Une histoire à découvrir
Étreintes sous les étoiles
Ah ! La première fois ! Votre journal sympa en déroule ses multiples aspects. J’ajoute donc mon souvenir à bien d’autres. Il est imprégné des senteurs de vacances et de montagne.
Nous étions deux copains, deux vrais, depuis la classe de sixième. Et comme on dit : des inséparables. Nulle malice entre nous, mais une complicité merveilleuse ! Luc a mué le premier, en quatrième, et je me rappelle l’avoir trouvé tout changé à la rentrée. Moi, j’étais le même gosse, rien ne semblait avoir vraiment troublé notre relation enfantine... On allait à la pêche ensemble. Je me rappelle pourtant l’été de mes quinze ans. Il me semblait le voir tout à coup « autrement », plus beau, plus fort... J’avais l’impression de le découvrir. On péchait au lac d’Annecy, et nos familles étaient là. Il s’était avancé à mi-cuisses dans l’eau pour jeter sa ligne plus loin, et il s’est retourné. Il était à contre-jour, et j’ai soudain rougi en sentant dans mon slip de bains une brusque poussée ; j’ai détourné la tête... Et ce fut tout !
Il n’aimait pas les filles, il disait qu’elles étaient bêtes, et j’en étais bien persuadé aussi. On a réussi tous les deux notre bac et, pour la première fois, les parents nous ont autorisé une randonnée indépendante. Nous avions chacun notre moto, d’ailleurs modeste. Avec quelle impatience j’ai préparé cette virée en Haute-Savoie ! Vingt fois j’ai refait mon sac, ne pouvant tout emporter. Il est venu me chercher vers six heures du matin, et nous avons eu droit à la pluie des recommandations paternelles. On avait opté pour le camping sauvage, avec quelques sites préalablement repérés. C’était une aventure !
Après trois jours, nous avons trouvé un site d’alpage merveilleux, en vue du Mont Blanc et, plutôt que de déménager tous les jours, nous avons décidé de rester et d’explorer les environs. Je me rappelle ce soir-là, on avait regardé la nuit venir, allumé un feu... C’était irréel ! Mon copain et moi, hors du temps, hors du monde ; on était bien...
Les dernières braises se consumaient. Luc a fait glisser la conversation sur les filles et le sexe. Pour la première fois, il me posait des questions directes : « Tu bandes souvent ? T’as souvent envie ? » Je me sentais soudain mal à l’aise. Je ressentais, au fil des questions de mon copain, une érection monter, et j’avais peur. « C’est quand la dernière fois ? » On aurait dit qu’il le savait... Il y a eu un silence, et il a ajouté : « Hier soir, t’es d'accord ?» Je me taisais toujours. « C’est moi qui te fais bander ? » Je ne saurais me souvenir au mot près de toutes ses paroles, mais j’ai fini par avouer mon attirance. « Je ne sais pas, je ne comprends pas... » lui ai-je dit. « T’es homo, voilà. »
Ce mot que tous mes proches disaient pour se moquer, le voilà qui m’était jeté, brusquement. Je me sentais oppressé soudain, incapable de nier, incapable aussi de dire « oui ». Il me semblait qu’il me condamnait à l’enfer, que ma vie basculait. La nuit était noire, et le ciel sans lune, criblé d’étoiles. On devinait la masse sombre des grands sommets ; un grillon, depuis la lisière des bois, chantait dans le silence...
La voix de Luc me semblait irréelle, car je ne le voyais presque plus. « Moi, j’ai découvert ça l’année dernière, t’as rien vu ? » Je n’avais rien remarqué... Il a ri : « T’es naïf, tu sais... » Il y a eu un long silence. « Je bandais, en gym, même que Ghislain s’en est aperçu... Mais pas toi » a-t-il dit en riant. J’ai alors murmuré dans un souffle : « Alors, t’es comme moi ?» « Ouais », a-t-il répondu en se levant, « et tous les deux, on se mariera jamais. » Il disait ça tout tranquillement, comme des certitudes. Il est revenu avec des brindilles et a ranimé le feu. Bientôt, une longue flamme est montée, et il a jeté encore du bois. Il s’était dressé, immobile, comme méditant. Tout se bousculait en moi.
Il se dévêtit lentement, et je l’ai regardé, à demi-allongé sur ma couverture. Il ôta son pull, son maillot, dégrafa son jean... Et c’est à la lueur des flammes qu’il m’est apparu, que j’ai vu son sexe, énorme, dressé, projetant une ombre sur le haut de ses cuisses. La gorge nouée, je le regardais, et c’était comme l’apparition d’un dieu. « Et voilà ton copain ! » m’a-t-il dit en empoignant sa verge. « Voilà ce qu’il fait tous les jours... » Et il se masturba lentement. Il a fait un geste, comme pour me faire lever. « Tu veux être mon copain ? »
Je me suis levé comme un somnambule, il a fait un pas, a déboutonné mon blouson. « Tu es formidable. » En un rien de temps, accroché à lui, je me suis laissé dépouiller. On s’approcha des flammes qui s’emballaient. J’ai senti nos sexes s’aplatir entre nos abdomens, j’ai ouvert les lèvres, et ce fut mon premier baiser... Interminable. Ses mains caressaient mes fesses, mon dos. Je n’osais pas faire un geste d’abord, puis j’ai fait de même. Le feu faiblissait. Il m’a entraîné dans la tente.
On est tombés à genoux, face à lace ; il s’est penché en arrière, me couvrant de son torse tout en poursuivant le bouche-à-bouche. Il m’a allongé les jambes, les a écartées, et a alors quitté mes lèvres. Je me suis redressé brusquement dans le noir, en proie à une sensation inouïe : il avait englouti mon sexe et le suçait doucement. Je tentai de me délivrer, sentant monter la jouissance, mais j’ai basculé en arrière. Je l’ai senti pivoter sur moi, et ses genoux encadrèrent mes épaules. La caresse chaude de sa tige s’est fait sentir sur mes joues. Il s’était mis tête-bêche, je ne pouvais que subir. Mes bras se sont crispés sur ses côtes que j’ai griffées machinalement, mais il suçait toujours.
Comme dans un rêve, j’ai alors ouvert mes lèvres... Son gland s’est introduit, ma langue s’est activée. Il a collé son torse à mon torse, sa verge s’est enfoncée, atteignant jusqu’aux amygdales ; j'ai suffoqué. Il s’est immobilisé un instant, puis a repris ses succions. Ah ! La sensation de jouissance ! Tout mon corps exultait, son corps sur mon corps se frottait, et nos côtes montaient et descendaient d’une même respiration. Il s’est arrêté enfin, s’est retourné encore, s’est allongé contre moi et, tandis qu’un long baiser reprenait, il m’a masturbé vivement, recueillant dans sa main le sperme de ma jouissance.
Telle a été notre première étreinte. Je vous laisse juger de ce qu’ont été nos cinq derniers jours où, dans la fougue de nos dix-huit ans, nous nous donnions ce plaisir, le répétant au long des jours et des nuits... Quelles ombres sont survenues, quelle cruelle séparation a été la nôtre, je ne les évoquerai pas, voulant garder en mémoire ce souvenir ébloui de la « première fois » !
Bruno, 29 ans.