Une histoire à découvrir
Aux pieds de mon maître
De passage à Paris, où j’errais comme à l’accoutumée dans un lieu embrumé de vapeur chaude et humide, un mec m’interpella dans la pénombre, par son corps et son regard. Il était là, debout, appuyé contre un mur. Il avait l’âme en vagues, les cheveux en écume et le corps de goémon ; il était tout ce que je n’étais pas ; peu grand, musclé à souhait, brun de peau et de poil, la quarantaine peut-être, avec des formes qui incitaient aux jeux d’HOMBRE. Il avait les yeux bleu mentholé, comme un ciel de juin entre Corfou et Patras, le visage plein et portait virilement une épaisse moustache poivrée qui lui masquait harmonieusement la lèvre supérieure ; et j’étais là, devant lui, béat, incapable d’esquiver le moindre geste, quand il m’invita à pénétrer dans un box de repos où personne à ma connaissance n’y avait songé. Je le suivis sans mot dire, il referma la porte qu’il coinça méthodiquement avec le lit à étage.
Debout, face à face dans la nuit artificielle, nous cherchions à distinguer l’autre ; les doigts balbutiaient encore mais échafaudaient déjà des châteaux en Espagne, nous grimpions un à un les multiples degrés du désir jusqu’à plonger par les bouches chaudes et ardentes interposées dans un corps à corps, d’homme à homme. Les deux corps s’ébattaient, se débattaient ; s’entrelaçaient, pour se délacer aussitôt. Les jeux de l’amour où le hasard n’existe pas. Les jeux de mains où parfois il fait bon de perdre, histoire de gagner un paradis qui n’a rien d’artificiel. Sexes et muscles bandés, le combat s’équilibra longtemps, les bouches étaient avides et les mains pourvues d’un doigté expert et précis ; la joute jouissive engagée sur un rythme endiablé s’estompa peu à peu, mais sous les cendres du désir partagé, couvaient des caresses tendres.
Dès lors, le brasier reprit, plus violent et plus vigoureux encore, la jouissance latente rampait à pas feutrée vers son paroxysme, jusqu’à la délivrance tant retardée, celle-là même qui vous donne la rage d’AIMER. Moi, qui jusqu’à cet instant était fier de mon sexe, j’avais trouvé mon maître. Il portait une énorme paire de couilles, bien accrochées et qui pendaient à peine, presque aussi lisses qu’une paire de boules de billard ; elles étaient surmontées d’une superbe bite d’amarrage idéalement décalottée. J’étais encore tout étonné de découvrir ce phallus immense quand il m’apposa ses pognes sur mes épaules pour me repousser à genoux ; je relevai la tête un instant et sentis son regard devenu glacial m’envahir : « Ouvre ta bouche ! » Sa queue triomphante s’engouffra lentement jusqu’au fin fond de mon gosier, et un va-et-vient infernal se mit en branle. Il usait de ma cavité buccale comme d’une moule de nymphomane. Pris de panique au début, le poppers que j’inhalai m’aida à contrôler ma respiration. Mes mains sur ses fesses charnues et velues, les yeux rivés sur son ventre poilu, j’étais devenu entre ses mains un objet, rien de plus. Il retira son engin pour me confier ses gosses à lécher. Légèrement affaissé sur ses jambes, je bénéficiais d’une vue imprenable sur son ventre, sa poitrine et ses larges épaules.
Ses seins m’attiraient ; je larguai sa queue pour trouver ses tétons, il éructa des sons et lâcha : « Tu n’es qu’une petite salope ! » Il giflait mes fesses avec une violence accrue : « Je vais prendre ton cul, p’tit con ! » Je ne pouvais résister à ce type ; il m’attrapa par les reins, me bascula, glissa ses paluches sur mes cuisses, m’obligea à m’arc-bouter en avant. Je sentais distinctement son groin poilu me fourrager la raie du cul, sa langue tournait autour du pot : « Nom de Dieu, je vais te le prendre ! » Il sortit un tube de crème pour me tartiner le trou de balle, et ses gros doigts entamèrent un judicieux travail ; je sentais sa grosse bite frétiller le long de ma cuisse. Il poussait avec ses doigts enfoncés maintenant, tous, jusqu’à la deuxième phalange et son autre main s’appuyait sur mes reins pour me forcer à me pencher plus en avant. Il sortit ses doigts, se lubrifia le tuyau et le gland avant de me pointer. Il mit un temps infini avec de multiples précautions, un véritable chemin de croix pour lui plus que pour moi, mais au bout du chemin... une délivrance inouïe, un plaisir sans nom ; il entrait et sortait avec une telle aisance que je poussais davantage pour le recevoir encore plus profondément. Il me faisait bander, ce con, c’était dément ! Il m’a ramoné ainsi durant longtemps. Je retenais mon éjaculation, je voulais jouir en même temps que lui : « Tu aimes ça ! Je vais t’en mettre plein ton petit cul, t’inquiète donc pas, je ne vais pas cracher dedans, je sais me tenir, MOI ! » Et la corrida continua à vitesse linéaire, sans accélération brutale, sur un rythme soutenu mais sans violence apparente, inexorablement, jusqu’à l’éjaculation finale de deux phallus triomphants qui pleurèrent de bonheur en inondant mon dos, mes reins et mes fesses.
Exténué, je m’affalai de tout mon long et il m’accompagna. Sa masse de chair et de poils rampait sur mon corps avec l’aide de son sperme, il rugissait de plaisir, nous sommes restés dans cette position durant une éternité. Nous avions même dormi en oubliant tout et, tandis que nous remontions vers les douches, je m’efforçai de remettre mes idées en place. Nous avons réussi à parler, nous nous sommes revus une fois, deux fois, trois fois... il devint de plus en plus exigeant mais j’acceptais sans rien dire.
Aujourd’hui, huit ans plus tard, je vis chez lui, ou plutôt dans une chambre de bonne, sous les toits, il me verse des gages, je suis devenu la soubrette d’un haut fonctionnaire, je suis en quelque sorte assigné à résidence, j’ai rarement le droit de sortir tout seul, je ne sors jamais sans le chauffeur qui me suit à la trace sauf dans les grands magasins, j’en profite alors pour exercer mon pouvoir de séduction sur les autres mecs et je m’aperçois que ça marche encore ; alors, je me sens rassuré. Voilà huit ans que je partage la vie de cet individu qui m’en a fait voir de toutes les couleurs, sexuellement parlant, et je ne regrette rien, je suis presque heureux. Souvent, il y a des repas privés avec des vieilles choses qui marchent à la coke et moi, qui sert à table avec pour tout vêtement un petit tablier blanc plissé, je sers d’appât. Bien plus tard, il offre mon cul à tous et celui qui n’est pas capable de me procurer du plaisir, la punition est sans appel, il le saute à pieds joints. Évidemment, ça marche à tous les coups, c’est un jeu entre lui et moi.
De temps en temps, il m’appelle pour que je le suce avec son gland plein de scotch. C’est moi qui le lave, le savonne, lui achète ses slips, lui cire ses chaussures. Mais je ne fais pas le ménage, j’ai une femme pour ça.
Récemment, j’ai semé mon garde du corps, dans tous les sens du terme, derrière le Bazar de l’hôtel de Ville ; je suis rentré dans un bar où j’ai trouvé votre revue, je me la suis mise dans les fouilles, ni vu ni connu, je ne l’ai pas conservée, mais j’ai conservé votre adresse, et je la garderai précieusement.
Jean-Martin, 34 ans.