Une histoire à découvrir
365 nuits d'adieux (00): Prologue
Le Bourreur est arrivé à l'improviste dans son uniforme en jeans prêt à craquer sous toutes les coutures, cuisses massives, cul poupin, paquet opulent sous les boutons de braguette, coffre large à ne pas permettre la fermeture du blouson, voix de basse vibrante, fausse comme le contre-chant d'un tuba d'harmonie. Sourire de boy-scout retors, nez cassé, mâchoire rectangle pas rasée de frais, trente ans d'un passé chargé : marié, séparé, deux enfants - mâles bien sûr -. Comme moi, ou presque...
Il m'était apparu cette fois sous la forme d'un installateur de parabole. Perçant mes murs en tous sens pour y ficher son câble, il travailla vite.
Accroupi devant ma télé, le cul haut et gras sanglé dans la toile bleue, il terminait le réglage des canaux quand s'inscrivit sur l'écran l'image d'un film porno oublié dans le magnétoscope. Je jurai, et il feignit de croire que j'étais soufflé par la taille de l'énorme bite en gros plan. Il se marra, prétendant que c'était de la gnognote, et qu'en comparaison, lui... Il était temps de le saouler à la bière jusqu'à ce que sa vessie pleine le contraigne à se soulager dans un bruit de torrent en crue, une moue dubitative sur ses lèvres m'indiquant qu'il espérait que je le surprenne en train de pisser dans le lavabo, les couilles au frais sur la porcelaine. J'arguai aussitôt que ma bouche eût fait un meilleur réceptacle.
Aux yeux du Bourreur, je n'avais d'autre intérêt qu'être un objet de type 3, une masse de chair à deux ouvertures. Aussi quand il me niqua, à plat ventre sur la moquette, insista-t-il instamment pour que je cache ma bite et mes burnes dans mes mains, afin qu'il ne débande pas durant l'exercice. Ce n'est que dans l'obscurité totale qu'il me laissa ensuite lui tailler une pipe, et dans le seul but de nettoyer la merde dont j'avais souillé son organe hypertrophié. Une fois vidé, il menaça de s'en aller sans prendre le temps de fumer un cigare, à moins que je ne lui raconte une histoire sale, propre à stimuler sa libido, un conte sur mon propre compte, usant de la première personne pour mieux m'humilier devant lui.
D'abord, j'ai menti, et dressé le catalogue des stéréotypes et des interdits pour obtenir ses faveurs. Chaque mensonge suspecté m'exposait à une correction immédiate avec son ceinturon clouté. Alors, le dos lacéré et les fesses plus meurtries à chaque intrusion de sa tige, je me suis raconté selon son vœu, n'épiçant qu'occasionnellement d'un trait falsifié mes souvenirs véridiques, au moment où l'épaisseur de son dard me clouait au parquet, ou qu'un raidissement dans mon cul faisait grimper d'un cran la chaleur intérieure. Parfois, je m'arrêtais au milieu d'un récit pour recevoir religieusement la douche apaisante de son foutre, et le laisser reprendre ses esprits en silence, sans lui rappeler qu'il venait de déroger à ses principes machistes en enculant une tapette.
Durant 365 nuits, arrimé au boutoir du Bourreur, j'ai vécu dans ce spasme, plus largement ouvert et défoncé à chaque chute. À court d'imagination quand sa carabine dépassait le sixième coup d'affilée, je récitais approximativement quelques textes lus autrefois dans des langues étrangères. À force, ma voix est devenue lasse sous la répétition. Bientôt je n'ai plus su dire que quelques mots, bite, couilles, enculé, au milieu de grognements et de cris.
Enfin, fatigué qu'il me piétine, j'ai voulu retourner le Bourreur et fissurer son cul de béton. Il s'est alors rappelé qu'il préférait les femmes...