. Oui, j'étais mâle avec une bite. Je découvrais qu'elle était grosse. Alfonso, bouche dilatée, me spiralait avec sa langue sans pouvoir la prendre en entier. Je poussai un gémissement. Une matraque formidable tentait de me forcer le fion. Oui, j'étais mâle avec un fion. Tout ce vocabulaire grossier, entendu à l'adolescence, me revenait en boomerang après des années d'amnésie. Je sentis un crachat épais qui mouillait ma muqueuse arrière. La matraque insista un peu et m'envahit sans crier gare. Et alors je connus la Joie. Non pas celle de Bernanos, essentiellement spirituelle, mais celle de l'Homme pris par l'Homme, le désir comblé, sublimé, de la fusion homosexuelle. Un rugissement éclata, mon cul, saturé par le chibre de mon enculeur frénétique, se contracta une dernière fois. Une cataracte de foutre vint m'irriguer en cinq longs jets. En même temps, je lâchai mon sperme. Des spasmes longs, voluptueux, me firent trembler jusqu'à la nuque. Alfonso, d'un ultime effort, les recueillit en fond de gorge, déglutit, et avala tout.

— J'ai pratiqué la sodomie, dit Honorat d'un air contrit. J'ai donc mérité pénitence. Tu me flagelleras ce soir.

Durant les deux mois qui suivirent, je le flagellai chaque soir.

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