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365 nuits d'adieux (38): Trois brins de muguet

En mai, fais ce qu'il te plaît, dit le proverbe. J'étais à Cannes et je vendais à la sauvette des boissons et des sandwiches aux touristes ; je bricolais. Le matin du premier, vers quatre heures, j'étais allé acheter deux cartons de muguet au M.I.N. de Nice. Je m'étais installé devant l'embarcadère des navettes pour les îles. Plus loin en mer, stationnait L'U.S.S. Saratoga et ses trois cents marins. Depuis les années quatre-vingts, la Navy leur interdit de descendre à terre en uniforme; plus de bobs blancs, de vareuses, de pantalons à pont, juste les M.P. baraqués, brassard noir au bras gauche, qui déambulent en faisant battre leur matraque. Mais on les voit venir de loin les californiens bronzés avec leur brosse blonde, leur mine de petits garçons replets, leurs jeans moulants et le t-shirt étroit aux manches roulées où ils rangent leur paquet de clopes.

Parmi les trois matafs qui s'avançaient vers moi, celui du milieu était typique : look de cow-boy endimanché, veste de daim à franges et Stetson blanc ; exotique, émouvant. J'avais les yeux rivés à la braguette de son Levis ; c'est là qu'il devait planquer sa solde. Je leur ai barré la route, trois brins de muguet à la main. Ils avaient l'air content qu'on leur parle dans leur langue. J'ai expliqué la coutume. "Si t'as une petite amie, tu lui offres et ça porte bonheur." Le texan a répondu qu'elle était loin sa copine. "À ton meilleur ami alors... Lequel des deux ?" Il a dit en français: "Pas de monnaie !"

— Je te les donne parce que t'es mignon (cute, I said).

Ses copains se sont foutu de sa gueule : "He, sweetie!" Il a rougi, ils m'ont lancé une bordée d'injures en se caressant le paquet. J'ai regardé avec nostalgie s'éloigner ce cul nerveux porté par des jambes légèrement arquée, sans doute à cause des longues heures de monte.

À midi, je n'avais pas gagné grand-chose comme vendeur de bonheur. Un des trois marins du matin s'est radiné, sourire alcoolisé, l'air matois. Il avait un aigle tatoué sur le biceps gauche. "Et moi, je suis pas mignon ?" qu'il a dit. Ça a suffit pour que je l'emmène faire une promenade le long de la voie ferrée où se trouvent les plages naturistes et les bosquets de bambous. On s'est trouvé un coin pénard derrière la tourelle d'un bunker abandonné. J'ai tiré sur son t-shirt et embrassé ses abdos en caressant la fourrure à rebrousse-poils. Il s'est défroqué. il portait un maillot échancré, noir, moins renflé que j'avais espéré. Sa queue était épaisse mais petite, sans prépuce. J'ai passé le doigt sur la cicatrice ronde de circoncision qui formait une légère crête rose sous la couronne du gland. Il a bandé.

J'avais rarement vu une bite frétiller d'impatience comme celle-ci qui mouillait à flot continu ; j'en avais les mains gluantes. "Suck me, suck me!" ahanait-il avec la voix profonde, ancrée aux couilles, du mec en manque. J'ai répondu : "You first..." sans broncher ; il est tombé à genoux. Il a frotté sa moustache blonde contre mon gland avant de me happer et de se lancer dans une pipe en règle sans économie de salive ni d'effort. Je passais les mains dans sa brosse, sur sa nuque large et contractée. Il a jugé qu'il en avait assez donné et m'a fait signe de m'y mettre.

Je l'ai retourné pour regarder son cul blanc. J'ai embrassé le papillon jaune et rouge tatoué sur la fesse droite. J'ai écarté son cul musclé et passé la langue dans la raie. Il s'est retourné, impatient, et m'a enfourné son petit nœud dans la bouche en m'agrippant par la crinière. J'ai rugi, il me tirait les cheveux ; il a grogné plus fort, je lui faisais mal, il avait l'air sensible des extrémités et chassaient mes doigts qui remontaient vers ses seins. Ses tremblements sont devenus convulsifs, il m'a repoussé. En gueulant comme un veau, il a projeté de longs jets de foutre contre le mur, une jouissance abondante, interminable, retenue depuis des semaines. Il a tourné la tête quand j'ai approché mes lèvres, puis, comme pour essayer, il s'est laissé rouler une pelle. Je lui ai dit que j'avais envie de son pote. À l'en croire, le petit texan s'était fait sauter par une bonne partie de l'équipage, du cuisinier au commandant, malgré sa bitte de cheval. Il m'a indiqué le bar où je pourrais le retrouver dès qu'il aurait bu sa paye.

J'ai repris mon carton de muguet et je suis retourné sur le port. Surprise, le troisième marin se faisait chauffer les couilles au soleil sur un banc en regardant les punkies locaux s'engueuler sous le kiosque à musique.

— Tu m'achètes toujours pas un bouquet pour ta fiancée ?

— No girl. Too expensive.

— Avec moi c'est gratuit, entrée libre !

J'ai négocié l'affaire contre deux demis frais et je l'ai entraîné dans un champ de tournesols vers Golfe Juan. Nick, que j'allais bientôt niquer, avait vingt-six ans. Allongé sur le dos entre les tiges des soleils, mains croisées derrière la nuque, il se laissait déboutonner comme un habitué des bordels, sans participer. Petit gabarit mais baraqué, il avait les pecs développés et l'estomac arrondi par la bière. Côté outil, il était équipé dans les normes, une vingtaine de centimètres de chair ferme et rose, le poil rare tirant sur le roux. Lui aussi était coupé, sans prépuce ni frein. Je lui ai demandé pourquoi, et il a dit que dans la Marine américaine, à moins de faire un scandale, tous les mecs avaient droit à ce traitement égalitaire, dès l'incorporation, excision du frein comprise, mais que dans son cas l'histoire était un peu différente. C'était un causeur, et pendant que je le suçais, il se remémorait toute l'affaire.

Il venait d'un trou perdu du Nouveau-Mexique ; en s'engageant, il était entier. Il l'avait fait, le souk, pour qu'on ne touche pas à sa queue, mais, une nuit, en essayant de forcer la rosette d'un collègue trop étroit, clac, le frein avait cassé net ; il pissait le sang et on l'avait transporté à l'infirmerie, puis piqué aussitôt pour l'anesthésie locale. Le chirurgien avait tranché la face dorsale du prépuce, rabattu la peau, taillé en cercle autour du gland, et posé quatre points de suture. Une semaine plus tard, il était de nouveau en état de marche. D'un coup de bistouri, on lui avait aussi élargi le méat et c'est vrai que la pointe de ma langue pénétrait facilement dans le canal dont les parois s'écartaient, comme un petit cœur fendu, sous la pression de mon auriculaire. Après sa circoncision, il avait fait des pieds et des mains pour être instruit comme infirmier et assister à d'autres opérations. Ça lui avait coûté une semaine d'enculage intensif par le médecin-chef, preuve que j'avais encore des chances de l'enfiler. À chaque intervention, il tenait une trique d'enfer et toutes les recrues qui avaient encore un col roulé en embarquant étaient passées entre ses doigts. Je ne vous raconte même pas ce qu'il arrivait habituellement des déchets de l'opération.

Son récit n'avait fait qu'exacerber mon excitation et je tenais une gaule infernale depuis un moment que je lui triturais l'anus. Sans que je demande, il s'était mis dans la position du chien en arrêt et gémissait "Oh yeah !" à chaque passage de ma langue entre ses fesses. Ma salive lui coulait sur les cuisses. Il était chaud, accueillant, facile. Nick tortillait du cul pour que je l'emmanche à fond. Après trois coups de piston, il éjacula sans se toucher, mais il ne me demanda pas de me retirer. Au contraire, à plat ventre dans son foutre il continuait à se laisser limer comme une poupée gonflable, commentant : "Oui, défonce-moi, je suis un enculé !" Petit à petit il s'est mis à raidir de nouveau sous mes poussées régulières. Je l'ai branlé, et il a rejuté quand j'ai ouvert les vannes dans son cul. À croupetons dans le champ, il a chié devant moi toute la sauce que je lui avais larguée dans le conduit. Sur le chemin du retour, les confidences étaient plus intimes. J'ai compris qu'il fantasmait sur mon premier coup de la matinée :

— Il a un papillon tatoué sur le cul mais il ne s'est jamais fait passer dessus par qui que ce soit à bord, même pas pour une branlette. Complètement hétéro, le mec !

— Ah ouais ? Il m'a pipé ce matin. Et je te préviens, toi qui aimes te faire ramoner, il a plutôt une petite bitte...

Nick m'a traité de tous les noms et j'ai décidé de faire quelque chose pour lui, à condition qu'il se débrouille pour me ramener à domicile le cow-boy à la gueule d'ange dont il m'apprenait que les hommes l'avaient surnommé Beau, comme le crétin dans Bus stop.

Dès la tombée de la nuit, j'ai filé au bar que m'avait indiqué Jeffrey, mon coup du matin. Je me doutais qu'il me suivrait sans faire de difficultés, vu qu'il m'avait quasiment donné rendez-vous. Il était déjà un peu beurré ; on a acheté une bouteille de bourbon pour l'entretenir. J'habitais une sorte de bungalow au milieu d'un jardin sauvage bordé de hauts cyprès. Dès qu'on est arrivé chez moi, j'ai entrepris de mettre Jeff en train. Je l'ai désappé et j'ai planqué ses fringues. Beau gosse vraiment, un peu épais à mon goût, mais je savais que le marin de mes rêves n'allait pas tarder à débarquer. J'ai pris la bitte molle de Jeffrey dans ma bouche. À force de langues roulées et malgré les verres sifflés, il a fini par bander dur. À ce moment-là, j'ai entendu grincer la porte du jardin. En prétextant que j'allais pisser sous les étoiles, je suis sorti ouvrir. Mon cadeau était là, dans son emballage d'origine; je ne sais pas où il s'était changé, mais Beau était en uniforme. "Chose promise, chose due !" a fait Nick. Beau souriait.

— Nous, on va rester dans le jardin ; le tien est au chaud à l'intérieur, prêt à l'usage, et l'électricité coupée.

Nick est rentré et j'ai fermé la porte à clef derrière lui. Le bob de Beau a volé dans les iris en fleurs. Mon impatience à l'embrasser le faisait rire, c'était pas pratique. Je me suis attaqué à son pantalon en massant la boule élastique lovée entre ses jambes. Je l'ai fait étendre, j'ai retroussé la vareuse blanche sur son torse imberbe pour lui mordre le bout des seins, et comme il en redemandait j'ai pris deux pinces à linges qui traînaient sur le fil au-dessus de mon carré de légumes. Il a sursauté quand je les lui ai posées et sa queue s'est dépliée, un paf de vingt-cinq centimètres au gland large comme une mandarine, dont le prépuce intact pendait comme une chaussette tire-bouchonnée. Ma bouche avait du mal à contenir son sexe.

En équilibre sur les épaules, il m'a montré qu'il arrivait tout seul à se lécher le bout de la queue, position qui mettait son cul à la merci de mes mains. J'ai écrasé entre mes doigts deux petites olives noires tombées dans le chemin et j'ai enduit avec leur suc huileux son anus accoutumé au rentre-dedans. J'ai ôté de ses seins les pinces à linge que j'ai refermées sur le prépuce roulé de chaque côté de son gland. Je me suis présenté au-dessus de sa bouche et sa gueule d'ange s'est ouverte pour humecter le nœud qui allait l'enculer. Sa peau était douce. Il avait une odeur de lait tourné, le dos boutonneux grêlé de vésicules d'acné. Mais comme il protestait que je lui faisais mal en extirpant ses points noirs, je me suis de nouveau intéressé à son cul qui répandait maintenant un parfum d'olive. Il écartait les cuisses comme s'il devenait urgent que je le remplisse.

J'y suis allé d'un bloc, il avait l'habitude. Il a gueulé "Yeepe !" ou quelque chose dans ce goût-là, et les chiens du voisinage ont aboyé avec lui. Mais déjà il avait le souffle coupé par l'enculade ; je le chevauchais et son sourire s'était figé en une grimace dubitative. Je l'ai sauté dans toutes les positions, par devant, par derrière, en artilleur, en levrette. Il avait coincé son gros paquet entre ses cuisses et mes couilles tapaient contre ses boules chaudes. Entre deux râles, il répétait "Fuck me harder!" et je faisais tout pour le satisfaire. J'ai senti que je venais, il a compris mon désir, et m'a laissé lui lâcher mon foutre dans la bouche. Il a avalé, je l'ai embrassé. À poil tous les deux dans le jardin, on est passé derrière la maison. Je lui ai dit de me faire la courte échelle pour jeter un œil à l'intérieur, et j'ai aperçu Nick qui grimpait Jeffrey, lequel avait l'air d'aimer ça car il se branlait à toute vitesse. Le temps de rentrer, le cavalier avait vidé ses arçons. Jeff me lança une mauvaise œillade :

— Tu m'as piégé, fuckinq bastard, maintenant je l'ai dans le cul, fini ma réputation, je vais devoir me laisser mettre par tout le gratin du mess. Tu crois pas que tu vas t'en tirer comme ça !

Jeff m'a bloqué les épaules au sol, pendant que Nick, le traître, m'écartait le cul. Jeff a dit à Beau qui l'avait toujours droite :

— Allez, il l'a cherché, montre-lui ce que c'est que la Marine américaine...

Je tremblais, surtout que j'avais les couilles vides, mais je ne voulais pas leur faire le plaisir de gueuler. La grosse pine du texan a glissé dans ma raie, son gland m'a rempli le goulot, comme un bouchon. C'est après que j'ai pleuré ma mère, quand les vingt-deux centimètres restant ont suivi la tête du nœud. Un poing ne m'aurait pas écarté davantage, et là, il y avait la profondeur en plus. J'imaginais déjà la déchirure, l'hémorragie. Et ses deux copains assis sur mon dos, l'encourageaient à accélérer la valse.

— Casse-lui le cul qu'il se souvienne de nous.

Et à moi :

— Tu le trouvais mignon, qu'est-ce que t'en penses maintenant que tu l'as au train ?

J'en pensais plus rien, je dégustais, j'étais une immense caisse de résonance pour l'archet qui me faisait péter la table d'harmonie. Heureusement, il a joui assez vite. Je suis resté à plat ventre, abasourdi, l'anus béant, et les deux autres se sont succédé dans la place.

Quand ils sont partis, je leur ai offert la caisse de muguet que je n'avais pas vendue. Je ne regrettais pas, j'avais été si largement payé que pendant deux jours, j'ai dormi sur le ventre et mangé debout. Les semaines qui ont suivi, j'ai soigné la chaude-pisse qu'ils m'avaient laissée en souvenir.