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Angel Dust sur la plage

La rumba battait son plein, il devait bien être quatre heures du matin. L’appartement grouillait de garçons à demi nus cherchant à se frôler sur l’inconnu. En fait ce n’était pas un appartement, c’en était deux. Ce qui faisait que le party occupait tous les lieux. Les voisins de concert avaient ouvert les portes avant et arrière. Il y avait du monde partout, dans un des salons, on s’éclatait en faisant de l’expression corporelle sur «In Gada da vida» des Iron Butterfly, dans l’autre on groovait lascivement sur «Papa was a rolling Stone» des Temptation. L'invitation disait: «Apportez votre booz, votre stock et votre sexe. La «Plage» sera ouverte de vendredi 8 heures à dimanche minuit. Be cool and rock my soul.»

Je me suis donc envolé sur les ailes d’un long délire. Dans ma trajectoire nébuleuse, j’ai rencontré les frères siciliens. Deux garçons sympathiques, génialement fous, qui ne cessaient de rouler joint par dessus joint et me noyaient dans des cascades de fous rires. Sous l’effet du Angel Dust, ils devinrent d’une volubilité hallucinante. Ils me racontaient leurs aventures, leurs bévues, leurs déboires avec leurs familles. Je réalisai alors qu’ils n’étaient pas frères pour deux sous, puisqu’ils n’avaient pas la même mère. Sérieusement, mais vraiment très sérieusement, ils m’ont dit, qu’à moi, et à moi seul, ils allaient expliquer pourquoi ils se considéraient comme tels. Ils se sont fait un clin d’œil et se sont serrés la main. Ils ont baissé leurs jeans rapiécés de patches de velours, m’ont exhibé leurs queues, qu’ils avaient particulièrement opulentes, ont découvert leurs glands et de leurs index, ils ont pointés un détail précis. Tous les deux avaient un grain de beauté sur le gland, au même endroit, ce qui, selon eux, en faisait deux frères siciliens.

On m’a permis de toucher et même de lécher afin d’adhérer à la confrérie. C’est ainsi que nous nous sommes adonnés aux joies du sexe, dans le fond de la cuisine, sous la table, parmi les bouteilles de bière vides. Quelle agréable débauche. Fait incontournable, les frères siciliens étaient de sacrés baiseurs. Ils se faisaient un malin plaisir de me tenir juché tout en haut de mon extase, un en avant, l’autre en arrière. Deux véritables professionnels de la santé érotique. Quelle sensation divine que de se faire savamment sucer la queue et lécher les couilles, pendant qu’une autre langue s’active à farfouiller dans une marre de salive au plus profond de notre fondement. Lorsqu’ils me sentaient au bord de l’apoplexie, mes deux assaillants cessaient toute manoeuvre pour me garder en suspend dans le firmament de la luxure. Filipo roulait alors un autre joint de hashish afin, disait-il, que nous percevions adéquatement la minceur intrinsèque de la volupté. Maximilio, lui, en profitait pour m’administrer de longs frenchs passionnés en m’enveloppant de ses bras amoureux et possessifs.

Un coup fuzzés comme des dingues, nous nous sommes remis à la tâche. Sans se le dire nous savions tous les trois que cette fois était la fois définitive. À un train d’enfer, nous nous sommes embrassés et sucés. Pour le sprint final, nous avons pris nos places instinctives: Maximilio et moi en position du 69 et Filipo, en cuillère derrière mon partenaire, l'a embroché dru, le bardassant vigoureusement jusqu’à ce qu'il lui vienne dans le cul. Dans le feu insoutenable de ce sabbat improvisé, Maximilio ne put se contenir davantage et je sentis sa semence chaude et généreuse se répandre dans ma bouche. Bombardé de sensations, tout mon corps vibrait, je sentais chacune de mes pores goûter l’extase de se moment paradisiaque. La tête perdue dans les étoiles, mon sperme fila telle une comète, une voie lactée, au fin fond d’une constellation d’une pure jouissance psychédélique.

Un groupe de fêtards euphoriques déboucha en trombe dans la cuisine, nous surprenant sous la table, affalés, déculottés, encore bandés. Ils avaient du vin et des joints, nous en ont offerts, en s’esclaffant. Nous avons ri comme des possédés, Maximilio, lui, ne cessait de m’étreindre, de se coller à moi, de me couvrir de volupté. Filipo a vite compris qu’un désir sourd s’immisçait entre nous deux. Il n'a pas insisté, nous a laissé aller.

Sur un vieux sofa délabré, j’ai découvert un Maximilio buzzé d'amour, affamé d’érotisme. Nous y sommes restés lovés jusqu’au dimanche soir, minuit. Sur la table tournante automatique recommençait inlassablement «Body Love» de Klaus Schultz.