Toutes les histoires

Une histoire à découvrir

365 nuits d'adieux (11): Planche à roulettes

L'été, un de mes grands pieds, c'est de m'installer sur les escaliers du Troca, en face des jets d'eau et de regarder les petits mecs s'exercer sur leurs rollers et leurs skates. Ils sont souvent torse nu, en short, leurs jambes couvertes d'une fourrure blonde électrique, parées de pansements et de cicatrices qu'ils comptent comme des blessures de guerre. Ce mercredi-là il pleuvotait ; entre les averses, ils n'étaient que trois à glisser sur le macadam mouillé ; le plus grand valait largement qu'on se gèle les couilles à faire le pied de grue. À chaque saut, ça flottait dans son jogging gris comme un oiseau emprisonné. Beau cul, belle gueule, nuque blonde rasée, un anneau d'or à l'oreille gauche. Il a dérapé, il s'est ramassé, est venu s'asseoir à côté de moi sur les marches pour soigner ses écorchures.

— T'as une tige ?

— Pardon ?

— Une clope, une sèche, mec.

Silence. Je donne, il me lance un regard glamour pendant que je l'allume :

— En parlant de tige, celle que j'ai dans mon froc est si raide qu'elle va finir par faire péter ma braguette. Tu veux pas me taper autre chose qu'une cigarette, des fois ?

Avec les jeunots, rien à perdre à être direct, une dent au plus en cas de méprise, et il me semble que le minot louche déjà sur mon entrejambe. Il reprend :

— Je connais un parking pas loin, pas surveillé, vide en semaine. Tu me suis à vingt mètres, OK ?

J'ai suivi, pas rassuré. Dans l'escalier, au quatrième sous-sol il m'attendait en s'astiquant dans la pénombre, le jogging descendu sur les genoux, au fond de la niche, entre l'ascenseur et la cage d'escalier. Fougueux, le petit cheval ! Il tirait sur ma ceinture et ma chemise comme un forcené. Il a dégagé ma trique sans précautions et m'a mordu en me mâchonnant le gland comme un chewing-gum. Pas farouche mais il manquait de pratique :

— Tout doux ! c'est fragile ces petites choses-là, je vais te montrer.

Sa queue était aussi recourbée que son nez en trompette. Au premier coup de langue sur son gland rose, il a fait un saut de carpe comme si je l'avais chatouillé avec un fil électrique. J'y allais pourtant pas fort, je le chatouillais juste de la pointe. Ses couilles frileuses plissaient dans ma main comme des coquilles de noix. Il m'a décoiffé nerveusement en me disant que je suçais bien, a ajouté "comme une fille" pour faire le malin, mais je devinais à ses réactions qu'il n'avait pas beaucoup servi. Il a demandé si je me faisais enculer :

— Ici, c'est trop risqué.

— Montre ton cul quand même !

Je me suis retourné, je l'ai laissé me fourrer un doigt. Il se branlait comme un fou, il voulait des précisions :

— T'en as déjà pris des grosses ? Tu peux faire rentrer autre chose ?

— Autre chose ? Quoi par exemple ?

— Je sais pas, des bouteilles, des concombres ?

— Tu déconnes, une bonne bite c'est meilleur que n'importe quoi d'autre.

Il essayait de se pousser à sec dans ma raie et ne réussissait qu'à s'énerver pendant que je débandais. À ce moment-là, on a entendu des bruits de pas. Il a remonté son jogg (il s'était joui dessus) et s'est barré en abandonnant sa planche dans la panique. La porte de fer s'est ouverte, un mec en uniforme a surgi avec un chien :

— Qu'est-ce que vous foutez là ?

— Euh... je pissais.

— Cul nu? et c'est à qui cette planche ?

— À moi. Tu veux une démonstration ?

Heureusement, il veut pas. Le chien se rapproche dangereusement de mes organes les plus vitaux.

— Tu sais que je pourrais te donner aux flics si je voulais ?

Heureusement, il veut pas non plus; il doit y avoir mieux à faire de moi.

— Eh ben, tu vas nettoyer par terre. Où ça t'as pissé ?

Il a attaché le chien dans le parking, derrière la porte pour inspecter le sol scrupuleusement. Il a bloqué l'ascenseur d'un tour de clé et m'a serré les couilles dans sa grosse patte velue :

— T'as tellement la trouille que t'es redevenu tout mou ? C'est un blondinet avec une boucle d'oreille, hein ? Je la reconnais cette planche ; ça fait un bail que j'espère le cueillir la main dans le sac, ce petit allumeur. Tu l'as baisé ?

— Sucé seulement. Il voulait me prendre.

La main du gardien cherche aussi mon anus, ses doigts sont calleux. Il descend le zip de sa braguette et m'ordonne de lui lécher les bottes.

— Et si je veux pas ?

— Si tu veux pas, j'ouvre la porte.

Et derrière la porte, ça grogne et ça gratte comme un taureau furieux. Tant pis, je l'aurais fait de toute façon, l'odeur de cuir de ses pompes me fait déjà triquer. Pendant que je lèche, il lâche :

— Et si je pissais maintenant ?

Je fonce sur sa queue pour l'empêcher de m'inonder avec le jet. Sa bite épaisse durcit, elle me remplit la bouche. Il sent la sueur. Je le pompe avec entrain :

— Donne-moi ton cul, salope.

Je proteste que sans vaseline, il va me déchirer :

— T'inquiète pas, j'ai la technique, ma biche.

Il m'élargit le trou en y plantant son pouce, c'est douloureux, brûlant. Je dis que je préfère qu'il saute les préliminaires. Je suis servi, écarté par la prune du gland qui me force. Je gueule, il me claque le cul, le clebs aboie derrière la porte. Il me pousse contre le mur, ma queue frotte contre les reliefs granuleux du béton. Il me retourne, se baisse, me soulève en rigolant, un bras passé sous chaque jambe ; me voilà replié en deux, dos au mur, anus offert.

Sa pine retrouve le chemin sans guide. Je suis trop lourd, il décule et me fait pivoter de nouveau pour me tringler en levrette. Je prie pour qu'il éjacule vite. Il se retire soudain et le vide dans mon cul me fait gicler en même temps qu'une averse tiède me souille le bas du dos. Il emballe sa queue dans un mouchoir pour pas tacher son pantalon bleu-luisant de vigile. Je me rajuste, je demande si je peux partir. Il dit OK, que j'ai acquitté le péage. Je ramasse la planche :

— Ah non, le skate, je le garde. À propos, le petit blond, il s'appelle Renaud, et c'est mon neveu.

— Moi, c'est Hugues.

— Enchanté. Moi c'est Jules, mais t'aurais deviné. Tu veux que je te présente le chien ?

— Sans façon, j'ai eu mon compte.

— Alors file... fait Jules en forçant sa grimace de méchant. Et oublie pas de laisser ton téléphone à la cabine en remontant. En cas d'urgence, si j'ai besoin de tirer ma crampe, je t'appellerai peut-être.