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Aux chiottes, la honte!

C’est un endroit banal, curieusement déserté par la sensualité. Les gars sont trop occupés à se mirer dans les glaces pour mater les autres. Je fais quelques abdos, deux fois par semaine, je ne mate même plus sous les douches. C’est à peine si je salue quelques têtes connues, mais ils ne savent rien de moi : je suis gay, ça ne se voit pas, et d’où je viens, la Beauce, ça ne se dit pas non plus. Dans ce banal gymnase de quartier, personne ne porte du Lycra moulant, il n’y a pas de techno qui hurle, bref, je suis à Paris comme je serais dans n’importe quelle ville de province, seul, mais pas désespéré. Dire que l’homosexualité me chagrine serait mentir, dire qu’elle me comble serait exagéré. Je baise, souvent trop vite, avec des mecs que je ne recroise pas où qui ne me disent pas bonjour. J’ai 37 ans et je suis enfermé dans je ne sais quoi.

Un mercredi sans soleil, j’aperçois deux gays inconnus, tellement typés, j’allais dire. Pas folles, oh non, mais à l’aise: des corps imposants, des vêtements de coton ample qui laissent voir leurs corps, des peaux bronzées aussi peu naturelles que possible, des coupes de cheveux relevés de blond de salon de coiffure. Bref, du toc. Ce qui frappe, c’est qu’ils ne cherchent pas une seule seconde à se comporter en hétéros. Ils sont là sur cette moquette marron, en couple, venus faire du sport dans la salle du quartier. Incongrus, mais souriants. Ils distribuent des bonjours, lancent des sourires. Je dois être un des rares à répondre. Les dix minutes où ils se changent me semblent une éternité : je veux les revoir, je veux ces mecs voyants et lumineux pour faire du soleil dans mon 15ème arrondissement.

Hasard ou début de drague, ils veulent exactement commencer sur ma machine, la presse à jambes. L’un des deux, avec un naturel et une simplicité touchants, me dit dans un français étrange : "On peut faire ça à trois..." J’inspire, je souffle, je mate leur cuisses : l’un est rasé, l’autre velu. Cette phrase me trotte dans la tête. Serait-il possible qu’il pense à autre chose qu’au sport ? Tout ça dure une heure trente, entre commentaires convenus sur Paris et questions sur les lieux de drague.

C'est dans le vestiaire que je sens que ça change. Ils se douchent face à moi, s’embrassent, se mettent à bander comme s’il n’y avait personne d’autre. Curieusement, les plus beaufs se taisent : par respect de cet amour évident ou par peur de se prendre une mandale, je l’ignore. John, le plus âgé, affiche une bite circoncise, de lourdes couilles pendantes, et il me caresse le dos. Il pose ses lèvres sur mon cou tandis que Steve m’embrasse les lèvres. Je suis fou, je me laisse faire, je me gave de sa salive fraîche, je bande comme un Turc.

Au vestiaire, nos joncs dressés sous nos serviettes, la conversation s’anime, entre leur français pas si mauvais, et mon anglais niveau collège. Je comprends qu’ils sont à l’hôtel à la campagne, en lointaine banlieue, et que le RER est exotique pour eux. Je les suis : je veux voir, goûter à ça, être entre eux, les baiser, me donner. Des pensées de plus en plus folles me traversent le crâne, tout est si simple : le scénario imprévisible d’un porno auquel on ne croit jamais quand on le voit. Le trajet se déroule à la vitesse de la lumière : ils me caressent un peu l’entre-cuisses quand il n’y a presque plus personne dans le train. Je trique comme un furieux. Une fois arrivés, je marche avec eux vingt minutes et nous arrivons dans un bois. Une campagne avec des maisons au loin, des arbres serrés, un paradis. Ils entrent dans un chemin, désert en plein après-midi, et se défont de leurs fringues qu’ils posent dans le gros sac à dos de John. Je suis éberlué.

John déroule sa serviette sur l’herbe et Steve, à genoux, ne garde que ses baskets montantes pour le pomper. John m'attire contre lui, m'embrasse comme un goulu tandis que Steve tire sur mon short et vient me faire baisser mon calbute pour goûter ma tige, avec des sons gutturaux de mec qui se régale. Je ne porte plus qu’un débardeur et des baskets. Avec une efficacité diabolique, John sort une capote de la poche du sac à dos, la couvre de gel et vient enfiler Steve qui me pompe et gémit en tendant sa croupe. Putain, je n’y crois pas, à poil avec deux Amerloques à baiser comme des bêtes en rut, à 40 minutes de ma honte parisienne. L’air est chaud, les arbres dansent sur une petite brise, la bouche de Steve passe de la moiteur de ses gencives à l’humidité de sa langue. Il suce comme un damné pendant qu’il se fait trouer. Il est rond, bronzé comme une folle et magnifique. Je râle, je grogne, mais dès que Steve vient fouiller mon cul, je m’ouvre alors que je ne me fais presque jamais enculer. Toute ma résistance au plaisir, tous mes principes à deux balles s’envolent Je comprends qu’il parle de ma chatte à son limeur, je veux me faire touzer comme une meuf, moi le macho de base, je veux qu’on me bouffe la raie et qu’on me troue, je veux ces deux bites en moi !

Sans perdre une seconde, je glisse vers le sol pour pomper Steve : pour rentrer sa bite dans ma bouche, il se contente de suivre les mouvements de ses hanches. Au plus son homme le baise avec force, au plus je le suce. Je le pompe à en avoir mal, je lui donne ma bouche, je tire sur ses couilles, je passe ma main pour vérifier la taille du mastard de John. Il pige, il vire sa capote et vient se placer au-dessus de ma bouche pour que je le pompe aussi. C’est génial, leurs doigts s’immiscent dans mon cul. Ils le préparent, ils le branlent, ils l’acclimatent à la largeur avec leurs gros doigts de mecs baraqués. Je veux qu’on me défonce, et je fais ce qu’alors je n’avais jamais fait : je me mets à quatre pattes, comme une vraie bonne chienne et j’écarte mon trou comme si c’était des lèvres de pute, voilà ! John vient se placer devant et me fourre sa bite comme une brute. Il est assis au sol, il me tient les mains sur le dos. Je ploie mon corps pour le téter, mes genoux sont écartés. Steve pistonne direct, il la cale en fond de cul, je gueule. Il me dit de me taire, bon ! Ma rondelle me fait très mal, mais je m’acharne à me détendre. Steve me graisse encore un coup et revient me limer. J’halète comme un animal blessé, et quand je vois John bouger pour se glisser sous moi, je pige que je vais passer un sale quart d’heure... La pine fine de Steve me suffit, mais John s’allonge sous moi. Steve se retire, John entre dans le cul que Steve écarte, puis, alors que j’éructe de terreur, mais sans me débattre, il entreprend un patient travail de lubrification du pourtour. Un doigt, puis deux, et toujours plus de gel. Il m’assouplit, je comprends que je vais devoir jouer la vraie de vraie salope, et lorsqu’ il entre avec une rage retrouvée, je ne peux retenir de larguer ma crème sur le torse velu de John. Ils ne me liment pas trop longtemps, et jutent à leur tour, l’air total extasié. Nos baisers accompagnent le chant des oiseaux. Notre sieste en trio est un vrai rêve. Quand, plus tard, je leur dirai que les Américains vivent probablement dans un pays plus ouvert d’esprit, ils éclatent de rire. Ils vivent à Milwaukee, un pays réactionnaire et con, mais ils ne veulent pas se cacher. "Not guilty", comme ils disent...

Quelques jours après, un père de famille de la salle de gym me demandera en souriant : "C’était bien tes Américains ?" J’ai répondu oui. Il a conclu : "Faut jamais rater une bonne occase !" Aux chiottes, la honte !