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Étoile de foutre

Je suis un homme qui a passé une grande partie de sa vie dans la solitude. Trop souvent elle a frappé à ma porte, comme le chante Barbara, et j’aurais préféré ne jamais la connaître. Marié puis divorcé deux ans plus tard, à l’âge de 22 ans, parce que j’étais homosexuel, je crois que je n’ai tout simplement pas eu de chance. Certes, j’ai fait l’amour comme tout le monde, suivi avec succès des hommes dans la rue, baisé dans des sous-bois et sucé des inconnus dans des saunas. Ni bloqué, ni timide, mais j’attendais plus, mieux, autre chose. Parler de sexe ne pose pas de problème aux hommes, mais parler d’amour !

Souvent je me suis retrouvé dans la situation du héros du film "Party Boys" qui vient de sortir sur les écrans : après avoir fait l’amour avec un garçon, il lui demande son téléphone. L’autre lui répond qu’il ne veut pas s’engager. Attention, je ne suis pas non plus désireux de copier ce modèle hétéro où l’on consomme dans un pavillon avec une voiture et un chien. Je voulais une belle histoire simple, avec le même homme dans ma vie, le plaisir de me blottir, des mains qui me caressent, une âme qui se confie et un cœur qui m’écoute. Rien que de l'extraordinaire, sans doute. Pour moi, qui ne ressemble pas à Tom Cruise et qui n’ai pas commencé le culturisme au biberon. Autant dire que ce samedi de juin, alors que je ne voulais plus afficher ma solitude à la marche de la fierté gay, je suis allé voir "Salo ou les cent vingt journées de Sodome" au cinéma, seul comme si souvent. Révulsé, figé, atteint par ce spectacle puissant, je quitte le cinéma pratiquement hagard, sous le choc d’une œuvre que je pressens fondamentale. Je m’assieds un moment au bord du trottoir, pour que tout s’apaise. Quelques secondes après, j’aperçois qu’un garçon est à mes côtés, l’air effaré, tout comme moi.

— Sacré film... j’ai quand même du mal...

— Oui, c’est très bizarre...

La discussion se poursuit en terrasse, je le regarde et le découvre au fur et à mesure de nos échanges. Il est blond, doit avoir largement passé la trentaine. Quelques rides illuminent un regard vif sous des lunettes sans monture, il a quelque chose d’un peu pataud, un petit côté ours qui sort de la forêt, bon vivant et rond. Il me parle comme si nous nous connaissions depuis toujours. Ce soir, il dîne avec sa maman, mais ça finira vers 22h30, il me dit que je peux l’attendre ici même, à cette heure. Et il s’en va, séduisant sans être séducteur, simple, sans affectation, ni calcul.

Je passe les quatre heures qui me sépare de notre rendez-vous comme si j'avais gagné à la divine loterie du hasard. À l’exception de son avis sur Pasolini et de la sensualité de ses orteils, je ne sais rien de ce garçon. Libre ou pas, attiré par moi ou pas ? Je me console en me disant que s'il m'a donné un rendez-vous, c'est pour me revoir. Mon désir monte en puissance, je veux le déshabiller petit à petit, je veux le déchausser, caresser ses gros mollets. remonter le duvet de ses cuisses, le humer, m'habituer à cette odeur que je suis déjà sûr d’aimer. Je veux l’allonger sur le lit, le couvrir de baisers humides et lécher ma salive quand elle aura imprégné sa peau. Je veux le prendre en douceur et résister à ses envies bestiales pour le conduire vers ces territoires subtils où on ne l’a jamais emmené. Je veux qu’il crie mon nom en jouissant et que nos gestes s’accordent, sans la moindre répétition, comme si nous dansions ensemble les danses frénétiques et indolentes d’un plaisir surhumain, riche et fort d’une tendresse qui fait d’indénouables liens. Je veux l’aimer pour lui, pour nous, avec moi au milieu, dans l'oubli des autres et des violences de la vie. Je veux qu’il m’approuve, je vais le deviner, le combler, remplir sa vie, contenter ses sens, devenir tel le premier homme, son unique et grand amour. Suis-je fou ? Non, j’expérimente la puissance du coup do foudre, je prépare les mots que je lui dirai à l’oreille, je fabule, je sombre, je suis aimanté.

Quand il arrive en terrasse du bar, les mots se bousculent dans sa gorge. Il a mangé des huîtres, il habite seul, à 15 minutes à pied d’ici, on sera mieux là-bas pour parler. Le petit ours blond parle comme une mitraillette, exactement comme s’il avait perdu la tête, tout à fait dans le même état que moi. Curieusement, je réponds alors que nous partons vers chez lui, à un tas de questions que je trouve infiniment privées. Les pays que j’aime, mon célibat, mes liaisons durables, mon métier, mes vacances, où, avec qui, toutes choses qui ne demandent en fait qu’une chose : quelle place, pour lui, dans ma vie ? Avant même d’avoir franchi la porte de son appartement, je le pousse contre une embrasure d’immeuble et j’interromps son flot de paroles par un baiser puissant, en tenant son visage entre mes deux mains. Ses coudes se plient pour m’envelopper, sa langue fait mieux que répondre, elle devine les mouvements de la mienne. La haut de sa cuisse laisse entrevoir sa bite, il bande comme un taureau. Comme moi, il est rempli d’un désir urgent. Il presse ses doigts contre mes fesses, il enfouit son nez dans ma chemise ouverte. Nous courons pratiquement jusque chez lui, main dans la main et commençons à nous déshabiller frénétiquement dans l'ascenseur. Ensuite, je n’ai plus opposé aucune résistance, je me suis régalé de chaque moment, surtout de celui où il m'a dit :

— Pourquoi je vais si vite, nous avons toute la vie...

Il commence par me triturer les couilles avec sa langue et avale ma bite d'un coup sec, jusqu'à la garde. Il me branle carrément avec sa gorge, c'est miraculeux, ça serre et ça coince alors que ses doigts plein de crache fouaillent mon cul sans respect. De temps en temps, il s'arrête pour enlever une pièce de vêtement et je ne vois que des poils luisants de sueur. Je le lèche dès que je peux, je lui dis, moi si réservé, qu'il peut me ramoner direct, m’écarter les entrailles. Je tremble de désir, je me retourne, j'écarte mes deux fesses, je fais luire ma rosette avec de la salive alors qu'il fouille dans le tiroir pour prendre une capote. Mon anneau si serré bloque très vite dès qu'il tente de me baiser, et il me pousse le ventre contre le sol, il me promet en poussant avec force que je vais adorer ça, en redemander. Ma résistance cède, sa tige glisse peu à peu jusqu’à la garde, je suis baisé comme une reine par l'homme que j'aime. Son odeur, les gouttes de sueur qui me tombent dessus, je veux les avaler, alors je lui demande de me prendre par-devant, je me pose sur le dos, je tire les cuisses vers moi et je regarde, ébahi, son manche entrer dans mon trou dilaté et gourmand. Je m’accroche à ses poignées d'amour, je sens que ses mains me tiennent les hanches, je sais que ma vie change. Alors qu'il m'encule avec violence et décharge au fond de la capote, je vois, ahuri, mon propre foutre s'étaler autour de mon nombril. Croyez-moi ou pas, c'était une forme d'étoile. J'y repense chaque fois que j'emprunte cette entrée, dans le couloir de cet appartement où nous nous aimons avec ferveur.