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Avouer c'est assumer

À l’aube du XXIe siècle, il est de plus en plus difficile d’assumer sa condition d’homosexuel. Les gens qui se disent normaux nous rendent responsables de tous les maux de la terre. C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai regardé la soirée télé sur le Sida, mais je me pose une question, et, par la même occasion, à vous aussi : “Y aurait-il eu une telle émission si ce mal n’avait touché que les homos ?”

Je suis un provincial, j’ai été marié, j’ai eu des enfants qui sont grands maintenant. J’occupais un certain rang, dans une certaine société dite bourgeoise. Depuis un an, j’ai décidé de vivre mon homosexualité au grand jour et surtout d’avoir l’audace de me mettre en ménage avec un autre garçon. Scandale ! J’ai osé faire ça ! C’est contre nature.

Dans une petite ville tout se sait rapidement, et je me suis aperçu que mes relations ou que mes amis devenaient de moins en moins nombreux. Mon médecin, un ami de vingt ans, m’a demandé de me faire soigner par un de ses confrères. J’ai même dû renoncer à mon rôle de parrain, j’étais indigne d’une telle charge. De mes enfants, n’en parlons pas. Ils sont maintenant sur liste rouge, impossible d’avoir de leurs nouvelles depuis un an. Je ne sais plus rien de ma propre famille.

Je pense qu’une telle situation est invivable si l’amour n’est pas le plus fort Mon compagnon ne rencontre pas les mêmes difficultés que moi. Sa famille m’accepte très bien, j’ai surtout la chance d’avoir à mes côtés un homme merveilleux qui m’aide à tenir le coup. Il ne se fait pas une journée sans une vexation. Nous avons éliminé certains commerçants trop curieux, comme le teinturier, ou le boulanger. Si nous demandons une facture à nos deux noms, alors là, c’est la honte !

Avouer, c’est faire basculer sa vie entière, avant, il faut surtout bien réfléchir et être sûr de soi, pour ne rien regretter après. Moi, je ne regrette rien. Tous les deux, nous avons décidé de faire face, de garder la tête haute, en un mot de vivre.

Encore un détail important qui aidera mieux le lecteur à comprendre ce qu’un homo de province doit et peut endurer. Mes propres enfants avaient demandé à mon nouveau médecin de me faire interner. Ce dernier a refusé. Nous sommes bien au XXIe et les sorcières existent encore.

En avouant, j’ai voulu ne plus tricher et donner une preuve d’amour à celui que j’aime.

Dans une certaine société, il est difficile de sortir du rang. Je n’imaginais pas toutes ces embûches. J’ai trouvé le bonheur, c’est la seule chose qui compte.

Merci à vous d’avoir lu ces lignes. J’ai beaucoup de courage. Il faut savoir régler sa note à la société, l’amour n’a pas de prix.

Pierre (87).

Bonnes vacances et rendez-vous à la rentrée avec vos nouvelles histoires vraies.