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Aldo, l'ouvrier du chantier voisin (4)

Bientôt trois mois que ma relation avec Aldo a commencé. Elle est maintenant plus compliquée sur le plan pratique. Le chantier est terminé et Aldo travaille aujourd’hui loin de chez moi. Puisqu’il se cache de son entourage, il faut déployer des trésors d’inventivité pour nous retrouver au rythme de trois ou quatre rencontres hebdomadaires. Mais qui aime parvient à ses fins !

En revanche, sur le plan de sa qualité, je n’aurais jamais imaginé, le jour où j’ai ramassé cet ouvrier harassé au pied de mon balcon, que j’allais entrer dans une relation aussi extraordinaire.

Nous parlons toujours aussi peu ; nous nous exprimons essentiellement avec nos corps. Je n’avais encore jamais vécu à un tel degré ce phénomène qui donne une puissance très particulière à la sexualité, transformée en un véritable mode de communication intime entre deux êtres. Je crois que ni Aldo ni moi ne pourrions – ni même ne voudrions – en changer. Nos corps, nos bouches, nos mains et nos sexes sont nos seuls interprètes. J’en sais néanmoins un peu plus sur Aldo. Il a 31 ans, vient d’un petit village portugais et est arrivé en Suisse, accompagné d’une sœur et d’un frère, il y a cinq ans. Il est heureux d’avoir du travail sinon du travail qu’il a trouvé. Il vit son homosexualité comme un poids terrible, au sein d’un milieu qui lui est résolument hostile. De petites aventures en petites aventures fugaces, volées dans des parcs la nuit – il n’a pas assez d’argent pour fréquenter des clubs gay dans lesquels il n’ose de toute manière pas entrer –, il ne parvient pas à assumer ce qu’il voit comme une tare venue du démon. C’est à peu près tout ce que je sais de lui.

Cette complicité réciproque et silencieuse n’a cependant pas empêché que l’évolution de notre relation ne se heurte à quelques difficultés. J’ai réalisé que j’avais à l’égard d’Aldo une attitude semblable à celle de certains blancs européens envers les africains, vus comme de bons sauvages porteurs d’exotisme dont ils ne doivent pas se départir, sous peine de perdre leurs attraits. J’ai été séduit par le côté animal et brut de décoffrage d’Aldo, par la rugosité de son corps et son odeur, par sa manière de me prendre sans artifice, par la seule expression de son instinct sexuel. Jamais, je n’avais été amené auparavant à vivre une telle expérience et je ne voulais pas abandonner ce qui faisait, à mes yeux, le cœur de notre relation.

Or Aldo a réalisé ce qui m’attirait chez lui et a compris combien plus variée devait être mon expérience. Il n’a donc pas tardé à me demander de lui apprendre, de l’éduquer, si l’on peut dire, pour aller vers une sexualité plus raffinée. Je me suis montré réticent, tentant de lui faire comprendre combien sa façon d’être était un véritable trésor à ne pas altérer. Lors d’une des rares véritables discussions que nous ayons eues ensemble, il m’a reproché mon égoïsme qui consistait à vouloir le garder tel qu’il était et à ne pas partager avec lui mes propres trésors. C’est alors que j’ai réalisé que je le voyais véritablement comme le bon sauvage, comme un objet d’exotisme touristique. Il m’est devenu clair que ce qui avait convenu pour quelques étreintes inattendues ne pouvait pas présider aux destinées d’une relation qui s’installait dans la durée et, surtout, dans le respect réciproque. J’ai tourné casaque et lui ai ouvert ma boîte à trésors.

Je suis de toute manière convaincu que, même après avoir découvert une certaine sophistication, Aldo ne perdra ni l’essence de son être et de sa sexualité ni son caractère dominant qui m’est indispensable. En effet, alors que généralement je ne suis pas fondamentalement porté sur la domination – je change de rôle selon mes partenaires et les jeux que nous inventons – elle m'est essentielle dans ma relation avec Aldo. Dès le premier instant, je n’ai vu ce dernier, dans la puissance animale qu’il dégage, que comme quelqu’un à qui je devais me soumettre. Mon plaisir vient du pouvoir corporel qu’il a sur moi. Je sais que ce pouvoir subsistera.

Si notre rituel s’est modifié, Aldo commence toujours par me déshabiller. Je continue à être transporté lorsqu’il ouvre mon pantalon puis le fait descendre, avant de réserver le même sort à mon boxer en le baissant par le devant, le faisant surmonter l’obstacle de mon sexe dressé. Ce dernier est immédiatement donné à Aldo qui le saisit et le caresse pour l’amener à l’incandescence. Le dévoilement de mon sexe par l’entremise d’Aldo reste le point de départ incontournable.

Une fois nu, j’accompagne Aldo à la salle de bains et c’est moi qui lui administre sa douche, sa « petite douche » comme nous l’appelons, qui doit être assez superficielle pour ne pas altérer l’odeur de son corps, de son sexe, de sa toison et de ses aisselles. J’ai cependant appris à Aldo à se baisser pour me dévoiler sa raie, seule partie de son corps que je savonne pour pouvoir, plus tard dans nos ébats, y mettre langue.

Je ne tombe maintenant plus immédiatement à ses genoux pour avaler son membre. Nous avons inventé deux jeux préalables. Le premier est né de ma première pénétration d’Aldo, intervenue à son initiative. J’ai compris que ses réticences dans le domaine tenaient à des interdits d’éducation qui étaient prêts à céder, à condition que je laisse Aldo donner lui-même les impulsions. Je n’ai donc jamais proposé de changer de position pour le pénétrer, le laissant toujours s’asseoir sur moi, me dominant de son corps, maître de ses initiatives.

Un soir, Aldo me demande si j’ai des sex-toys. Je lui amène la boîte dans laquelle je les conserve. Il les regarde avec amusement et étonnement, particulièrement attiré par les godes de toutes tailles que je possède. Il se saisit ensuite d’un plug, en me demandant à quoi cela sert. Je lui explique : une présence permanente dans le fond du ventre, une pression sourde qui pèse sur la prostate et qui ressort au bout de la bite. Aldo écoute et finit par reposer le plug sans faire de commentaires, apparemment pas intéressé.

Plus tard dans la soirée, après notre première étreinte, alors qu’Aldo joue avec le sperme prisonnier de ma toison et me caresse doucement les couilles, il me demande si je serais d’accord pour lui mettre un plug. L’idée m’enchante, même si elle me surprend après l’indifférence qu’Aldo avait manifestée peu auparavant. Pour cette initiation, j’en choisis un de petite taille, afin qu’Aldo apprenne à maîtriser la douleur qui vient lorsque la partie la plus large du plug a frayé son chemin et que le sphincter se referme brusquement sur le col étroit du sex-toy. J’explique à Aldo qu’il faudra qu’il adopte une position qu’il n’a encore jamais fait montre de vouloir pratiquer. Il comprend et accepte. Selon mes indications, il se met à quatre pattes par terre, avant de baisser la tête sur ses bras repliés sur le sol.

Je suis sous le coup. C’est la première fois que je vois véritablement le cul d’Aldo. Pointé vers le ciel, il vient à moi comme une offrande. Ses fesses sont rebondies et charnues, délicieusement poilues, exprimant une puissance mâle qui me prend aux tripes. Ma main se glisse dans la raie qui barre les deux lobes d’une trace sombre. J’écarte ces derniers pour parvenir à mon but et enduis copieusement la rosette de lubrifiant que je fais ensuite pénétrer plus avant avec un doigt. Vient alors la partie délicate. Je pousse lentement le plug lubrifié jusqu’à que je ressente une certaine résistance. Je m’arrête et le fait doucement ressortir puis le repousse, à quatre ou cinq reprises, jusqu’à que le conduit s’habitue à cette présence. Aldo est aux aguets, les muscles tendus, craignant sans doute la douleur. J’interromps mon avancée et caresse les couilles qui pendent délicieusement sous ce cul dont je m’occupe. Je les soupèse, les effleure et les masse. Aldo s’apaise et finit par se détendre. Je reprends alors ma progression et arrive bientôt au passage final de l’introduction.

— Aldo, cela va sans doute te faire mal. Je vais aller jusqu’au bout.

— Vas-y !

Je pousse le plug plus fort et je sens soudainement la résistance céder. En même temps que la base du plug s’encastre au fond de la raie, Aldo a un violent sursaut et se cabre en poussant une véritable gueulée.

— Aïe ! Je le feu dans le cul ! J’ai mal !

— Ne fais rien, attends que cela s’apaise.

Il reste dans sa position, respirant vite, cherchant à maîtriser les effets de l’éclair qui a traversé son anus. Après une minute ou deux, il se calme. Je pousse alors sur le plug pour qu’il envoie le plus de sensations dans le ventre d’Aldo. Ce dernier gémit, des gémissements de plaisir. Il finit par se relever et se tourne vers moi, m’embrassant à pleine bouche, en remerciement de cette nouvelle étape. Il garde le plug toute la soirée, jouant avec lui, l’enfonçant ou le retirant un peu pour mieux sentir sa présence. Après quelques jours, je passe à la taille supérieure à laquelle Aldo est maintenant tellement habitué qu’il ne veut plus commencer nos étreintes sans que je le lui mette. C’est donc notre première étape, qui suit le passage à la « petite douche ».

La deuxième étape trouve son origine d’un moment de tendresse qui suivit l’un de nos ébats. Nous sommes couchés côte à côte, corps contre corps. Aldo somnole presque. Il se laisse aller à mes caresses. Après avoir posé un baiser sur ses lèvres, je pars des aisselles pour ensuite effleurer lentement le torse et le ventre, puis m’arrêter sur le bas-ventre qui entre doucement en repos, englué des restes de la jouissance. Je m’y attarde, le temps d’en apprécier chaque détail et tous les recoins. Ma main passe sous les bourses, chaudes et lourdes, d’où elle descend sur l’une de ces cuisses que j’aime tant. Ma paume épouse voluptueusement la face intérieure et la caresse pour s’imprégner de sa force généreuse, recouverte d’une pilosité qui en relève la beauté. J’achève mon trajet sur le mollet dont le dessin, émergeant d’un bermuda, avait le premier attiré mon regard, lors de la venue initiale d’Aldo dans mon appartement. Ma main s’y arrête, alors que l’autre saisit avec tendresse les couilles qu’elle flatte de mouvements imperceptibles. Je regarde la bite d’Aldo ; elle a enflé, réagissant à mes assauts de tendresse. Je tourne soudain mes yeux vers les pieds. Comme le reste du corps d’Aldo, ils dégagent une puissance brute. Comme les mains, ils sont marqués par les tâches qu’ils accomplissent tous les jours. J’en ai envie. Je veux qu’ils pénètrent ma bouche. Je me déplace vers eux et y pose mes lèvres. Aldo sursaute :

— Eh ! Tu fais quoi ?

— Je veux te lécher les pieds. Tu n’aimes pas ?

— C’est bizarre. C’est un peu dégueulasse.

— Plus que ton cul ?

— Laisse ! Pas aujourd’hui.

J’abdique. Je connais maintenant Aldo. Il faut planter la graine et la laisser germer quelque temps. En tout cas, ne rien forcer. Manifestement, Aldo ne voit pour l’instant pas les pieds comme faisant partie du jeu sexuel. Deux semaines plus tard, je viens d’enfiler le plug qu’Aldo accueille maintenant toujours avec délectation. Je m’agenouille devant lui pour prendre sa bite dans la bouche.

— Attends. Pas comme ça.

Il tire une chaise vers lui et s’y assied. Il lève une jambe et me tend son pied.

— Lèche !

Je souris intérieurement ; la graine a germé. Je pose mes lèvres sur le gros orteil. L’odeur est forte, mais pas désagréable. Je m’apprête à passer chaque doigt en revue. Aldo réagit :

— Prends tout le pied !

Joignant le geste à la parole, il pousse d’un mouvement son pied dans ma bouche légèrement ouverte et en force l’entrée. Il s’est penché en avant, pour prendre de sa main ma tête qu’il maintient solidement pour m’empêcher de me soustraire à ses gestes. Je suis rapidement étouffé par la présence imposante de l’extrémité du membre qui occupe ma bouche. Comme lorsqu’Aldo y enfourne sa bite épaisse, je commence à baver abondamment, puis suis saisi de plusieurs haut-le-cœur. Je me sens véritablement pénétré par Aldo qui, dans ce nouveau jeu, garde sa puissance dominatrice. Je saisis son mollet de mes deux mains pour tenter de contrôler la force de l’avancée. Sous mes paumes, je sens immédiatement les muscles d’Aldo se tendre pour accentuer la poussée et faire céder le frein que mes mains tentent d’imposer. Je rends les armes et me contente dès lors de jouir du bonheur de tenir entre mes deux paumes ce mollet poilu et indomptable. Aldo se retire au moment où il voit que je n’en peux plus.

Désormais, à chacun de nos ébats, il me pénètre la bouche avec ses pieds, avant de le faire avec sa bite. Toujours avec sa puissance et son animalité, mais également avec les égards qui le font cesser, lorsqu’il comprend que le jeu cesse d’en être un, mais qu’il devient une souffrance pour moi.

La troisième découverte d’Aldo – qui n’est encore qu’une graine qui n’a pas encore germé ! – est elle aussi venue de manière inattendue. Nous avons fini nos premiers ébats d’un soir. Je suis assis par terre, le dos appuyé contre le mur. J’étire mes bras, en les levant joints en dessus de ma tête. Aldo, qui est juste à côté de moi, semble réagir à la vision de mon corps alangui, encore tout au souvenir de la jouissance qui vient de le parcourir. Je dois paraître abandonné, donné et offert à toute initiative. Aldo se déplace et vient s’agenouiller entre mes jambes ; il pousse l’un de ses genoux contre mes couilles en les compressant contre le sol, avant de saisir de toute sa force mes deux mains qu’il bloque contre le mur. Me tenant ainsi, il me donne de profonds baisers, venant chercher ma langue avec la sienne. Il les unit avec sa fougue et son indiscrétion habituelles. L’excitation de ces baisers intimes renforce l’énergie d’Aldo dont le genou écrase maintenant mes couilles qui m’envoient des ondes dans tout le bas-ventre. Ses deux mains maintiennent mes poignets si fort que je ne peux plus esquisser le moindre mouvement. Il est plaqué contre moi, son torse suant rivé au mien. Je suis violemment excité par la domination totale qu’Aldo exerce sur moi. Je suis à sa merci, totalement livré à lui, à son corps qui prend possession du mien. Mon excitation est remontée à son acmé en quelques minutes et ma bite a retrouvé toute sa vie. Aldo la saisit et la branle avec vigueur jusqu’à qu’elle livre ce qui lui reste de sève qui sort en quelques jets violents qui achèvent leur trajet sur sa jambe. Mon amant relâche son étreinte et me rend ma liberté. Je m’effondre contre le mur. Mes couilles souffrent encore de la puissante pression qui les a maintenues au sol pendant de longues minutes, alors que mes poignets sont endoloris par le mouvement de tenaille qu’Aldo y a exercé. Ces sensations maintiennent vivace dans tout mon corps le souvenir de l’intense expérience que je viens de vivre. J’halète et savoure mon bonheur.

Aldo se poste devant moi et prend dans sa main sa bite déformée par l’excitation. Il la branle avec fougue pour parvenir rapidement à la jouissance. Le visage déformé par le plaisir, il se déverse sur moi, mouillant mon torse et mon ventre. Sa semence coule lentement vers mon bas-ventre où elle est retenue par ma toison. Un temps, Aldo reste debout, tenant dans sa main son sexe d’où s’échappent les dernières goutes de plaisir. Il finit par s’asseoir à côté de moi, dans la même position : dos au mur et jambes tendues, son sexe redescendant lentement sur le haut des cuisses.

Nous restons silencieux et hébétés, tous deux profondément étonnés par ce qui vient de se passer spontanément entre nous. Jamais un acte de domination aussi franche n’était venu s’insérer dans nos ébats. Comme toujours, nul commentaire n’est échangé ; nous vivons en silence la passion qui nous a habités ensemble. De mon côté, j’y vois le clair signe d’un goût partagé, non encore communément avoué et qui reste à explorer. J’ouvre finalement la bouche :

— C’était incroyable. La prochaine fois, tu m’attaches ?

— Non. On verra. Une fois peut-être.

La graine est plantée. Il ne reste plus qu’à attendre.