Une histoire à découvrir
Arrête de me draguer, curé
Si j'habitais une grande ville, ça ne me ferait ni chaud ni froid, mais ici, dans notre village, ça commence à être un problème. Il y a 2500 habitants dans ce petit bourg de campagne et je ne passe pas inaperçu. Je suis le nouveau médecin, je remplace le Dr Verrier, lequel après 45 ans de bons et loyaux services, a pris une retraite méritée. Depuis six mois que je suis ici, les gens ont repéré ma voiture et le bonhomme qui la conduit.
Qu'est-ce que je peux dire sur moi, sinon que je suis plutôt beau mec et homosexuel de surcroît. Pas question de coming out, je ne cours pas après les emmerdes. Si j'ai à ausculter un garçon je veux le faire en toute quiétude et pas sous un regard suspicieux. De toute façon je n'ai guère de temps à consacrer à ma vie privée entre toutes les consultations et les visites à domicile. Je ne baise pas mais je me branle quand j'ai un petit moment, et des petits moments comme ça je me débrouille pour qu'il y en ait au moins une dizaine par semaine. Depuis que j'ai rompu avec mon ex-amant Lilian et que je suis venu m'enterrer dans ce bled, c'est mon poignet qui me soulage.
Le problème c'est monsieur le curé. Depuis que je suis arrivé il me drague et ça devient un peu pesant. Il a certainement le gaydar, cette faculté qu'ont les gays de se repérer les uns les autres, et lui c'est sûr qu'il en est un. Il est un peu plus jeune que moi et je dois dire qu'il est beau gosse, brun avec des yeux verts et gaulé comme c'est pas possible. Mince dans son costume anthracite, le col romain et la queue raide, voici tel qu'il m'est apparu quand il est venu consulter.
— J'ai tout le temps des hémorroïdes, vous n'avez pas de remède-miracle ? J'ai essayé plein de pommades mais aucune ne m'a fait du bien.
Il s'est mis le derrière à l'air et j'ai mis mon doigt en latex. Il y avait une veine gonflée, j'ai palpé et il a gémi. Je lui ai prescrit une nouvelle crème à étaler deux fois par jour.
— Je dois me masser, c'est bien ça ? Pendant combien de temps ?
— Cinq minutes. Vous mangez sans doute épicé ?
— Je devrais supprimer le poivre ? C'est mon collègue qui fait la bouffe, il est Guyanais d'origine. Le piment de Cayenne c'est son truc et comme je suis nul en cuisine, j'ai bien peur que ça continue.
Il n'y a pas trente-six façons d'attraper des hémorroïdes. Les deux causes principales sont une alimentation pauvre en fibres et des relations sexuelles anales. Soit son collègue de la Guyane lui fait des plats trop épicés, soit il lui défonce le cul. Au lieu de lui prescrire du sédorrhoïde, j'aurais peut-être dû l'inciter à mettre du gel dans son trou avant de se faire enculer. Il ne se rhabille pas vite, le curé, et sa queue soulève sa chemise. Il me faut rester impassible et ignorer l'appel direct. Mais le jeune curé n'abandonne pas la partie et relevant son pan de chemise il me colle devant les yeux la bite la plus grosse que j'aie vue.
J'ai rougi comme une tomate et je suis resté stupéfié par l'audace de l'écclésiastique. J'en ai rencontré un paquet de pédés pendant mes études et pendant mes années d'internat, et j'en ai sorti des objets qu'ils s'introduisaient dans le fion pour se les faire retirer ensuite. Je me souviens d'un petit jeune homme qui s'était fourré une ampoule électrique. J'avais été chercher de l'aide, je ne voulais pas assumer seul le risque de la briser dans son cul. C'était la péritonite assurée si de minuscules éclats de verre s'égaraient dans ses intestins. Mon collègue avait bravement entré trois doigts dans son rectum et manœuvré cette putain d'ampoule pour la saisir par son culot. Il l'avait ressortie intacte. J'en avais eu des sueurs froides mais le mec s'était régalé.
Le jeune curé a fini par se rhabiller en me fixant droit dans les yeux. Lâchement j'ai fui son regard, j'ai rédigé son ordonnance en me disant que le pharmacien, un anticlérical notoire, ne manquerait pas de se moquer. Puis j'ai reçu d'autres patients et je suis parti en voiture pour les visites à domicile. Je suis allé chez un petit vieux qui souffre de bronchite chronique et pendant que je l'auscultais, qui est entré ? Monsieur le curé ! Pas possible, il m'avait suivi ! J'ai vu sa Clio dans la cour garée à côté de ma ZX, la vieille bagnole que j'ai rachetée à mon prédécesseur au moment de prendre sa suite et qui fonctionne toujours super bien malgré son kilométrage énorme.
— Salut Toubib, je vois qu'on a les mêmes clients, a dit le prêtre en s'avançant, la main tendue vers le vieillard. Dès que vous en aurez terminé avec le soulagement du corps, je vais soulager l'âme de ce brave père Gaboriot. Comme il ne peut plus guère bouger, je lui apporte la communion, moi aussi j'œuvre à domicile. Je vous suis, madame Gaboriot, vous avez toujours votre excellente eau-de-vie de prune ? Vous devriez la faire goûter au docteur.
En se rendant dans la cuisine pour me laisser terminer ma consultation, il me frôle les fesses en passant. Il faut dire que le passage est étroit entre le lit et l’espèce d'alcôve qui fait un genre de baldaquin auquel ne manquent que les rideaux. J'ai senti son sexe charnu qu'il a appuyé sciemment contre moi et quelle n'est pas ma colère de constater un fourmillement entre mes cuisses. Il a tous les culots ce curé ! Quand je rejoins la mère Gaboriot pour rédiger mon ordonnance, Mathieu Morin est toujours là à siroter sa petite prune. Voilà que je l'appelle par son nom ! C'est que j'ai de plus en plus de mal à l'imaginer en curé porteur de la parole divine. Je le regarde de plus près.
Il est craquant l'abbé Morin. Son ventre est plat sous des gros pecs qui lui dessinent une pure silhouette. Large d'épaules, bassin étroit, la grosse bosse de son sexe tend le tissu du pantalon. Son visage noirci par une barbe de trois jours soigneusement entretenue lui confère une virilité que je ne possède certainement pas. Ma blondeur me range plutôt dans la catégorie des fiottes, même si j'ai un corps bien gaulé par le 4 fois 4 nages qui m'a valu quelques médailles.
La vieille a suivi mon regard.
— Ça fait plaisir d'avoir des jeunes, même si on aimait bien le docteur Verrier et le vieux curé Barthomieu. Et puis vous êtes plus modernes, vous avez des nouvelles méthodes. Comme le dit souvent mon mari : " Changement d'herbage réjouit les veaux ".
— Maintenant qu'on est presque collègues, je peux vous appeler Francis ? me demande le jeune curé. Ici tout le monde se connait et s'appelle par son prénom.
Que tout le monde se connaisse, c'est précisément le problème. Habitué à la grande ville où règne un anonymat complet, j'ai du mal à fraterniser. Avec un homo encore plus, car je redoute les commérages et j'ignore si Mathieu Morin sera suffisamment discret pour cacher notre orientation. Nous savons pertinemment l'un et l'autre que nous sommes deux homosexuels mais il a un avantage sur moi. Comme il est très extraverti et qu'il aime le contact physique au point de toucher, de manière amicale s'entend, paroissiennes et paroissiens, personne ne soupçonne un instant qu'il a des intentions coupables quand il s'agit d'un beau garçon. Il est tout le contraire de moi qui suis par nature réservé et peu enclin aux embrassades.
Quittant la ferme des Gaboriot pour regagner nos deux voitures, Mathieu se plante devant moi.
— On va pas se la jouer, Francis, tu es pédé et moi aussi, ne tournons pas autour du pot. Tu es quoi ? passif ou actif ? Quant à moi je suis versatile et je sais satisfaire un mec. On sera discrets toi et moi.
— Arrête de me draguer, curé, tu me mets la tête à l'envers, tu sais bien que c'est impossible. La discrétion dans un village, c'est une denrée introuvable. Mais pour te dire la vérité, tu me plais beaucoup, tu m'excites, et je me branle en pensant à toi. Malheureusement pour nous, faudra s'en tenir aux branlettes, c'est dommage mais on n'a pas le choix.
— Je n'ai pas dit mon dernier mot, je saurai bien te...
Le reste s'est perdu dans le crissement de mes pneus car j'avais démarré en trombe, paniqué et frustré tout autant. Je me suis promis d'éviter le plus possible les contacts avec ce curé diabolique mais comme je l'ai dit à plusieurs reprises nous sommes dans un bourg de campagne et il existe une vie sociale et donc certains impératifs. Comme d'accepter les invitations des notables.
Convié à un dîner chez le notaire de Germigny et n'ayant aucune raison valable pour m'y dérober, j'ai trouvé à mon arrivée une dizaine d'invités qui bavardaient dans le salon. Et devinez quoi ? Parmi elles se trouvait le curé Morin et son collègue Guyanais, lequel m'a été présenté dans les règles. Il s'appelle Gerbert, il a 55 ans, il est gros et ne correspond pas du tout à l'idée que je m'en étais faite. Mathieu ne peut pas baiser avec ce type-là, j'en ai d'emblée la certitude et curieusement, je suis libéré d'un grand poids. Serais-je amoureux de Mathieu ?
Je me trouve à côté de lui comme prévu sur le plan de table car il y a plus d'hommes que de femmes. À peine sommes-nous assis qu'il glisse sa main sous la nappe et qu'il la pose sur ma braguette. Que puis-je faire, rien du tout. Je suis piégé et ça durera tout le temps du dîner s'il ne se montre pas raisonnable. Je le regarde, suppliant, mais il répond par un sourire et sa main se fait caressante. Il soutient la conversation tout en défaisant un à un les cinq boutons de ma braguette. Quant à moi je réponds par monosyllabes aux multiples questions qu'on me pose. Je vais passer pour un idiot et pire, pour un homme sans éducation. Il faut que je me reprenne très vite.
Je me lance dans des anecdotes de carabin et ça détend bien l'atmosphère. Je raconte la première piqûre que mon père, médecin comme moi, a faite quand il était débutant dans les années 1960. Les seringues n'étaient pas jetables à l'époque et il fallait les stériliser à l'eau bouillante. Il a injecté le produit sans faire refroidir la seringue et le patient s'est mis à courir e hurlant dans le cabinet. J'obtiens un grand éclat de rire et on me prie d'en dire une autre.
Mathieu a sorti ma grosse bite et commence à me masturber. J'ai une érection fantastique et il me faut me concentrer. Je raconte qu'une jeune infirmière...
Ma voisine a laissé tomber sa fourchette et se baisse pour la ramasser. Je dois la prendre de vitesse sinon elle verra sous la table ce qu'il vaut mieux qu'elle ne voie pas. J'arrête son geste et je me penche afin de ramasser l'objet. Je jette un coup d'œil sous la table. Mathieu a lui aussi sorti son sexe et bande encore plus dur que moi. Je rends la fourchette à la dame et je continue mon histoire en priant Dieu de ne pas jouir avant de l'avoir terminée. Si mon joli petit curé joint sa prière à la mienne, peut-être serai-je exaucé.
« Cette infirmière était naïve et tout le monde en profitait. Un jour un interne lui a remplacé son yaourt par du... »
Je m'arrête parce que je vais jouir, ma bouche se fige en un rictus et j'ai les yeux qui se révulsent. Je décharge quatre longs jets qui viennent s'écraser sur les chaussures du sous-préfet. Il ne s'en aperçoit pas, une chance. Quand il va passer au salon, il aura des souliers léopard.
On est suspendu à mes lèvres. « Remplacé le yaourt par quoi ? » Ils veulent la suite de l'histoire, mais je me rends compte à présent qu'elle est bien sûr inadaptée à la société qui m'entoure. J'ai complètement perdu les pédales, Ce yaourt remplacé par du sperme, ça va jeter un sacré froid parmi les dames patronnesses. Tout cela à cause de Mathieu et de son audace infernale. Vite, une porte de sortie, il me faut trouver quelque chose.
« Remplacé par du fromage blanc. » Cette fois mon histoire tombe à plat, on espérait une meilleure chute, mais on a la politesse de rire.
Mathieu a retiré sa main et l'a essuyée tranquillement avec sa serviette. Je ne pense pas qu'il a joui car sa main droite est toujours restée sur la table quand la gauche était occupée à me donner tant de plaisir. Car oui, du plaisir j'en ai eu, plus que jamais dans toute ma vie. Comment pourrai-je me passer maintenant de cette main experte, du cercle de ses doigts sur mon gland ? J'ai un fourmillement dans mon cul, je voudrais qu'il me bourre tout de suite, je deviens complètement marteau. Six mois sans une bite dans mon trou ! Comment ai-je pu croire une seconde que je pourrais me contenter de me masturber en solo quand j'aspire de tout mon être à me faire défoncer le cul.
Lilian, mon ex, me baisait bien, mais il ne m'était pas fidèle et j'en avais assez de souffrir. Un jour je l'ai surpris en train d'enculer un garçon dans notre chambre conjugale. J'ai rassemblé toutes mes affaires et je suis allé à l'hôtel. Je lui ai donné huit jours pour partir car l'appartement m'appartient. Il a pleuré, supplié, imploré, mais j'avais cessé de l'aimer et me suis montré inflexible. J'ai décidé de quitter Paris et d'exercer à la campagne, loin de lui et de ses mensonges. Je me suis également promis de ne plus tomber amoureux et voilà que j'en pincé pour Mathieu, un jeune curé. Un amour idiot, impossible, nécessairement voué à l'échec. Où que j'aille, ma vie amoureuse sera-t-elle toujours un fiasco ?
Je vais prendre 15 jours de vacances, ça me permettra d'y voir plus clair. J'ai trouvé un jeune médecin qui fait des remplacements en attendant d'ouvrir son propre cabinet à l'automne et il me suppléera volontiers. Maintenant Mathieu me harcèle et je l'ai toujours dans les pattes. Il me suit avec sa Clio et ses visites aux paroissiens coïncident de façon étrange avec mes déplacements chez eux en tant que médecin de campagne. Aujourd'hui c'est chez la veuve Plotin que nous nous retrouvons « par hasard ». Elle est alitée dans sa chambre et a laissé sa porte ouverte. Elle ne craint pas les intrus car la région est très paisible et son gros chien noir la protège. Le facteur passe régulièrement même quand il n'y a pas de courrier pour s'assurer que tout va bien et les gendarmes ne manquent jamais de venir boire une petite goutte quand ils se trouvent dans les parages. Il s'agit d'une ferme isolée et la solidarité paysanne n'est pas un vain mot par ici.
Pendant que j'ausculte la vieille asthmatique, Mathieu se place derrière moi et me pelote à fond les miches. La patiente a beau être myope, elle voit deux messieurs au lieu d'un, et quand elle reconnaît son curé elle lui fait excellent accueil. Il est gentil avec les vieux et sa jeunesse les égaie. Et puis il ne parle jamais de l'enfer comme le faisait Berthomieu, mais plutôt des plaisirs terrestres. On l'apprécie énormément pour son allant, sa gentillesse.
— Je vous ai apporté des bonbons, Germaine, dit-il avec un grand sourire.
Je ne peux m'empêcher de pouffer, ça me rappelle la chanson de Brel, il manque les fleurs périssables mais des fleurs il y en a partout.
— Un grand merci, monsieur le curé. Montrez donc mon veau au docteur, p't'êt' ben qu'il en a jamais vu, à Paris ça court pas les rues. Et donnez du foin à la vache, si c'est pas trop vous commander.
— Tout de suite, Germaine. Vous venez, docteur ?
À peine nous trouvons-nous dans l'étable que Mathieu me jette sur la paille et qu'il m'embrasse avec passion. Il me dénude mon derrière et il m'encule comme ça, à sec. Sa queue va et vient dans mon trou et moi je suis au paradis. La vache regarde nos ébats avec ses yeux inexpressifs, le veau la tète avec gourmandise. J'ai envie de téter Mathieu. Il décule et je prends sa bite avidement entre mes lèvres. On entend le bruit d'une voiture. On se relève ébouriffés, on se rajuste à la va-vite. Il était temps, la porte s'ouvre et le jeune facteur apparaît.
— Ah, vous m'avez fait mon boulot, dit-il, d'habitude c'est moi qui lui donne à manger quand la Germaine elle est malade.
Il voit des petits brins de paille encore mêlés à nos cheveux. Ma braguette est boutonnée de travers et Mathieu a une trique énorme.
— T'es grave Mathieu, dit le jeune homme. Il te faut aussi le docteur, le facteur ne te suffit pas ?
— Putain tu m'as fait peur, Maurice, j'ai cru que c'étaient les gendarmes. Ça te dirait un plan à trois ?
— Et comment que ça me dirait ! Laisse-moi donner du foin à la vache et prépare ton cul pour ma trique. C'est qu'il est bandant, ton copain ! Y fait quoi ? Actif ou passif ? Je me sens bien de me faire bourrer maintenant que j'ai fini ma tournée. Pas besoin de se faire du mouron, les cognes viendront pas aujourd'hui. On a tout le temps, à moins que monsieur le docteur il ait encore des visites à faire ?
— Une seule, mais ça attendra.
Je ne connaissais le facteur que de vue mais je l'avais trouvé charmant. Un peu rustaud mais bien gaulé, un jeune homme dans la trentaine avec des cheveux noir corbeau et de grosses pattes crevassées. En plus de son job de facteur, il éleve une petite vigne et il a tout d'un paysan.
— On se fout à poil, dit Maurice, c'est pas la vache qui va cafter !
L'étable est chaude et la paille fraiche nous attend. Nous nous sommes déloqués vite fait et nous avons joint nos trois bouches. Mathieu est excessivement poilu et Maurice a les mains calleuses. Quant à moi, j'ai comme argument principal une bite parfaitement dessinée. Celle de Mathieu, bien que plus grosse, est légèrement déviée à gauche, celle de Maurice a un petit gland qui termine son gros chibre en pointe.
Je fais l'objet des attentions de mes deux partenaires de baise. Mathieu s'est abouché à mon cul et me titille avec sa langue. Maurice m'a englouti la bite et il me suce savamment en me tire-bouchonnant, c'est très bon. Puis ils me prennent en sandwich, moi dans le cul du jeune facteur et Mathieu sa pine dans le mien. On forme une bête à trois dos. La vache se met à meugler, on dirait presque qu'elle est jalouse. Ce n'est pas sa période de chaleurs puisqu'elle vient juste de vêler. À ce moment je réalise que Maurice, né dans une ferme, a dû quelquefois satisfaire ses premiers émois sur ses chèvres quand il était adolescent et peut-être même sur sa vache. Je me souviens d'un employé de ferme qui était réputé pour ça dans le bled de mes grands-parents. Quant à Mathieu, je me demande où il a pris son savoir-faire.
On s'encule depuis un quart d'heure et j'ai maintenant envie de juter. Je préviens mes deux camarades et ils s'accroupissent devant moi bouche ouverte, tête contre tête. Je leur éclabousse la gueule mais ils parviennent à avaler une bonne dose de mon sperme. Ils se relèvent et unissant leurs lèvres dans une furieuse pelle au jus, ils se déchargent l'un sur l'autre. Je me rhabille dare-dare parce que j'ai encore une visite à faire et que j'ai une heure de retard. Mais a-t-on jamais vu un médecin en avance ?
Il est 11h30 du soir, j'entends cogner à mon volet. Ma chambre donne sur le jardin lequel est clos par une grille d'environ deux mètres de haut. Je sais d'instinct que c'est Mathieu, qui d'autre serait assez fou pour jouer les Roméos la nuit et pour escalader l'obstacle qui le sépare de son amant ? Il a le diable au corps, Mathieu. À peine ai-je ouvert ma fenêtre qu'il tombe dans mes bras en pleurant.
— Je suis muté, Francis, muté. On envoie mon évêque à Rome et il me veut comme secrétaire. Qu'est-ce que je vais devenir sans toi ?
— Tu vas te faire un cardinal, ton avancement est assuré.
— J'ai pas envie de rigoler, ça veut dire des années loin de toi et moi je suis amoureux fou.
— À moins de partir à Rome moi aussi, je ne vois pas ce que je peux faire.
— C'est justement ce que j'ai pensé, ça fait des heures que je rumine. En fait, c'est tout à fait possible. En regardant sur Internet, j'ai vu qu'à l'hôpital Salvator Mundi International on cherche des médecins francophones. Tu pourrais au moins postuler. Je t'en prie, Francis, je t'aime et je veux être près de toi. Sinon je vais me donner au premier cardinal venu et moi j'en mourrai de chagrin. Est-ce que tu m'aimes assez pour me suivre ?
— Bon, regardons sur Internet. Clinica privata a Roma, téléphone... J'appellerai demain, maintenant tu dois rentrer chez toi. Gerbert t'attend au presbytère.
— Je m'en bats les couilles de Gerbert, mais putain qu'est-ce que t'imagines ? Que mes hémorroïdes viennent de lui ? Tu l'as vue, sa gueule, à Gerbert ? Il me fait bouffer du cayenne, c'est ça qui me fout le feu dans les tripes. Et ta pommade m'a fait du bien, d'ailleurs tu vas vérifier par toi-même.
Il n'a pas fini de parler que son cul est nu devant moi. Je suis médecin, mon réflexe c'est d'examiner sa varice. Elle a complètement disparu. Il ne ment pas, c'est la nourriture guyanaise qui ne convient pas à son cul. Mais celle de Rome, en revanche...
Il a passé la nuit chez moi mais je l'ai renvoyé à 6h. J'ai annulé toutes mes consultations du matin et j'ai eu Rome au téléphone. Je vais leur envoyer mon CV et ils disent que mes chances sont sérieuses d'obtenir un statut détaché, mais je ne serai pas titulaire. Huit jours plus tard j'ai la réponse, je suis attendu dans un mois. Je serai logé à l'hosto jusqu'à ce que je trouve un appart et ils sont moins chers qu'à Paris. Ça tombe bien parce que mon salaire sera inférieur de moitié mais je m'en fous complètement. Je vais vivre enfin ma sexualité, je serai pédé à cent pour cent, à me faire péter la rondelle, mais je serai avec Mathieu, je crois qu'il est l'homme de ma vie.
Si on était dans un village, cela serait problématique, mais on sera dans une grande ville et ça ne me fait ni chaud ni froid.