Une histoire à découvrir
21 décembre 2012 (01)
21 décembre 2012
Le réveil sonne. Une lumière blafarde passe à travers les volets pour venir se déposer sur mon visage. J’ai l’impression d’avoir la tête dans le Bourdon de Notre-Dame de Paris tellement j’ai mal au crâne. J'entends distinctement mon cœur battre comme une cloche qui résonnerait au-dessus de moi. J'essaie d'ouvrir les yeux, mais les referme automatiquement. J’aimerais pouvoir me rendormir pourtant je dois me lever car j’ai rendez-vous avec une amie. L'impression de me déliter provient sans doute de la soirée passée la veille.
Nous sommes sortis entre amis prendre un verre dans un bar. C'était un sorte de pub très scottish que je ne connaissais pas. La musique de fond assez forte obligeait le monde à parler fort. Et du monde, il y en avait. On se serait cru un jour de grève dans le métro. Comme souvent, Maxime a tenté de nous faire boire plus que de raison et c’est ce qui s’est passé. J’ai enchaîné non seulement les bières mais aussi le whisky. On m'a toujours dit de ne pas faire de mélange. Je n'avais pas l'intention d'en faire au départ, restant sur la bière mais l'ambiance et l'insistance de Maxime ont fait que j'ai changé pour une boisson plus forte.
Je ne me rappelle pas comment être rentré mais certains passages me reviennent en mémoire. Sur une musique disco, je me suis mis à danser moi qui ai horreur de m’exhiber. Ensuite j’ai dragué à tout va. Au moins j’ai fait rire Marion et Adèle qui étaient avec nous. Je me rappelle de quelques créatures qui m’ont mis un vent. Habituellement, je ne supporte pas être rabroué et c'est à ce moment que ma timidité remonte à la surface. La moindre fille qui me rejette et j’arrête ma drague pour la soirée. Bon il est vrai que cela ne m’arrive pas souvent. En effet, même si je ne suis pas vraiment musclé, je suis plutôt plaisant à voir. J’arrive à attirer le regard des femmes. Certains amis disent que je ressemble à Matt Dallas, pourtant je n’en ai pas l’impression. Nous avons en commun d’être châtains et d’avoir les yeux verts. Après pour moi cela s’arrête là.
Hier soir, malgré quelques déconvenues, je me rappelle avoir rencontré une charmante blonde qui devait se prénommer Cynthia. Nous avons fini chez elle, et j’ai découvert son lit. Dans mon souvenir, ce fut un moment assez court. J'ai tiré mon coup, je ne sais même plus si je l'ai fait jouir ou pas. Et puis la nuit étant bien avancée, il m’a fallu la quitter pour rentrer sans avoir omis de prendre son numéro de téléphone. Il faudrait que je l'appelle dans la journée.
Je dormirais bien encore mais je dois me lever et affronter comme un homme le mal de crâne que j'ai. Je sors de mon lit, faisant glisser mes jambes hors des couvertures et posant mon pied sur le carrelage froid. Cela me donne envie de me replonger sous les draps pourtant l’obligation m’est faîte de me préparer. Je me dirige en simple boxer, traînant les pieds, vers la cuisine. J’ouvre le réfrigérateur, pour voir s’il ne me reste pas quelque jus de fruits, source de vitamines, et commence à sortir le petit déjeuner. Je n’ai pas l’habitude de prendre du café le matin mais cela devrait me réveiller. Je prépare tout machinalement. Puis j’allume la télévision. La 6, je tombe sur des dessins animés, je zappe tranquillement pour atteindre une chaîne d’info. La date défile : nous sommes le 21 décembre 2012. Cela m’amuse. Je me rappelle soudain comment Maxime a pu nous inciter à boire. Le 21 décembre 2012 est la date de la fin du monde pour certains. « Pourquoi ne pourrions-nous pas nous torcher avant la fin du monde ? » nous a-t-il dit. Et nous l’avons suivi dans son délire. Intérieurement, je me demande comment des gens peuvent croire à des prédictions apocalyptiques.
Tout à coup, je me redresse. Sur l’écran apparaît le message d’une alerte info. C’est bien étonnant. Généralement, c’est au bas de l’écran que défile l’information. Là les journalistes prennent la parole. Ils ont pris un air grave. Habituellement, dans les matinales, les journalistes sont frivoles, blaguant entre eux, pas là. Je me demande ce qui se passe. Ils annoncent que des chercheurs viennent de découvrir un astéroïde fonçant vers la Terre. Je crois à une blague, pourtant nous ne sommes pas le 1er avril. Je change de chaîne, même information. La catastrophe tant annoncée arriverait-elle vraiment ? Je suis maintenant totalement réveillé. Je zappe de chaîne en chaîne à la recherche de la moindre nouveauté. Elles ont toutes modifié leurs programmes afin de parler de l’évènement. Très vite, l’information est confirmée par la présidence. Eberlué, j’entends que c’est la fin probable de l’humanité dans l’année à venir.
Je décide d'annuler mon rendez-vous afin de rejoindre mon laboratoire de recherche. Le temps de me préparer, je m’imagine dans un film catastrophe, cherchant des solutions au problème avec mon équipe. Je n’ai pas encore pris conscience que mon avenir est en jeu, pour l’instant c’est l’excitation de l’aventure qui m’étreint.
Les bruits de la rue me parviennent, des cris, des hurlements parfois. Les gens semblent commencer à s’affoler. Je regarde par ma fenêtre. C’est la cohue. J’ai l’impression que c’est pire que dans un film catastrophe. Dans ces films, le gouvernement attend le dernier moment pour annoncer le désastre à venir, dans la réalité c'est tout autre, il a été annoncé bien en avant. Comment d'ailleurs auraient-on pu faire taire tous les astronomes dont les regards sont tournés vers le ciel.
Je suis changé, habillé chaudement pour faire face au froid de l’hiver et sors de chez moi afin de me rendre sur mon lieu de travail, espérant que rien ne m’y empêchera.
13 mai 2013
J'ai les yeux rivés sur mon ordinateur, des lignes de code défilent devant moi. J'essaie de retrouver l'erreur détectée mais je commence à fatiguer. Près de moi, ma collègue Fanny travaille. Pourtant il est tard. Il y a longtemps que le soleil est couché. Je crois que depuis l'annonce de la catastrophe, les habitudes de chacun ont changé. Notre vie à tous a changé.
J'essaie de me concentrer mais la nouvelle de l'après-midi occupe toutes mes pensées. Le gouvernement, suite à la réunion de l'ONU, a enfin fait une déclaration. Il a été confirmé que l'astéroïde qui se dirige vers la Terre l'a frappera d'ici la fin de l'année. L'impact déclenchera une catastrophe naturelle. En effet, la collision entraînera la création d'un nuage de poussière qui recouvrira l'ensemble de la planète en quelques jours. Ce nuage empêchera les rayons du soleil d'atteindre la Terre ce qui provoquera un hiver prolongé. Sans lumière, et avec la baisse des températures, la plupart des végétaux mourront, ce qui entraînera à son tour l'extinction de la vie animale et donc de la nôtre.
Pour faire face à cette catastrophe, les gouvernements mondiaux ont pris des mesures exceptionnelles. Depuis déjà deux mois, le parlement a voté les pleins pouvoirs au président de la république. La plupart des gens, ont connu une évolution dans leur travail. En tant qu'informaticien, je travaillais dans les domaines de la recherche au laboratoire de sciences informatiques d'Orsay. Peu de temps après l'annonce de la catastrophe, j'ai été chargé de travailler sur un logiciel qui pourrait être embarqué dans une navette spatiale européenne. Les policiers sont devenus militaires. Il n'y a plus un seul soin de rue dans lequel on ne voit pas un flic. Il faut dire que la catastrophe annoncée a déclenché non seulement une vague de panique mais aussi de vols.
L'ensemble des magasins ont été fermé. Pour nous nourrir, nous sommes rationnés. Les gouvernements essaient de limiter au maximum le marché noir qui pourtant s'est bien développé depuis.
D'autres mesures vont être mises en place. Une installation devrait être créée afin d'accueillir 10000 personnes. Ces personnes seront désignées pour permettre la survie de la race humaine. Je ne sais pas encore comment ces gens vont être désignées mais j'ai peur que cela ne concerne que nos hommes politiques, ou les millionnaires. Nous, pauvres gens de la société, nous ne ferons pas parti de la sélection.
Cette peur de disparaître, de mourir avant d'avoir fait ce que je voulais m'incite à travailler comme un fou à une solution. Je conserve tout mon temps libre pour me pencher sur les scénarios de films et voir si l'une des solutions avancées serait envisageable.
Fanny derrière moi, se lève et vient poser sa main sur mon épaule.
— Tu sais, tu devrais rentrer, dit-elle.
Je le sais. Pourtant je veux finir mon travail au cas où cela pourrait être utile à l'humanité. Elle me laisse là et je sens des larmes monter à mes yeux. Le spleen m'envahit encore et toujours.
2 septembre 2013
Je regarde par la fenêtre. Comme beaucoup, j'attends la réponse. Il y a peu de monde dans la rue. Tous doivent être chez eux attendant le résultat. À chaque fois qu'un bruit de voiture se fait entendre, je me glisse derrière les rideaux pour observer la rue. Mon cœur palpite rapidement ; je sens le stress monter.
Au début du mois de juin, le gouvernement a annoncé que chacune des personnes de la population, ayant un certain âge allait devoir passer une série de tests afin de déterminer qui était le plus apte à intégrer la structure de confinement créée pour préserver l'humanité. Contrairement à mes doutes, les hommes politiques, ayant dépassé un certain âge, n'ont pu participer à cette évaluation. Le jour indiqué, je me suis rendu au centre d'examen. Tout mon dossier y est passé qu'il soit scolaire ou médical. J'ai passé des tests physiques, et mentaux. J'ai été interrogé sur mon travail et mes compétences. On s'est intéressé à mes goûts ou à mon histoire. J'ai même eu un entretien avec un psychologue. À la fin de cet entretien, on m'a donné un numéro à conserver au cas où.
C'est ce soir que je devrais savoir si je suis retenu. Voilà quelques minutes maintenant qu'un camion de l'armée s'est arrêté dans la rue. Plusieurs personnes en sont descendues. Et c'est après une bonne heure durant laquelle j'ai tourné en rond qu'on frappe à ma porte. Je vais ouvrir.
— Monsieur Hugo Delpoir ?
— Oui, réponds-je machinalement.
— Voici la décision d'affectation. Veuillez lire son contenu.
Je vais pour prendre la lettre, elle m'échappe des mains. Je me baisse pour la prendre. Mes mains tremblent. J'essaie de l'ouvrir mais cela m'est presque impossible. Enfin elle s'ouvre. Mes yeux glissent sur le papier. Je me mets à pleurer.
— Je suis désolé, me dit le soldat.
Je me redresse, et lui sourit :
— Désolé, je pleure de joie.
Je suis fou de joie même si je pleure. Je fais partie des 10000 personnes qui vont être sauvées. Le soldat m'explique la marche à suivre mais je ne l'écoute presque pas. Je pense à Fanny. Depuis le mois de mai, nous nous sommes rapprochés et nous sortons ensemble. Je sais que des couples vont être sélectionnés. J'espère qu'elle aussi me rejoindra. Lorsque le militaire me laisse, je prends mon téléphone pour l'appeler. Cela sonne, pourtant elle ne me répond pas. Après quelques essais, cela décroche. Je n'entends que des pleurs. J’ai peur de comprendre.
— Fanny ?...
Pour toute réponse des pleurs.
Je ne peux lui dire ce qu'il m'arrive, et je préfère raccrocher. Je crois que ma joie s'est évaporée.
25 novembre 2013
Le bus avance lentement. Je regarde par les fenêtres. Des gens sont massés autour espérant qu'il s'arrête pour les faire monter mais des militaires essaient de les repousser. C'est le moment fatidique, nous nous dirigeons vers notre nouvelle demeure. L'humanité va disparaître et une poignée d'hommes sera sauvée. J'ai eu quelques jours pour revoir une dernière fois ma famille. Mon père et ma mère sont contents car leur fils va pouvoir vivre. Mais est-ce vraiment vivre ? Nous allons être enfermés dans une caverne creusée dans une montagne. Une cité a été construite, nous ne reverrons peut-être plus le soleil de notre vie. La brise du vent ne viendra plus frôler notre visage. Nous ne pourrons plus sentir le doux parfum des fleurs au printemps.
Mes parents m'ont accueilli avec un large sourire. Ce fut une semaine bien étrange que j'ai passée avec eux. Leur joie contrastait avec ma douleur de les perdre. Eux pensaient qu'ils n'avaient plus rien à vivre. Je leur ai bien conseillé de faire des réserves et de trouver un endroit pour se cacher, mais eux préféraient laisser les quelques vivres qui pouvaient rester à des personnes plus jeunes.
Fanny, je ne l'ai pas revue. J'ai bien essayé d'obtenir un passe pour elle, mais je n'ai pas du tirer les bonnes ficelles. Afin de perpétuer la race humaine, des couples vont entrer ensemble dans le complexe, mais moi je vais y aller en célibataire. Je lui ai bien proposé de m'épouser afin qu'elle vienne avec moi mais cela n'aurait pu régler le problème, la loterie était passée par là.
J'ai dû utiliser les derniers jours à découvrir le nouveau métier que j'allais faire. Je travaillerai sur les données reçues de l'extérieur afin d'analyser l'air. Ensuite ma tâche sera de réfléchir à des solutions permettant de purifier cet air pour pouvoir sortir un jour de notre caverne. Ma journée, comme celle de mes camarades sera rythmée par le travail. On ne nous laissera que peu de temps pour les loisirs. Je penses qu'ils vont chercher à nous occuper pour ne pas dépérir de stress ou de chagrin.
Perdu dans mes pensées, je n'ai pas vu qu'on avait traversé les grilles du complexe militaire. Le bus s'est arrêté, on nous invite à descendre. On ne se bouscule pas, on suit la file devant nous. Un militaire nous a indiqué l'entrée et un numéro de guichet. Je regarde le ciel sans doute pour une dernière fois. Malheureusement, le soleil est caché par de sombres nuages. On voit que l'hiver approche. Je ne me suis pas aperçu que cela s'est arrêté devant moi et percute mon prédécesseur. Il se retourne, je vais pour m'excuser mais il me glisse un sourire triste. Ai-je le même sourire ? C'est nous qui allons vivre et pourtant nous faisons comme si nous allions à l'abattoir.
Le temps d'attente est long. On vérifie l'identité de chacun, on nous indique le numéro de notre habitation et on nous tend les clefs. Lorsque nous avons tout récupéré, nous sommes invités à nous rendre vers un point de rencontre associé à notre quartier. Je suis étonné, dans chaque habitation, il y a forcément au moins deux personnes. La plupart des hommes ont découverts qu'ils allaient cohabiter avec des femmes, moi j'ai découvert que c'est avec un autre homme que j'allais devoir passer mes temps libre. J'espère seulement qu'il ne s'agit pas d'un gros lourdeau. Scientifique dans l'âme, avec une éducation poussée, je ne pense pas qu'ils m'aient associé un type mal dégrossi.
J'ai encore attendu un bon moment avant de rejoindre mon studio. Lorsque le groupe s'est mis en branle, j'étais impatient de découvrir l'antre. Nous sommes montés dans une espèce de train roulant sur des rails qui nous amena dans les profondeurs des grottes. En arrivant, je découvre les couloirs. Ils sont assez vastes et recouverts de plaques afin j'imagine d'éviter l'humidité qui pourrait suinter des murs. Nous traversons une grande salle, qui servira de place publique et nous rejoignons un couloir d'habitation. Je lis "A25" à l'entrée. Il s'agit du mien. Je vois défiler des portes et me retrouve devant la salle A25-123. C'est là. J'angoisse un peu. Le restant du groupe m'abandonne là. Je glisse la clef dans la serrure, la porte s'ouvre facilement. Je découvre enfin mon nouvel univers. Il s'agit d'une petite pièce qui doit faire moins de 15m². Dans un coin se trouve un petit espace équipé d'une plaque de cuisson et de quelques placards. Devant, et à même pas un mètre, se trouve une sorte de bar avec deux chaises hautes. De l'autre côté, deux lits sont superposés. Enfin, dans un renfoncement, une porte ouverte permet de voir une douche. L'environnement est spartiate. il a fallu économiser l'espace. À deux dans ce réduit, on va se marcher l'un sur l'autre.
Épuisé par la journée d'attente et le stress, je m'allonge sur le lit et ne m'aperçois pas que je m'endors.
26 novembre 2013
Malgré mon sommeil, mon esprit commence à s'éveiller. Je sens qu'il faut que j'ouvre les yeux mais j'en ai pas envie. Je sens que ce que je vais découvrir ne va pas me plaire et pourtant, lentement, je découvre mon univers. Où suis-je ? Tout à coup, mes souvenirs remontent à la surface. Je me trouve dans mon nouveau chez moi. Je regarde ma montre, il est déjà 9 h. Je me lève doucement, prenant mes marques, observant mon environnement. Tout l'édifice a été construit de façon partiate. La décoration a été peu travaillée. Les tons sont d'un vert terne. J'ai lu un jour qu'il s'agissait d'une couleur apaisante, associée à l'espoir et à la chance. Tout semble avoir été calculé dans notre environnement.
Quelques pas et me voilà devant le réfrigirateur. Je l'ouvre pour voir s'il n'y a pas de quoi me restaurer. Cela fait déjà pratiquement 24h que je n'ai rien mangé. J'y trouve juste de l'eau et des petits paquets sous film protecteur. J'en prends un pour voir ce que c'est et découvre des biscuits de ration militaire. Serait-ce notre seule nourriture dans les années à venir ? Je vais pour l'ouvrir lorsque la porte du logment s'ouvre derrière moi.
— Salut.
— Heu, bonjour, réponds-je.
Je me suis retourné pour voir un type plus petit que moi, brun mal rasé, légèrement vouté mais une stature imposante.
— Moi c'est Patrick ! Me dit-il.
— Hugo, dis-je en tendant la main.
Il me tend la sienne. Une grande main imposante qui enserre la mienne. Il me broie presque. Cherche-t-il à juger de nos deux forces ?
— Putain, j'espérais une meuf !
Quel vocabulaire. Suis-je tombé sur un néanderthalien ?
— J'm'étais imaginé me la taper tous les soirs ! La faire grimper aux rideaux.
En plus un sale macho ! Je suis servi. Il lâche son sac au sol. Regarde autour de lui pour observer la scène et découvre le lit.
— Et bien ! Je vais me mettre au dessus. Les vrais mecs, c'est au-dessus, rigole-t-il.
Je suis servi, un macho qui ne pense qu'au cul et qui fait des blagues graveleuses. Je me sens déçu. Moi qui espérais faire une rencontre intéressante. Je n'espère qu'une chose maintenant, c'est de m'éloigner rapidement de cette chose.
— Je vais prendre une douche et je vais aller faire un tour, comme ça tu pourras t'intaller, lui dis-je.
— Pas de problème.
Je prends une serviette et me dirige vers la douche, j'ouvre la porte pour l'ouvrir et là je l'entends.
— Pas de chichi entre nous, on est entre mecs ! J'en ai vu d'autres. Tu peux te foutre à poil devant moi, pas de prob !
Je vais pour lui répondre qu'il n'y en a pas et que je suis un peu pudique et je le vois retirer son pull. Alors qu'il l'enlève, son t-shirt vient avec et il découvre son ventre. Celui-ci parait bien dessiné et ai recouvert de poils. Je peux voir qu'il est bien musclé et que ses bras semblent être des bras de bucheron. Eux aussi sont noirs de poils. Je reste à l'entréee de la douche, j'enlève à mon tour mon haut timidement, et fais glisser mon bas. Par rapport à Patrick je suis une vraie crevette, et comme elles, je suis imberbe.
— T'as vraiment des cuisses de nana !
Je rougis presque et me retourne pour entrer dans la douche. Je referme derrière moi et enlève ensuite mon slip. Je fais couler l'eau sur moi, profitant de la chaleur reposante essayant d'oublier ce qu'il m'arrive. Mon univers qui se fissure autour de moi. J'y reste dix bonnes minutes avant de me poser la question de savoir s'il ne faut pas économiser l'eau et l'énergie. Mon slip traîne dans l'eau. J'entrouvre la porte pour attraper ma serviette sur le comptoir du bar mais elle n'y est plus. Je dois ouvrir davantage la porte pour l'apercevoir par terre. Ce gros lourdeau de Patrick doit l'avoir déplacée pour s'installer à notre espèce de bar. Je vais pour la ramasser lorsqu'il me dit :
— C'était bon ?
— La douche ? Ouais, dis-je.
— Non la branle ?
Je rougis instantannément.
— Pris sur le flag ! J'te comprends. Moi j'vais pas pouvoir survivre longtemps sans me vider les couilles. Va falloir que je m'en lève une tous les soirs dans la zone de rencontre.
La vulgarité de ses paroles me met mal à l'aise. Je me sèche rapidement, lui tournant le dos pour ne pas avoir à subir une réflexion outrageante sur mon sexe. J'attrape une combinaison. Il s'agit d'une combinaison noire portant un V de couleur orange. Ce sera mon vêtement de tous les jours. Il est parfaitement à ma taille. Nous aurons chacun des habitants de la structure, des combinaisons identiques. Elles ont été conçues pour être légères mais chaudes et rapides à laver.
À peine habillé, je quitte le logement pour ne plus avoir à subir ses commentaires.
27 novembre 2013
Je rentre au logement après une journée chargée. J'ai découvert mon nouvel environnement. la grotte est divisée en quartier, chaque quartier possède ses rues avec ses logements. Dans chaque quartier se trouve une zone de rassemblement en cas de problème ou lorsqu'on souhaite passé un moment avec des connaissances. De là, on peut prendre une sorte de tramway qui circule sous terre pour rejoindre les différentes zones de travail. Les zones sont définies selon les métiers qu'elles accueillent.
Faisant partie des chercheurs, je me suis rendu dans la zone de la recherche. Dans une ambiance rouge orangée, j'ai rencontré mes nouveaux collègues. Pour la plupart ils sont jeunes. je penses qu'il n'y a que très peu de personnes au dessus de quarante-cinq ans dans le domaine. Le gouvernement a dû faire le nécessaire pour préserver notre race. Même les politiques ne se sont pas octroyés de place. C'est un nouveau gouverneur qui a été désigné pour diriger le complexe. Il sera aidé d'un conseil qui sera tournant.
Après ma longue journée, j'ai décidé de rentrer. Ce qui est étrange c'est de ne plus avoir de repère du temps qui passe. Il n'y a plus le soleil pour nous indiquer la fin de l'après-midi. Je vais pour ouvrir la porte mais cell-ci est fermée. Je pensais que Patrick serait là pour sa première journée mais il semble s'être absenté. Je fais glisser la clef dans la serrure, la tourne, débloque le verrou et entre. Je découvre alors ahuri le bazar qui traîne. Mon colocataire a laissé traîner ses fringues sales sur le sol. Il a aussi vidé sa valise en éparpillant un peu tout partout. C'est un sans-gêne. Je crois bien que je vais avoir du mal à le supporter. J'entre dans le petit espace en faisant attention de ne pas poser mes pieds sur ses fringues et aperçois la vaisselle traîner sur le comptoir. Me prendrait-il pour une boniche aussi ?
Enervé et fatigué, je m'allonge sur mon lit et sans même m'en apercevoir je m'endors.
Je suis réveillé en sursaut.
— T'es rentré ! Me dit Patrick en parlant fort.
Je sors de mon inconscience, les idées embrumées et lui réponds :
— Je me suis assoupi..
— Comment peux-tu t'assoupir dans ces moments ?
— ...
— Faut s'amuser pour ne pas déprimer.
Je suis tombé sur un macho, vulgaire et fêtard en plus. je suis bien servi.
— Tu faisais quoi, lui demandé-je par politesse.
— Je suis aller découvrir mon nouvel univers et voir si y avait pas une pépé de libre. Putain elles sont pratiquement toutes prises. Vais devoir me l'astiquer tout seul.
Je préfère fermer les yeux et essayer de faire abstraction de sa présence. Pourtant quelques secondes après je sens mon lit bouger. Ce rustre a sauté sur son lit quitte à s'écraser sur moi. Peut-être qu'il va dormir et arrêter de faire du bruit. J'essaie de me rendormir en me racrochant au rêve que je faisais précédemment mais au bout d'un instant j'entends un souffle rauque. J'essaie de poser mon attention sur l'origine du bruit et découvre que cet imbécile doit être en train de se masurber juste au dessus de moi.
15 décembre 2013
Ce devrait être un moment de joie, une période de fête, mais aucun de nous n'a le courage de sourire. Moi encore moins. Cela fait déjà deux semaines que je me tape un gros beauf et je vais en avoir pour toute ma vie je le sens. J'ai bien été aux services administratifs pour essayer de voir si on pouvait changer les attributions des logements mais je n'ai eu que des réponses négatives. Il me fut expliqué que c'était l'ordinateur qui avait construit les binômes en cherchant la meilleure affinité. Lorsque je vois les différences qui nous séparent je pense qu'il y a dû y avoir un bug dans le système. La seule possibilité qu'il m'ait été offerte est de tomber amoureux d'une personne et de s'installer avec elle après un mariage. Je suis donc bloqué avec cet énergumène un bon petit moment. Je ne vais tout de même pas courir après la première venue pour me débarrasser de ce Cro-Magnon.
Outre le fait de me prendre pour sa boniche, monsieur est sans gêne. Il n'hésite pas à roter ou à lâcher des pets même en ma présence et sans faire preuve de discrétion. À peine arrivé au logement, il se dévêtit. Je connais tout de son anatomie. Il travaille dans la construction ce qui lui a développé un physique musclé. Ses bras sont larges et musclés. D'ailleurs Patrick joue souvent à gonfler ses biceps. Son torse est velu non seulement sur les pecs mais aussi sur le ventre. Il possède des pectoraux bien développés mais en revanche son ventre est loin d'être plat. Je ne peux pas dire qu'il soit ventripotent mais Patrick ne doit pas travailler ses abdominaux. Ses cuisses quant à elles sont solides et aussi musclées que ses bras. Bien souvent j'ai droit à une vision de son sexe. Contrairement aux rumeurs qui veulent qu'un bodybuildé ait une petite quéquette, lui en a une imposante même au repos. Toutes les nuits je l'entends se branler, parfois il attend même pas que j'éteigne la lumière. Il essaie bien de draguer par ci par là mais jusqu'à présent il n'a pas dû avoir de touche.
Nous sommes tous les deux au point de rencontre. C'est bien la première fois que nous nous retrouvons ensemble ici. Souvent, pendant nos temps libres nous sortons mais jamais ensemble. Il a bien essayé de m'amener avec lui, mais faire la fête avec ses potes ne m'intéresse pas. Pour une fois nous sommes ensemble car c'est le moment tant redouté. C'est comme si tout le quartier s'était donné rendez-vous. Un large écran se trouve contre un mur. Parfois, il s'agit d'ambiance sonore et visuelle, parfois de clips musicaux mais là ce sont les informations. Cela fait bientôt deux heures que la population s'est amoncelée. L'astéroïde approche, la fin du monde arrive sur nous. Nous retenons notre respiration. Il y a peu de discussions, les yeux sont fixés sur l'écran. Un journaliste qui n'a pas pu obtenir un passe pour nous rejoindre commente l'arrivée. Dans le monde entier ce sont des scènes de panique. On nous montre une tâche blanche dans le ciel, plus petite que la Lune mais qui grossit à grande vitesse. On sait que la Terre ne sera pas épargnée et on connaît son point d'impact, ce sera l'Éthiopie, bien trop proche de nous.
Le ciel s'embrase, je retiens ma respiration, des cris perçants me parviennent. Je sens que Patrick se contracte à côté de moi. J'ai l'impression que mon cœur vient de s'arrêter. Quelques secondes tout au plus et sur l'écran apparaît un champignon nucléaire. Des caméras dans un satellite nous retransmettent des images de l'explosion. Un nuage recouvre pratiquement l’Éthiopie puis rapidement se développe. Même de l'espace, le satellite a été touché. Petit à petit, les images du monde entier défilent, la nuit apparaît alors qu'il est midi dans certains pays. Patrick a posé sa main sur ma jambe. Il me la serre à me faire mal. Je me tourne vers lui pour le lui dire, et je m'aperçois que des larmes apparaissent au bord de ses yeux.
— Tu me fais mal.
Il ne répond pas.
— Patrick ! Tu me fais mal.
Il ne répond toujours pas. Il semble tétanisé. Je ne le vois plus respirer. Je le secoue un peu. Je prends peur et me lève pour me placer face à lui. Je me mets au niveau de ses yeux cherchant un semblant de vie. Rien. Je le gifle doucement. Pas de réaction. Deuxième gifle. Il semble réagir mais lentement. Malgré l'aversion que j'ai pour lui, je prends peur, et souhaite le ramener au logement. J'arrive à le lever. Tout autour ce sont des pleurs ou des cris. Il est debout devant moi mais ne bouge pas. Je place son bras au-dessus de mon épaule et lui tiens la taille. Je l'entraîne à ma suite. Il me suit comme un automate. Il pèse un poids certain sur mes épaules. J'ai du mal à avancer, mais nous arrivons enfin au logement. Les gens dans le couloir sont des zombies. La plupart pleurent. Moi je n'ai pas le temps de m'apitoyer. J'ouvre la porte et fais entrer Patrick. J'aimerais qu'il s'allonge mais je ne peux pas le hisser sur le lit. Je vais pour l'assoir sur mon lit mais on s'écroule tous les deux. Je me retrouve à côté de lui sur le lit. Il a posé sa tête sur mon épaule et se met à pleurer. J'ai maintenant un grand dadais avec moi. Lui qui paraissait si fort, se retrouve comme un enfant à mes côtés. Je l'entends pleurnicher. Je passe ma main sur sa tête dont les cheveux sont coupés en brosse. La sensation est étrange, j'ai l'impression de materner un petit enfant. Parfois je sens ses soubresauts contre mon corps. Mon aversion pour Patrick semble s'être envolée.
Nous restons ainsi de longues minutes. Le temps passe, et je m'engourdis mais lui ne bouge pas. Comment fait-il pour pleurer encore.
— Patrick, lui dis-je avec une voix douce. Ça va aller.
Pour toute réponse, il amplifie ses pleurs. Je caresse se cheveux et m'aperçoit que je trouve la sensation agréable. lui a placé ses bras autour de mon torse. Je me sens en sécurité et bien tout contre lui. C'est moi qui devrais le sécuriser mais c'est lui qui par sa stature imposante qui me donne ce sentiment.
Au bout d'une heure, je n'ai toujours pas réussi à le calmer. Il pleure toujours même si cela s'est un peu calmé. Je m'ankylose ; je vais pour me dégager un peu mais il resserre son étreinte. Je dois trouver un moyen de le faire réagir sinon je suis là pour un moment. Moi aussi j'ai envie de hurler et pleurer sur le malheur commun à l'humanité mais je suis trop introverti pour le faire devant Patrick. J'ai besoin de m'isoler. J'ai une idée même si elle me dégoûte un peu. Vu comme il est macho, un baiser d'un autre homme sur les lèvres devrait le faire réagir. Je suis prêt à me prendre un coup dans la gueule mais au moins je l'aurai fait réagir et je pourrai m'en aller. Je redresse sa tête et place mon visage face au sien. Ses yeux sont vitreux et remplis de larmes. Je prends mon courage à deux mains et je colle mes lèvres contre les siennes.
C'est comme une éternité qui passe. Au lieu de me repousser, ses lèvres s’écrasent à leur tour contre les miennes. Elles semblent avides. Patrick réagit mais pas comme je l’espérais. Il attrape ma tête, et essaie de glisser sa langue entre mes lèvres. Son baiser est fougueux. Il n’y a aucune parole entre nous, mais la situation devient sexuelle. Je vais pour me reculer mais il a pris le contrôle de la situation. Il me bascule sur le lit et déplace une de ses jambes entre les miennes. Il m’écrase de son poids. Il semble fou de désir. Je voudrais parler pour le repousser mais sa langue fouille ma bouche. J’essaie de respirer comme je peux. Il bouge son bassin contre le mien. Je peux sentir son sexe raide contre mon ventre. À cette pensée, je m’aperçois que mon propre sexe est bandé. La situation m’excite. Il relâche ma tête et libère mes lèvres mais contre toute attente je projette ma tête en avant pour reprendre les siennes. Il prend ça pour une invitation et m’embrasse avidement. Ses mains glissent contre mon torse. Il rejoint les bords de ma tunique et me caresse la peau qui dépasse. Je me redresse comme je peux sur mes coudes pour libérer mon dos et le laisser me dévêtir. Pourtant, après s’être lui-même redressé, il enlève sa tunique pour laisser apparaître son torse musclé et velu. Je ne sais pas où va nous emmener ce moment, et je ne veux pas y penser. Ce doit être le manque de sexe depuis quelques mois et le chagrin qui nous entraînent sur la pente de la luxure.
Il fait glisser ma tunique au-dessus de ma tête et je me retrouve torse nu face à lui. Je plonge ma tête dans ses poils, humant l’odeur virile qui s’en échappe. Je devrais en être dégoûté mais cela m’électrise. J’embrasse son torse pendant qu’il caresse les épaules puis le dos. Sa queue est serrée contre mon ventre et la mienne sous ses fesses. Je deviens fou, j’ai envie de le prendre comme je le ferais avec une nana pourtant nos deux corps se battent en une chorégraphie intense.
J’halète. Je remonte mon visage sur ses seins. Ils ne sont pas mous comme ceux d’une femme mais fermes du fait de la musculature de Patrick. J’atteins avec ma langue son téton que je mordille. Cela le fait gémir. Notre ballet continue comme ça quelques minutes avant qu’il se lève.
Je suis déçu. J’ai envie de rentrer ma queue dans son cul même si c’est un homme, il m’a trop électrisé. A-t-il pris conscience avant moi de ce qu’on faisait ? Au lieu d’arrêter pourtant, il vire son bas et le slip en dessous. Je découvre une nouvelle fois son sexe. Mais cette fois-ci il n’est pas au repos mais dressé fièrement. Il est encore plus impressionnant. Il se baisse pour attraper mon vêtement et me l’enlever. Je me retrouve nu face lui, face à ce colosse tout en muscles. Je parais ridicule en me comparant à lui. J’ai peur qu’il rigole mais je ne vois que du désir sur son visage. Il crache sur sa main et vient en enduire son gland. J’en suis surpris mais lorsqu’il s’approche et m’écarte les jambes je comprends enfin ce qu’il souhaite.
— Il n’en est pas question ! Lui dis-je.
— Allez ! Fais-moi plaisir, j’en ai besoin. Tu m’as trop chauffé.
— Pas question, suis pas Pédé.
— Moi non plus, mais suis trop en manque là.
— Non.
La discussion aurait pu s’éterniser longtemps sans qu’aucun des deux ne lâche.
— Et toi ? Si tu venais te faire sauter ? Lui demandé-je.
— Pas question non plus, moi je suis un étalon.
Même dans cette situation, il reprend son attitude habituelle. Un étalon prêt à baiser avec un mec, il veut dire.
Contre toute attente, il s’écrase sur moi pour reprendre mes lèvres sur les siennes. Notre baiser reprend. Croit-il pouvoir m’exciter et me rendre fou à tel point d’écarter moi-même mes cuisses ? Il n’en est pas question. Il bouge ses hanches sur les miennes. Nous avons nos deux sexes l’un contre l’autre. De son ventre il me masturbe. La sensation est exquise. Il bouge violemment son bassin contre le mien. Nos deux queues sont dures comme de la roche. Il se redresse un peu pour s’assoir sur mes cuisses et prend nos deux membres en main. Il me regarde droit dans les yeux. Les siens sont en feu. Je me tords de plaisir. C’est la première fois qu’un autre homme me tient la queue et malgré le fait que ce soit Patrick, je gémis sous les caresses. Je ferme les yeux et je sens ses ondulations contre ma queue, nos couilles se frictionnant. Comme moi il halète. Tous mes complexes ont l’air de s’être envolés. Dans un bruit rauque je l’entends jouir. Son sperme vient s’écraser sur ma peau. C’est comme une brûlure mais elle me fait jouir à mon tour. Je crache tout mon jus entre ses doigts. J’en ai plein partout mais je m’en fous. Il y avait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir.
Patrick ondule encore quelques instants et s’écrase à côté de moi. Il plonge sa tête dans mon cou, me fait un petit baiser, pose son bras sur mon torse et me souffle à l’oreille :
— Merci.
Je ne comprends pas vraiment pourquoi il me remercie mais la langueur après le sexe me prend et je m’enfonce dans le sommeil avec Patrick à mes côtés.