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Une histoire à découvrir

20 ans après

J'ai un cousin, Daniel, qui a deux ans de plus que moi. Quand nous étions gosses, nous nous voyions souvent, en visite, en week-end ou pendant les vacances. Je l'aimais bien, mais il était casse-couilles, toujours à vouloir faire la loi, à me faire faire des choses que je refusais, mais il arrivait toujours à m'y faire prendre goût. Il aimait être le « docteur », et m'obligeait ensuite à l'être moi-même. À l'adolescence, c'est évidemment lui qui m'a initié à la masturbation, et comme par hasard, tant que je n'avais pas de sperme, je devais faire sortir le sien. Ce n'est pas que je n'aimais pas ces jeux, mais ils ne m'emballaient pas plus que ça. Question puberté, je n'ai pas été en avance, j'ai dû attendre d'avoir quinze ans pour ma première éjaculation, il n'était pas ingrat et s'occupait régulièrement de m'amener à l'extase, jusqu'au jour où il est arrivé avec un grand sourire et une variante : remplacer les doigts par les lèvres. Je n'ai pas voulu de prime abord. On ne l'a fait que deux mois plus tard, on a joui comme des bêtes, mais quand on s'est regardés, on a vu beaucoup de honte dans nos yeux. L'un comme l'autre a pensé qu'on avait été trop loin. Depuis ce jour, on n'a plus jamais rien fait, on s'évitait plus qu'autre chose, et les années ont passé sans qu'on n'en reparle. La fac, le boulot, le sport et les femmes ont tôt fait de remplir notre emploi du temps d'adultes.

Après deux mariages et deux divorces, j'ai aujourd'hui trente-six ans. Pourquoi ces deux unions ont-elles mal fini ? J'essaie encore de comprendre, bien que j'en aie une petite idée : mes faibles besoins en sexe. Mes deux femmes ne me l'ont jamais reproché directement, mais je crois avoir eu la migraine plus souvent qu'elles. Depuis, je suis célibataire, réglant mes besoins avec ma main droite et m'octroyant quand même régulièrement des extras d'un soir, des femmes rencontrées dans des cocktails ou d'autres réunions mondaines.

De son côté, Daniel avait trouvé, il y a une dizaine d'années, un poste plus qu'intéressant au Brésil. Il y avait émigré et revenait passer un mois en France tous les deux ans, ce qui était l'occasion d'une réunion de famille, seule fois où je le croisais. L'année dernière fut particulièrement éprouvante pour lui, ses parents moururent dans un accident de voiture, un conducteur-fantôme[1] qui ne leur avait laissé aucune chance ; deux mois plus tard, la magnifique Brésilienne qu'il avait épousée huit ans auparavant a chopé une leucémie qui l'a emportée en trois mois.

Daniel m'avait tenu au courant par mail, mais ceux-ci se firent de plus en plus courts et surtout excessivement rares. Mardi, il m'en a envoyé un : « Roissy vol AF445, arrivée vendredi 11:30 viens stp. Daniel ». Je lui ai renvoyé un mail pour demander ce qu'il en était, le mail m'est revenu, « Requested action not taken: mailbox unavailable ». J'ai tenté de l'appeler sur son portable via Skype, il était éteint, tout comme mercredi et hier.

Pour ce vendredi, j'ai posé un jour de congé et je vais à l'aéroport. Quand il arrive pour récupérer ses bagages, j'ai toutes les peines à le reconnaître, lui, le fringant et chic Daniel, ressemble plus à un SDF qu'autre chose. Quand il me rejoint après les contrôles, il s'effondre dans mes bras et se met à chialer comme un gosse, des gens nous regardent, je m'en fous, mon souci pour le moment, c'est Daniel qui se calme enfin, je prends sa valise, il prend son sac de voyage. Durant le trajet du retour, j'essaie d'en savoir plus, mais pour toute réponse, j'ai droit à un « pas tout de suite, Jean, s'il te plaît, pas toute de suite ». Arrivés à la maison, on dépose ses bagages dans la chambre d'amis, et je lui propose de se doucher et de manger un bout, « juste une douche », me répond-il. Après celle-ci, il passe en coup de vent par la cuisine, les reins ceints par une serviette, il se remplit un verre d'eau qu'il emporte dans sa chambre. Me voilà comme un idiot, un jour de congé de perdu pour jouer le taxi, je ne râle pas, mais ce n'en est pas loin. Donc, je m'occupe en attendant que Môssieur Daniel veuille bien se donner la peine de terminer sa petite sieste.

À 19h00, je me décide à aller voir, je frappe en vain à sa porte, je finis par ouvrir, Daniel est à poil sur le lit, dans sa main droite ouverte, une boîte de comprimés, je prends son pouls qui est quasiment imperceptible. Samu, ambulance, hosto, j'y arrive trois quarts d'heure plus tard et je vais aux nouvelles, j'ai droit au sempiternel « veuillez patienter, le médecin va arriver ». Comme je suis seul dans la salle d'attente, il fonce vers moi.

— Monsieur Liévin s'en est sorti, mais s'il était arrivé trente minutes plus tard, il était bon pour descendre au sous-sol. Vous êtes de la famille ?

Je lui explique en deux mots et lui demande ce que Daniel avait ingurgité.

— Après l'avoir stabilisé, on a dû faire analyser un des comprimés que l'ambulancier avait trouvés sur son lit, il n'y avait aucune indication sur la boîte. Comme il loge chez vous, je peux vous dire qu'il s'agit d'un mélange de plantes très puissantes destinées à contrer l'impuissance, un dosage strict est à respecter, ce qui ne semble pas avoir été le cas aujourd'hui pour Monsieur Liévin.

— Je fouillerai ses bagages et vêtements, et quand peut-il sortir ?

— On le garde en observation jusqu'à demain, mais il faudra qu'il consulte un psy pour qu'on comprenne.

— Je peux le voir ?

— Chambre 118, mais il est encore vaseux, s'il s'endort, laissez-le.

— Merci, docteur, je repasserai demain à l'accueil avec les papiers.

— Prenez-en soin, il a l'air fragile.

Quand j'entrouvre la porte, Daniel regarde le plafond, yeux grand ouverts, je m'en approche, il tend son bras vers moi, je prends sa main et m'assieds sur le bord du lit, je le vois pleurer pour la deuxième fois de la journée, et la deuxième de ma vie aussi, même gosse il n'avait jamais laissé couler une larme devant moi, l'orgueil peut-être. C'est vrai qu'il a l'air fragile, j'essuie ses larmes du revers de mes doigts, je caresse sa joue pour tenter de le calmer, et j'y arrive petit à petit, un imperceptible sourire se dessine sur ses lèvres.

— Pardon, Jean, Pardonne-moi.

— Ne dis rien, on aura tout le temps de parler.

— Dis, je pourrai rester un peu chez toi, dis ?

— Je ne vais quand même pas te mettre à la porte.

— Je sais, je sais, mais ...

— Il n'y a pas de mais, repose-toi, je reviendrai te chercher demain à 14 heures.

— Merci, Jean, merci.

Je quitte la chambre, me disant qu'il faudra que je m'habitue au fait qu'il dise deux fois la même chose dans ses phrases. N'ayant pas trop la tête à cuisiner, je m'offre le resto chinois près de chez moi ; à peine sorti, je ne me rappelle même pas ce que je viens d'avaler. Je fouille ses bagages et y trouve encore deux boîtes de médicaments que je planque précautionneusement. Je trouve son téléphone, la batterie est complètement déchargée. Je vois son ordinateur, j'hésite un peu, et je l'allume. Aucune protection par mot de passe. Je n'y trouve pas grand-chose, si ce n'est dans sa boîte mail, plusieurs courriels de son employeur lui reprochant ses mauvais résultats et son manque croissant d'assiduité, le dernier mail est celui qui met un terme à son contrat. D'autres échanges avec un médecin, mais comme je ne parle absolument pas portugais, j'entrave que dalle. Je referme l'ordi, vide sa valise et range ses habits dans l'armoire, je lance une machine avec un paquet de linge qui ne sent pas spécialement la rose, et prépare des vêtements et sous-vêtements pour l'hosto demain.

Je n'arrive pas à dormir, je pense bien sûr à Daniel, l'obsédé du sexe depuis tout gamin, si je l'avais laissé faire, on n'aurait joué qu'à ça ; pendant ses études, il se faisait toutes les filles qu'il voulait et toutes lui donnaient un dix sur dix pour ses prestations sexuelles. Lui, impuissant aujourd'hui ? Pas possible, ça, il faudra qu'il m'explique. Je me mets dans sa peau d'obsédé sexuel et de macho, je me dis que si c'est vraiment le cas, il doit effectivement se sentir mal, très mal. À 2h du mat, j'en ai marre, j'avale une pilule bonne nuit, et voilà Morphée qui me berce.

Je me réveille à 10 h du mat, un mal de crâne comme si j'avais eu des accidents frontaux avec tous les réverbères de la rue, il faut dire qu'avant la pilule dodo, j'avais éclusé six whisky-coca, et comme je n'ai pas l'habitude de boire, je le paie. Un bon vieux remède de grand-mère (secret de famille), et en une heure ça passe.

13h30, je suis à l'accueil pour les formalités, heureusement il est plus ou moins en ordre pour la Sécu, je dois quand même allonger 263 euros qui lui seront remboursés quand sa carte Vitale aura été actualisée. Je le retrouve dans la 118, il m'attend en peignoir, assis au bord du lit, je lui donne le paquet de fringues.

— Je te laisse t'habiller, je t'attends dehors.

— Non, reste, s'il te plaît, reste.

Grrr, il commence à me courir sur le haricot avec ses redites, mais je lui souris et m'assieds sur la chaise visiteur. Je pensais qu'il allait faire fonctionner la mère pudeur en s'habillant dos à moi, mais non, j'ai droit au spectacle total. Je vois bien sûr son sexe, heureusement que je sais qu'il a 38 ans car, vu sa queue, je lui en aurais donné quatorze et encore, tellement elle est rikiki. Quand il est prêt, je me lève, il s'approche, me serre dans ses bras et colle sa joue contre la mienne.

— Merci, Jean, merci.

— De rien, Daniel, de rien !

Il comprend et se met à rire ! Je vois ses dents pour la première fois depuis hier. Arrivés à la maison, on se boit un café, puis deux, il sait que j'attends des explications, il en retarde maladroitement l'échéance.

— Daniel, je suis prêt à t'héberger chez moi le temps qu'il faudra, mais pas comme ça, j'aimerais comprendre.

Il commence à me raconter sa vie, en commençant par la fin, les trois décès, la déprime la plus totale, son job qu'il a perdu à cause de ça, la drogue dans laquelle il a plongé pendant deux mois avant de se ressaisir, mais il était trop tard, son patron l'avait viré. Il remonte le cours du passé, il m'avoue péniblement qu'il n'a jamais été le super-mâle que je croyais, il a toujours eu des problèmes d'érection qu'il cachait en se gavant de ginseng, de l-arginine, de maca, et autres plantes aphrodisiaques, je le regarde bouche bée et je lui demande quand ça a commencé, il me répond à voix basse « A dix-huit ans. ». Je me remémore le passé, j'en avais seize, l'âge où on avait arrêté toute activité sexuelle suite à notre fellation qui fut la première et la dernière.

— Daniel, j'ai peur de comprendre, silence radio de sa part.

— Daniel, ne me dis pas que ... le bouton de volume reste éteint.

— Daniel, ça suffit, accouche !

Et là, Daniel m'avoue en pleurant que la dernière fois où il a bandé correctement, c'était le jour de cette fameuse fellation, et que, dès qu'il a eu compris que c'était fini entre nous, c'en fut fini pour sa queue. Ses érections sont devenues aléatoires, il a essayé de donner le change, il a même payé des copines pour qu'elles disent qu'il était l'étalon du siècle, il arrivait à en satisfaire d'autres grâces aux adjuvants qu'il ingurgitait, et depuis les derniers mois, suite à sa dépression, il n'avait plus jamais bandé, même pas l'ombre d'un centimètre, sauf avec ces fameuses pilules qui limitaient le désastre. Il se lève, défait la ceinture de son froc, le baisse en même temps que son boxer, prend sa queue en main.

— Tu vois cette connerie, elle ne sert plus à rien, je suis devenu un sous-homme.

— C'est pour ça que tu as voulu te suicider hier ?

— Je n'ai pas voulu me suicider, j'ai juste doublé la dose, pour être sûr.

— Sûr de quoi ?

J'ai posé cette question, mais j'en devinais la réponse. Daniel était venu chez chez moi dans l'espoir qu'on reprendrait nos ébats d'ados, je me mets dans une rage folle, je me lève, le fais se lever et lui fous six baffes dans la gueule comme je n'en ai jamais donné. Il encaisse sans broncher, sans crier sa douleur. J'ai envie de le fesser comme on le ferait avec un gamin, je l'envoie dans sa chambre, il y va sans mot dire, le froc toujours sur ses cuisses, et je l'y enferme, je ne veux plus le voir.

Là, un Cognac pour moi, et vite ; les deux suivants ne traînent pas. Je l'entends chialer, je ne bouge pas, non mais pour qui il se prend, et pour qui il me prend, moi ! J'ai envie de l'étrangler. Il me faut plus d'une heure pour me calmer, et je l'entends toujours pleurer. On ne va pas rester comme ça cent sept ans, je vais mettre les choses au point avec lui, une fois pour toutes.

Quand j'ouvre la porte de la chambre, il est couché sur le ventre, les fesses toujours à l'air, des sanglots secouent son corps. Je m'assieds au bord du lit et caresse ses cheveux.

— Daniel, il faut qu'on parle, j'entends ses pleurs qui diminuent, il se retourne sur le dos, je ne regarde même pas sa mini-queue flasque.

— Jean, ne m'en veux pas, je t'aime, je t'ai toujours aimé.

— Pas moi, Daniel, tu es et as toujours été mon grand cousin, rien de plus.

— Mais tu aimais bien quand nos corps se touchaient, quand on se caressait, tu bandais encore plus fort que moi.

— Oui, j'aimais « bien », mais rien de plus, et je te rappelle que l'obsédé sexuel, c'était toi, et ce que je faisais avec toi, c'était parce que tu en avais envie, parce que tu l'avais décidé. Tu sais bien que si j'en avais parlé aux parents, tu aurais pris la rouste de ta vie.

— Mais tu ne l'as pas dit aux parents.

— Arrête, Daniel, n'essaie pas de me manipuler, ça ne sert à rien, et en plus, tu risques de m'énerver, et je n'ai plus envie de te gifler.

— Tu te rappelles quand on s'est pris la queue en bouche ?

— Bien sûr que je m'en souviens, et alors ?

— Ça a été le plus beau jour de ma vie.

— C'est pour ça que j'ai vu autant de honte dans tes yeux ?

— Ce n'était pas de la honte.

— C'était quoi, alors ?

— J'avais envie de te dire à quel point je t'aimais, mais je n'ai pas osé.

— ...

— Oui, Jean, je t'aimais, je n'ai jamais aimé que toi et je t'aime toujours.

— Arrête, Daniel, tu rêves, arrête de rêver, je t'aime bien, mais je ne t'aime pas.

— Tu en es sûr ?

Là, j'ai envie de le taper, de le frapper jusqu'à ce qu'il meure. Mais pourquoi ? Je commence à paniquer, et s'il n'avait pas entièrement tort, et si moi aussi j'avais eu des sentiments pour lui, et si j'en avais encore ? Tout mon corps se met à trembler, je regarde ses yeux malheureux qui me fixent, je caresse sa joue, il prend ma main et la porte à son sexe.

— Jean, touche-moi, je sais que je vais bander.

Je ne dis rien, je laisse faire, sa queue commence à enfler sous mes doigts, je retrouve la texture de son sexe que je n'ai plus touché depuis vingt ans, et mon sexe se met à gonfler lui aussi au point de me faire atrocement mal. Au plus la bite de Daniel durcit, au plus je peux voir dans ses yeux l'intensité de ses sentiments pour moi, des larmes coulent de nos yeux, ma bouche va rejoindre la sienne, on s'embrasse pour la toute première fois, et on fait l'amour, tout l'amour, toute la nuit.

Demain, je lui tendrai ses deux boîtes de médocs, il comprendra mon message et je sais qu'il les videra dans la cuvette des WC.