Une histoire à découvrir
Anges (1)
Je me présente, je m’appelle Julien, j’ai 18 ans. Je suis en train de me regarder dans le miroir de la salle de bain en sortant de la douche, je ne suis pas trop mal foutu, même assez bien foutu je dirais. Si seulement les autres le savaient. Je suis toujours seul, désespérément seul, et je suis bien obligé de vider mes couilles seul, enfin vous savez bien de quoi je parle.
Cela ne sert à rien d’être beau, si j’en crois l’annonce que j’ai lue la semaine dernière. Le théâtre cherche des figurants pour ses prochains spectacles, et pas seulement des beaux, mais aussi des moches, des gros, des petits, des difformes. Ils veulent avoir un choix de chair humaine à présenter aux metteurs en scène.
J’ai toujours aimé le théâtre. J’ai même joué le rôle principal de Cyrano de Bergerac au lycée avec un faux nez. Bon, la pièce avait été abrégée, sinon les spectateurs (nos parents, frères et sœurs) se seraient endormis avant la fin. Mon rêve secret est d’entrer à la Comédie Française, mais avant il faut faire des études « sérieuses » (dixit mes parents). Je vais donc faire des études, et devenir intermittent du spectacle, très intermittent s’il n’y a aucun metteur en scène qui s’intéresse à mon superbe corps.
Je vais donc envoyer mon dossier, un questionnaire : âge, poids, taille, particularités physiques, motivation, expériences théâtrales. Il faut envoyer aussi quelques photos, de face, de dos, de profil, le visage en gros plan. J’ai emprunté l’appareil photo de mon père avec le déclencheur automatique. Je suis en train de me demander quelle tenue je dois mettre, ce n’est pas précisé. Comme je l’ai dit, je viens de sortir de la douche et je suis retourné dans ma chambre vêtu de mon seul boxer noir. J’ai bien sûr croisé ma petite sœur qui se met toujours sur mon chemin afin d’étudier la morphologie humaine. La prochaine fois, je resterai nu, afin qu’elle voie enfin ce qu’est un zizi adulte.
Pour être honnête, je n’ai jamais eu l’occasion de voir une fille nue, mais je commence à croire que cela ne manquera pas. Bien, revenons à notre sujet, je vous parlerai de ma vie sexuelle une autre fois. Et si je restais en boxer ? Une metteuse en scène pourrait flasher sur mon six pack et me sélectionner. Je fais quelques photos, elles ne sont pas fameuses, je ressaye jusqu’à obtenir un résultat satisfaisant. Je transfère le tout sur mon ordinateur et j'envoie le mail. Une semaine plus tard, je reçois un avis positif : on a enregistré mes données dans la base, on me contactera si on a besoin de moi, c’est-à-dire jamais.
Deux mois plus tard, je suis en train de me regarder dans le miroir de la salle de bain en sortant de la douche, je suis toujours seul, désespérément seul, et je suis toujours obligé de vider mes couilles seul. Mais j’ai un rendez-vous aujourd’hui, avec l’équipe de production d’un opéra (le théâtre de ma ville donne également des opéras). Ils pensent à moi pour un petit rôle. On me prie de me présenter à dix heures. J’ai demandé congé et je me prépare à y aller. Quelle tenue vais-je mettre ? Je décide de mettre mes habits habituels, un jeans et un tee-shirt, il fait encore assez chaud pour la saison.
J’arrive au théâtre dix minutes avant, je suis inquiet. Ce qui n’était qu’une vague espérance devient réalité. On m’a dit de me présenter à « l’entrée des Artistes ». Le portier me conduit à la salle où aura lieu l’audition et me dit d’attendre dans le couloir qu’on m’appelle. Après cinq minutes, un jeune homme du même âge que moi sort et me dit d’entrer. J’ai à peine le temps de le regarder, mais son image s’est gravée dans mon cerveau. Je reste quelques secondes sans bouger.
Je finis par entrer. Quatre personnes sont assises derrière une table. Je balbutie un « bonjour ». Un homme se lève et vient me toucher la main. Il se présente, il est le dramaturge. Il me présente ensuite le metteur en scène, le scénographe et la créatrice des costumes de la production, puis retourne s’asseoir. L’examen va commencer.
Je reste debout à deux mètres de la table. Le metteur en scène me demande de mimer quelques scènes de la vie courante : acheter un journal, manger, marcher dans la rue, manifester la surprise, le chagrin, la joie, etc. Cela dure quinze minutes environ. J’ai l’impression de m’en sortir assez bien. Le metteur en scène me dit :
— Pas mal, je pense que nous pourrons vous engager pour notre spectacle. Maintenant j’aurais encore quelque chose à vous demander, qui ne devrait pas vous poser trop de problème, si j’en crois les photos de votre dossier. Pourriez-vous vous déshabiller ?
Cela m’étonne un peu qu’il me demande cela, y aurait-il une scène en petite tenue prévue ? Ce ne serait pas inhabituel dans les mises en scène modernes. Et c’est de ma faute, je n’avais pas besoin de m’exhiber en envoyant mon dossier. Mais c’est différent de se déshabiller seul dans sa chambre ou devant quatre personnes inconnues. J’enlève rapidement mes habits. J’ai mis un boxer rouge ce matin, je n’y avais pas réfléchi, je ne pensais vraiment pas me retrouver presque nu.
— Monsieur, me demande le metteur en scène, pourriez-vous enlever votre sous-vêtement ?
Je suis un peu paniqué, je ne sais pas si j’ai bien compris. Je demande au metteur en scène :
— Vous voulez bien me voir nu ?
— Si ça ne vous dérange pas. Rassurez-vous, je vais tout vous expliquer.
Je suis déjà presque à poil, je ne risque plus grand-chose à baisser mon boxer. Je le fais.
— Voilà, commence le metteur en scène. J’ai prévu pour vous une scène où vous serez à moitié nu, mais vous garderez le haut ! Vous aurez une veste avec des ailes d’anges dans le dos, vous serez Éros. Mais pour la symétrie, il y aura un deuxième ange, Cupidon. Vous me suivez ?
— Euh oui.
— Vous serez là avec votre collègue pour accompagner le couple à son lit nuptial. Vous devrez enlever votre culotte pour les inciter à consommer leur mariage.
Comme s’ils avaient besoin de moi pour les guider. Ils auraient pu se débrouiller seuls. Le metteur en scène continue ses explications alors que je reste nu devant lui.
— Je dois encore vous dire que le couple sera composé de deux hommes, l’un avec des habits féminins. En fait il n’y aura pas de femmes dans cette production, que des hommes. Toutes les femmes seront des contre-ténors. Vous me suivez toujours ?
— Oui.
— Donc les deux hommes se déshabilleront, celui qui joue la femme aura un jupon, l’autre gardera son slip. Vos deux sexes, ceux des anges, symboliseront l’acte sexuel.
— Je pensais que les anges n’avaient pas de sexe, ne puis-je m’empêcher de dire.
— Je préfère les sexes mâles, tout le monde sait que je suis gay. Voilà. Céline, veux-tu prendre les mesures pour le costume ?
— Bonne idée, répond-elle.
La créatrice des costumes se lève et me mesure sous toutes les coutures, c’est le cas de le dire. Elle effleure mes couilles lorsqu’elle mesure la jambe.
— Excusez-moi, me dit-elle. Olivier, tu as vu ?
— Oui j’ai vu.
Il semble qu’ils parlent de ma bite.
— Monsieur, reprend le metteur en scène, vous êtes circoncis.
— Et ça pose un problème ?
— Je me fiche complètement de ça, chacun fait comme il veut, mais un ange doit avoir le corps intact, c’est une émanation divine. On vous donnera des prothèses.
— Des prothèses ?
— De faux prépuces que vous mettrez pour la représentation.
Je me demande dans quel guêpier je me suis fourré. Je reste stoïque.
— Je ferai tout ce que vous désirez.
— C’est parfait, vous êtes engagé. Daniel s’occupera du contrat. Merci et à bientôt.
L’équipe de production se lève, ils viennent me serrer la main et quittent la salle. Je reste seul avec le dramaturge. Il me dit :
— Vous pouvez vous rhabiller. Olivier est un metteur en scène génial, mais il est parfois un peu bizarre. Toutes mes excuses.
Nous allons dans son bureau. Le contrat est déjà prêt. Je le lis, je suis un peu déçu du cachet, je m’attendais à mieux. Le dramaturge me dit :
— Les temps sont durs, c’est difficile d’obtenir des subventions. Mais si vous faites carrière, ça fera une ligne dans votre CV : « Il a travaillé sous la direction de grands metteurs en scène, comme … ».
— J’accepte, je n’ai pas le choix.
Je signe le contrat sans le lire. Je reçois ensuite le planning. Compte tenu de mes études (et du petit rôle que j’ai), je n’aurai des répétitions que le soir, à part les générales. La première a lieu dans trois semaines. Je prends congé et je quitte le théâtre.
Je vous passe les détails inintéressants de ma vie quotidienne et je reprends le récit trois semaines plus tard.
Je me retrouve à l’entrée des artistes, le portier me conduit à ma loge, oui j’ai une loge, avec mon nom sur la porte, comme les solistes. Je ne serai pas seul, il y un deuxième nom en dessous, sûrement le deuxième angelot.
Éros frappe à la porte.
CUPIDON Entrez.
Il entre. La loge est petite. Il y a un miroir entouré de lampes avec les produits de maquillage. Pas de fenêtre. Au fond une porte qui donne sur la douche. Cupidon est assis devant la glace.
ÉROS Bonjour.
CUPIDON Salut, tu es Éros je pense.
ÉROS Oui, mon vrai nom est Julien. Et toi tu es Cupidon ?
CUPIDON Mon vrai nom est Cyril.
Il se saluent. Éros reconnaît Cupidon, il l’a vu furtivement dans le couloir le jour de l’audition. Ils tombent immédiatement amoureux mais ils ne le réalisent pas encore. Comment en serait-il autrement lorsque deux Dieux de l’Amour se rencontrent ?
La première répétition est assez intensive. Nous sommes seuls avec le metteur en scène, les autres chanteurs sont déjà rentrés. Il prend son temps pour nous inculquer les rudiments du théâtre aux débutants que nous sommes.
Nous nous retrouvons dans la loge. J’ai transpiré et j’ai juste le temps de prendre une douche avant le départ du dernier bus. Je ne veux pas le rater et dilapider mon cachet en frais de taxi. Je fais part de mon désir à Cyril, il me répond :
— J’aimerais aussi me doucher et je n’ai pas beaucoup de temps non plus.
— Je me dépêche.
— J’ai une autre idée.
— Laquelle ?
— Prenons notre douche ensemble, on va de toute façon être à poil sur la scène.
Prendre une douche ensemble ? Oui, quoi de plus naturel, je l'ai déjà fait souvent après le sport. Mais, ici, dans cette cabine exiguë ? Cette proposition me surprend, j’hésite quelques instants puis j'accepte.
— Oui, tu as raison, dis-je. Nous allons être à poil sur la scène.
Nous nous déshabillons rapidement. Il entre le premier, je le suis. Quelle position adopter, nous tourner le dos ? Quand même pas, je me mets en face de lui. Le pommeau de douche est fixé contre la paroi. Cyril fait couler l'eau et me demande :
— Pas trop chaud, ça va ?
— Oui, parfait.
Il arrête ensuite l'eau et se savonne avec le gel fourni par le théâtre. Je fais de même, tout en essayant de ne pas frôler son corps. Il se tourne en me demandant :
— Pourrais-tu me mettre du gel dans le dos ?
— Bien sûr.
Je commence par les épaules puis je descends le long du dos. J'hésite lorsque j'arrive à la hauteur des fesses. Dois-je continuer plus bas ? Je ne sais pas ce qu'il me prend, je continue, lui savonnant les fesses, puis j'introduis timidement un doigt dans sa raie. Par chance il ne réagit pas, il semble que c'est normal pour lui. Je retire rapidement ma main, regrettant déjà d’avoir osé.
— Tu as fini ? demande Cyril. A ton tour, tourne-toi.
Je suis maintenant face à la paroi et Cyril m'enduit le dos de gel. Je sens que je commence à bander. Il termine aussi par les fesses et l’anus, là je bande tout à fait. Je n'ose plus me retourner alors qu'il fait couler l'eau pour nous rincer. Je saisis une serviette que je mets devant moi pour cacher mon érection et je sors de la cabine.
Cyril remarque mon trouble et me demande :
— Qu'est ce qu'il y a ?
— Rien. Je n'ai pas l'habitude.
— Je n'aurais pas dû te proposer cette douche.
— Non, pas de souci.
— Excuse-moi, j'avais l'habitude de me doucher avec mon frère, nous étions toujours en retard pour l'école.
— Et tu lui lavais aussi le derrière ?
— Désolé, c’est toi qui as commencé.
Je ne sais même pas s'il a vu que je bandais. Lui est resté impassible. Je m'essuie rapidement et je remets mon boxer. Je n'ai pas pensé à prendre des habits de rechange.
L'heure du bus approche, je n'ai pas de temps à perdre. À peine rhabillé, je salue Cyril et je quitte la loge. Une fois assis dans le bus, je fais le point et je me remémore ce qui vient de se passer. Je me suis retrouvé nu avec un homme et j'ai bandé, je suis attiré par les hommes. Ce que je redoutais/j’espérais se confirme. Pour résumer, je suis homo, comme ils disent. Et Cyril, l'est-il aussi ? Je ne sais pas. La douche était-elle un piège pour tester mes réactions ou pas ? Que va-t-il se passer maintenant ? Le petit jeu va-t-il continuer ou resterons-nous « professionnels », de simples artistes qui travaillent ensemble, dans une production un peu particulière il est vrai ? L'avenir le dira.
J'arrive chez moi, tout le monde dort déjà. J'enlève mon jeans et me couche sur mon lit. Je me caresse à travers le boxer tout en repensant à Cyril. Je n'ai même pas eu le temps de regarder son corps en détail, tout a été si soudain et inattendu. Mais j'ai quand même vu son pénis, qui me semble être plus petit que le mien, il n'est pas circoncis, il n'aura pas besoin de faux prépuce.
La masturbation est un excellent somnifère, je m'aperçois le lendemain matin que je me suis endormi très rapidement, alors que j'aurais eu toutes les raisons de m'inquiéter de ce qui m’arrive. Et j'ai fait mon coming out, le premier seulement et le plus facile, à vous lecteurs anonymes.
Deuxième répétition. J'arrive à l'avance, j'aimerais bien parler avec le colocataire de ma loge, faire plus ample connaissance. J’ai de la chance, il est déjà là.
— Salut, ô Dieu de l'Amour, lui dis-je.
— Salut, ô Dieu de l'Amour, me répond-il.
— Tu as passé une bonne journée ?
— Oui, et toi ?
— Aussi. Que fais-tu, si ce n'est pas indiscret ?
— J'étudie au conservatoire de musique. J'aimerais devenir chanteur d'opéra. Mais j'apprends aussi à jouer d’un autre instrument.
— Lequel ?
— Le violon.
Je fais la moue.
— Je dois t’avouer que ce n’est pas vraiment le genre de musique que j'écoute habituellement.
— Je t'inviterai à un concert privé lorsque nous aurons terminé avec le spectacle.
— Avec plaisir. Et tu habites où ?
— Je ne peux pas faire le trajet tous les jours, j'ai une chambre ici chez une vieille dame. Sinon, je rentre le weekend chez mes parents. Et toi, que fais-tu ?
— Je dois encore passer mon bac l'année prochaine. Je vis encore chez mes parents dans un appartement en banlieue avec ma sœur un peu plus jeune que moi. Pas très original.
Je me change, j'ai pris cette fois d'autres habits pour la répétition. Celle-ci se déroule comme la première, nous sommes de nouveau seuls avec le metteur en scène, nous n'avons pas encore vu les autres solistes. A la pause, nous faisons aussi plus ample connaissance. Nous décidons de nous tutoyer. Olivier nous demande :
— Ça va la cohabitation entre mes deux angelots ?
— Ça va, réponds-je. Nous cohabitons même sous la douche.
— Vous savez, il n'y a pas assez de loges pour tout le monde. Mais j'ai vu bien pire lors de tournées dans des petits théâtres de province, lorsque toute la troupe est obligée de se changer dans un seul local. Au théâtre votre corps ne vous appartient plus. Il appartient d'abord au metteur en scène qui vous indique ce que vous devez en faire, puis au public qui se l'approprie.
— Et pourquoi jouer nu ? demande Cyril.
— Et pourquoi pas ? En te déshabillant tu exprimes une intention, celle de baiser ton partenaire par exemple. Comme je ne peux pas faire baiser deux personnes sur la scène, je les fais se déshabiller.
Comme j'aimerais bien baiser Cyril sur la scène !
— Et tu exprimes aussi la fragilité par la nudité, continue Olivier. Le héros sans peur et sans reproche qui vient de chanter son chant héroïque, c'est le cas de le dire, se retrouve nu face à sa dulcinée. Tu vois alors que sous son costume rutilant, il est gros, il a un petit pénis. Mais je divague. Reprenons notre travail.
A la fin, nous nous retrouvons ensemble sous la douche. Je suis moins excité que la première fois, la routine déjà. J'en profite pour examiner le corps de Cyril en détail, et prendre plus de temps pour lui savonner le dos et les fesses, presque une longue caresse érotique. Je constate avec satisfaction que sa bite, si elle n'est pas dressée, a néanmoins grossi. Il n'a pas l'air gêné du tout et ne se cache pas comme je l'ai fait.
Nous nous ressemblons assez, les mêmes cheveux châtains foncés, presque la même taille. Je pense que c'est pour cela qu'Oliver nous a choisis. Ou bien il n'y avait pas beaucoup de monde qui s'était annoncé au théâtre. Je suis un peu plus musclé, je fais pas mal de sport.
Troisième répétition, plutôt un rendez-vous avec la créatrice des costumes pour un essayage puis un cours de maquillage. Lorsque j’entre dans la loge, Cyril est hilare.
— Bonjour, ô grand Dieu de l’Amour, me dit-il. On va bien rire aujourd’hui.
— Bonjour, ô petit Dieu de l’Amour. Que se passe-t-il ?
Il me désigne deux boîtes posés sur la table, il y a aussi un billet. Je le prends et lit :
« Bonjour Julien. Tu trouveras deux boîtes de faux prépuces. Je te laisse faire les essayages et regarder quelle taille te convient. A+. Céline »
Je regarde les boîtes, elles contiennent chacune 12 pièces, en M et L. Je me demande où elle les a dénichés, certainement sur internet, on peut vraiment acheter n’importe quoi.
— Alors, tu essaies ? s’impatiente Cyril.
— Une minute. Laisse-moi enlever ma veste.
— Et ton pantalon. Au fait, pourquoi as-tu été circoncis ? Pour ta religion ?
— Non, parce que j’en avais envie. Et toi, pourquoi n’as-tu pas été circoncis ?
Il a l’air surpris de ma question et ne répond rien. J’enlève mon jeans et je baisse mon boxer. Je prends d’abord la boîte avec les M. C’est assez drôle de voir ces faux prépuces alignés. J’en prends un et je l’enfile sur mon gland, sous les yeux de Cyril qui n’en perd pas une miette. Cela serre un peu trop, je l'enlève.
— Trop étroit ? demande Cyril. Je ne la voyais pas si grosse.
— Et si tu continues à me mater, il faudra une boîte de XXL.
— Excuse-moi, je peux sortir un moment.
— Non reste, Olivier a dit que mon corps ne m’appartenait plus.
J’essaie un prépuce L, il va bien. J’espère seulement qu’il restera en place et que je ne vais pas le perdre pendant la représentation, le public pourrait se demander si c’est une circoncision symbolique.
Je me rhabille et nous partons essayer nos costumes. Nous allons encore devoir nous déshabiller, nous ne faisons que ça dans ce récit. J’espère que vous n’êtes pas choqués par ce manque de pudeur.
Nous découvrons nos costumes pour la première fois, nous aurons l’air assez ridicule : une veste violette avec des décorations blanches, une paire d’ailes immenses, blanches également, que nous accrocherons dans le dos comme un sac de montagne, et bien sûr un arc et un carquois avec des flèches. Pour le bas, une culotte courte assortie ressemblant à un slip et des sandales avec les pieds nus.
Claire, la créatrice de ce merveilleux costume, nous accueille avec le sourire :
— Voilà mes Dieux de l’Amour, je vous ai gâtés, de beaux costumes d’angelots. Ils vous plaisent ?
— Mais oui, réponds-je, avec ceci je n’oserai inviter personne à venir voir le spectacle.
— N’oublie pas que tu devras enlever le bas dans la dernière scène, les spectateurs ne se souviendront plus que de ton sexe. Il ne reste plus qu’à essayer.
Nous nous déshabillons une nouvelle fois en présence de Céline. Je lui demande :
— Devons-nous garder nos boxers sous la culotte ?
— Ils dépasseraient, ce ne serait pas esthétique. J’ai prévu des strings, les voici.
Elle nous les tend, ils sont beiges.
— Encore une question pratique, il faudra les laver nous-même ?
— Non, vous les laisserez dans la loge, le théâtre s’en occupera entre les représentations.
Nous essayons les costumes, ils vont assez bien, il n’y aura que quelques retouches à faire. Je regarde Cyril et lui dit :
— Dommage que je n’aie pas mon iPhone, je t’aurais pris en photo et l’aurait mise sur un forum avec un commentaire ironique.
— C’est interdit, me rappelle Céline, et mes droits d’auteur ?
— Désolé, je n’y avais pas pensé.
Je ne vais pas vous raconter chaque répétition dans le détail, ce serait assez fastidieux, pour vous comme pour moi. Je vous livre encore quelques informations :
Quel sera notre rôle ?
Nous apparaîtrons d’abord au premier acte, décochant nos flèches sur certains protagonistes pour signaler au public qui est amoureux de qui. L’intrigue est assez compliquée, mais cela ne fait rien si les spectateurs ne suivent pas. La beauté de la musique compense l’intérêt de l’histoire.
Nous aurons ensuite une pause assez longue, puis nous reviendrons au troisième acte. Au fond de la scène, il y aura un lit à baldaquin fermé par un rideau. Ce sera le lit nuptial où le couple consommera son mariage à la fin de l’opéra. Nous entrerons par l’arrière, il n’y aura qu’une veilleuse pour éclairer l’intérieur, celle-ci clignotera une minute avant notre apparition. Nous devrons mimer un accouplement, le rideau du lit s’ouvrira, nous nous relèverons et indiquerons le chemin aux jeunes mariés avec une flèche. Ceux-ci prendront notre place et nous disparaîtrons en coulisse. Tous les chanteurs reviendront sur la scène pour le chœur final.
On nous a donné un CD qui a déjà été enregistré par les mêmes chanteurs. Je vous ai dit que je ne m’intéressais pas à la musique classique, j’ai quand même été séduit, surtout par les contre-ténors avec leur voix haute. Leur rencontre lors de la première répétition commune a aussi été un moment important. J’ai vraiment été envoûté, autant par leur corps que par leur chant.
Et ma relation avec Cyril ?
Elle n’a pas beaucoup changé pendant la période des répétitions qui se terminaient toujours par la douche coquine, c’était devenu une sorte de rituel. Mais cela n’allait pas plus loin. Chacun rentrait ensuite chez soi. Je ne savais toujours pas si Cyril était gay, je n’avais pas osé lui poser la question. J’étais de plus en plus tendu à l’approche de la première et je me concentrais surtout sur mon rôle, m’efforçant de respecter au plus près la volonté d’Olivier.
La générale s’est très bien passée et le grand soir est arrivé. J’ai reçu deux billets gratuits, j’ai invité mes parents. Je n’ai pas dit que je serai à moitié nu sur la scène, je ne sais pas comment ils réagiront. Ma sœur n’a pas manifesté d’intérêt et n’est pas venue.
Nous sommes en scène dès le début, seuls. Nous sommes en place dix minutes à l’avance. J’entends enfin les applaudissements qui signalent l’arrivée du chef d’orchestre. Le rideau s’ouvre. Je me concentre sur mon jeu, je dois avoir l’air naturel malgré le trac. Je respire lentement pour me détendre. Nous sommes seuls pendant toute l’ouverture, d’autres chanteurs entrent par la suite et je ne suis plus le centre d’attraction. Je me détends.
La représentation se poursuit sans accrocs. À l’entracte, il n’y a rien à signaler de la part de la production. C’est le troisième et dernier acte. Nous entrons dans le lit par l’arrière cinq minutes avant notre dernière apparition. Juste avant, nous enlevons notre culotte et le string. J’ai fixé mon faux prépuce. Je suis tellement tendu que je ne perçois plus l’aspect érotique de la situation. La lampe clignote et nous nous enlaçons. Le rideau du lit s’ouvre. Tout se passe si rapidement que je ne pense même pas à ma nudité devant 1000 personnes. Je suis étonné de me retrouver déjà en coulisse, je m’empresse de récupérer mes habits et de les remettre pour le chœur final où nous revenons à l’arrière-plan.
Ce chœur est grandiose, à la fin j’ai l’impression que cela se termine par un orgasme. Le public se lève tout de suite pour applaudir. Je crois que c’est assez exceptionnel.
Nous quittons la scène avec les solistes puis entrons à nouveau, chacun d’un côté. Nous sommes chaleureusement applaudis, presque autant que les chanteurs. Notre prestation n’est pas passée inaperçue. Seule fausse note, l’équipe de production est huée par une partie du public. Cela n’a pas l’air de les gêner, ils s’y attendaient certainement.
Après cinq rappels, le rideau se referme définitivement. Le metteur en scène félicite les chanteurs, puis nous avons aussi droit à quelques mots :
— Et merci aussi à nos deux angelots qui ont osé enlever le bas. Ce n’est pas évident.
Le chanteur qui jouait la mariée réplique :
— Tu n’as pas voulu que je chante nu, j’ai dû garder ce jupon ridicule. Je te parie que j’oserais aussi l’enlever.
— Pourquoi pas ? Une femme qui de transforme en homme pour consommer son mariage, cela fera de la promotion pour le mariage homosexuel. Je suis d’accord, je vous invite tous à dîner après la dernière représentation si tu te déshabilles entièrement, mais seulement lors de la dernière. Je ne veux pas de scandale.
— Et nous, pourrons-nous aussi jouer tout nus, avec les ailes seulement ? demande Cyril.
— Bien sûr.
Nous nous changeons rapidement dans la loge. Il y a une réception pour les mécènes, j’ai pu inviter mes parents, je me réjouis d’entendre leur réaction. Je mets une chemise blanche et une veste.
Les parents de Cyril sont aussi là, nous faisons les présentations une coupe de champagne à la main. Je demande :
— Alors vous avez aimé ?
— Oui, c’était pas mal, répond mon père. J’ai été étonné par la voix des chanteurs qui jouaient aussi les rôles féminins.
Les parents de Cyril sont aussi musiciens et nous expliquent toutes les subtilités des opéras baroques, ce qui n’a pas l’air d’intéresser spécialement ma mère. Je sens qu’elle aimerait me poser une question. Elle prend enfin la parole.
— J’aimerais te poser une question indiscrète Julien. Nous ne t’avions plus vu nu depuis de nombreuses années.
Je rougis, pourquoi parler de ça maintenant ? Bon, je devais bien m’y attendre. Elle continue :
— Il me semblait que tu avais été circoncis, mais tu avais un prépuce. C’était un faux zizi que vous portiez ?
— Non, c’était mon vrai zizi, mais avec un faux prépuce.
— Je comprends, excuse-moi de ma curiosité. Ça fait quelle impression de jouer nu, surtout en présence d’autres hommes ?
— Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir, j’avais tellement le trac.
Pourquoi ma mère m’a-t-elle parlé de la présence d’autres hommes ? Se doute-t-elle de quelque chose ? Nous n’abordons plus ce sujet et la réception se termine par les discours et les remerciements des responsables.
Deuxième représentation. Nous avons décidé de nous rendre dès le début du troisième acte dans le lit afin d’entendre les chanteurs plutôt que d’être enfermés dans la loge. Le régisseur de plateau a donné son accord, il viendra nous avertir (ou nous réveiller) au début du morceau précédent notre entrée. Nous enlevons notre string. Nous gardons les ailes avec nous afin de les remettre au dernier moment pour la scène finale.
Nous nous couchons, la tête relevée sur des coussins, c’est un vrai lit très confortable. Nous sommes seulement éclairés par la petite veilleuse, les rideaux sont épais et ne laissent pas passer la lumière des projecteurs. Je ne peux m’empêcher de contempler le bas du corps de mon camarade dans la pénombre. Je me demande quelle est la longueur de sa bite en érection. Est-elle plus longue ou plus courte que la mienne ? Comme tout le monde, je me suis fait du souci et j’ai lu beaucoup de statistiques. Je pense que la mienne est dans la moyenne. Aurais-je l’occasion de voir celle de Cyril ? Et quand ? Il n’a pas l’air pressé.
Je n’ai pourtant pas à attendre longtemps. Cyril, qui a les yeux fermés pour écouter la musique, entoure son pénis avec sa main et commence à se caresser. Incroyable, il ose ici, sur la scène d’un théâtre, en pleine représentation !
Je n'ose rien dire, on pourrait m’entendre. Je regarde le membre de Cyril qui grossit lentement sous les caresses. Je n’ai jamais eu l’occasion de voir d’autres hommes se branler, c’est la première fois et je suis fasciné. Je dois bientôt me rendre à l’évidence, il en a une plus grosse que la mienne, j’ai un court moment de jalousie, puis un frisson en l’imaginant faire des va et vient entre mes fesses.
Cyril a toujours les yeux fermés, il accélère le rythme, je pense qu’il veut terminer rapidement, de peur de rater notre entrée, même s’il reste encore bien assez de temps. Il éjacule sur sa veste, et me regarde en souriant. Il a ensuite l’air ennuyé de ne pas pouvoir s’essuyer, ce n’était donc pas prévu, il n’a pas pris de mouchoir avec lui.
Je pense un instant faire la même chose, mais j’hésite et je renonce.
C’est la fin, j’ai hâte que les applaudissements se terminent et que nous puissions regagner notre loge. Une fois arrivés, je demande tout de suite à Cyril :
— Qu’est-ce qu’il t’a pris ?
— Je ne sais pas, l’ambiance érotique dans ce lit, la musique envoûtante, une transgression. J’espère que je ne t’ai pas choqué.
— Non, non. J’ai seulement été très étonné. Et tu as pris ton pied ?
— Non, je suis déçu. J’étais trop pressé. Je ferai mieux la prochaine fois, j’essayerai de me retenir le plus longtemps possible.
— Ah, il y aura une prochaine fois ?
— Oh oui, le Dieu de l’Amour doit s’entraîner.
— Bon espérons qu’ils ne regarderont pas ton costume de trop près avant de le laver.
— Oui j’en ai mis partout…
Dans quel but s’entraîner ? Cyril reste pour moi une énigme. On dirait encore un enfant qui a découvert une nouvelle façon d’utiliser son zizi, et qui joue avec sans penser encore à une relation avec quelqu’un d’autre.
Ou alors il a déjà une petite amie (ou un petit ami) qu’il voit tous les weekends dans sa ville natale. La masturbation n’est là que parce qu’il ne peut pas rester cinq jours sans sexe. Je n’ose pas lui demander, surtout car ce serait une immense déception pour moi si c’était bien le cas. Oui, je suis tombé amoureux de lui.
Troisième représentation. Vous aurez déjà compris que je vais aussi me branler sur la scène. Cyril, qui a plus l’oreille musicale que moi, me fera un signe lorsque le moment sera venu de terminer notre petit jeu. Nous aurons quand même 20 minutes à « tenir », et je n’y arrive pas. Je suis plusieurs fois au bord de l’orgasme et j’atteins le point de non-retour bien avant Cyril. Heureusement qu’il y a encore quelques représentations pour m’entraîner.
Déjà la dernière représentation, un dimanche après-midi. Nous serons entièrement nus pour la dernière scène à la suite ce pari stupide. Cela ne me dérange pas, la séance de branlette n’en sera que plus sensuelle. Tout commence bien, nous sommes en pleine forme et en plein travail lorsque la veilleuse se met à clignoter, beaucoup plus vite que d’habitude. Que se passe-t-il ? Nous réagissons immédiatement, remettons nos ailes, et nous nous enlaçons sur le lit, alors que le rideau commence à s’ouvrir.
Juste un petit souci, je bande toujours. Et je sens aussi le pénis érigé de Cyril contre le mien.
The show must go on.
Nous nous levons et nous nous plaçons de chaque côté du lit. Les deux chanteurs qui vont prendre notre place enlèvent à ce moment-là leurs sous-vêtements et se retrouvent aussi nus. J’avais attendu ce moment avec impatience et je ne suis pas déçu. Leurs corps sont magnifiques, et je pense qu’ils sont aussi gays d’après les recherches que j’ai faites. Je ne crois pas qu’ils remarquent nos sexes dressés, ils sont trop pris par leur propre chant.
Nous pouvons alors disparaître en coulisse. Je réalise alors que nous devrons encore rester nus pour le chœur final, nous n’avons pas le temps d’aller chercher nos costumes, ils sont dans la loge. Nous avons juste quelques minutes pour nous remettre et retrouver un aspect plus présentable car nous terminons le spectacle tous à l’avant de la scène sous les projecteurs. Il vaudrait mieux ne plus bander. Je suis un peu frustré de ne pas pouvoir éjaculer, j’aurai des douleurs dans les couilles.
Nous mettons un peignoir de bain pour les saluts. C’est évidemment un triomphe, de nombreux rappels et une ’'standing ovation’'. Le rideau fermé, tous les artistes se congratulent, personne ne fait allusion à notre dernière prestation, personne l’a vue. C’est mieux ainsi. Personne, sauf le metteur en scène qui était dans la salle et qui vient féliciter les artistes. Il a perdu son pari.
— Bravo, dit-il aux deux chanteurs, vous avez osé. Et bravo à mes deux angelots qui bandaient comme des ânes.
Tout le monde est surpris. L’un des chanteurs demande :
— Que veux-tu dire, ils bandaient vraiment ?
— Oui, répond Olivier, ça m’a enchanté.
— Comment ont-ils fait ?
— Ils s’entraînaient depuis plusieurs jours en se branlant pendant la représentation.
— Comment le sais-tu ? demandé-je en rougissant (heureusement qu’on ne voit pas sous le maquillage).
— Les ragots circulent vite.
— Mais ce n’était pas prévu. Nous aurions dû terminer avant. Il manquait un morceau.
Le chef d’orchestre précise :
— C’est exact. Une soliste de l’orchestre est malade et son remplaçant n’était pas en mesure de le jouer. Nous n’avons pas pensé à vous informer.
— J’aimerais faire encore les traditionnelles photos souvenir, reprend Olivier, j’en fais toujours.
Il sort son appareil et demande à tout le monde de poser individuellement. Cyril demande lorsque c’est son tour :
— Tu veux aussi une photo sans le peignoir ?
— Je n’osais pas te le demander.
Cyril se déshabille, il me demande de faire la même chose, et nous posons les deux, les bras sur les épaules. Les deux chanteurs se dénudent aussi spontanément.
— On se croirait dans ’'Hair’', dit l’un des deux.
— C’est la prochaine pièce que je mets en scène, je pourrais déjà faire la première répétition.
— On te prend au mot, tous à poil !
Il pensait seulement faire une plaisanterie, mais, à son grand étonnement, tous ceux qui ne le sont pas encore enlèvent leurs costumes et se retrouvent nus pour la photo de groupe, les six solistes et les deux anges. Quelqu’un entonne ’'Let the sun shine’' et notre opéra baroque se termine bizarrement en comédie musicale. Olivier promet de nous envoyer les photos, mais à condition que personne ne les publie sur internet.
Je voudrais que le temps s’arrête, car je me rappelle que l’heure de la séparation approche.
Après cette séance de photos mémorable, nous nous rendons dans un restaurant italien proche du théâtre. Ce n'est pas un repas gastronomique, plutôt des mets simples : pâtes, pizzas. C'est la fin, les artistes sont pressés de rentrer dans leur famille après ces deux mois de travail intensif, certains vont se lever tôt demain matin pour prendre leur train ou leur avion, ils ne s'attardent pas et prennent congé les uns après les autres. Olivier part le dernier, il nous salue, ses deux angelots, et nous souhaite beaucoup de succès dans nos études. Il paraît que nous avons du talent.
Je reste seul dans le restaurant avec Cyril, les autres clients sont aussi partis et les serveurs commencent à nous faire comprendre qu’ils sont impatients de fermer. Je décide d’abréger ce moment difficile et je me lève, Cyril fait de même. Je lui dis :
— J'ai été ravi de travailler avec toi, une belle aventure qui se termine.
— Moi aussi, je ne sais pas que te dire.
Nous restons quelques instants silencieux, nous avons tous les deux les larmes aux yeux. Je fais la bise à Cyril et je me dirige vers la porte du restaurant, je n'ose même pas me retourner.