Une histoire à découvrir
At the crossroads
Le vert et le rouge
Sept ans, six mois, cinq jours, quatre heures, trois minutes et deux secondes, tel est le temps précis de mon espérance.
Des centaines de fois déjà, tu tournais au coin de cette rue. Que ce fut l’hiver qui venait te couvrir d’un sombre manteau ou le crépuscule déclinant de mai, avec ta chemise dans le vent; chaque soir j’étais là. Là à te regarder passer sans jamais rien dire. Tantôt tu marchais seul dans ta solitude et comme j’aurais aimé à cet instant, être à tes côtés. Tantôt une bande d’amis t’entouraient et vous flâniez joyeusement. Mais parfois tu marchais au bras d’un autre, et je te regardais t’éloigner la mort dans l’âme.
Je ne t’ai jamais dit «bonjour». Adossé à une vieille bâtisse, je te regardais seulement passer, le sourire aux lèvres. Mon cœur, parfois, se transportait de joie lorsque le feu rouge vint à interrompre tes pas. Tu regardais à gauche, puis à droite, puis, brusquement tu te retournais un sourire charmeur au coin des lèvres. Tu te passais la main dans ta blonde chevelure, tu l’ébouriffais légèrement; et mon cœur palpitait. Le feu passa de nouveau au vert et tu continuais ton chemin sans te retourner, me laissant derrière toi, l’air hagard, les pensées dans le vague, jusqu’à ce que la fraîcheur de la nuit vienne me surprendre.
Comme j’aimais les feux rouges, ces feux qui faisaient stopper tes pas. C’était encore l’un de ces feux qui te fit te retourner. Tes yeux d’un myosotis profond semblaient narguer quelqu’un. Était-ce moi? Tu me déstabilisas, me perçant dans mon intimité, me découvrant fragile et dénudé. Je voulais m’avancer, la démarche hésitante, le pas peu assuré. Je m’approchais de toi pas à pas, comme un enfant apprendrait à marcher. Soudain, un garçon me dépassa et te héla... Je m’arrêtais net, mon courage vaincu... Le feu repassa au vert, tu te détournas et à tes côtés marchait un autre.
Sept ans, six mois, cinq jours, quatre heures, trois minutes et deux secondes, tel est le temps de mon espérance. Aujourd’hui je t’aime encore. Je suis encore adossé à cette veille bâtisse. Mais alors que les feux passent inlassablement du vert au rouge, toi tu es passée dans ma vie sans t’arrêter.
Le parfum des regrets
Comme je regrette le temps du lycée où tous les soirs, qu’il vente ou qu’il neige, tu étais là. Sept ans, six mois, cinq jours, quatre heures, trois minutes et deux secondes, tel est le temps précis de mon espérance.
Je passais dans cette rue, s’il m’en souvienne, les vieilles briques gardent encore le souvenir de ton parfum. Ce parfum subtil d’un voleur de cœur qui a dérobé le mien.
Du froid décembre au doux mai, cette senteur obsédante chaque soir m’envoûtait quand mes pas s’égaraient devant toi. Tantôt solitaire, je m’enivrai d’un instant de bonheur. Tantôt en bande, nous gambadions gaiement, mais mon cœur était ailleurs, auprès de toi. Parfois au bras d’un autre, pour te rendre jaloux, et pourtant tu semblais toujours indifférent.
Je ne t’ai jamais dit «je t’aime», et pourtant mes gestes invitaient à te le faire comprendre. Je marchais, ralentissant mes pas au rythme des feux. Je me retournais, et t’apercevais; bel ange au sourire mystérieux, aux mèches brunes et au regard ténébreux. Qui regardais-tu? Ne te détourne pas. Cherchais tu à fuir? Pourquoi étais donc tu là? Chaque jour ma démarche se traînait davantage alors que mon cœur lui prenait une course effrénée. Toi tu étais là sans jamais rien dire. Le sourire aux lèvres, aimable mendiant de quelques mystères inconnus.
Comme j’aimais ce parfum, ce sourire, cet être. Un jour pourtant je te devançais, nos chemins se croisèrent, ainsi que nos corps. «Pardon» fût tes seules paroles et tu t’enfuis tel un brigand. Par mégarde, l’un de tes beaux cheveux brun tomba au creux de ma main. Je l’ai conservé ce petit bout de toi piqué sur un morceau de satin.
Sept ans, six mois, cinq jours, quatre heures, trois minutes et deux secondes, tel est le temps de mon espérance. Depuis trois mois je ne passe plus dans cette rue. Aujourd’hui, l’automne est bien triste, la brise légère apporte dans le soir tombant ton parfum jusqu’au trottoir d’en face. Derrière un arbre je t’observe. Tu n’as pas changé, toujours mystérieux, à l’attente d’on ne sait quel appel. Mais désormais, je sais que ce n’est pas le mien puisque tu n’as jamais répondu.
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