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Ainsi que le veut la Nature

Ainsi que le veut la Nature...

Le père courbe sous lui son fils et, possédant ce qui déjà

Lui appartient, il le conquiert et le fait sien.

À son désir, il le façonne, à leur plaisir, il le mène.

À nul autre homme, il ne céderait ce divin privilège,

Être le premier homme, le premier amant,

Celui qui, à jamais, marque de son empreinte le garçon.

Ainsi que le veut la Nature...

Le fils se donne à son père, qui le prend tout entier.

Obéissant, reconnaissant, il reçoit en lui l'Homme.

À celui qui l'aime plus et mieux que quiconque,

Il s'ouvre, il s'offre, il se livre, confiant, heureux.

De son père, il recueille la marque humide de l'amour,

À la volonté de son géniteur, gracieux et beau, il se soumet.

Ainsi que le veut la Nature...

Le père fait à son fils le don que lui seul peut faire.

De sa substance même, de ce qu'il est, il l'ensemence

Et le nourrit, lui donnant vie une seconde fois.

Il l'a créé autrefois, il le recréé aujourd'hui,

Pleinement, divinement, de sa force fièrement érigée,

Il en fait enfin son fils, il se fait père enfin.

Ainsi que le veut la Nature...

Le fils qui, déjà, devait vie à son père,

Lui doit à présent son plaisir, intense, profond.

Sous son tendre joug, de sa source de jouvence,

Il s'imprègne, il se gorge sans fin, sans retenue.

Le flot impétueux, généreux, jamais ne se tarie,

Jamais ne se fatigue la main, jamais ne se lasse le baiser.

Ainsi que le veut la Nature...

Le père est si fort, le garçon est si jeune.

C'est bien la Nature qui, dans sa grande sagesse,

Faisant de leur différence la beauté de leur acte,

Les accouple si étroitement, les lie l'un à l'autre

Comme cela doit être, depuis toujours et pour toujours.

Pauvres mortels il étaient, dieux les Dieux les ont fait.

Ainsi que le veut la Nature...

Le fils souffre mille morts sous les reins puissants,

Mais c'est pour mieux renaître à son père.

Simple garçon, il était, le voilà fait fils en son sein.

Nu et fier, il va partout, radieux et empli encore de son père,

Portant au front le doux nom de l'Inceste.

Si d'aimer son père il s'agit, oui, il est Inceste.

Ainsi que le veut la Nature...

Le père s'acquitte ardemment de son devoir de chair,

Élevant chaque jour jusqu'aux cieux de la perfection,

La perfection que la Nature lui offrit en son fils.

Ce que vous nommez péché, lui est amour,

Ce que vous nommez tabou, lui est totem,

Et de loi ils ne connaissent que la leur, éternelle.

--Stefan 21 février 2014 à 06:42 (EST)