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365 nuits d'adieux (18): Renaud passe sur le billard

Renaud déboule en sueur, pâle et inquiet. En se déloquant dans l'entrée, il m'avoue, paniqué :

— Merde, j'ai un problème. J'ai un truc dans le cul que j'arrive pas à chier. Tu veux pas regarder ?

— Tu vas avoir l'air fin à l'hosto...

— Déconne pas, aide-moi.

— Ça t'apprendra à te coller n'importe quoi dans le rectum sous prétexte que ça rentre.

— Tu devines la faute à qui ?

Aux dernières nouvelles, donc, Renaud et Manu sont réconciliés. C'est ce que raconte mon petit mec tandis que je lui fouille l'anus à grand renfort de vaseline. Renaud se balance d'avant en arrière comme une machine parfaitement huilée. Entre ses séries de halètements sportifs, je comprends que ça s'est passé au Chino, un rad près de leur Lep. Après la fermeture et avant que les joueurs de cartes ne transforment la salle en casino clandestin, Renaud a ramené sa fraise, la gueule enfarinée. Manuel faisait des points tout seul au billard :

— T'es venu chercher ta rouste?

— Holà, doucement, a fait Pepe, le patron. Les règlements de compte, c'est dehors !

— On attendait une pute, c'est con, elle est pas venue. Hein, Pepe ? la dernière fois on lui en a foutu des queues dans la chatte et dans le cul ! Celles du billard avant les nôtres. Mais tu ferais p't'être l'affaire.

— Allez régler ça ailleurs, les mecs, moi je ferme.

— Il a une vraie chatte entre les fesses, cet enculé, tu devrais voir ça mon pote.

— Pour qui tu me prends ? Je baise que les filles, moi.

— Y a pas grande différence en ce qui le concerne, et puis on n'est pas obligé d'y tremper la mouillette...

De fil en aiguille, le patron fait moins le dégoûté. Manuel devient plus conciliant.

— On la joue au billard. Si tu gagnes je te casse seulement la gueule, si tu perds, je te casse aussi le cul, là sur le tapis vert.

Bon, reprend Renaud - tandis que mes doigts atteignent le corps étranger, dur et arrondi -, j'ai perdu, j'ai jamais été bon à ce jeu-là. En plus c'est moi qui ai payé les tournées. À la fin, je me suis foutu à poil, plus pour jouer les salopes devant le vieux que pour Manuel. Mais dès que j'ai baissé mon fut, Pepe s'est foutu de ma gueule :

— Dis-donc, c'est vrai qu'il a pas grand chose entre les jambes à part un trou. Hé, descends de là, tu vas me déchirer le tapis.

— Putain, je vais lui déchirer autre chose à ce maricon... Passe le ravier que je lui beurre l'oignon.

Le juke-box hurle : "Debout les gars, réveillez-vous ! Il va falloir en mettre un coup..." Je suis à quatre pattes sur la serpillière qui pue la javel. Assis posément dans un fauteuil Manu me taquine l’œillet à distance avec la crosse de sa queue de billard.

— Regarde-moi ça comme il trique, la petite ordure.

Pepe s'approche et tâte ma bite avec ses gants de vaisselle en plastique rose. Inspiré subitement, il prend une bille de billard au fond du filet et me la fait rouler entre les fesses.

— Allez, ouvre, montre à quoi t'es bon, ordonne Manu surchauffé, qui tapote avec le feutre sur la boule.

J'ai les yeux fixés sur la bosse que Pepe malaxe à travers son tablier. La bille me rentre dans le cul. Le patron prend un fou-rire.

— Ça suffit, allez jouer ailleurs, les mômes. Mes potes vont arriver pour la belote.

— Pousse, on y est presque. Allez, accouche...

Je glisse mes index entre l'objet et les parois. Renaud, tout rouge, fait des efforts touchants et lâche enfin le bouchon, une bille de couleur écarlate elle aussi.

— Oh, je me sens tout creux maintenant. Enfile-moi, Hugues.

De toute façon, je comptais pas le laisser filer sans profiter de l'ouverture.