Une histoire à découvrir
Agenouillé
Je te regarde dans les yeux. Tu ne vois rien dans mes deux puits sans fond. Je viole l’intimité de tes prunelles vertes, je plonge, ton ça glisse tel de l’huile sur ma peau. Je prends tes fantasmes à pleines mains, je les tords, les malaxe. J’en fais ce que je veux. Je nage dans tes humeurs de la journée. Dans ton enfance solitaire, dans tes troubles d’adolescent, tes ambivalences devant l’ami d’enfance à la piscine.
Je vois dans tes prunelles plissées par mon viol violent ton corps que tu regardes le matin, en sortant de la douche, juste après t’être rasé. Ton corps que tu vois vieillir jour après jour, que tu as vu atteindre la trentaine et se transformer sous les efforts du Temps. Se transformer sous la douleur des histoires que tu voulais immortelles. Se transformer sous les yeux de cet homme, le Premier, celui qui est passé devant tes yeux et s’est imprimé à jamais. Celui qui s’est transformé en Vase recueillant tes Espoirs. Mais ce Premier était percé, et plus tu le remplissais d’Amour, plus ses yeux se vidaient, devenaient miroir. Tout glissait sur la bulle qui l’entourait.
Tu détournes le regard. Je pose une main sur ta joue. Je verrouille mes yeux dans les tiens. Tu ne fuiras pas comme ça. Je plonge encore plus loin, vers tes pleurs d’adolescent, vers ton homosexualité et la honte qui te déchire, la honte familiale qui te fait te ramasser sur toi dans la douche, lorsque tes larmes se mêlent à l’eau du pommeau, semblant inexistantes mais qui pourtant te brûlent les paupières, rougissent tes yeux.
Je plonge vers tes amours déçues, vers les baffes que tu as prises en plein visage, que tu as acceptées comme prémisses au plaisir. Vers les bras musculeux qui t’ont retenu pendant des efforts suants et haletants, qui ont empêché des gémissements de jouissance de devenir douleur éclatante et lumineuse et sonore. Vers ton corps-fœtus certains soirs solitaires dans ton lit et la boule dans ta gorge qui retient des sanglots incertains et ahanants. Tu es à moi. Je resserre encore ta gorge, je te lance des flashes de soirs morbides et solitaires d’onanisme infantile. Je lance des larmes salées au coin de tes yeux, je te ramène aux divers enterrements que tu as connus, puis au tien, rigide et frigorifique sur le satin confortable, et à ceux de tes proches.
Tes yeux ne peuvent quitter les miens. Tu veux en savoir plus, sur toi, sur tes «amis», sur ton futur. Je verrouille encore mes iris de serpent violeur. Je baisse mon regard, te forçant à plier ton corps un peu. Puis je plonge plus loin dans tes puits verts d’eau. Je baisse encore mon regard. Tes jambes plient sous le poids de tes hontes, tes désespoirs, tes futurs. Je suis encore en toi, toujours plus profond. Tes genoux touchent le sol, tes yeux n’ont pas quitté les miens, des larmes de sang au coin de tes tristes paupières.
Tu es à genoux devant moi, tu as plié sous mon regard et ma prestance de Dieu. Regarde-moi encore. Prie pour être sauvé.
Tu peux baisser la tête, tu es à moi maintenant.
Nous pouvons aller plus loin à présent.