Une histoire à découvrir
Bandard
Tout a changé depuis le Sida, surtout pour toux ceux qui, comme moi, ne supportent pas la vie à deux ou les amants attitrés. Ne voulant pas courir de risques, il est bien évident que j’ai été obligé de passer aux préservatifs. Au début, j’ai eu un peu de mal, mais j’ai dû admettre qu’il ne fallait pas non plus en faire une affaire d’état et que ça ne coupait en rien le plaisir et l’orgasme. N’empêche que c’est difficile de ne pas songer au bon temps d’avant cette putain de maladie. Souvent, je me repasse quelques séances que j’ai vécues. Pour votre revue, pour les lecteurs qui sont comme moi, légèrement en manque d’aventures brutales et spontanées, je vais raconter celle qui m’a le plus marqué.
J’étais bien jeunot, mais de ce côté-là, je n’ai pas beaucoup changé, toujours aussi bandard. Un mec m’avait allumé dans un magasin de disques. Il était bâti comme une armoire à glace. Cheveux rasés, menton carré, yeux enfoncés dans les orbites, lèvres minces, il émanait de lui quelque chose de dur et de dangereux. Je n’ai jamais pu résister à ce type d’hommes. Plus j’ai peur et plus je trique.
Je l’ai suivi. Il m’a entraîné jusque dans une cave et s’est arrêté sous une bouche d’aération d’où venait un peu de lumière. Le salaud ne voulait pas baiser sans mater. Il s’est retourné en défaisant la ceinture de son jean crade. Il a sorti son pieu et m’a fait signe de m’agenouiller. Ne me faisant pas prier, je me suis exécuté. C’était une grosse tige noueuse et bien odorante. N’ayant jamais aimé les bites trop bien lavées, je me suis tout de suite laissé prendre à cette forte odeur d’urine et de foutre mêlés. J’ai commencé à lui tailler une pipe d’enfer, me régalant autant que lui. Il a été assez rapide à éjaculer et m’a envoyé son épaisse purée au fond de la gorge en m’applatissant la tête contre son membre et son ventre. J’ai cru m’étrangler et m’étouffer. J’ai eu un mouvement de rejet qu’il a pris pour du dégoût. Furieux, il a voulu me gifler. J’aime avoir peur, mais je n’aime pas m’écraser. Autrement dit, je suis, moi aussi, un violent. Esquivant la claque, je suis tombé à la renverse, prévoyant qu’il allait en profiter pour se jeter sur moi. C’est bien entendu ce qu’il a fait et je l’ai reçu d’un mouvement de jambes qui l’a envoyé valdinguer sur le sol. Et c’est moi qui en ai profité pour me jeter sur lui. L’effet de surprise jouant en ma faveur, il s’est avoué vaincu avec une voix rauque qui m’en disait long sur le plaisir qu’il y prenait. Comprenant qu’il aimait ça, je l’ai insulté, puis je lui ai fait promettre d’obéir à tout ce que je lui demanderai.
Ma grosse brute était devenue douce comme un agneau. En plus, il bandait comme un cochon. Ne pouvant plus douter de son entière soumission, je me suis levé pour enlever mon fute. Et je me suis accroupi au-dessus de son visage, lui demandant de me lécher le trou du cul. Comme s’il n’attendait que ça, il s’est mis à me lécher le fion en me triturant les couilles. J’en ai eu de frissons partout. Cette ordure y prenait tellement de plaisir qu’il avait une langue à vous faire décoller les plus impuissants de la terre. J’en avais presque mal à la bite tellement c’était bon. Je lui ai dit : «Branle-moi, vieux con.» Il m’a branlé tout en continuant à m’enfiler sa langue dans l’anus. J’ai joui comme on en crève de plaisir. Ensuite, il m’a enculé et, contre toute attente, j’ai encore joui. Le plus drôle, c’est qu’à la fin, au moment de se séparer on s’est serré la main, comme si nous n’étions pas dans une cave mais dans un cocktail, comme si nous avions bavardé au lieu de baiser.
Je n’ai jamais revu ce type. Je n’ai même jamais su son nom. Mais je dois reconnaître que cette séance m’a énormément excité. Je n’ai plus jamais rencontré de mecs à la fois violents et soumis. D’aventures en aventures, j’en ai cherché, mais c’est à chaque fois autre chose que j’ai trouvé. Je crois que je pourrai remplir un numéro entier de votre revue avec toutes mes expériences.
Mais là n’est pas le sujet, car je crois qu’à présent le plus important est de nous contenter, nous, les aventuriers du sexe, de fantasmes. C’est pourquoi nous ne pourrions nous passer des films pornos, des sex-shop et des revues comme la vôtre. Plus que jamais, nous avons besoin d’oublier notre quotidien qui devient de plus en plus compliqué. En fait, je n’aurais qu’une peur : c’est qu’à cause du Sida, les mecs refusent de baiser entre les portes, dans les jardins publics, dans les pissotières ou dans la nature. La capote n'est pas seulement un mal nécessaire, c'est aussi le moyen de continuer à jouir comme bon nous semble. Il ne faudrait jamais l’oublier.
Bernard, 46 ans.