Une histoire à découvrir
Amoureux des cuissardes
Je vous écris car j'aimerais vous parler de mon ami Franck. Nous nous sommes connus dans le meilleur bar cuir de Paris : le Keller. Bien que provincial, originaire de Bretagne où j'étais instituteur, je venais souvent à Paris le week-end, car je pense que c'est le seul endroit où l’on puisse vivre pleinement son homosexualité. À Paris, le milieu gay est suffisamment important pour qu'on puisse y trouver des relations nombreuses, durables ; et il est assez influent pour n'être pas totalement marginal. Nous avons réussi à imposer notre « différence » dans la capitale, mais pour les petites villes, c'est loin d'être le cas. Espérons qu'il y aura une évolution dans ce sens.
J’ai donc fait la connaissance de Franck (qui à l'époque s'appelait Francis, c’est moi qui ai changé son nom, trouvant Franck ou Franckie plus viril) au cours d'une soirée en boîte. Nous nous sommes plus, il m'a emmené chez lui et nous avons fait l’amour. Cela s'est si bien passé que nous avons eu envie de nous revoir, et j’ai pris l'habitude de débarquer chez lui à chacun de mes passages. Puis ce qui devait arriver arriva : notre entente sexuelle et sentimentale était telle que nous avons décidé de vivre ensemble. J'ai donc « émigré » et je me suis installé avec lui.
À cette époque, Franck était au chômage. N'ayant fait aucune étude, il n'avait exercé que des métiers manuels et cherchait une place dans le bâtiment. C’est alors que nous avons appris que la ville de Paris recrutait des égoutiers, qu'elle embauchait après une formation. Je l’ai poussé à se présenter, et il faut bien avouer que la tenue de travail des égoutiers y était pour quelque chose. Je suis un fétichiste du caoutchouc, et les bottes d'égoutier me font bander. Mais il est temps, je pense. que je vous décrive mon « mari ».
Franck a vingt-neuf ans, il est très grand et excessivement musclé. Sa carrure surtout est impressionnante. Il a fait beaucoup de musculation en salle, et cela se voit à l'épaisseur de son cou, aux reliefs de son torse, à ses cuisses, à sa silhouette massive. Sa tête, par contre, est assez petite ; ses yeux, profondément enfoncés dans leurs orbites, ont un regard sombre, exigeant. C'est ce qu’on appelle en langage populaire « une belle plante ». Moi, je dirai plutôt une belle bête, un félin puissant, un fauve dans la force de l’âge, dont je me plaisais à être la proie.
La première fois que je l'ai vu en costume de travail, j'ai failli tourner de l'œil tant il m'a excité ; c’était en été. Il portait une salopette bleue sans rien dessous, et sa peau, naturellement hâlée, était luisante de sueur. Quand il bougeait, on voyait, derrière la « bavette », apparaître un téton mauve couronné de poils. J’avais les dents qui grinçaient d'envie, envie d'y mettre la bouche, de sucer, de griffer cette poitrine bombée, fleurie de deux bourgeons de chair. Ses jambes étaient prises dans une paire de bottes immenses qui lui remontaient jusqu’en haut des cuisses, caoutchouc vert sombre que j'aurais aimer lécher jusqu’à la nausée... Sur sa tête, un casque métallique garni d'une lampe.
J'ai connu, ce jour-là, une émotion indescriptible. Non seulement mon fantasme prenait corps mais il avait les traits de mon bien-aimé, de mon amant, de mon homme, de celui que j'aimais à la folie, de mon beau mâle vigoureux, de mon maître adoré... C'était dans la rue. Franck m’avait donné rendez-vous à l'heure de la pause, afin que je puisse l’admirer dans toute sa splendeur, comme j'en mourais d'envie. En le voyant j’ai eu une érection instantanée et si violente que ça m'a fait mal : c'était trop ! Il fallait que je le touche ou j'allais me sentir mal. Je ne pouvais pas prononcer un seul mot tellement j'avais la gorge serrée. Il paraît que j’étais pâle...
Franck était lui aussi dans tous ses états. Quand il a vu ce qu’il provoquait en moi. ça lui a fouetté les sens. Il m'a fait signe de le suivre, et nous sommes descendus silencieusement dans les égouts, pendant que les autres allaient manger. J’avais les jambes flageolantes sur les barres métalliques qui servaient d’échelle, en m'enfonçant sous terre. Une fois en bas, il a allumé sa lampe frontale et m'a entraîné dans une artère peu fréquentée du sous-sol. L'odeur était infecte, mais pour moi délicieuse. L’obscurité nous entourait ; lui seul était éclairé dans cet univers humide et glacé.
Je me suis jeté à genoux devant lui, et j'ai étreint ses jambes. J’ai couvert ses bottes de baisers, j'étais comme fou. Quand je suis arrivé en haut des cuissardes, j'ai rencontré son sexe qui sortait de sa braguette, énorme, turgescent, violacé. Je l'ai aussitôt englouti, l’avalant jusqu’aux amygdales, pompant à en perdre le souffle. Sa bite était si grosse que ma bouche avait du mal à la contenir ; un chibre splendide qui me perforait le palais, s'enfonçait jusqu’à l’intérieur de ma gorge, pressé de dégorger son foutre dans mon gosier.
Quelques succions ont suffit. Il a lâché sa crème dans ma bouche en ahanant. Ses grosses couilles se sont décontractées dans mes mains et il a poussé son ventre vers moi. Il jouissait, et j’étais sur le point d'en faire autant. Ce n'était pas de l'amour que j'éprouvais pour lui, ce n'était pas de la passion, c’était quelque chose de beaucoup plus violent, de plus intense : une envie cannibale de le dévorer, d’absorber sa substance jusqu'à en mourir. Une rage de désir. La frénésie de la possession.
Debout devant moi, qui me traînait à ses pieds, il récupérait, les yeux fermés. Alors, j’ai sorti ma queue et je l'ai frottée sur ses bottes. Ce caoutchouc entre mes jambes me mettait dans un état second. Comme un chien qui se branle sur le mollet de son maître, je me suis déchaîné jusqu’à l'orgasme. Et lorsque j’ai tout lâché en poussant un cri, lorsque j’ai vu mes traînées visqueuses et blanchâtres bénir le caoutchouc des cuissardes, j'ai failli suffoquer de bonheur.
Très vite, nous nous sommes relevés et rajustés, car Franck craignait qu'on ne nous surprenne. Mais je n'oublierai jamais cet instant de purs délices, dans les souterrains fangeux de Paris.
Ludo, 35 ans.