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Une histoire à découvrir

Aurélien et Joseph

— L'été est passé vite, cet année, soupire Aurélien. J'aimerais être en vacances encore un mois.

— Bah, moi, je suis content de rentrer à la fac.

— À nous les belles étudiantes !

Je lui souris. C'est vrai que ces derniers jours de septembre sont d'une douceur estivale qui donne l'impression que la rentrée est encore loin. En plus, les parents d'Aurélien ne sont pas là du week-end. On a la baraque pour nous. C'est royal. On a profité du terrain de tennis et de la piscine une bonne partie de l'après-midi. Après une bonne douche, comme je n'avais pas envie de remettre les vêtement dans lesquels j'avais sué des heures en frappant dans la balle, Aurélien m'a prêté un survêtement qui sent bon la lessive, confortable comme un pyjama. On a savouré un apéro dehors en regardant le jour tomber et en attendant nos pizzas. Quand elles sont arrivées, il ne faisait plus très chaud. On a mangé à l'intérieur autour d'une bonne bouteille de la cave personnelle du père. Il me fait trop rire Aurélien quand il se la joue grand bourgeois, comme ça. En même temps, je me dis que même si aujourd'hui rien n'est à lui dans cette belle demeure, il en héritera… Le vin nous détend encore plus que nous ne l'étions déjà. Il est l'heure d'aller se vautrer sur le canapé pour se regarder quelques épisodes d'une bonne série qu'on aime tous les deux – on n'a pas encore choisi laquelle. Une bière fraîche à la main chacun en guise de dessert, on s'installe confortablement. Puis finalement, au lieu d'allumer l'écran, on se met à discuter. On n'en revient ni l'un ni l'autre d'aller déjà sur nos vingt ans… On se raconte nos vacances, puis peu à peu, on remonte dans le temps. On pique des fou-rires en se rappelant des tas de trucs de notre enfance, notre maîtresse du cours élémentaire première année, l'incroyable madame Perrin, ce dimanche d'automne, aussi, où on s'était perdus en forêt pendant une randonnée scout, on devait avoir dix ans tout au plus, et nos farces de petits garnements infligées à ce pauvre vieux curé Jeannot. Ça faisait vraiment longtemps qu'on n'avait pas passé un bon moment comme ça, ensemble, à se rappeler du bon vieux temps de l'enfance, sans le reste de la bande.

— Je vais chercher une autre bière, tu en veux une ?

— Oui, merci.

Aurélien fait un aller-retour à la cuisine et revient avec une bouteille fraîche et décapsulée.

— On devrait se faire des petites soirées comme ça plus souvent, dit-t-il.

— C'est dingue, c'est exactement ce que j'étais en train de me dire !

— C'est ça, la complicité, mon cher.

On boit en même temps, en se souriant, et il reste fixé sur moi avec chaleur.

— Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?

— Je trouve que tu as changé.

— Ah oui ? Comment ça "changé" ?

— Tu as mûri pendant tes vacances. Physiquement, je veux dire.

— Ah ? Tu trouves que j'ai pris un coup de vieux ? dis-je en me passant la main sur mes joues pas rasées.

— Exactement. Ça m'a frappé en te revoyant. Je me suis dit, "la vache, ce n'est plus un gamin mais un homme, le Jo".

— J'ai vécu l'été à fond, il faut dire… Ça a peut-être accéléré le temps.

— Quand je t'ai vu arriver comme ça, bronzé, les cheveux dorés, tout musclé, je me suis dit, hou là, le beau gosse, il a dû en faire tomber des minettes, cet été. Je me trompe ? Tu as eu quelques expériences intéressantes à l'île de Ré ?

— Ça se pourrait.

Immédiatement son intérêt s'aiguise. Il se redresse un peu, les yeux brillants.

— Quoi, tu as perdu ta virginité cet été et tu ne me dis rien ?

— Boh, tu sais, on en fait tout un plat du sexe, mais je t'assure que ça n'a rien de si incroyable. C'est la vie, quoi…

— Non, mais je rêve ! Tu parles à un puceau en manque, mon ami ! Raconte. Elle était comment ? Blonde ou brune ? Elle était bonne ? Tu es amoureux ? Vous allez vous revoir ? Tu as des photos ?

— Heu… Comment dire ?

Là, pour le coup, je me rend compte que je ne suis pas certain de vouloir dire mon secret à Aurélien. Mais je n'ai pas envie de lui mentir non plus. A peine apparues, j'enfouis mes craintes au fond de moi.

— Figure-toi que j'ai découvert un truc important sur moi-même, cet été.

Comme j'hésite et que j'ai un peu de mal à trouver les mots, il me presse.

— Quel truc ?

— Il se pourrait que je préfère les garçons.

Le visage d'Aurélien change radicalement. Son sourire s'efface, la chaleur de son regard s'éteint. Il reste bouche entrouverte un instant, muet.

— En fait, pour être tout à fait franc, j'en suis même sûr, ajouté-je en essayant de ne pas m'alarmer plus que ça de sa réaction peu engageante.

— Tu me fais marcher, Joseph ?

— Heu, non…

Quand il pose sa bière par terre et qu'il se détourne de moi avec un air choqué, je comprends que j'aurais mieux fait de me taire.

— Tu ne vas pas m'en vouloir d'être homo, quand même ? Tu devrais être content, tu auras de la concurrence en moins…

Il a joint les mains devant la bouche avec l'air de réfléchir intensément. J'essaye d'en rire, je lui touche le bras en répétant son prénom, afin qu'il se tourne vers moi, qu'il me rassure, mais son mouvement de recul à mon contact me confirme que quelque chose de grave est en train de se passer.

— D'accord… murmuré-je en essayant d'encaisser la vague de déroute qui me noie le cœur. Tu as un problème avec ça ?

Enfin, il consent à pivoter la tête dans ma direction. Son expression froide me fait mal. C'est comme si j'étais soudain un étranger dans son regard.

— Si j'ai un problème avec ça ? Toute personne saine de corps et d'esprit a un problème avec ça.

Je crois avoir mal entendu. Ce n'est pas possible, je n'ai pas compris ce que je viens de comprendre ? Aurélien n'est pas comme ça. Non, c'est impossible ! Plutôt que de pleurer, je me mets à rire.

— Tu plaisantes, hein ? Rassure-moi.

— Non, Jo, je ne plaisante pas avec les sujets sérieux. L'homosexualité est un truc répugnant.

— Ok… Je vois… Et tu peux m'expliquer en quoi, s'il te plaît ?

Il prend un air dégoûté qui me terrasse de déception et d'effroi.

— C'est contre nature, enfin ! C'est immonde !

— Contre nature ?

— Oui, exactement !

— Tu es en train de me dire que je suis contre nature ?

— Ça se soigne, tu sais ?

Je résiste contre une violente envie de partir sans un mot de plus, de le laisser là, lui et ses préjugés d'un autre âge, mais Aurélien est mon meilleur ami. Je ne peux décemment pas le laisser dans une telle crasse. Puis, c'est quelqu'un d'ouvert au dialogue… Enfin, en temps normal… J'essaye de me reprendre un peu, de faire refluer la violence de mes émotions présentes. Tentons de redescendre à son niveau.

— Je ne suis pas malade. Je suis sorti avec un mec, cet été, et c'était très bien, une super première expérience. Je n'ai pas trouvé ça répugnant du tout.

Mais son jugement est sans appel. Je le vois avant même qu'il n'ouvre la bouche pour me débiter ses conneries.

— Je ne pensais pas que tu étais comme ça, toi, fait-il avec cette moue dégoûtée qui me lamine.

— Quoi "comme ça" ? Comment ça "comme ça" ! Sérieusement, tu es en plein délire ! Tu t'en rends compte ? Tu délires ! Je suis la même personne qu'il y a deux minutes, pourquoi tu me tires cette tronche tout à coup ? Je pue, tout à coup, c'est ça ?

Je me lève, hors de moi. Je n'aurai pas réussi à rester calme très longtemps.

— Tu te rends compte que tu es blessant là ?

— Et toi, tu te rends compte que tu as commis un péché ?

— Hein ? soufflé-je, éberlué.

— La Bible condamne l'homosexualité, tu le sais très bien. Ce que tu as fait est mal.

Je suis tellement estomaqué que les mots me manquent. Il se radoucit.

— Ce n'est pas trop tard pour te reprendre. Si tu t'arrêtes là, tu seras pardonné, me décrète-t-il, plein d'espérance.

— Pardonné ? Mais… Mais… Tu dérailles complètement ! Tu es au courant que tout ce qui est écrit dans la Bible n'est pas à prendre au pied de la lettre ? Tu es au courant que l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie depuis 23 ans ! Et tu es au courant que ça ne change strictement rien à ce que je suis ?

— Ne t'énerve pas contre moi. Ce n'est pas moi qui ai un problème.

— Mais, bien sûr que si, c'est toi qui as un problème ! Je t'ai fait cet aveu en toute confiance, parce que tu es mon meilleur ami, que personne ne me connaît mieux que toi, que… que j'ai confiance en toi et… et toi, là, tu as vu comment tu réagis ? Comme si j'étais un pestiféré, comme si je venais de t'avouer un crime horrible.

— A mes yeux, cette déviance sexuelle est un crime, désolé. C'est mon point de vue et il est respectable.

— Non ! Non ! Il n'est pas respectable ! L'homophobie n'est pas respectable, excuse-moi ! C'est du rejet et de la haine en barre cette attitude !

— C'est ce que je pense, se défend-t-il en haussant lui aussi le ton. Et c'est ce que doit penser tout bon catholique.

— Mais qu'est-ce que tu connais de l'homosexualité, hein ? crié-je. Rien du tout ! Tu n'y as jamais pensé de ta vie et tu répètes comme un abruti des conneries que tu as entendu à l'église, dans la bouche de bigotes aigries, ou je ne sais où !

— Hé, ho, ne me hurle pas dessus ! En attendant, moi, je suis normal et je ne fais pas des trucs répugnants avec d'autre mecs.

— Normal ? Tu appelles ça être normal de changer d'attitude envers moi comme ça en une minute, de me rejeter simplement parce que tu apprends que je suis gay ?

— Arrête de te victimiser. Je ne te rejette pas. Je ne t'ai pas foutu à la porte, que je sache.

C'en est trop. D'un coup, je vois rouge. Je me jette sur lui, fou de rage, blessé à mort. Je vais lui pulvériser sa jolie petite gueule de catho, je vais anéantir sa cervelle d'homophobe primaire. De toute façon, aucun dialogue n'est possible. Il est tellement surpris par mon offensive – d'autant que je ne suis pas un garçon violent habituellement – que j'ai le dessus immédiatement. On roule au sol, et, je ne sais pas bien comment, je me retrouve à peser sur ses reins, à lui tordre un bras dans le dos et à lui empoigner une généreuse poignée de ses si jolies boucles brunes. J'ai envie d'être sans pitié. Le bras libre qui lui reste ne lui suffit pas à se dégager. Il est immobilisé, coincé.

— Arrête, tu me fais mal, gémit-il en agrippant ma main qui lui tire les cheveux. Jo, arrête ! Tu es dingue ou quoi ?

— Retire tout ce que tu viens de dire.

— Mais je n'ai dit que la vérité, plaide-t-il.

— Non, tu n'as dit que des conneries…

— OK, si tu veux… Lâche-moi.

Je relâche à peine mon emprise qu'il essaye de s'échapper. Pas question qu'il s'en tire comme ça. Je ne me rends compte maintenant que je suis en larmes. En quelque minutes, il a réussi à m'anéantir avec sa bêtise. Je vais lui faire payer. Je ne lui laisse pas le temps de se remettre debout. Je l'attrape par les chevilles et le tire violemment. Il perd l'équilibre, s'étale de tout son long. Il a beau se retourner vivement, j'arrive à maîtriser sa tentative de rébellion facilement. De nous deux, c'est moi le plus fort. Cette fois, il se retrouve allongé sur le dos, fermement immobilisé par mon poids sur lui et mes mains sur ses poignets.

— Tu crois que tu va me faire changer d'avis comme ça ? peste-t-il.

— Le pire, c'est que tu ne te rends même pas compte du mal que tu viens de me faire.

— La vérité n'est pas toujours agréable à entendre, désolé.

— Mais ta gueule ! Ta gueule, à la fin ! Il faut que je te mette une beigne pour te faire taire ?

— Ne hurle pas comme ça. Et lâche-moi, maintenant. Ça ne te mènera nulle part de me faire mal.

— Ça ne me mènera peut-être nulle part, mais en attendant, ça me fait du bien.

Il se contorsionne sous moi, gigote pour tenter se libérer. Il peut courir !

— Joseph… S'il te plaît…

— Ferme ta gueule et écoute-moi. Tu m'écoutes ?

— Ok…

— Ce qui s'est passé avec Aziz cet été n'était pas du tout dégoûtant. Ce qui peut se passer entre deux mecs qui se désirent n'est pas plus dégoûtant qu'entre une fille et un mec ou qu'entre deux filles. C'est clair ? Pour moi, avec ce gars-là, cet été, c'était très agréable et très beau, si tu veux tout savoir. On faisait l'amour tout les jours. C'était doux, c'était tendre et on était bien ensemble lui et moi. Alors maintenant, dis-moi où est le mal là-dedans ? Et si tu me dis encore une fois que c'est contre nature, je te jure que je te pète les dents.

Je suis étonné qu'il ne m'ait pas encore coupé la parole. Il évite mon regard et tente toujours de se débattre par intermittences, il arrive presque à me soulever avec son bassin.

— S'il-te-plaît, lâche-moi, maintenant, c'est bon…

— Tu n'as rien écouté de ce que je viens de dire.

— Si… Mais il faut que tu me lâches.

Le ton de sa voix n'a plus la même assurance et il y a comme une lueur de panique sur son visage. Je lui fais peut-être vraiment mal… Ou vraiment peur… Allez savoir. Soudain mon sang ne fait qu'un tour. Je le sens qui bande sous moi. C'est trop beau pour être vrai. Nom d'un chien, je la tiens ma vengeance ! Depuis une minute il se frotte à moi, ce sale hypocrite. Moi qui croyais qu'il essayait de se dégager ! Je comprends mieux la raison de son souffle anormalement haletant, tout à coup. Je ne peux retenir un sourire de triomphe. A voir la tête qu'il fait maintenant, il a compris que je l'ai senti.

— Je t'en supplie. Lâche-moi. Je retire tout ce que j'ai dit si ça te fait plaisir, mais lâche-moi.

— Sûrement pas, mon salaud.

Je me cale bien sur sa queue et je remue légèrement. Il en ferme les yeux, le visage douloureux.

— Arrête, je t'en prie, Joseph. Ne fais pas ça.

Entres nos vêtements fins, je sens sa bite prendre un volume incroyable et devenir plus dure que du bois.

— Alors comme ça, ça t'excite de sentir mon cul de pédé sur ta queue ? En voilà une surprise. C'est du joli. T'as pas honte ?

Il est rouge comme une pivoine et me fixe avec rage.

— Tu ne vas pas t'en tirer comme ça, menace-t-il entre deux soupirs de plaisir irrépressibles.

— Mais toi non plus tu ne vas pas t'en tirer comme ça, chéri.

— Ta gueule ! Je t'interdis de m'appeler comme ça, sale pédé !

— Oh, monsieur s'énerve, monsieur tombe le masque et m'insulte. Je vois. Je t'appellerai "chéri" si ça me chante. Chéri, chéri, chéri… Chéri qui bande entre mes fesses de mec.

Il fait une ultime tentative en s'agitant, mais il fatigue et n'arrive même plus à me soulever. Il est bel et bien à ma merci, complètement coincé.

— Je te préviens, enrage-t-il, arrête ça tout de suite, ou… Ou…

— Ou quoi ? Vas-y, je t'écoute.

Il fulmine, le souffle court, le regard farouche et le sexe plus bandé que jamais. Je rapproche mon visage du sien pour ne rien perdre de son humiliation. Je me remets à me frotter doucement à lui. Ça le fait vibrer de désir immédiatement. Il ne cherche plus à lutter. Même dans ses beaux yeux bleu, l'extase se mêle à la révolte. Soudain il surélève un peu la tête pour attraper mes lèvres. Voilà que monsieur réclame un baiser, maintenant ! Il faudra qu'il le mérite. Je n'embrasse pas les imbéciles. Comme je ne réagis pas à sa tentative d'approche, il se laisse retomber. Son crâne fait un petit "boum" sur le tapis. Il a l'air déboussolé. Je savoure ma victoire. Je pourrais le libérer maintenant, je suis certain qu'il ne chercherait plus à s'échapper. Mais par prudence, je vais attendre encore un peu.

— Alors, c'est qui le pédé, là, hein ? C'est qui le dégénéré qui bande comme un porc, hein ? Vas-y, dis-le. C'est qui ?

— Tu ne bandes pas, toi ? fait-il anxieusement.

— Non, même pas, tu vois, chéri. Mais on peut y remédier. Tu as envie de me faire bander ?

Il essaye encore de m'embrasser.

— T-t-t-t, on se calme. Répète après moi : "J'ai envie de te faire bander, Joseph". Allez, je t'écoute.

— Il n'est pas drôle ton petit jeu.

— Les saloperies que tu m'as sorties non plus n'étaient pas drôles, figure-toi.

— Je savais que c'était contagieux, cette merde, se lamente-t-il.

— Alors là, tu aggraves ton cas, mon lapin. Tu en as encore beaucoup en stock des débilités du même calibre ? Et ce que tu es grossier. Si ta chère maman t'entendait.

— Fous-lui la paix, à ma mère, fait-il mollement, alors que je me remets à bouger légèrement.

Il en ferme les yeux et me lâche un joli soupir tout tremblant d'extase. Dans l'état où il est, je suis sûr que je pourrais le faire jouir en moins d'une minute. Mais je n'ai aucune envie de lui rendre ce service. Je m'immobilise déjà. Enfin, je lui lâche les poignets. Il en est tout surpris. Il n'a pas le temps de dire ouf que je lui baisse survêt' et slip pour libérer sa queue. Le bel engin jaillit, congestionné, mouillé au bout, très appétissant, il faut bien l'avouer… Cependant ma colère me permet de garder la tête froide. Je le flatte, le caresse du bout des doigts, l'empoigne enfin. Aurélien me regarde faire, fasciné. Je commence à le branler. Il se laisse faire, ce vicelard ! Et plutôt deux fois qu'une, même ! Il n'a plus l'air d'y penser beaucoup au péché… Dommage, vu le contexte, que je ne puisse pas profiter de ce morceau de choix. Elle doit être bien agréable à sucer, sa belle queue… J'arrête tout. L'abandonnant à son sort, je me mets debout et reste là, à le regarder d'en haut, bras croisés.

— Tu ne vas pas me laisser comme ça ? Si ?

— T'es pas manchot. T'as qu'à te branler. Vas-y, je te regarde faire.

Il reste indécis une seconde puis commence à s'astiquer sans conviction. Il a vraiment une bite superbe, ce salaud. On s'est déjà vu à poil maintes fois lui et moi, mais jamais dans un tel état… Le spectacle a beau être plaisant, je ne suis pas excité pour un sous. Il m'a bien trop blessé. J'ai envie de le laisser seul, de me casser. J'ai envie de le ligoter à une chaise juste avant qu'il ne jouisse et de l'abandonner comme ça, le cul à l'air, tout frustré. Je suis amer, tellement amer. Je me sens mauvais comme une teigne.

— Ça te plaît de me regarder m'humilier ? fait-il en arrêtant de se toucher.

— Même pas, dis-je, laconique autant que sincère.

Il se relève à son tour, pas fier, son érection fabuleuse pointée vers moi. Allez savoir pourquoi, j'ai à nouveau une brutale envie de pleurer. Je me retiens. Au lieu de se reculotter, au lieu de quitter la pièce, comme je m'y serais attendu, il ôte tous ses vêtements sans me quitter du regard, puis reste là, devant moi, nu.

— Vas-y. Touche-moi. Tu en meurs d'envie.

— Je ne crois pas, non. J'ai plutôt envie de te casser la gueule.

Il s'approche plus près encore. Je sens que physiquement, il va me devenir difficile de rester indifférent… Son sexe appuie sur le mien, il me pose une main dans le cou et me fait une bise sur chaque joue. Je le scrute, méfiant, en me demandant ce que peuvent bien cacher ce revirement et cette soudaine douceur. Je suis plus que perplexe.

— Tu m'insultes, tu piétines quinze ans d'amitié en quelques minutes et tu crois que des bisous et un strip-tease vont tout arranger ?

Recueilli, il me passe la main sur la poitrine. Cette toute première caresse de sa part, tellement inattendue, me bouleverse. Il me regarde avec un petit air d'animal blessé. J'ai une de ces envies de l'embrasser, tout à coup. Merde.

— Si je te dis que je retire tout ce que j'ai dit et que je m'excuse ?

— Merci pour ce miracle, ô, Seigneur, ironisé-je en jetant un coup d'œil vers le plafond.

— Tu as gagné. Tu devrais être content.

— Gagné quoi ? On se le demande. Tu es sincère ou c'est ton besoin urgent que je t'aide à faire dégorger le poireau qui te fait t'aplatir ?

Au lieu de me répondre, il se colle à moi et me prend la bouche comme un amant magnifique, comme s'il retenait ce geste depuis une éternité.

OK, OK, OK… On dirait que je ne suis pas au bout de mes surprises, ce soir… On se roule une pelle d'enfer qui dure jusqu'à nous emporter loin. Pour un puceau, il embrasse sacrément bien, mon homophobe préféré. Il ne s'interrompt qu'une fraction de seconde, juste le temps de littéralement m'arracher mon tee-shirt, puis à nouveau m'enfonce sa langue dans la bouche comme un dingue. Sa façon impérieuse de s'y prendre m'enflamme irrémédiablement. Cette fièvre, après tous ces mots consternants de haine, c'est à n'y rien comprendre ! À croire qu'ils n'étaient que le fruit d'un fort refoulement sexuel. Je ne vois pas d'autre explication. Je le freine un peu. Je lui dit "doucement". On se regarde, émus. Il me tient par les épaules, me les caresse, puis retourne à ma bouche précipitamment. Il a soif d'action, le garçon ! On s'enlace sur le canapé. Il m'aide à me débarrasser de mes vêtements du bas. Aussi incroyable et même surréaliste que cela puise sembler, me voilà nu sur le corps bouillant de désir d'Aurélien, mon meilleur ami, mon pote d'enfance… Qui aurait dit cela ? Surtout après l'horrible dialogue que nous venons d'échanger. Vu comme il est tendu et directif, je me fais vite une idée de ses désirs. Je m'en vais lui amorcer une bonne pipe pour le calmer un peu. Quand je prends son sexe dans ma bouche, je l'entends expirer un superbe "mon Dieu" sur un ton intensément soulagé. Je me mets à le sucer lentement et bien en profondeur, avec la ferme intention, quoi qu'il arrive par la suite, que jamais il n'oublie ce moment avec moi. J'en tire une volupté exquise. Ses premières gouttes de plaisir viennent me saler la langue, mais j'y vais trop lentement pour qu'il puisse jouir. Enfin, je l'espère… Je l'entends soupirer, s'exclamer. A voir comme tout son corps tremble parfois, je me dis qu'il ne doit pas être bien loin de l'orgasme tout de même. Ça serait dommage que tout s'achève déjà. Je retourne à son visage pour l'embrasser. Il est tout chamboulé l'Aurélien ! Il m'offre sa bouche comme si nos vies en dépendaient.

— Tu aimerais que je te fasse quoi ? Tu as envie de quoi ? s'enquiert-il.

— Te sucer, ça me va. Ça me donne beaucoup de plaisir.

— Ah bon ? Et ça te suffit ?

— Oui. À moins que tu n'aies carrément envie de me la mettre… Là… Je ne dirai pas non.

— Te la mettre ? Tu veux que je te prennes comme une fille ?

— Vu que je n'en suis pas une, ça me paraît difficile, hé, hé…

— Tu vois ce que je veux dire.

— En fait, j'ai très envie que tu te finisses en moi. J'ai envie de te sentir jouir en moi.

— OK, si tu veux.

— Il faut que ça te tente vraiment.

— Si tu en as envie, j'en ai envie aussi.

Voilà qui est bien dit. Coudes sur le canapé et genoux à terre, je m'offre à lui. Il me caresse le dos et les fesses en prenant son temps. Ça m'excite qu'il m'admire comme ça… Son gland lisse et gluant d'excitation me tâte l'anus, appuie, son sexe glisse, passe et repasse là où j'ai le plus envie qu'il s'enfonce. Ça commence à sérieusement me rendre dingue. Il tâtonne comme ça un bon moment, moment hautement électrique, avant de se décider à forcer le passage. Il y parvient en s'aidant de sa salive. Il a des initiatives et des gestes… Pour un débutant, la vache… Entre temps, mon érection a largement eu le temps de passer en mode extrême. Vu le soin qu'il y met, je constate que l'idée de m'enculer est loin de rebuter mon amant impromptu. Aurélien possède un sexe sensiblement plus imposant que celui de mon amour d'été, Aziz… Pourtant, il me pénètre sans me faire mal, avec une sorte de prudence. Son corps me couvre bientôt entièrement, son souffle me chauffe la nuque. Dès qu'il commence à remuer je l'encourage de quelques mots. Je me sens embroché jusqu'au cœur ! Quel bonheur ! Je n'en reviens pas encore que la situation ait pu basculer aussi radicalement en aussi peu de temps.

— Je ne te fais pas mal, ça va ?

— Au contraire.

— Tu ressens quoi ? Tu veux que j'y aille plus doucement ?

— Non. Vas-y, baise-moi. Tu peux te lâcher carrément.

— Tu es sûr ?

— Oui !

Il y va donc comme un chef, bien à fond, sans briser le rythme, mais en l'accélérant progressivement. Il tient plus longtemps que je n'aurais cru et le plaisir devient vraiment intense. Je n'arrive plus à réprimer mes plaintes. S'il continue, il va réussir me faire jouir du cul avec ses coups de boutoir. Je m'accroche où je peux comme un désespéré. Le cuir du canapé, son odeur et sa texture, le souffle puissant de mon assaillant, l'aspect complètement imprévu et urgent de notre accouplement, tout contribue à me faire me sentir comme une chienne en chaleur. J'ai envie de sa force virile, de sa violence, envie de son sperme. La tête enfouie dans les coussins, je m'y soumets totalement. Il se lâche comme je lui ai demandé, et me baise de mieux en mieux à chaque seconde qui passe. Ma prostate gonflée de bonheur ne va pas tarder à tout lâcher sous ses assauts précipités et implacables.

— Tu va me faire venir si tu continues, lui dis-je.

Du coup il accélère, je me mets à égrainer de drôles de plaintes aiguës tellement c'est puissant. De vraies plaintes de femelle. Je lui confirme que je vais venir. Quand je sens son sexe grossir et se durcir encore en moi, quand je sens tout son corps trembler dans mon dos à l'instant où ses fabuleuses giclées me comblent, je me mets à éjaculer plus abondamment que cela ne m'était jamais arrivé jusqu'alors. C'est interminable. Pendant qu'Aurélien continue à s'activer en moi en râlant tout ce qu'il peut, j'en mets partout, sur le tapis, le carrelage, la base en bois du canapé. Je suis traversé par l'intensité d'une jouissance anale sans égal, comme jamais je n'aurais imaginé que cela fût possible. Pendant un moment d'éternité, un moment paradisiaque, je ne suis plus que plaisir, je ne suis plus que ces fabuleuses palpitations dans mon cul et dans mon sexe. Je reviens à moi quand Aurélien se retire en douceur. Son sperme chaud me coule le long du périnée et sur les bourses. On dirait que lui aussi s'est bien vidé… Mon petit trou reste béant, avide du sexe qui vient de lui faire tant de bien. Par bonheur, Aurélien replonge en moi sans tarder. J'en pousse un grognement de plénitude qui le fait rire.

— On dirait que tu prends ton pied autant que moi, mon Jo.

— Oh, bouge… Bouge, l'imploré-je, sonné par la force de l'orgasme, encore affamé de sa queue.

Il est toujours dur et il se met à aller et venir rudement. C'est si bon ! Je vais devenir fou s'il continue ! Et il continue. Lui aussi en veut encore. Par contre, je commence à avoir mal aux genoux. Je le lui dis et on en profite pour changer de position. Un peu surpris, il me regarde m'offrir à lui sur le dos, à même le sol. La première hésitation passée, il s'agenouille entre mes jambes ouvertes, me maintient les cuisses écartées fermement et replonge en moi toute sa longueur d'un coup. La satisfaction extrême me fait rire et m'exclamer en même temps. Il n'a plus l'air de trouver ça contre nature de m'enfourner sa belle queue entre les fesses ! Ça non. Bien au contraire. Il me dit qu'il prend un pied d'enfer, que mon cul est divin, "divin", ce sont ses mots. Il est infatigable. Je me sens tellement bien ainsi, rempli de lui, chevillé à sa force et à son plaisir. Maintenant qu'on est face à face, me regarder m'extasier sous ses va-et-vient semble le captiver. Il ne me quitte plus des yeux. Pour l'exciter encore plus, si c'est possible, j'entreprends de me masturber vigoureusement. J'ai hâte qu'il me voit jouir.

— Dis-moi ce que tu ressens, là, maintenant, me demande-t-il, sans ralentir le rythme.

— Du plaisir, c'te blague !

— Décris-le moi.

— Je sens que tu prends tout ce que je t'offre et c'est génial. Je sens ton gland qui cogne ma prostate et ça me fait jouir de l'intérieur.

— De l'intérieur ?

— Oui, du ventre. Comme tout à l'heure. Tu sais, tout à l'heure, j'ai joui à fond sans me toucher, uniquement grâce à ta queue.

— Et là, tu te branles pour accélérer les choses ?

— Oui et non… Plutôt pour que les plaisirs s'additionnent.

— Je peux ? fait-il en remplaçant ma main par la sienne autour de mon sexe.

— Faites, monseigneur, dis-je en souriant.

— Dis-moi si je m'y prends mal.

— Fais comme si tu te branlais toi-même, dis-je en m'abandonnant à ses bon soins.

Il me caresse en cadence, au même rythme soutenu que ses incessantes et merveilleuses poussées. A sentir son sexe bondir plus vigoureusement que jamais en moi, j'en déduis que ça lui fait de l'effet que je bande dans sa main.

— Je ne peux plus me retenir… Je ne peux plus me retenir, me prévient-il en renversant le visage avec une expression douloureuse.

Il me lâche, accentue violemment ses mouvements de bassin. Son orgasme se prolonge suffisamment pour que j'ai le temps de le rejoindre en me finissant à la main. Quand il recouvre ses esprits, c'est pour me voir lâcher une belle pluie laiteuse sur mon torse. Le bonheur qu'Aurélien affiche alors est plus qu'une bénédiction pour moi. Je suis comblé à tous les niveaux.

J'ignore combien de temps on reste allongés par terre au milieu du salon sur nos vêtements épars, à écouter nos corps se calmer.

— Je vais te dire un truc, Aurélien. Pour un puceau, tu t'es merveilleusement débrouillé.

Un silence me répond qui me fait me tourner vers lui, juste à temps pour le voir essuyer des larmes. Je me redresse.

— Hey… Ça va ?

Il m'offre un pâle sourire.

— Ouais. Ça va. Faut que je te dise… Je ne suis plus puceau depuis longtemps, en réalité…

Je n'ose pas l'interroger. Il me regarde avec des yeux que je pourrais difficilement qualifier autrement que d'amoureux.

— Je ne pensais pas revivre un truc pareil un jour, poursuit-il.

Il hésite, cherche ses mots, cherche ses souvenirs, vraisemblablement. Je suis tout ouïe.

— Tu te souviens d'Amaury ?

— Amaury, Amaury, Amaury… Heu… Non. Aide-moi.

— Il était pion au collège, en troisième.

— Vaguement. Un brun à lunette, je crois ?

— Oui. Et bien… Lui et moi…

— Nom d'un chien, Aurélien, tu es en train de me dire que tu as eu ta première expérience à quinze ans et que tu m'as caché un truc pareil ! À moi, ton meilleur pote ?

Mais Aurélien ne se déride pas.

— Je ne pouvais pas prendre le risque. Si mes parents avaient appris, ils m'auraient foutu dehors ou pire encore. J'ai eu envie d'en crever, tu sais.

— Tu aurais dû m'en parler.

— Je n'ai pas ton courage. Tu n'imagines pas ce que ça a été de cacher ça. J'ai fini par me mettre à haïr les pédés et tout ce qui va avec, moi compris.

— Donc toutes les horreurs que tu m'as dites tout à l'heure, tu les pensais vraiment ?

— Disons plutôt que je croyais les penser vraiment.

— Nuance de taille… Et maintenant ?

— Maintenant ? Je ne sais pas. C'était tellement bon, Jo… Et puis avec toi, au moins, je n'ai pas la trouille…

On se sourit et on s'enlace, et on s'embrasse doucement. Il se pourrait bien que je sois en train de tomber amoureux d'Aurélien. Je me demande même si en réalité on ne s'aime pas depuis belle lurette.