Toutes les histoires

Une histoire à découvrir

365 nuits d'adieux (22): En goguette

J'ai trouvé l'enveloppe à bulles dans la boîte aux lettres. Un mot plein de fautes d'orthographe accompagnait la cassette :

"J'ai bien aimé ton coup de biglo. Pour t'encourager voilà une nouvelle émission de Radio-Porno. Éloigne le neveu, c'est pour toi tout seul... Avant-hier, au moment où j'allais débaucher, je reçois un coup de fil anonyme dans ma cabine : "Ne quittez pas on vous parle..." Autre voix : "Un colis vous attend à telle adresse. Dépêchez-vous c'est fragile et il fait froid." Comme j'attendais un autre genre de chargement, je suis tout de même allé voir de quoi il retournait. À la sortie d'Evry, l'adresse indiquée, c'est un terrain vague, clos de palissades où s'élèvent quelques colonnes de béton. J'ai pas cherché longtemps ; le colis, bien ficelé, c'était notre petit pote Manuel. Je l'ai chargé sur l'épaule et enfourné tel quel sur la banquette arrière, une couverture par-dessus pour les curieux éventuels. Je crois qu'il va passer quelques jours de repos chez moi... La face A de la cassette est enregistrée sur mon walkman pendant le trajet retour."

Face A: Voix de Manuel :

Vers les trois heures du mat, je revenais tranquillement d'une sauterie sur ma mob. Naturellement j'avais sauté personne, je peux plus enlever mon froc par peur du ridicule... Tout à coup j'aperçois, à droite, garée devant la palissade, une chiotte blanche, genre meule de flic. Bonne occase de gauler les lampes de phare qui me manquaient et de sucer un peu de mélange dans le réservoir. Par prudence, je jette un œil dans le terrain vague pour m'assurer que le proprio est pas embusqué derrière les planches, et là, j'aperçois l'unif bleu nuit du keuf en train de sépis contre le mur en construction. Lui m'a pas entendu venir ; il s'égoutte l'engin en le faisant sauter dans sa pogne.

— Et ça, c'est pas un attentat à la pudeur p't'être ?

Il sursaute et se retourne, braguette ouverte. J'ai à peine eu le temps de mater le tout petit bout de chair flasque que d'une flexion de genou, il remet l'oiseau au chaud. Main sur le flingue, il aboie :

— Tu cherches des crosses ? Tes papiers !

Il reluque d'un œil mauvais mon crâne rasé, mes santiags, avec un arrêt au passage sur le barreau qui frétille dans mon jeans crade. Je sais pas pourquoi, il m'excitait ce con, avec son calot passé dans la patte de l'épaule, son ventre gras, sa braguette plate. L'envie de me cogner avec lui est montée d'un coup :

— Pas de papiers, et j'ai pas non plus de lumière à ma mob. Tu veux voir mon couteau, poulet ?

Là j'ai pas fait gaffe et j'ai dû prendre un poing en pleine gueule, parce que quand j'ai rouvert les yeux, j'avais mal à la mâchoire, et aux poignets ; le salopard m'avait passé les menottes. Il regardait déjà avec les mains comment j'étais foutu. Il a fait péter deux boutons de ma braguette et m'a déculotté en disant dans un sourire inquiétant :

— Mazette ! monté comme un étalon, et tatoué comme un voyou. T'es passé au coiffeur en plus ! Voyez-vous ça... Je les connais les allumés dans ton genre : ils rêvent que de se faire bourrer par un vrai mec. Ça aboie après tous les uniformes à cause qu'on a tous les jouets pour satisfaire son vice. Ben, ma poule, t'as frappé à la bonne porte.

En me mettant ses doigts au fion, il a ajouté :

— T'as déjà goûté de la queue, et plus souvent qu'à ton tour on dirait. C'est ça que tu veux je parie ? qu'il a dit en me montrant sa matraque, la vraie, la grosse.

Il m'a mis son calot sur la tête et étranglé avec le fil du flingue. J'avais eu tort de pas être poli. Il m'a passé le bâton dans la raie ; j'ai serré les fesses tant que j'ai pu mais le bout rond a trouvé l'entrée, me renfonçant à l'intérieur les poils piquants. Il l'a poussé en tapotant le manche. Je me suis retenu de brailler en me mordant les lèvres jusqu'au sang pendant que l'instrument me touchait déjà la prostate, déclenchant des vagues de plaisir incontrôlé au milieu de l'inconfort de la dilatation. Heureusement il y allait tout de même pas trop fort, épiant mes sursauts et mes cris étranglés.

— Lève-toi maintenant, et si ça ressort, je te défonce la gueule avec.

J'ai fait quelques pas avec le bâton dans le cul, gêné par mon jeans qui m'entravait les chevilles, serrant pas trop pour pas chier le truc. Il rigolait tout seul. Il a rouvert sa braguette et sorti une chose fripée. Je me suis accroupi sans qu'il demande. Le bout de la matraque appuyait par terre, je me suis calé dessus comme sur un siège et c'est entré plus profond. Sa petite bite, quinze, seize centimètres maxi, raidissait dans ma bouche. Il disait :

— Ouais, c'est ça... Tu mérites un supplément pour ta coopération.

Il s'est retiré d'un coup, m'a repris sa matraque sèchement, l'a essuyée dans ma chemise, reniflée, rependue à sa ceinture. Il m'a enlevé les bottes, le fute, déchiré une manche pour me bâillonner, attaché les chevilles avec ma ceinture pour récupérer ses bracelets. Il a remis son calot et m'a laissé à oilpé recroquevillé entre deux piliers en me disant :

— Amuse-toi bien.

J'ai entendu le bruit de ses pas ferrés s'éloigner, puis sa mob qui démarrait. En un moment j'ai cru qu'il revenait, j'ai reconnu le ronflement de ma chiotte et j'ai compris que je la reverrais plus. J'ai perdu la notion du temps, je ne sentais plus que le froid, la chair de poule, ma queue qui rétrécissait entre mes cuisses repliées. Puis un crissement de freins, des portières qui claquent, des voix dans mon dos, des rires.

— Belle prise, brigadier.

— Dis donc il est un peu bronzé l'individu ?

— Large comme là-bas, dis ! À qui l'honneur ?

Ils sont en tenue de combat, avec cagoules. Ils me tâtent du bout de leurs patos. Un des trois porte des pompes fantaisies, à coque sans doute. C'est celui qui tape le plus fort. Comme je me dérobe, j'encaisse une série du plat de la matraque dans les abdos.

— À genoux, présente le cul.

Leurs mains me tirent sur l'anneau. Le plus grand me colle son pistolet sur la tempe pour me retirer le bâillon. Ça doit être un flingue aussi, ce truc froid qui m'écorche l'anus; le canon coupant me rentre dans le derche. Le grand ouvre sa braguette en remontant la fermeture-éclair de sa tenue, se branle pour se faire monter et m'enfonce ses dix-huit centimètres dans la gueule. Un autre me tire sur les couilles en me susurrant avec son accent du sud :

— Tu mords mon pote et je t'arrache les burnes.

Sa pine remplace l'acier froid. Elle n'est pas très grosse, ressort sans cesse, frotte à l'entrée, ne rentre jamais assez loin pour donner le moindre plaisir. C'est juste irritant. Le foutre qu'il lâche lubrifie le passage pour le second qui se glisse comme une lame. Ouais, celui-là me fourre, c'est mieux, je commence à raidir pendant que l'autre me coince toujours son dard dans les amygdales.

— Regardez, les mecs, il bande !

— Dommage qu'on n'ait pas amené le chien pour le soulager.

— Je vais faire le chien, dit celui qui a joui.

Il se jette sur ma bite, me mordille, tire le prépuce avec ses dents. Il me bourre les couilles de jabs comme un punching-ball. Mon enculeur, long à venir s'est accroché à mes hanches et me secoue sur sa tringle. Il change de position avec le grand qui me ramone sans tiépi, comme à la course, heureux de montrer à ses collègues le fonctionnement du piston :

— Jouis pas dedans, t'es séro, on aurait des emmerdes!

Une fontaine de sperme m'arrose le dos. Les gouttes me semblent brûlantes dans la nuit froide. Les flics se rajustent. Un des trois me pisse dessus alors que je me suis replié en position fœtale. La pisse tiède devient vite glacée dans mon cou.

— Bon, qu'est-ce qu'on en fait maintenant ?

— Y a un numéro écrit sur sa main. Ça doit être en cas qu'il se perde.

— Une chouette surprise si c'est sa meuf...

— T'imagines si c'est sa mère ?

— Je parie que c'est le numéro d'un mec...

Face B : Voix de Jules :

— Là on est de nouveau dans ma caisse, on roule vers la forêt. Il peut plus s'en passer le petit. Je lui ai bandé les yeux pour la surprise. J'ai quand même enfilé ma tenue de vigile pour que son fantasme soit complet. Il bande comme un bienheureux sur la banquette arrière...

Long blanc sur la bande.

— Attention, faut pas me prendre pour un un sadique. J'ai essayé de te faire l'amour normalement, hein, dis ?

— Oui, tu m'as sucé même.

— À part me retourner, je fais ce qu'on me demande.

— Merde, il est encore chaud le capot de la voiture.

— Chaud comme toi.

Suite de bruits sourds : bong, bong, bong. J'imagine Jules qui fait frapper la longue bite de Manuel sur le capot brûlant. À moins que ce soit la sienne...

— Tends le cul, creuse les reins, mieux que ça. Voyons, qu'est-ce que j'ai dans mon coffre ? Tu devines.

Une série de cris réguliers s'élève, accompagnée de claquements secs peu puissants.

— Étale tes couilles et ta bite entre tes jambes sur la carrosserie que je les chatouille aussi.

— Aïe (hurlements). C'est le martinet de tes mômes.

— Tout juste et une fois le manche dans le cul t'auras une belle queue de cheval !

— Ah... C'est dur, mets-y les doigts plutôt.

Autres cris, un instrument claque contre les paumes du gardien. Puis un sanglot :

— Écarte tes mains nom de Dieu ou je me fâche... Compte.

— Un. Deux. Arrête. Trois... C'est une raquette, ça fait un mal de chien. Quatre... La main seulement. Cinq...

— Écarte tes mains... Tu l'auras voulu.

Hurlement sauvage :

— Tu vois, sur les cuisses, c'est pire...

— Six, sept, aaah. Huit.

Il compte jusqu'à trente, en râlant, soufflant, pleurnichant.

— Ah, ça c'est une branche d'arbre... Putain ça pique...

Les cris montent d'un ton, l'air est parcouru de sifflements secs.

— Aïe, pas la cravache... Je pourrai plus m'asseoir de la semaine si tu tapes aussi fort, enculé !

— Tiens, cinq de plus pour l'enculé...

Clic, interruption de programme. Quand l'enregistrement reprend, on n'entend d'abord que les hululements des rapaces nocturnes et le chant d'amour des crapauds.

— J'en ai marre d'être dans le noir, gémit Manuel.

Le claquement d'une badine lui répond.

— Tu crois pas qu'on a fait tout ce trajet pour tes beaux yeux, simplement pour essayer tranquille le contenu de la caisse à outils. Un larvage en campagne, ça te dit, ma poule ?

Le gravier crisse dans le lointain, accompagné du chuintement de freins hydrauliques, comme si un camion se garait au bord d'une route distante. Des branches craquent :

— Quelqu'un vient, fait Manuel d'une voix mal assurée. Me dit pas que c'est les keufs qui rappliquent.

— Salut J.F., dit Jules. Vous avez pu laisser le bahut ?

— On n'a pas plus d'une heure. Faut qu'on soit dans le sud demain matin pour décharger les meubles. Tiens, je te présente Fredo, c'est mon chauffeur, on fait équipe depuis trois mois.

— C'est joli ce jaune cocu comme tenue de travail, ironise Jules.

— C'est le maillot officiel des canaris, répond Fredo, un cadeau de la femme de Jef.

— Pratique, le short de foot pour la sortir en vitesse, plaisante J.F....

— C'est ça ta gagneuse ? s'étonne le routier. Moi je paye pas pour tringler les mecs. J'ai vidange gratos dans toutes les stations service. C'est eux qui raquent, et en prime je leur pisse à la raie.

— Donne-z-y déjà le pourliche, pour le reste c'est moi qui régale, fait le déménageur.

Bruit de papier froissé. Un silence.

— Pince-lui le nez qu'il l'ouvre grand, reprend le routier. Je vais toujours écluser mon demi.

— Bordel, quel cul ! Siffle J.F. admiratif. Un vrai garage à bites, comme celui de mon beauf. Aussi cramoisi qu'une tronche d'ivrogne. Ben mon colon t'as pas dû y aller de main morte !

— Un cul de sportif s'il te plaît, entraîné à la lutte, rectifie Jules qui vante sa marchandise.

— Entraîné au passe-quilles, oui ! soupire le routier en vidant son bock dans un crépitement d'averse.

— Mets-y quelques coups de pompes, ça va bailler comme le gouffre de Padirac ! Conseille Jules.

Les visiteurs s'en donnent à cœur-joie. Manuel gueule tellement qu'il va finir aphone.

— Doucement dans les burnes, tempère le propriétaire.

— Oh, il bande ! Le morceau qu'il se paye ! Dommage que ça lui serve à rien. Allez Fredo, carre-lui Achille dans les entrailles !

— Oh les mecs, ça glisse tout seul. Il a déjà du jus plein le tuyau, regardez, ça déborde, commente le routier en rigolant.

Les halètements de Manuel se mêlent à ceux de son bourreur qui le travaille par salves rapide, sans ménager les claques au cul.

— Viens, Jef, mets toi dessous ; quand y en a pour un y en a pour deux ; on va se le faire ensemble ce sac à foutre. Merde, Jef, arrête de te coller sa queue dans la bouche, et pousse ta glaire dans sa raie. Oui, là... je la sens ta pine qui se colle contre la mienne, elle me chatouille le gland. Oh, putain de bordel de merde, ta pine, elle me branle, Jef.

— Ah, ils me transpercent, ils me trucident, exagère Manuel, s'il te plaît, Jules, décolle-les, ils vont m'achever.

— Changez pas de main les gars, répond Jules, le temps que je prenne la photo. Le petit oiseau est rentré, pour sûr !

Le routier prend son pied dans une suite de grognements furieux entrecoupés de nouveaux jurons. Manuel fait écho à sa jouissance en râlant comme un porc qu'on égorge, avant de lâcher deux pets liquides.

— Vire-toi, Fredo, laisse pas perdre. Moi j'aime ça, dit J.F., recueillir les enfants des autres.

— Regarde-moi ça, dit Fredo complice, il colle sa bouche au trou baveux, il relèche comme un clebs. Et c'est avec ce bouffeur de foutre que je partage la cabine !

— Tu fais moins la fine bouche, Fredo, quand tu ramasses le mien dans le con de ma femme, dit Jef avec un claquement de langue. Ou sur la route, quand je vais le pomper directement à la source.

Clac : nouveau blanc. Puis de nouveau la voix de Jules, toute seule, au milieu des bruits du petit matin.

— Bonne nouvelle, t'as gagné deux cent sacs, Manu. Je devrais te fourrer les billets dans l'oignon; c'est du liquide. Dis un mot gentil pour Hugues, avant que je te sèche le valseur.

— Eh, Hugues, dit lentement Manuel, exténué, développe les photos : ça me paiera peut-être une nouvelle mob.

— À moi le tour... Je te mets le bébé au four mon chéri ?

Le souffle rauque de Manuel est une plainte continue, le bruit d'une boucle métallique contre la carrosserie évoque la sodomie entamée. Le gardien, qui ménage le suspense, n'a pas enregistré ses soupirs de jouissance...