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Une histoire à découvrir

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Plus précis qu’une horloge suisse, il passait à nouveau devant chez moi. Sur mon balcon, je le regardais passer, comme à tous les après-midis de semaine. Surélevé d’à peine un mètre du sol, j’avais le loisir de pouvoir détailler son visage avec précision, Dieu qu’il était beau! Une réplique parfaite de mon défunt Gilles, qui m’a quitté pour un monde meilleur il y a cinq ans de cela, après plus de 51 ans de vie commune. Comme je m’ennuie de lui!

Il était tellement mignon lorsque je l’avais croisé en 1944, tout juste avant la fin de la guerre. Son visage mince, ses cheveux châtains un peu rebelles, ses yeux gris perçants et son sourire enjôleur m’avaient fait craquer pour ce petit “tough” d’à peine 17 ans, moi qui en avait 22. C’était le petit “ice-boy”... Deux fois la semaine, il passait et venait livrer un nouveau bloc de glace pour le frigo. Il venait toujours alors que j’étais au boulot. Je lui laissais l’argent sur la table, il avait la clé. N’étant pas marié, je n’avais personne à la maison qui aurait pu lui ouvrir, alors c’est pourquoi je lui avais fait faire un double.

Alors que j’avais pris quelques jours de congé au début de mai 44, il était entré comme à l’habitude pour déposer le nouveau bloc de glace et vider le caisson qui ramassait l’eau. La veille au soir, j’étais sorti avec quelques copains et j’étais rentré très tard. Ne voulant pas me coucher tout de suite, je m’étais déshabillé et je m’étais allongé sur le divan dans mon salon attenant à la cuisine pour y lire un livre. Je m’y étais endormi. Lorsque Gilles entra, j’y dormais toujours et le bruit ne m’avait pas réveillé. Comme aucune cloison ne séparait la cuisine du salon, Gilles put me voir là, étendu, en pleine possession de mes moyens, ayant une érection quasi-permanente lorsque je dors.

Un toussotement me fit réveiller en sursaut. Gilles était là, à quelques pas de moi, visiblement gêné. Mon visage s’empourpra immédiatement et je me levais à la course, prenant mon livre pour me cacher les parties. La queue contre mon ventre, je n’avais même pas remarqué que mon gland dépassait au haut du livre, ce sont les yeux de Gilles qui y étaient fixés qui m’en informa.

Rapidement, je courus à la chambre en m’excusant auprès du petit ice-boy, lui expliquant que j’étais en congé et que j’étais sorti hier. J’enfilais un pantalon et revenais en vitesse pour lui remettre son dû. Il avait les mains plaquées contre son bas-ventre. Il lui sembla difficile de se décider à étirer le bras pour prendre l’argent avant de se sauver. J’avais cependant eu le temps de remarquer que son pantalon de toile était tout étiré sur le devant. Gilles était bandé.

Le garçon me fit un sourire comme d’habitude et fit un léger mouvement de la tête que je me plaisais à prendre pour une salutation. Il était habitué après tout de m’y voir, chaque jour, je faisais tout mon possible pour être sur le balcon quelques minutes avant qu’il ne passe. Je ne savais trop s’il me saluait vraiment, mais pour moi, ça me faisait tout chaud au cœur, moi un vieil homme de 78 ans qui n’avait plus vraiment d’amis, ni mon cher Gilles pour passer l’ennui.

C’était une journée très chaude, alors je m’étais installé avec un grand verre de thé glacé. J’en prenais justement une gorgée quand le jeune homme s’approcha du balcon au lieu de continuer sa route comme d’habitude. Il restait là, me regardant prendre mon breuvage. La main tremblante, je déposai mon verre sur la petite table à mes côtés et lui dis d’une voix cassée:

— Bonjour.

— Bonjour! me répondit-il d’une voix enjoué. Il fait chaud huh?

— Ou... oui, bégayais-je, toujours sous le choc.

— Je prendrais bien un bon thé glacé moi aussi, si on m’invitait...

Et il resta là, me fixant avec le même regard perçant que Gilles, avec le même sourire enjôleur. Les idées s’entrechoquaient dans ma tête. Ce beau jeune homme qui m’abordait de la sorte, je ne pouvais croire qu’il était prostitué! Sinon, pourquoi m’aurait-il approché ainsi? Gêné, je baissai les yeux et lui répondis:

— Désolé jeune homme, sans vouloir vous insulter, je n’ai que peu d’argent et je ne fréquente pas les jeunes hommes de la rue...

Il s’esclaffa. Je me sentais tout à coup ridicule, la victime de cette risée subite.

— N’allez pas croire que je vends mon corps là! Oh non... Je n’ai rien de prévu et comme vous me regardez passer à tous les jours, je me suis dit que vous aimeriez peut-être un peu de compagnie, question de jaser... Je ne voulais pas vous importuner, désolé.

Et sur ce, il s’éloigna. Les traits de son visage s’étaient affaissés et il semblait blessé par mes propos. Je ne voulais pas qu’il s’en aille comme ça, alors je l’interpellai avant qu’il ne soit trop loin.

— Hé, jeune homme! Revenez.

Il s’approcha doucement, n’osant plus vraiment me regarder dans les yeux comme il l’avait fait.

— Entrez... C’est l’appartement numéro deux...

Le petit monta les quelques marches qui menaient au palier alors que je l’attendais à la porte. Je le fis entrer et lui indiqua le chemin pour aller au balcon.

— Avec le soleil qu’il fait dehors, ne préférez-vous pas demeurer à l’intérieur? On pourrait s’installer au salon si vous le voulez bien...

— À votre guise...

Et je laissai mon invité prendre place alors que j’allais lui remplir un verre de thé glacé. Je revins quelques instants plus tard et entrant au salon, je le vis regarder les photos sur le mur. D’où j’étais, je pouvais deviner quelle photo il fixait: celle de Gilles. Juste à côté, il y en avait une autre de nous deux, photo prise par un copain de l’époque, et qui était des “nôtres”.

Il ne m’avait pas entendu revenir. Je toussotai en entrant dans la pièce afin de signaler ma présence, dès lors, il se retourna et vint vers moi alors que je lui tendais son verre. Il s’assied sur le divan et je pris place à l’autre extrémité.

— C’est qui là, sur la photo? me demanda-t-il.

— Surprenant, n’est-ce pas? C’est Gilles, un copain à moi qui est décédé. Sur la photo, il avait 19 ans, à peu près votre âge...

— Ça m’a frappé tout de suite, on aurait dit une photo de moi prise dans ces studios où l’on peut faire de fausses photos d’époque! (petit rire) Gilles vous dites? Vous sembliez très “proches” en tout cas...

— En effet, nous l’étions...

— C’était votre chum?

Je rougis.

— Excusez-moi, je ne voulais pas être indiscret... Désolé.

— Non, non... C’est que je ne me suis jamais habitué à vivre autrement que dans la clandestinité. Vous savez, à l’époque, les gens n’étaient pas si ouvert face à ça. Oui, c’était mon “chum” comme vous dites.

— Mon ami est gai, et ça ne me dérange pas du tout... Comme ma mère dit: “ce qui se passe dans la chambre à coucher des gens ne nous regardent pas”... Pis bon, c’est quoi la différence? Aimer un gars, aimer une fille, c’est aimer quelqu’un non?

L’innocence de ce garçon me rappelait Gilles. J’étais songeur. À la fois, je regardais ce jeune homme devant moi et je voyais mon bien-aimé, il y plus d’un demi-siècle. J’ai dû rester silencieux un bon moment car il m’interpella tout à coup:

— Monsieur? Monsieur?!?

— Excusez-moi jeune homme, j’étais perdu dans mes pensées. Vous me faites tellement penser à lui.

— On n’a pas fait de présentations... Je suis Jasmin... Et vous êtes Monsieur?

— Enchanté Jasmin. Faites-moi plaisir, appelez-moi Jérôme. Vous savez, je me sens toujours plus vieux encore lorsqu’on me nomme M. Jutras...

— D’accord Jérôme, à une condition... Arrêtez de me vouvoyer, ça m’a toujours rendu mal à l’aise...

— D’accord...

Jasmin tourna la tête et pointa la photo où Gilles et moi étions tous les deux, assis sur un quai, cannes à pêche à la main.

— C’est vous là, qui êtes avec Gilles?

— Oui, c’est moi... Il y a bien longtemps!

— Je comprends pourquoi Gilles a craqué pour vous! Vous deviez être la coqueluche de toutes les filles du quartier!

Je me suis mis à rire... C’est vrai qu’à l’époque, plusieurs jeunes femmes s’étaient essayées pour que je les séduise, mais je n’étais pas très attiré par la gente féminine...

— Avouez que vous étiez pas mal “pétard”!

— J’étais beau garçon, j’avoue, dis-je timidement.

— Comment vous l’avez rencontré, Gilles?

Et je lui contai l’histoire du bloc de glace un bon matin ainsi que ce qui s’était passé trois jours plus tard:

Gilles était venu le matin porter un nouveau bloc de glace. Cette fois-ci, Dieu merci, j’étais habillé décemment. Il entra et posa le bloc au frigo, vida le réservoir d’eau et vint me voir au salon.

— Vous ne travaillez pas non plus aujourd’hui? me demanda-t-il.

— Non, je suis en congé. J’avais besoin de me reposer un peu et d’en profiter pour voir mes amis, d’aller au cinéma...

— Vous allez au cinéma?!?

— Quoi, tu ne me diras pas que tu n’y es jamais allé tout de même...

— Non, jamais... Comment c’est?

— Et bien, si tu veux, tu peux venir avec moi, j’y vais ce soir, comme ça, tu pourras voir de tes propres yeux!

— Heu... Merci bien, mais je donne tout mon argent à ma mère.

— Je t’invite alors...

Un sourire radieux apparût sur son visage. J’aurais donné ma vie pour m’en approcher quelques instants et le prendre dans mes bras tellement il était beau.

— Je t’attendrai après ta journée de travail, ça te va?

— D’accord! dit-il, tout enjoué.

— Ne soupe pas, je t’invite à souper. Tu aimes les hot-dogs?

— Ah ça oui! Merci m'sieur!

— Appelle-moi Jérôme! On a presque le même âge!

— D’accord. Moi c’est Gilles... À ce soir! me cria-t-il en partant à la course.

Je me sentais tout chose. J’étais tombé follement amoureux de ce jeune homme, le coup de foudre! Ça me rendait heureux tout en me faisant une peur atroce. À l’époque, c’était la chasse aux sorcières contre les “déviants” et après tout, Gilles n’avait que 17 ans et la majorité était à 21 ans! J’étais certain de passer une belle soirée en sa compagnie, mais ô combien difficile il me serait de rester de marbre...

Gilles est arrivé vers 17h30. Il avait prit une douche, ses cheveux étaient bien placés cette fois-ci et il portait une chemise élimée et un vieux pantalon de laine retenu par des bretelles. Il était beau comme un cœur malgré tout. Il me regarda, j’étais vêtu d’un pantalon fin, d’une chemise à col, nœud papillon et veston. Il baissa les yeux vers le plancher. Son beau sourire s’était envolé.

— Qu’y a-t-il?

— Je vais vous faire honte habillé de la sorte... Je n’ai que ces vêtements pour sortir...

— Voyons! Tu es parfait, tu es beau à croquer! Comment peux-tu penser que tu me ferais honte?

Je ravalais ma salive, je m’étais échappé sans y penser. Gilles ne sembla pas s’en être aperçu, je fus soulagé. Il ne parlait pas, regardait toujours le plancher. Voulant être gentil, je lui dis simplement:

— Si ça te gêne tant, tu peux aller dans ma penderie et mettre ce que tu veux, ça te va?

Il releva la tête, son sourire était revenu et il restait là, attendant que je lui montre le chemin. Je le conduisis jusqu’à la porte de la chambre et l’invitai à entrer. J’ouvris l’armoire et lui dis de mettre ce qu’il préférait. Je sortis de la chambre et fermant la porte et me suis assis au salon pour l’attendre. Dix minutes plus tard, il revenait, vêtu tout comme moi (la plupart de mes vêtements étaient pareils!) à l’exception du nœud papillon qui était tout croche. Je m’approchai de lui en souriant pour le lui faire. Son visage fin rougit un peu mais il continua de me sourire en me regardant droit dans les yeux. J’avais peine à me concentrer sur le nœud tellement j’étais déconcerté. Une fois fait, je le menai vers le grand miroir pour lui montrer le résultat.

Il était fier comme un paon et relevait les épaules. Un vrai petit Monsieur! J’étais content de le voir si heureux... Par derrière, je passais les bras autour de sa taille pour écarter les pans du veston et remontai un peu la chemise hors du pantalon.

— Comme ça, tu faisais un peu “coincé”, la chemise ainsi entrée dans le pantalon!

Il n’avait pas eu de mouvement de recul, s’était laissé faire. J’avais été si proche de lui pendant quelques instants que j’avais senti l’odeur de sa peau, une fine odeur fruitée s’en dégageait. Il me semblait avoir décelé un petit frisson de sa part lorsqu’il avait senti mon souffle sur son cou, mais là, je me faisais peut-être du cinéma!

— Alors, on est prêt? lui demandais-je.

— Oh oui, m'sieur! Euh... Jérôme.

Et nous partions vers le centre-ville. Sur la “Main”, il y avait plein de petits restaurants qui servaient des frites et des hot-dogs. Nous nous y sommes rendus et après avoir bien mangé, nous avons marché sur la Sainte-Catherine jusqu’au Ouimetoscope. On y présentait des films français sans les interminables nouvelles de la guerre comme dans toutes les autres salles de cinéma de la ville.

Le film était ennuyeux, seul l’émerveillement de Gilles, qui n’en croyait pas ses yeux et ses oreilles, égayait cette soirée. J’avais acheté quelques friandises dont il s’empiffra tout en gardant les yeux rivés sur l’écran. Un moment donné, alors qu’il allongeait le bras pour s’en prendre dans le sac que je tenais à la main, ses doigts se sont posées sur ma main et les y laissa quelques instants. J’avais figé et je me disais qu’il était trop concentré, qu’il ne s’était aperçu de rien, complètement submergé par les images qui déroulaient devant lui.

Le film terminé, il était comme un petit enfant qui avait reçu une orange dans son bas de Noël... Il ne tenait plus en place, il sautait presque. L’émerveillement et l’innocence de ce jeune homme me rendait joyeux.

— C’est le plus beau jour de ma vie! s’écria-t-il à la sortie de la salle.

Nous avons marché un peu, Gilles se calma à peine, et nous sommes revenus chez moi. Il m’a remercié au moins cent fois sur le trajet du retour. Personne dans sa famille n’était jamais allé au cinéma, il disait combien il était content et combien il avait hâte de leur raconter comme c’était.

Nous sommes rentrés. La soirée était déjà terminée et j’étais mélancolique à l’idée de le voir repartir. Je lui dis d’aller se changer dans la chambre, que j’allais nous faire du thé. Gilles se retira dans la chambre mais je n’entendis pas la porte se fermer. Combien j’ai dû me retenir d’aller le rejoindre pour l’aider à se dévêtir... Comme s’il avait pu lire mes pensées, Gilles m’interpella pour aller l’aider à défaire le nœud papillon que je lui avais fait.

— Il est trop serré, je ne sais comment le défaire, me dit-il.

Il était là, à côté du lit, le veston et le pantalon étaient déjà soigneusement pliés sur une chaise, il n’avait que la chemise dont les pans me cachaient son corps jusqu’à mi-cuisses.

Je me suis approché, face à lui, et défis le nœud en lui montrant dans le miroir sur quel bout il fallait tirer. En me fixant droit dans les yeux, il me dit à voix basse:

— Voyons si j’ai bien compris...

Et il prit le bout de mon nœud papillon pour le défaire sans problème. Ensuite, ses doigts se sont dirigés vers les boutons de ma chemise qu’il défit l’un après l’autre. Je restais là, bouche bée, incapable de faire le moindre mouvement pour l’en empêcher. Une fois la chemise défaite, il défit le bouton de mon pantalon et glissa mes bretelles de chaque côté de mes épaules; mon pantalon tomba sur le sol et ses mains vinrent se plaquer sur mon torse après qu’il ait eût dirigé mes mains pour que je déboutonne sa chemise.

Alors qu’il me caressait le torse, mes doigts tremblant défirent chacun de boutons avant de faire glisser le vêtement dans son dos et le long de ses bras. Il était maintenant là devant moi, vêtu que d’un caleçon blanc tellement usé que je pouvais voir au travers. Son sexe était complètement raide, pointant fièrement sur le devant. Le mien l’était tout autant.

Il se laissa tomber à la renverse sur le lit en m’entraînant dans sa chute. Mon corps était plaqué contre le sien, ma verge écrasée contre sa cuisse alors qu’il empoignait ma tête à deux mains pour m’embrasser tendrement. Sa langue pénétra entres mes lèvres et vint chercher la mienne pour que je l’embrasse à mon tour. Pendant tout ce temps, nos yeux étaient rivés les uns aux autres, nous ne disions rien, nos corps enflammés se collaient et se frottaient l’un contre l’autre. Ses mains descendirent le long de mon dos, et glissant sous la taille élastique de mon sous-vêtement, agrippèrent mes fesses avec douceur et ferveur à la fois. Je brisai notre baiser afin de me projeter sur le côté, paniqué.

Gilles, loin d’être pris de panique, souleva doucement son bassin et retira son caleçon. Son membre viril vint claquer contre son ventre, gonflé à bloc. Il prit ma main et la força à prendre son sexe en main. Je le sentais palpiter sous mes doigts. Il était doux et chaud. Ne pouvant résister davantage à l’appel de la chair, je me suis tourné vers lui, j’ai lâché sa verge et je lui ai caressé doucement le ventre. Ce corps entre l’adolescence et l’âge adulte était pris de convulsions sous mes caresses et un long jet crémeux fut expulsé sur son ventre.

Je lisais à la fois le bonheur et la déception dans son visage. Je me suis approché de lui et je l’ai embrassé longuement. Je pris sa main dans la mienne et la déposai sur mon sexe turgescent. Impatient, il entra sa main sous l’élastique pour sentir la peau chaude et moite de mon entrejambe surexcité. Je le repoussai un peu et m’agenouillant sur le lit, je fis descendre mon caleçon. Ses yeux étaient rivés sur mon sexe. Je me suis allongé au-dessus de lui, et tête-bêche, j’ai pris sa verge encore rigide entre mes lèvres. La surprise lui arracha un cri de plaisir et je me suis activé sur son membre. Incertain, il prit mon pénis en bouche aussi et commença à m’imiter, faisant de longs va-et-vient le long de ma tige. Son sexe commença à s’étirer dans ma bouche et je sentais une nouvelle éjaculation se répandre dans ma gorge. Il n’en fallait pas plus pour que moi aussi, je lâche toute ma semence entre ses lèvres. Il parut s’étouffer au début, surpris par la quantité de sperme qui s’étalait sur son palais, mais il avala tout, comme je l’avais fait.

Je suis revenu auprès de lui et je l’ai embrassé à nouveau, mélangeant nos salives et ce qui restait de sperme sur nos langues. Vidé de toute énergie, je me suis laissé tombé à ses côtés, regardant le plafond silencieusement.

— C’est la plus belle journée de ma vie! chuchota-t-il. Jamais je n’aurais pensé pouvoir être aussi bien. C’était la première fois que je faisais l’amour avec quelqu’un.

Quoi? Un beau petit mec comme lui était encore puceau! Je me souvins tout à coup comment je me sentais, lorsqu’à 16 ans, j’avais été dépucelé par mon cousin alors que je travaillais à la ferme de mon oncle.

— Je t’aime Jérôme, dit-il d’une voix douce.

Je ne savais que répondre. La vérité était la meilleure chose à dire...

— Je t’aime aussi Gilles, je suis en amour avec toi depuis que j’ai posé les yeux sur toi. Mon cœur ne battait que pour toi...

Ses yeux s’embuèrent et il s’est collé tout contre moi, et nous nous sommes endormis...

— Et voilà, c’est comme ça que tout a commencé! dis-je à Jasmin qui m’écoutait attentivement.

— C’est une très belle histoire d’amour... Une histoire comme on n’en voit plus... Vous vous revoyiez souvent?

— Oh tu sais, c’était difficile de se voir. Il habitait chez ses parents et comme il n’avait pas encore 21 ans, il était mineur et donc, il nous était impossible de vivre ensemble... On se voyait la fin de semaine. Nous partions pour la campagne, à Laval...

— Laval? La campagne?

— À cette époque, Laval n’était que des champs à n’en plus finir. Nous allions dans un pré, je nous préparais un pique-nique et sur une grande couverture, nous nous aimions. Ensuite on mangeait et nous passions l’après-midi dans les bras l’un de l’autre, en écoutant les oiseaux chanter. Parfois, nous faisions l’amour encore une fois, ou nous faisions un petit somme sous le soleil.

D’avoir raconté tout cela m’avait fait du bien. Il y avait bien des années que je n’avais dit cela à qui que ce soit, vivant seul depuis la mort de mon Gilles.

— Jérôme? Ma blonde travaille en fin de semaine, que diriez-vous si on allait pique-niquer?

— Hehe, voyons mon grand, ce n’est quand même pas sérieux! Ce n’est pas très productif d’écouter un vieux comme moi radoter des vieilles affaires...

— Ah bon, fit-il, la mine débinée. J’aurais aimé que vous me racontiez comment c’était autrefois. Mon ami pourrait se joindre à nous, je suis certain qu’il aimerait ça savoir comment c’était dans le temps, de vouloir vivre avec un autre homme alors que la société rejetait cette façon de vivre...

— Je vais y penser, veux-tu? On pourra en reparler.

— Ok, moi je dois y aller maintenant... Merci pour le thé glacé!

— De rien Jasmin... Ça m’a fait plaisir de te connaître... La prochaine fois, ce sera à ton tour de me parler de toi. Je ne sais rien sur toi...

— Heu, ok! Vous savez déjà mon nom et que j’ai une blonde, je suis le sosie de Gilles et j’ai 18 ans... Je vous en dirai plus la prochaine fois.

Sur ce, il me sourit, me serra la main et me quitta. Tout à coup, la maison était drôlement vide. Sa présence m’avait été tellement agréable. La solitude refaisait surface et je m’ennuyais plus que jamais de Gilles... Oh Gilles, tu me manques tellement...

Je me suis relevé et je suis allé m’étendre sur mon lit pour faire une petite sieste...

Le lendemain, à l’heure habituelle, je m’installais donc sur le balcon et Jasmin passa comme prévu. Il me salua et vint près de moi.

— Bonjour Jérôme. Vous allez bien? Marc est vraiment intéressé pour samedi et il est supposé faire tellement beau... Allez! Dites oui, je vous en prie!

Devant l’insistance du gamin, et aussi parce que j’en avais envie plus que toute autre chose après tout, j’acceptai l’invitation.

— Parfait! Je prépare le pique-nique et on vient vous chercher en voiture vers 10 heures samedi matin, ça vous va?

Je hochai la tête affirmativement et il reprit son chemin. Le regard qu’il avait et le sourire qu’il a fait m’ont presque fait mourir. C’était Gilles, pas Jasmin que j’avais vu...

Le samedi matin, j’étais près à l’heure prévue. À 10 heures pile, Jasmin sonnait à la porte. J’allais ouvrir.

— Bonjour! Finalement, Marc n’a pas pu venir, j’espère que vous viendrai tout de même, tout est prêt dans la voiture.

Je trouvais ça dommage, j’aurais bien aimé voir son petit copain homo et discuter avec lui de la vie d’aujourd’hui, mais bon, la journée était belle et j’avais Jasmin qui avait tout préparé. Je n’étais pas pour le laisser en plan... De plus, ça me ferait du bien de prendre un peu d’air frais de la campagne.

— Y’a un endroit à moins de 1h30 de route d’ici que je connais bien. C’est super beau, vous allez voir...

Sur ce, nous sommes montés en voiture et nous avons pris la route. Il y avait longtemps que je n’étais pas monté en voiture. Le temps me paraissait long, mais les paysages étaient beaux et je profitais du moment. Jasmin me parlait de lui pendant ce temps, il me confia que l’endroit où nous allions était leur endroit préféré à Sophie (sa copine) et à lui.

En effet, une fois rendus sur place, je compris vite pourquoi cet endroit était si cher à leurs yeux. Il me rappelait quelque peu l’endroit où j’allais avec Gilles à Laval. C’était un grand champ avec une petite colline en son centre. Quelques arbres y poussaient pour montrer leur suprématie sur les arbustes un peu plus bas.

Jasmin avançait doucement, à mon rythme et plaça une grande couverture au pied d’un arbre. Il y déposa le panier de pique-nique et m’aida à m’asseoir. Il prit un sac dans le panier et dit:

— Je reviens tout de suite. Il fait beau, je vais me changer...

Et il partit se cacher derrière les arbres. L’idée de le voir dans une tenue plus légère était émoustillante. Les jeunes sont tellement beaux de nos jours, avec leurs shorts en soie et leurs maillots de corps... Au lieu de tout cela, Jasmin m’apparût vêtu complètement différemment.

Il portait un vieux pantalon de laine ainsi qu’une chemise blanche sur laquelle les bretelles noires faisaient contraste. Une calotte comme celle que l’on mettait quand j’étais jeune était déposée sur sa tête. Il s’approcha doucement vers moi et vint s’étendre à mes côtés, déposant sa tête sur ma cuisse. Sans y penser, je glissais mes doigts sous la calotte pour lui caresser sa chevelure dorée. Sortant de mes rêves, je me relevais et m’éloignais un peu, la larme à l’œil. Jasmin accourût vers moi et me prit par les épaules.

— Jérôme? Ne pleurez pas...

— Jasmin, ...

— Chutt... fit-il en me mettant un doigt sur les lèvres. Appelle-moi Gilles et fais-moi l’amour comme tu me le faisais...

— Jasmin! C’est assez! Voyons!!!

— Jérôme, laissez-moi vous faire ce plaisir? N’ayez pas peur, je sais ce que c’est, Marc et moi, vous savez...

— Non, non et non! Partons!

Et Jasmin s’approcha de moi et déposa un baiser sur mes lèvres. Il prit mes mains et les déposa contre le premier bouton de sa chemise. Il se laissa descendre sur la couverture en m’entraînant doucement avec lui. Mon corps était contre le sien, ses yeux fixaient les miens. Le sourire de Gilles... Gilles, mon amour, Gilles, comme je te veux...

Mes doigts crispés par les années défirent les boutons et mon visage se plaqua contre sa peau douce et duveteuse. Il sentait bon la jeunesse et son corps s’émoustillait sous mes caresses. que c’était bon de le retrouver, comme j’étais heureux d’être à nouveau dans les bras de mon Gilles! Je le déshabillais pendant que ses jeunes mains retiraient un à un mes vêtements. Son corps était tel qu’il était dans mes souvenirs. Sa peau fine était d’une douceur exquise alors que mes doigts se promenaient sur chaque centimètre de son corps.

Ses frétillements faisaient monter en moi une envie de chaleur corporelle que j’avais depuis longtemps oubliée. Nous étions là, nus, l’un contre l’autre, et j’étais sur le point de l’aimer comme au premier jour. Ma main descendit doucement vers son sac, ses deux boules étaient détendues et je commençai à les faire rouler dans ma main. Gilles, euh, Jasmin, gémissait de plaisir. Je savais dans mon for intérieur qu’il ne s’agissait pas de Gilles, mais c’est comme si tout mon être s’activait à l’ignorer. Mes doigts empoignèrent son membre que je commençai à faire glisser alors que je sentais ses doigts prendre possession de mon sexe mi-dur. Ses mouvements eurent raison de moi et j’ai bandé comme je me l’avais jamais fait depuis bien des années.

Ma bouche s’attaqua à son torse en remontant jusqu’à son cou que j’embrassais avec volupté. Sans même y penser, je n’étais plus maître de mon corps, mes mains ont pris son bassin et je le fis tourner sur le côté pour m’allonger le long de son corps. Mon sexe trouva rapidement le chemin entre ses fesses et vint s’appuyer contre sa rosette. Je sentis son corps se raidir contre le mien puis, se détendre à nouveau.

Jasmin/Gilles fit le premier mouvement et força mon gland à entrer en lui. Ses muscles chauds serraient mon sexe gonflé de désir mais se laissaient tout de même envahir doucement. Il se mit sur le ventre alors que je le suivais dans ses mouvements. Mes bras à la peau plissée se glissèrent sous ses bras et remontèrent devant lui. Ses mains agrippèrent mes mains alors que mon bassin commençait à balancer doucement dans la chaleur de son cul. Ses cris étaient purs plaisirs, comme ceux de mon Gilles bien-aimé. Pendant de longues minutes, je lui fis l’amour comme je l’avais fait tant de fois à mon bien-aimé. Dans un dernier élan, je sentis mon corps être traversé par une multitudes de chocs qui me transportèrent haut-delà du plaisir. Ma verge fut prise de spasmes auxquels le petit cul musclé de Jasmin répondait en serrant encore plus autour de mon membre.

Nous sommes restés ainsi imbriqués pendant un bon moment. Je reprenais mes esprits. Ensuite, Jasmin se retourna et ma main vint se plaquer contre sa queue fine pour le faire jouir à son tour. Quelques mouvements de va-et-vient suffirent pour que je sente son sexe se gonfler et exploser entre mes doigts. Machinalement, je portais mes doigts à mes lèvres pour savourer tout la douceur de ce liquide chaud et visqueux.

Jasmin souriait et me regardait tendrement.

— Merci! me dit-il.

Je me suis allongé sur la couverture, Jasmin est venu se blottir tout contre moi, posant sa tête sur mon torse et me caressant le ventre de ses mains moites. Je m’assoupis.

Quand je m’éveillai, Jasmin était là, toujours sur moi. L’endroit semblait différent. Je passai ma main dans les cheveux de mon amant et la peau de ma main était revenue douce et fine. Après un rapide coup d’œil, mon corps tout entier avait repris son allure de jeunesse. Jasmin leva les yeux vers moi et me sauta au cou.

— Jérôme! Jérôme! Il y avait tellement longtemps que je t’attendais...

C’était Gilles... Je n’étais plus avec Jasmin, j’avais rejoint Gilles pour notre repos éternel...

Plusieurs mois s’étaient passés depuis ce fameux jour d’été où il s’était abandonné dans les bras tendres d’un vieil homme. Jasmin se souviendrait toujours du bonheur qu’il avait donné à cet homme qu’il ne connaissait presque pas.

Son histoire l’avait tellement touché que sans savoir pourquoi, il avait voulu partager ce moment avec lui, comme s’il y avait été poussé par quelqu’un.

Il n’était pas gai, il était bel et bien hétéro, mais ne regrettait rien de ces instants de pur bonheur qu’il avait vécu dans les bras de cet homme.

Il avait eu un pincement au cœur lorsqu’il avait vu le cercueil descendre dans la terre. Une larme avait coulé sur sa joue; il n’y avait eu aucun témoin, personne n’était venu à l’enterrement, seulement lui.

Jérôme quittait ce monde comme il avait vécu ses dernières années: dans la solitude... ou presque! Mais maintenant, Jasmin savait que Jérôme ne serait plus jamais seul. Lui non plus d’ailleurs... Jérôme serait toujours là à veiller sur lui du haut de son nuage où il vivrait heureux avec son Gilles bien-aimé pour l’éternité.