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Au camp scout (4) - L'art d'être heureux

Après avoir réglé tous nos petits problèmes personnels relatifs à notre association, Jérôme, Philippe et moi Jean-Luc, nous étions enfin réunis. Il est vrai que ce que nous vivions ensemble nous avaient quelque peu chamboulés. Jérôme lui même avait du mal à imaginer un tel bonheur: vivre avec ceux qu'il aimait le plus au monde et de surcroît avec moi, le petit dernier. Avec Philippe, une amitié très forte s'était au fil du temps, nouée entre eux, Jérôme, Philippe, ou Philippe, Jérôme, c'était blanc-bonnet et bonnet-blanc. Philippe était un ami d'enfance, ils avaient grandis ensemble (malgré que Philippe ne soit pas du même milieu que Jérôme), son père n'avait jamais pu les séparer. Le scoutisme faisait partie de leurs passions...

Jérôme voulait absolument se former à une vie virile, ce qui n'était pas toujours du goût de son père. Sa mère par contre lui servait de rempart contre les exigences de son père qui était un homme droit mais exigeant. Jérôme n'éprouvait aucun goût pour le travail de bureau, il se destinait plutôt vers une carrière dans l'administration, et pourtant son bagage intellectuel était très élevé. Jérôme, n'envisageait pas son avenir dans le mariage, et sa relation intime avec Philippe ne le satisfaisait pas entièrement. Sur le plan affectif et sexuel, il y avait un je ne sais quoi qui clochait entre eux, ils étaient différents dans leur approche de l'amour... Philippe penchait vers la tendresse, tandis que Jérôme penchait vers la virilité, mais Jérôme, n'aurait pour rien au monde voulu se séparer de son ami. Jérôme avait besoin de Philippe pour donner le meilleur de lui-même.

Par un curieux hasard, je fus sollicité par un jeune chef de patrouille (Philippe) de mon village pour assurer l'intendance du camp, mais pour que je puisse assurer cette fonction, il fallait l'autorisation du responsable de ce camp (ce qui nous amène à Jérôme). Jérôme, me convoqua pour un entretien personnel, en me voyant, il se rappela qu'il m'avait aperçu dans le parc floral quelques jours auparavant, Jérôme se rendait dans ce même parc lorsqu'il éprouvait des difficultés sur le plan sentimental et c'est en cet endroit qu'il m'avait abordé pour me demander si je cherchais quelque chose, ce qu'il cherchait lui-même. En me voyant, il pensa certainement que moi aussi je n'étais pas indifférent à ce qui le tracassait... Et c'est ainsi que le destin nous a réunis et que Jérôme et Philippe entrèrent dans ma vie.

Les transformations de notre maison, voulues par Jérôme, (tout l'étage était réservé à notre vie privée), allaient bon train. Nos chambres respectives devenaient de plus en plus belles et les parties communes tenaient du grand-art. À mon goût, c'était trop beau... Nous vivions en attendant tous ensemble et croyez moi, nous aurions préféré qu'il en soit toujours ainsi, mais pour Jérôme, notre maison devait être digne de ceux qui l'occupaient, ce qui nous faisait bien rire.

Le facteur d'orgue arriva quelques jours plus tard, il fit une étude d'acoustique dans la petite église, me demanda divers renseignements et me promit la livraison du petit instrument pour les semaines suivantes (environ un mois).

Je nageais très haut dans le ciel, Jérôme hantait mes nuits, le rendre heureux était devenu prioritaire pour moi, Philippe avait le sentiment d'être un peu délaissé... Je m'efforçais de lui redonner le sourire dans une relation sexuelle telle qu'il la souhaitait. Jérôme n'était pas jaloux, au contraire, lorsque je faisais l'amour avec Philippe, il savait que c'était un peu le prix à payer pour que chacun s'épanouisse totalement. Il savait qu'un jour, nous ne ferions plus qu'un tous les trois, ce n'était qu'une question de temps... Un jour Jérôme, au cours d'une soirée particulièrement agréable, nous parla franchement:

— Ce que je vais vous dire est important pour notre vie future.

— Jérôme, tu m'inquiètes. Qu'as-tu de si important à nous dire?

— Je suis très conscient que nous formons un groupe de copains très unis, je sais aussi que je suis le plus heureux des hommes. Vous êtes là tous les deux à m'aimer pour ce que je représente à vos yeux et non pour la situation que je vous ai apportée. Je sais aussi que...

Jérôme se tut un instant pris par l'émotion.

— Philippe se sent un peu frustré par l'amour que je te porte mon Jean-Luc, mais Philippe, sache que tu occupes une place de choix dans mon coeur... Tu es mon ami de toujours et tu dois comprendre que lorsque je fais l'amour avec Jean-Luc, ce n'est pas parce que je ne t'aime pas, mais simplement que j'éprouve le besoin d'être seul avec lui.

Philippe est gagné par l'émotion et se met à pleurer...

— Tu sais bien que je ne suis pas jaloux... Seulement moi aussi, je t'aime, je t'ai toujours aimé et...

— Ne dis plus rien Philippe. Je sais moi Jean-Luc ce que je vous dois à tous les deux, nous ne sommes plus des gosses gâtés par notre amitié et l'amour que nous éprouvons l'un pour l'autre. Je suis involontairement la cause de tout ce qui risque de nous séparer si nous n'y prenons garde. Jérôme et toi Philippe, vous allez vous comporter en hommes responsables et non en enfants gâtés. Jérôme, tu es capable de donner à Philippe tout ce que tu me donnes avec tant de douceur. Aime-le comme si c'était moi... Toi Philippe, tu es capable d'aimer Jérôme tel qu'il est. Sois le plus câlin possible avec lui, il te le rendra au centuple. Je n'ai pas besoin de vous apprendre les gestes de l'amour tout de même? Soyez naturels que diable. Quant à moi, je saurai trouver ma vengeance pour vous aimer à ma façon!

Deux semaines plus tard, je reçus un appel du facteur d'orgue qui nous annonçait le début du montage de l'orgue de la chapelle (il s'agissait de la chapelle personnelle de notre maison). Lorsque j'annonçais la nouvelle à Jérôme, ma joie faisait plaisir à voir. Je ne vous dit pas ce qui s'est passé durant la nuit. J'ai réussi à les mettre sur les genoux tous les deux. Au petit matin, je ne savais plus où donner de la tête, j'allais enfin faire découvrir à mes amoureux mes talents d'organiste... Lorsque le buffet d'orgue fût installé, Jérôme prit à mon insu l'initiative d'inviter tous nos amis ainsi que ses parents, le maire du village et ses adjoints et pour couronner le tout, le Père Claude évêque du diocèse, ami personnel du père de Jérôme... Nous avions préparé un grand buffet en l'honneur de nos invités, et le soir où je devais donner un premier récital pour mes deux amis, voyant tout à coup tout ce monde, je fus pris de panique.

— Jérôme te rends-tu compte de la situation dans laquelle tu me mets?

— Oui mon amour, je sais aussi que ce soir, tu vas te surpasser et tu te surpasseras car c'est pour moi et moi seul que tu vas jouer. Ensuite tu nous fera l'amour à tous les deux...

— Après le concert les mecs, je me vengerai!!!

— Pour le moment, montre-nous ce que tu sais faire...

Effectivement de voir tous ces regards braqués sur moi me donnait le tournis, je regardais en direction de Jérôme pas très sûr de moi, (c'était mon premier concert). J'avais vraiment la "pétoche". Jérôme me fit un sourire pour me rassurer. Le concert se déroula dans une ambiance digne des grandes salles, j'avais réussis à me surpasser. Le père de Jérôme ne tarissait pas d'éloges à mon égard... La soirée se déroula dans une ambiance chaleureuse, puis on en vint aux discours de circonstance. Jérôme prit la parole pour remercier les invités et annoncer les projets qui lui tenaient à coeur. Devant le maire du village, et en tant que co-propriétaire des lieux, il annonça son projet de restaurer l'église et l'installation du futur grand orgue, et s'adressant à l'évêque présent dans la chapelle, me demanda de dévoiler mes projets.

— Je souhaite rendre à ce lieu sa destination première, en faire un lieu de prière. Père Claude êtes-vous d'accord?

Tu penses s'il l'était...

— Je souhaite, si nos moyens nous le permettent, organiser un festival de musique sacrée qui solliciterait toutes les bonnes volontés du village. Ce sera l'affaire de tous... Ce village doit revivre et nous ferons tout pour qu'il en soit ainsi. Dans l'ancienne cure, nous réaliserons un musée religieux.

Le père Claude et le maire prenant la parole, demandèrent où nous allions trouver l'argent pour tous ces projets.

— Nous vivrons avec le salaire de Jérôme. Philippe et moi nous consacrerons nos salaires à la réalisation de ce projet car il s'agît d'un projet collectif et non personnel.

Le père de Jérôme nous reprit en disant:

— Ce projet devient le mien! J'ai le droit en tant qu'industriel de consacrer une part de mon chiffre d'affaire pour des réalisations d'ordre culturelles. Vous avez les jeunes la maîtrise du projet, je garde celle du financement. Quant à toi Jean-Luc, je veux que ce projet se réalise au plus vite...

Inutile de dire que l'ambiance était détendue et s'adressant à Jérôme et à Philippe:

— Si vous toucher un seul de ses cheveux, cela va faire du bruit.

La soirée se terminait et chacun repartit vers ses occupations. Les parents de Jérôme restèrent encore quelques instant avec nous pour parler des projets envisagés... Jérôme demanda à son père s'il ne s'était pas engagé à la légère!

— Non pas du tout, je suis très sérieux. Le financement de ces projets sera l'occasion pour moi de me faire pardonner!

— Pardonner de quoi?

— De ne pas avoir fait confiance totalement à Jérôme. Il a tellement changé depuis que vous êtes ensemble et tout cela, je crois que nous le devons à Philippe et à Jean-Luc...

Jérôme reprit:

— Papa, maman vous ne pouvez imaginer ce qui m'arriverait si je devais être séparé de ces deux-là.

— Rien n'arrivera, pense plutôt à l'avenir qui vous attends!

Sur ce ses parents nous quittèrent...

— Jean-Luc, tu sais ce que tu dois faire maintenant!

— Pourrais-tu être plus précis?

— Il est temps de passer aux choses sérieuses. J'ai envie de te faire l'amour et tout de suite.

— Nenni mon vieux, ce soir c'est Philippe qui est de service, moi je vous accompagne à l'orgue le temps que tu te défoules.

— Ok je me sacrifie...

— Mais t'es un salaud. Dis plutôt que je te dégoûte? reprit Philippe.

Jérôme reprit:

— Non mon pote, mais tu sais quand je te saute, t'as du mal à encaisser ma tige...

— Bien sûr, tu es bâti comme un taureau et tu ne fais pas dans la dentelle!

— C'est bientôt fini les mecs? Il faut penser à vous mettre au boulot?

Ce qu'il ne savait pas, c'est que l'orgue était doté d'un ordinateur et d'un circuit vidéo. Philippe m'avait procuré de petits émetteurs que l'on place dans l'oreille.

— Je vous propose un jeu...

— Dis voir, mec...

— Vous installez dans le vestibule en face de l'orgue, un lit sur lequel vous ferez l'amour. Je vous accompagne à l'orgue pendant vos ébats, mais auparavant, vous glissez dans vos oreilles ce petit truc qui me permettra de vous guider...

— Mais on sait y faire!

— Vous ferez comme je veux, ok?

— Ok puisque tu le veux ainsi...

— Philippe, ce soir Jérôme te fait l'amour. À poil et vous commencez!

Philippe s'installa, Jérôme vint se coucher près de son ami. Je n'ai jamais vu deux mecs se déssaper aussi vite...

— Défense de parler sauf au moment crucial! (Je parlais à Jérôme dans son petit émetteur.) Jérôme, nous avons délaissé trop souvent Philippe, tu dois te surpasser ce soir. Sois très doux comme si c'était moi que tu baisais. Surtout ne réponds pas, agis... Philippe ne doit se douter de rien, fait durer les moments de tendresse aussi longtemps que je jouerai le largo de "Haendell"...

Depuis mon clavier, je les voyais dans l'écran de contrôle. Je jouais en sourdine pour accompagner les ébats de mon amoureux, je voyais Philippe qui n'en croyait pas ses yeux... Jérôme vis à vis de lui semblait transformé! Il le caressait avec une douceur que je ne lui connaissais pas; un sentiment de jalousie m'effleura, lui qui semblait plutôt fougueux... M'adressant à Philippe:

— Mec, tu apprécies? Dis le moi en regardant de mon côté mais surtout ne dis rien. Prends-le dans tes bras et serre-le fort pour lui prouver que tu l'aimes...

Ce qu'il fit... J'entendis Philippe dire à Jérôme:

— Tu pleures... Qu'y a-t-il?

— Je ne sais pas, je suis tellement heureux et l'autre qui n'a rien trouvé de mieux que de nous accompagner en musique, ce mec nous rendra fous tous les deux.

Chacun, visiblement, devait se demander ce qui lui arrivait. Il est vrai que la soirée avait été exceptionnelle.

— Veux-tu que nous fassions un 69?

— Oh! Oui...

— Je veux aller plus loin...

Ils prirent la position et dans le lointain. L'orgue joua la cantate de Bach "Jésus que ma joie demeure". Jérôme prit en bouche le pivot d'amour de Philippe et celui-ci fit de même avec Jérôme, chacun se délectant de ce moment délicieux. Puis les choses devinrent plus sérieuses. Chacun visitant l'orifice de l'autre...

— Attention pas trop vite, pas tout de suite le plaisir... Il y a encore beaucoup de choses à faire. Aimez-vous sans retenue, vous irez plus loin lorsque j'aurai terminé "La lettre à Élise"...

Mais cela était au dessus de leur patience. Philippe prit la position de levrette pour que Jérôme le prépare dans les meilleures conditions possibles. Jérôme à genoux derrière lui, s'appliqua à le préparer. Sa langue experte (j'en savais quelque chose pour l'avoir moi-même subi), se délectait sur la rosette de son ami. Philippe commençait à prendre son pied si j'en juge par les petits cris qu'il émettait. Ils ne savaient pas que je les voyais sur l'écran. Pauvre Philippe, tu vas t'envoyer une merveilleuse bite de 22x6 dans le cul, à ta santé! Moi de mon côté, j'ai dû activer le rythme pour arriver à les suivre.

Le moment de l'échange total arriva. Lorsque je vis en gros plan pour la première fois (et pour cause) le pivot d'amour de Jérôme s'enfoncer dans le merveilleux petit cul de Philippe (dans ces cas-là, nous avons tous un petit cul), je fus subjugué par la beauté du geste, par le douceur de Jérôme. Il faisait de sacrés progrès! Curieusement, le visage de Philippe ne trahissait aucune douleur, il semblait baigner dans une béatitude céleste. Je ne puis m'empêcher de jouer "L'hymne à la joie" de Beethoven. Je voyais Jérôme entreprendre le balancement de l'amour. Son visage en disait long sur le plaisir qu'il prenait et Philippe, le visage couvert de larmes, devait réaliser ce que Jérôme lui donnait en cet instant. Ce n'était plus deux amis mais deux amants en pleine extase. Le bonheur total! Je remarquais que Jérôme suivait le rythme de la musique, ce qui me donna une idée!

Il faut être pervers pour... Chaque fois que Philippe semblait se relâcher sous les assauts de son amant, je jouais en sourdine et lentement, Jérôme ralentissait... Lorsque je jouais plus vite, Jérôme suivait le rythme. Je ne te dis pas ce que j'ai fait et lorsque j'ai jugé que le moment suprême était arrivé, j'ai joué avec frénésie "La marche nuptiale". Dans un cri, Jérôme s'est donné à son ami. De ma courte vie, je n'avais jamais vu des visages transformés à ce point. Leurs visages rayonnaient de la joie qu'ils éprouvaient en cet instant de leur vie. J'étais heureux, tu peux pas savoir... Savoir que les liens qui les unissaient désormais ne seraient jamais détruits et moi me direz-vous? J'attendais mon heure!

Je quittais mon clavier et vins vers eux. Ce que j'ai vu! Deux visages resplendissants couverts de larmes et de sueur. Les yeux fermés, Jérôme ne s'était pas retiré, il couvrait le corps consentant de son ami, ses bras le serraient très fort... Par expérience, je savais que leur étreinte était totale, ils ne formaient plus qu'un. Je ne pus m'empêcher de déposer délicatement un baiser sur leurs visages et passer ma main vers cet objet de bonheur que représentait pour moi la queue de Jérôme. À cet instant, ils revinrent à la surface et me regardèrent. Ils se séparèrent à regret et je pus enfin les embrasser de tout mon saoul...

— Ce qui vient de nous arriver, me dit Jérôme, c'est encore à toi que nous le devons. T'es véritablement un démon?

— Non, ce qui vient de vous arriver, c'est encore le miracle de l'amour. Que c'est beau à regarder deux êtres qui viennent de se donner l'un à l'autre... Je vous fais un petit cadeau. Lorsque vous sentirez le cafard vous envahir, cela arrive toujours tôt ou tard, le serment d'amour que vous venez de vous donner l'un à l'autre, est immortalisé sur cette cassette. Elle est la preuve qu'un jour vous vous êtes promis fidélité. Les larmes de vos visages en sont le témoignage flagrant.

Ils n'arrivaient pas à s'arracher de ce lit qui leur avait procuré tant de joie. Nous remîmes tout en ordre et nous dirigeâmes vers la salle à manger, les épreuves nous avaient creusées l'estomac. Le repas fut vite pris, nous avions du retard à rattraper. Pendant le repas, il me vint une idée. Je m'éloignais quelques instants pendant qu'ils faisaient la vaisselle - eh oui, il faut bien la faire cette vaisselle - j'entrai dans ma chambre (qui est très grande) et j'installais la tente qui avait abrité mes premiers ébats amoureux, ainsi que le fameux matelas. J'appelais mes deux compères et leur présentai mon oeuvre. En entrant, Jérôme et Philippe furent surpris de voir cette tente installée...

— À quoi tu joues?

— Je n'ai jamais oublié le premier soir où je t'ai aimé Jérôme, et maintenant, c'est dans cette tente que vous me ferez l'amour tous les deux...

— Génial!

— Mais pour l'instant chacun se repose, nous verrons plus tard.

Philippe vint vers moi et me serra tendrement dans ses bras, m'embrassa et ne put dire un mot, brisé par l'émotion. Jérôme ne dit rien, son regard avait tout dit, j'étais le plus heureux des hommes, nous étions unis à jamais.

La nuit fut agitée, j'avais souhaité que chacun se retire dans ses appartements... Nous venions de vivre une soirée inoubliable et le meilleur moyen de rester sur terre était encore de méditer quelque peu sur ce bonheur qui nous réunissait tous les trois.

Le lendemain, au lever du jour, je découvrais avec stupeur que Philippe avait passé la nuit dans notre chapelle. Son visage, enfoui dans ses mains, je m'aperçus qu'il avait pleuré.

— Mais que fais-tu là? lui demandais-je.

— Tu ne peux savoir ce que je ressens au plus profond de moi. Cette soirée a tellement marqué ma vie que je ne pourrai jamais me séparer de vous deux.

— Mais il ne sera jamais question de se séparer.

Jérôme entendant une conversation se dirigea vers nous. Mis au courant, il nous dit simplement:

— Il ne sera jamais question de se séparer. Sachez que nous ne sommes plus des gosses, même pas des amants, nous sommes simplement des amis liés par un serment de fidélité envers chacun. Hier soir, mon Philippe, j'ai eu la révélation que tu m'aimais.

— Mais je t'ai toujours aimé!

— Je le sais, mais lorsque je te faisais l'amour, j'avais l'impression que tu n'appréciais pas notre relation sexuelle, tu me semblais contrarié, ce qui avait pour effet de croire que tu n'éprouvais pas de plaisir avec moi. Dès le début de ma relation avec ce diable, (c'est moi) j'ai compris qu'il m'aimait et moi je ne pouvais plus me passer de lui. Alors quand il m'a dit "je t'aime", je suis devenu fou de lui, tu comprends? Mais hier soir, j'ai retrouvé mon Philippe. Tu ne peux savoir combien je suis heureux! Vois-tu, pour moi, le sexe pour le sexe est une dégradation du mot amour car ce n'est que charnel, mais te faire l'amour tendrement et voir ton visage en larmes et t'entendre me dire "je t'en prie continue, je pleure de bonheur" dans ce cas, la relation que nous avions, prenait tout son sens... Je me sens uni au plus intime de ton être et je t'ai donné ce que j'ai de plus précieux, ma semence... Je sais aussi que bâti comme je suis, et fougueux en plus, ce n'est peut-être pas les conditions idéales pour éviter de te faire souffrir. lorsque je suis en toi, mon gland ne veut pas te faire souffrir mais te préparer au don total de mon amour, tu me comprends?

— Oui, je te comprends mon amour... Mais hier, tu as été d'une douceur qui m'a arrachée des larmes. Je ne savais plus où j'étais!

— Moi non plus, je ne savais plus où j'étais, j'entendais dans mon subconscient une voix qui me disait: cool vieux, soit cool, prends ton temps ce que tu fais en ce moment, c'est de l'amour, pas la course, savoure cet instant, tu fais l'amour à celui que tu as toujours aimé, il t'est donné de le découvrir, il t'aime et tu ne l'as jamais compris, regarde son visage en pleurs, il ne souffre pas, il est tout à toi. Sois doux avec lui, montre-lui toi aussi que tu l'aimes. Et à cet instant, j'ai compris ce que le mot aimer veut dire, mot merveilleux entre tous, et le pianiste me rendait fou avec sa musique. Tu était là, tout à moi, pleurant de joie, me témoignant combien nous nous aimions. En cet instant, en m'offrant à toi, je réalisais tout ce que j'avais reçu de toi et je me suis effondré sur toi vaincu par l'émotion. J'espère que tu me comprends, tu comprends ce que j'ai vécu hier-soir... Je veux dire par là que nous avons le droit de nous aimer différemment. À nous de nous efforcer de le comprendre. Je ne puis t'aimer toi Philippe de la même manière que Jean-Luc et ne puis aimer Jean-Luc de la même manière que toi Philipe, sachez simplement que je vous aime tous les deux comme un fou. C'est pourquoi, pour moi l'amour ne peut se faire qu'à deux. Vous me comprenez? L'amour est une chose trop importante pour que nous la négligions. Pour éviter tous désagréments, ayons le courage d'être nous-mêmes et de ne pas réagir comme des gosses...

— Ne dis plus rien Jérôme... Nous t'aimons tellement fort, que des mots supplémentaires ne serviraient à rien.

Et puis, il fallait bien se consacrer à notre nouvelle tâche, la bonne marche de notre entreprise. Nous n'avions pas le droit de décevoir le père de Jérôme, il nous confiait la marche de ce qui avait été sa raison de vivre, à nous d'être digne de sa confiance... Jérôme devenait le grand patron, Philippe devenait son adjoint plus spécialement chargé du personnel et moi j'étais autorisé à ne donner qu'un demi-temps car mon rôle était de promouvoir un service audio-visuel avec école d'orgue et formation des jeunes.

Ce nouveau service me remplit de fierté car je fus autorisé de m'entourer de jeunes collaborateurs avertis, en particulier, Jérémy, un jeune que j'avais formé à l'orgue et qui était particulièrement passionné. Mes engagements musicaux me laissaient peu de loisirs mais ma priorité absolue était d'être auprès des miens. Il m'arrivait de renoncer à des contrats qui m'auraient tenus éloignés de trop longtemps de ceux que j'aimais. Jérémy me secondait d'une façon parfaite et j'avais toute confiance en lui.

Ainsi va la vie...