Une histoire à découvrir
Amours épistolaires
Ce que j'apprécie dans les toilettes des lieux gays ce sont les graffitis et messages qui en ornent les murs. Il y a les classiques: le dessin d'une queue avec ses deux pendentifs, et les habituels prénoms suivis d'un numéro de téléphone. Parfois on peut y lire un poème à la gloire de la beauté phallique ou des plaisirs de la sodomie. Souvent on y trouve aussi des petits messages anonymes, provoquants, pervers, ou racontant en trois ou quatre mots toutes les joies qu'on tire d'une belle pine. Et puis il y a ceux qui donnent un prénom, des mensurations, des spécifications quant aux goûts sexuels et les coordonnées de celui qui cherche chaussure à son pied. En général je me contente de lire et de m'amuser de ces messages. Mais un jour j'ai trouvé un mot de quelqu'un qui laissait l'adresse d'une boîte postale pour des échanges sexuels épistolaires. Sans que je sache trop pourquoi, ça a fait tilt dans ma tête.
Le même soir, j’ai écrit une petite bafouille sympa à la fois pour me présenter et pour vérifier que tout ça n'était pas une blague et qu'il y avait bien un correspondant prêt à me répondre à l'adresse indiquée, une adresse à Amsterdam, certainement laissée sur le mur lors d'un séjour touristique à Paris. Je donnais mon nom et demandais que la réponse, s'il y en a une, me soit envoyée en poste restante.
Je fus quelque peu étonné de trouver dans ma boîte aux lettres, environ dix jours plus tard, une missive en provenance des Pays-Bas. Dans un français impeccable, mon correspondant me remerciais de l'avoir contacté. Il me proposait de rédiger mes fantasmes sexuels dès qu'ils me titillaient les méninges et les glandes, de les lui décrire et de lui envoyer régulièrement ma prose afin que lui aussi puisse profiter de mes délires libidiniques. Il me demandait de joindre si possible une photo, non pas de mon visage, mais de ma queue, l'instrument que j'allais mettre en scène dans mes écrits. Lui ferait de même et me ferait connaître les vertiges sexuels où l'entraîne son imagination aventureuse. N'ayant jamais pratiqué ce genre de jeu sexuel, je ne savais d'abord pas trop comment m'y prendre et quoi lui raconter. Par effet de miroir, le soir où je pris connaissance de son courrier, je me masturbais en pensant à lui qui se branlait en lisant la première lettre que j'allais lui écrire. Je le voyais allongé sur son lit, ma littérature posée sur son oreiller. Lui est sur le côté, la tête tournée vers ma lettre pour la déchiffrer, et la main droite astiquant son gros sexe. Puis n'en pouvant plus de me lire, la pine gonflée à bloc, il se met sur le ventre, sort son gode du tiroir secret de sa table de nuit, et se ramone le cul jusqu'à en jouir. Moi-même, en vivant cette scène dans ma tête, je me mis à me branler de manière de plus en plus frénétique et je pris mon pied de manière magistrale. Dès que j'en fus remis, je m'empressais de prendre quelques notes sur ce qui venait de se passer en vue de lui décrire tout cela dans mon premier courrier.
Au cours de la journée suivante, dans le métro, je me suis trouvé en face d'un jeune Beur, de ceux qui m'excitent tant, et en passant de son magnifique visage viril et moqueur, à la braguette de son jean, je me mis à m'exciter et à bander en imaginant tout le plaisir que je pourrais trouver si j'osais porter la main et les lèvres à l'emplacement de cet entrejambe si envié et pourtant apparemment si totalement inaccessible. Je me mis à bander et je dus m'en cacher en posant une revue sur la bosse de mon pantalon. Quand le type se leva pour descendre à sa station, je pus admirer son émouvant petit cul, une merveille qui décupla mon érection, au point que j'en eus mal. Ma tête se mit à se déchaîner et m'envoya des images de baise, d'enculage avec ce craquant p'tit mec si bien bâti et si chiennement viril, je griffonnai tous ces scénarios sur un coin de mon magazine, notant en quelques mots-clés comment ma main s'était glissée dans le jean du jeune Beur, trouvant un sexe de belles dimensions qui sous mes caresses se mit à durcir et gonfler de manière étonnante.
Puis, n'y tenant plus, j'ouvris la braguette, sortis l'engin et me mis à le sucer de façon frénétique. Ma main soupesait les couilles pleines, alors que mon index, plus audacieux, se glissait plus avant, à la recherche d'un doux orifice que j'imaginais encore inviolé. Ce petit voyou, d'abord réticent, atteint dans son honneur de jeune mâle, sous l'influence de mes insistantes et agréables caresses se laissa bientôt faire et mon doigt put l'explorer plus avant... Il me rendit en tous points la pareille, puis je lui offris mon cul. Il m'encula alors que de mon doigt je continuais à farfouiller dans son anus. Puis, quand je le sentis prêt à jouir, je fis en sorte de l'obliger à se retirer, je le retournai et j'enfonçai à mon tour ma bite entre ses petites fesse musclées, etc, etc. Ma braguette était gonflée à en craquer. D'écrire ces pensées obscènes, ce cinéma phantasmé, me donnait encore plus de plaisir qu'au moment où ces délires s'étaient imposés à mon imagination. Surtout j'imaginais le pied qu'allait prendre mon correspondant à leur lecture et j'espérais avoir suffisamment de talent "littéraire" pour lui apporter un maximum de plaisir.
Le même soir je rencontrai un mec sur les quais en face de Bercy, un type que je me suis envoyé dans la pénombre de ce lieu propice aux amours furtifs. Et je dois dire que plus que la situation, plus que le mec que j'avais rencontré, c'est la perspective de décrire tout cela dans ma lettre qui m'excitait le plus. À peine eus-je retiré de ma bite ruisselante la capote dans laquelle je venais de décharger, que je me mis à penser à la manière dans j'allais rédiger mon rapport à mon correspondant. Et je reprenais mon pied en me retrouvant chez moi, installé à mon bureau, à mettre noir sur blanc tout ce que j'avais vécu ou toutes les pensées "crades" qui m'étaient passées par la tête. Et ainsi de suite, les jours suivants, jusqu'à ce que j'ai quatre bons feuillets recto-verso, rédigés de mon écriture minuscule, à faire parvenir à Amsterdam.
Une semaine après mon envoi, je reçus moi-même un courrier, avec la photo de l'énorme bite de mon nouvel ami néerlandais, ami dont le visage m'étais inconnu. Il me racontait ses phantasmes et ses rencontres, vraies ou rêvées. Je m'imaginais à sa place dans les situations décrites et je jouis de la description de ses plaisirs. Petit à petit, avec le temps, nous nous sommes inclus dans nos scénarios, c'est-à-dire que lui me raconta une première fois comment il avait phantasmé de me baiser violemment dans un dépôt près de la gare, sur un vieux tas de charbon, et moi je lui écrivais en détail la visite médicale que je lui avais fait passer, visite au cours de laquelle l'anuscope ne fit que précéder ma bite dans ses entrailles.
De là nous nous sommes de plus en plus fréquemment impliqués dans une "relation de couple", toujours sans nous connaître physiquement, une relation qui devint de plus en plus jalouse, puisque nous avons fini par balayer de nos écrits toute ce qui n'était pas nous deux. Nous avions notre vie sexuelle réelle, désormais exclue de notre correspondance, nos phantasmes tournés vers les autres, eux aussi exclus, et nos "baises" épistolaires, devenues notre seule source d'inspiration érotique. Nous avons cessé de nous écrire quand nous eûmes envie l'un l'autre de connaître nos visages respectifs, de "personnaliser" notre relation. Il y avait danger d'amour... ou peut-être de déception. Nous nous étions décrits avec nos mots à nous, nous nous étions certainement "enjolivés" pour mieux coller au désir de l'autre, aussi devions-nous rester des personnages de fiction.