Toutes les histoires

Une histoire à découvrir

Échange

Je n'en peux plus de la vie que me fait mener Gilles. Il rompt, me relance, re-rompt et à chaque fois j'accepte ses caprices de départ, de retour, alors que je me sens balloté comme un sac-poubelle prêt à être jeté dans le camion-benne. Il ne me fait plus l'amour, il me baise et j'accepte car je préfère ça que rien.

Samedi, il m'a promis de prendre une décision à notre sujet. Il ne m'a pas dit: "Nous allons en discuter", non, lui va prendre une décision étant entendu que moi je m'y soumettrai. Et c'est vrai que je m'y soumettrai, j'ai pas le choix.

Hier il m'a téléphoné pour me dire juste cinq mots: "Amène-toi tout de suite." J'ai tout laissé tomber et j'ai accouru chez lui. Il m'a ouvert la porte, m'a fait entrer. Dans son salon il y avait deux hommes. Un des deux était à la fenêtre, il m'avait vu arriver, l'autre était prostré dans un fauteuil, il semblait avoir pleuré. Le premier m'a regardé, l'autre pas. Gilles m'a présenté à l'homme debout seulement.

— Seb, je te présente Sammy, il est à toi.

J'ai regardé Gilles, puis Seb, puis le mec assis qui s'était remis à pleurer... Je ne comprenais rien. Gilles reprit à mon intention:

— Amène-toi et fous-toi à poil, je vais montrer à Seb comment tu fonctionnes.

— Mais tu es fou? Tu me prends pour qui, pour quoi?

— Si tu veux que je te baise une dernière fois, c'est le moment, c'est l'instant, après tu seras à Seb et c'est lui qui te baisera.

— Tu rigoles ou quoi?

— Non. Arrête tes simagrées et fous-toi à poil, ce sont mes adieux.

J'en ai la nausée mais une fois de plus, je suis subjugué par Gilles. Je me déshabille devant lui et devant ces deux inconnus. Je ne sais pas ce qui me prend ni ce qui m'arrive. Le mec assis sanglote à présent. Histoire de fous. Je suis nu devant un inconnu qui me mate, devant l'homme que j'aime et devant un autre inconnu qui chiale. Et ça ne ressemble à rien du tout. Certainement pas à la conception que j'ai de l'amour entre hommes.

Me voici rabaissé au rôle d'esclave... et j'accepte! En souffrant mais j'accepte puisque c'est la dernière fois que Gilles me baisera. Il me fait approcher de la table de la salle à manger et m’y fait étendre le haut du corps. Mon cul est dirigé vers le salon et je sens au moins deux regards dirigés vers moi, celui de Gilles et celui de Seb. Gilles fait l'article comme si j'étais du bétail: il me caresse la croupe, me fesse, fait tâter à Seb comme elle est douce. Il écarte mes fesses et invite Seb à me toucher la rondelle. Je sens des doigts qui me pénètrent. Gilles lui demande de me doigter carrément puis de m'écarter les fesses pour avoir un meilleur accès à mon trou. Je sens sa queue qui me pénètre, je sais que c'est la dernière fois et à mon tour les larmes me montent aux yeux. J'essaye de ne pas me faire remarquer mais je sens une main qui me caresse doucement la nuque et les cheveux. Je risque un regard, c'est Seb qui semble me consoler. Dans ma détresse, ça me fait quand même un peu chaud au coeur.

Gilles est en train de me limer machinalement en papotant avec Seb. Je ne compte déjà plus pour lui mais je n'ai aucun sursaut de révolte. Je ne suis plus rien. Cela me fait du bien et du mal à la fois car sa queue est bonne mais je sais que je ne l'aurai plus jamais dans mon cul. Seb n'hésite pas à me caresser par-ci par-là. Est ce de la compassion ou bien me flatte-t-il comme on flatterait un chien? Soudain il appelle l'autre inconnu.

— Thierry! Amène-toi. Déssape-toi et place-toi à côté de... (à Gilles) Comment il s'appelle encore?

C'est horrible, je ne suis plus qu'un morceau de viande pour eux. C'est décidé, je vais me suicider tout à l'heure! Gilles répond:

— C'est Samuel mais on l'appelle Sammy.

Je déteste qu'on m'appelle Sammy, je ressens ça comme un nom de chien. Surtout aujourd'hui! Seb poursuit à l'adresse de Thierry:

— OK, place-toi à côté de Samuel. Je vais prendre la place de Gilles qui va te niquer.

Thierry supplie:

— Non, pas ça, dis, pas ça!

Mais il obtempère quand même. Nous sommes côte à côte lui et moi. Je sens Gilles sortir de mon cul et Seb prendre aussitôt sa place. Je vois Thierry qui tressaille, je suppose que Gilles vient de le pénétrer. J'éclate en sanglots. Je n'en peux plus. Contre toute attente, Seb s'étend sur moi et me murmure très doucement des mots gentils:

— Laisse-toi faire Samuel, je ne te veux aucun mal, bien au contraire, je t'expliquerai après. Si tu veux que j'arrête de te limer, n'aie pas peur de me le dire, j'arrêterai mais je pense qu'il vaut mieux pour nous quatre que je continue.

J'accepte et je fais bouger mon cul en signe d'assentiment. Seb continue donc à me prendre avec une douceur extrême. Je me laisse aller. Je ne sais pas ce qui va se passer. Je suis bien finalement, même si je n'ai pas la moindre envie de jouir. Les deux "maîtres" discutent entre eux comme si Thierry et moi n'existions même plus. Tout en baisant Thierry que j'envie, Gilles interroge Seb:

— Qu'en penses-tu? On fait l'échange?

— OK, moi ça me va. On fait comme prévu, je te laisse la clé de l'appartement de Thierry et tu me donnes celle de la maison de Samuel. On ne leur demanderait pas leur avis?

— Non, pas la peine. Cet échange ne les concerne pas.

Gilles, qui n'avait jamais levé la main sur moi, me flanque une énorme claque sur le cul et m'ordonne d'aller me rhabiller et de dégager. Il s'apprête à m'en flanquer une autre mais Seb retient son bras:

— Arrête, il est à moi à présent. Si tu veux taper, Thierry est là pour ça.

Gilles lève un poing qu'il abat sans ménagement sur l'oreille de Thierry. Je ne l'aurais jamais cru capable d'une telle violence. Thierry crie de douleur, c'est une véritable volée de coups de poing et de pied qui s'abat sur lui. Je vais gerber aux toilettes. Seb me suit, il me tient la tête pendant que je vomis dans la cuvette.

— Calme toi, me dit-il. Laisse-les s'arranger entre eux, je te ramène chez toi.

Je quitte Gilles sans un mot. Je ne le reconnais plus. Ça ne peut pas être lui le mec que j'ai adulé pendant trois ans. Pas très gentil avec moi mais jamais violent. C'est pas possible, il est drogué. Je fuis cet appartement, protégé de la panique par Seb qui me tient par les épaules. Dans l'ascenseur, je m'effondre contre lui, la limite est dépassée, je voudrais mourir sur place ou alors me réveiller de ce cauchemar. Une fois à l'extérieur, un vent très doux me fait reprendre mes esprits. Je serais toutefois incapable de reprendre le volant de ma voiture pour rentrer chez moi.

— Laisse, Samuel, je vais te reconduire chez toi.

— Mais ma voiture?

— Je te la ramènerai plus tard. Dépêchons-nous, tu dois te reposer d'urgence, peut-être prendre un somnifère et dormir pour effacer ce que tu viens de vivre chez Gilles.

Je me laisse conduire. Il me demande mon adresse et me reconduit chez moi. Je n’oppose aucune résistance. Arrivés à la maison, je n'en peux plus. J'ai l'impression de sortir de l'enfer. Je remercie Seb et je lui demande de s'en aller et de me laisser seul.

— Non, excuse-moi mais je vais rester ici pour veiller sur toi. Tes regards de tout à l'heure ne me disent rien qui vaille. Ne t'inquiète pas. Si tu as un somnifère, mais un seul, prends-le. Je resterai sagement à tes côtés.

J'ai pris la plaquette de somnifères, il me l'a ôtée des mains, m'en a donné un et m'a suivi à la chambre. Je ne le connaissais pas, j'avais vécu une scène humiliante en partie à cause de lui mais je n'avais que lui pour me raccrocher à quelque chose de concret. Il m'a aidé à me déshabiller, à m'étendre car le somnifère commençait déjà à faire son effet. J'ai plongé dans le sommeil comme dans une mer de goudron. Des rêves salaces ont envahi mon sommeil mais une main très douce caressait pudiquement mes épaules et ma tête. Était-ce une partie du rêve, je l’ignore.

Des heures plus tard, je ne saurai jamais combien, je me suis réveillé. J'étais seul dans mon lit, j'avais mal à la tête encore embrumée par les cauchemars qui m'avaient assailli toute la nuit. Par contre, des odeurs de café frais et de pain grillé venaient agréablement chatouiller mes narines. Interloqué, je me suis levé et je me suis dirigé vers la cuisine. Comme sorti de mon cauchemar, Seb était assis à la table et prenait un copieux déjeuner me semble-t-il. En me voyant il s'est levé et s'est précipité vers moi.

— Mon pauvre chéri!

J'ai eu un sursaut de dégoût que j'ai cru imperceptible mais Seb l'a remarqué.

— Samuel, je te demande pardon. Voici du café. Du lait? Du sucre?

— Les deux.

— Tu veux des explications?

— Et comment!

— Viens, asseyons-nous.

Sans me demander mon avis, il me prépare un toast à la confiture comme je les aime.

— Voilà. J'ai fait la connaissance de Gilles sur Internet. Je vivais avec Thierry depuis six mois. Thierry n'avait pas la même perception que moi de la vie d'un couple homo. Il lui fallait de la variété, de la brutalité mais ça, j'étais incapable de lui en donner. Gilles se plaignait de toi car tu es trop gentil et que tu acceptais tout sans broncher. Le couple que je formais avec Thierry était en train de se détricoter et le vôtre, tu l'avais sûrement remarqué, était selon Gilles dans la même situation.

J'étais bien obligé d'admettre qu'il avait raison.

— Gilles, Thierry et moi pensions tous trois que nous devrions échanger nos partenaires mais Gilles ne t'avait mis au courant de rien et tout compte fait, si ça ne me regardait pas, je n'approuvais quand même pas. Gilles et Thierry ont fait connaissance et se sont plus au premier regard. C'est pour cela que régulièrement Gilles rompait avec toi, pour sortir avec Thierry dans des endroits que moi je ne voulais pas fréquenter. Thierry est maso, Gilles s'est découvert un côté sadique. Ils ont décidé de se mettre ensemble définitivement et ça m'arrangeait car je ne supportais plus mon amant. J'allais me retrouver seul mais je préférais me retrouver seul que rester mal accompagné. Pour je ne sais quelle raison, ils ont décidé de te faire du mal pour ta rupture avec Gilles. Sans doute parce que c'est une belle paire de salauds. Thierry m'a parlé de leur plan et j'ai décidé d'y participer.

— Mais tu es dégueulasse! Qu'est-ce que je t'ai fait?

— Non, attends! Je crains que si je n'avais pas exigé d'être présent, tu t'en serais sorti très mal, beaucoup plus mal. Ce que tu aurais vécu aurait été pire que ce que tu as dû subir hier. J'ai donc dû jouer au "maître" pour satisfaire leurs exigences et qu'ils acceptent ma présence. Reconnais que je n'ai pas été méchant avec toi mais je souffrais vraiment de te voir traité de la sorte, surtout par l'homme que tu aimais.

— Je ne l'aime plus, il me dégoûte!

— Moi, par contre, en te voyant entrer chez Gilles, sachant déjà que tu es un homme tendre et doux, j'ai été immédiatement attiré par toi. Quand Gilles t'a fait mettre nu, j'ai été subjugué. Quand je t'ai touché, j'ai été conquis. Mais il fallait en terminer avec cette histoire scabreuse au plus vite. Je t'ai ramené chez toi, laissant Thierry à Gilles. Aux dernières nouvelles, Thierry est en sang... et aux anges. Ils sont fous ces deux-là!

— Mais ce chagrin de Thierry? Ses pleurs?

— Ce n’était pas du chagrin. Thierry est un comédien mais les coups qu’il a reçus, notamment avant ton arrivée, n’étaient pas simulés. Il pleurait mais ça le faisait bander comme un âne.

— Je ne veux plus jamais les voir. Et toi non plus d'ailleurs. Fous le camp!

— Je comprends. Je suis navré. Je te demande pardon, je ne savais pas à qui j'allais avoir à faire. Ne m'en veux pas je t'en prie, j'ai agi ainsi pour protéger un inconnu qui allait souffrir et je déteste toute forme de souffrance.

Il tourne les talons... Je me surprends à lui dire:

— Attends!

— Oui?

— Merci.

— Y a pas de quoi.

Il se dirige à nouveau vers la porte...

— Attends!

— Oui?

— Reste. S'il te plaît. J'ai besoin de ne pas rester seul.

— OK. Je te dois bien ça.

— Reconduis-moi à ma chambre, je ne me sens pas bien.

Sans un mot il est revenu près de moi, m'a pris par les épaules et m'a aidé à regagner ma chambre. Il a enlevé ma sortie de bain, m'a couché au lit et m'a bordé comme le petit enfant que j'étais redevenu à ce moment. Il a fermé les tentures et s'est redirigé vers la porte sur la pointe des pieds. Je l'ai arrêté à nouveau:

— Attends!

Il s'est retourné vers moi sans le moindre signe d'impatience:

— Oui?

— Viens me rejoindre, j'ai besoin d'un câlin.

— Un gros ou un petit?

— Un très très gros.

Il s'est déshabillé, j'ai distingué son érection, elle me tentait très fort. Il s'est couché à mes côtés, nous nous sommes embrassés tendrement, profondément... Ses mains sont descendues le long de mon corps mais se sont arrêtées à ma taille. Il m'a demandé:

— Je peux?

— Oui.

Il a touché mon sexe dont l'érection l'a surpris. Il a compris à quel point j'avais besoin de douceur et de tendresse et nous avons fait l'amour; durant une bonne heure nous avons découvert nos corps dans l'intimité qui nous avait manqué la veille.

— Dis, Seb?

— Oui?

— Tu es toujours aussi doux, aussi gentil?

— Euh... je crois, j'essaie.

— Seb?

— Oui?

— Je t'aime.

Depuis lors il vit chez moi. Thierry a quitté Gilles et a été tué dans une partouze SM qui a mal tourné. L'affaire a été étouffée au vu de la personnalité des participants. Seb est allé à son enterrement, nous n'avons plus jamais parlé de lui. Gilles m'a demandé de revenir. Je ne lui ai jamais répondu. Il n'a pas insisté. Il a bien fait.