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365 nuits d'adieux (39): Auxiliaire

— M'en veuillez pas, mon Adjudant, si les raisons pour lesquelles je suis là sont un peu longues à expliquer... Auxiliaire : l'expérience m'a appris ce que ça veut dire. Un mec corvéable à merci, responsable de toutes les conneries, et que toute la hiérarchie se refile comme un bâton merdeux... Mais je suis pas là pour philosopher... Mardi dernier, je me retrouve dans le bureau du capitaine chargé de gérer les problèmes des appelés.

Pour la troisième fois je lui raconte mon histoire :

Samedi soir, j'attendais le train de minuit dix en gare de Riquier, l'avant-dernier train pour rentrer chez moi. À cette heure-là c'est plutôt désert, la salle des billets est inaccessible depuis longtemps. Il n'y a que quelques homos qui traînent dans les jardins en contrebas avant la fermeture définitive des grilles. Un groupe de quatre jeunes de seize à dix-sept ans, pas plus, surgit de l'escalier. Ils devaient être légèrement éméchés. Celui qui marchait en tête m'a tout de suite agressé :

— Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça, bâtard?

— Je regardais dans la direction du train, et puis je mate où je veux !

— Où tu veux, c'est justement ma braguette ? Enfoiré de ta race !

"Je lui dis de se calmer, que je suis beur comme lui, et qu'il arrête de me traiter. Mais j'avais pas eu le temps de finir ma phrase que je prenais la première baffe. Son copain est venu en renfort et m'a sauté à la gorge."

Le capitaine m'interrompt poliment :

— Mais, vous êtes sûr que vous ne regardiez rien de spécial ? En tant que policier auxiliaire, ce serait excusable, ça fait partie du métier de regarder. Et puis parfois, on croit qu'on ne regarde pas mais c'est l'inconscient qui observe...

J'aime pas ça, et pas non plus cette étincelle dans l'œil. Je ne sais pas si c'est son inconscient qui m'observe, mais lui n'a pas ses yeux dans sa poche. Il me regarde même droit dans les burnes. Mal à l'aise, je me redresse d'un doigt la couille droite avant de reprendre :

— Quand j'ai été au sol il m'ont attaqué à coups de pieds, et j'ai eu beau me mettre en boule, ça pleuvait dans les côtes, le ventre et les tibias. J'ai appelé à l'aide. Il y avait un mec sur le quai d'en face qui regardait la scène sans bouger. Un train est passé dans l'autre sens et le type a sauté dedans comme si de rien n'était. Là, j'étais vraiment seul. Le quatrième voyou, qui ne s'était pas encore mis de la partie, a foncé sur mon sac de sport. Jusque là il s'était contenté d'encourager les autres en criant : " Vas-y Jamel, fais-lui sa fête ! " Forcément, il a tout de suite trouvé ma tenue. D'habitude, on la laisse au poste, mais c'était veille de repos et le lieutenant de permanence m'avait dit que ça serait bien de faire porter mon uniforme au détachage pour être reluisant le dimanche suivant à l'arrivée du Paris-Nice.

— Alors là, je vous arrête tout de suite ; si c'est en qualité de gardien de la paix qu'ils vous ont agressé, la plainte regarde plutôt la police. Il faut que vous déposiez en leur présence. Je vais passer un coup de fil à votre responsable au commissariat central.

Une heure après et trois cafés plus loin, le brigadier Martellini est entré dans le bureau du capitaine qui n'avait pas cessé de me rassurer : "Ne soyez pas effrayé par son physique imposant, c'est un ami, il est très humain pour résoudre les problèmes des jeunes." Il voulait m'endormir avec son ton paternel, mais je devinais comme un sourire méprisant au coin de sa moustache grisonnante. Tournant le dos au capitaine, Martellini s'est assis en face de moi. Ses trois galons coiffaient des épaules développées dans les salles de gym. Je n'avais jamais vu sa gueule de mafieux sur le terrain. Il a ôté sa casquette et son crâne rasé de facho corse ne m'a pas non plus mis en confiance. Il a pris une position de repos exagérée ; sa grosse main velue où brillait une large alliance dorée, s'est posée entre ses cuisses. Son pantalon bleu marine, lustré par l'usure, le boudinait. La couture centrale séparait en deux monticules obscènes son paquet voyant.

— Je suis O.P.J., je peux prendre votre plainte et agir immédiatement pour qu'on recherche vos agresseurs. Mais je veux tout savoir par le détail, compris ?

J'ai repris mon récit, pas certain que les détails le réjouiraient...

— Donc, j'étais à terre, j'avais pris pas mal de coups de poings dans la gueule et de coups de pieds au cul, quand le quatrième individu a trouvé ma tenue dans mon sac. Il a crié à ses potes : "Putain, Salim, c'est un keuf ce naze, un vendu. On va lui faire regretter d'être né." Et à moi: "Tu sais faire le grand écart, Nadir?" (Il avait aussi trouvé ma carte du S.N.) Les trois autres ont compris. C'est eux maintenant qui encourageaient leur pote pendant que le premier me tordait les bras, et que les deux autres m'écartaient les jambes. C'est là que j'ai pris un coup de pied... dans les testicules, chef ! Et puis un autre, et après un temps, comme quand un footballeur cherche l'inspiration pour shooter fort, un troisième, pleine lucarne... enfin, vous voyez ce que je veux dire ?

— Ben ça, on le mettra sans doute pas dans la plainte ; ça la fout mal, a dit Martellini en se massant les couilles comme s'il venait lui-même de prendre un coup.

Le capitaine aussi grimaçait. Il a dit, d'une voix blanche :

— Ça a dû vous faire rudement mal !

— Oui, j'ai dit, c'est encore tout bleu... mes bourses. Et l'intérieur des cuisses aussi.

Martellini s'est humecté les lèvres comme un chat repu. J'ai hésité à continuer. J'avais mal aux côtes, au jambes, la tête me tournait de nouveau. C'est le capitaine qui m'a poussé :

— Mais, il s'est passé autre chose après, selon ce que vous avez dit au médecin ?

— Oui... celui qui m'avait tapé dans les couilles, Yazid, ils l'appelaient, a dit: "Le prochain train passe pas avant une heure. On va pas se tourner les pouces à attendre. T'aurais pas dû nous le faire rater, Nadir." Ils ont profité que je me tordais de douleur pour m'arracher mes vêtements et je me suis retrouvé cul nu sur le quai. Pendant que les trois autres me tenaient, Yazid, il m'a... comment dire? Il a abusé de moi...

— Il t'a sodomisé? a chuchoté le capitaine.

J'ai pas tout de suite remarqué qu'il me tutoyait. Martellini guettait ma réponse, ou au moins un signe d'assentiment. En même temps, le bout de son pouce caressait, l'air de pas y toucher, une grosseur qui enflait le long de sa cuisse. Il a fini par lâcher, d'une voix profonde, trop douce :

— Tu t'étais jamais fait sauter le bouchon, avant ?

— Ils m'ont violé, je vous jure.

— Qui ça ? Tous les trois ?

— Non, deux seulement. Enfin, je crois.

— Et vous avez des preuves de ça ? Un rapport de médecine ? Est-ce qu'ils ont éjaculé à l'intérieur seulement ?

Martellini s'est repris, mais il y avait plus de volume dans sa braguette que tout à l'heure :

— Non, ça je crains que vous ne puissiez pas porter plainte pour viol. Impossible ! Vous imaginez les titres des journaux : un flic violé par des loubards. C'est des choses qu'on ne peut pas dire. C'est pas bon pour le corps, et ça risque de porter préjudice à votre carrière.

— Même pour l'armée, c'est absolument hors de question, a soutenu le capitaine.

— Portez plainte pour coups et blessures, m'a conseillé Martellini, on vous soutiendra. Le reste, faut tout oublier. On vous enverra au psy... Faut pas vous frapper : ça peut arriver à tout le monde d'en prendre un coup en passant. Hein, mon capitaine ? Si nous on avait porté plainte à chaque fois que la hiérarchie a voulu nous enculer ?

Le capitaine rit poliment. J'aurais pas dû m'énerver. On en serait resté là :

— Là où je suis vraiment dégoûté, c'est pour la suite... Le dernier train est passé, les quatre mecs ont filé avec mes affaires, personne n'est descendu voir ce que je faisais à poil estourbi sur le quai. Par force, au bout d'un moment, je suis sorti de la gare, tout nu, pour chercher du secours. Quelqu'un avait dû entendre mes cris, ou me voir de derrière les volets, ou c'était la patrouille, mais toujours est-il qu'un fourgon de police est passé et je me suis fait ramasser.

— Ah là, El Alaoui, c'est pas notre faute, a dit Martellini en m'appelant par mon nom pour la première fois. C'est ces glandeurs de policiers municipaux. Depuis qu'ils ont le droit d'embarquer les clodos, ils ne savent plus se tenir.

— Ils m'ont assis sur le banc du panier à salade, menottes aux mains. En plus du chauffeur ils étaient deux, un vieux et un tout jeune.

— Eh oui, restrictions budgétaires ! a pesté Martellini.

— Je leur ai dit que j'étais un confrère, que je faisais mon service militaire comme auxiliaire de police. Le vieux m'a ordonné de décliner mon identité. Il a dit: " Ouais, t'as la coupe incorpo pour un frisé, mais répète-moi ça que tu t'appelles Nadir et que t'es flic, que je me marre encore un coup." L'autre jeune en pouvait plus de pouffer, il en crevait de rire. " Je vais te dire moi, ce que tu faisais là, Ali, a repris le chef ; t'es venu racketter les pédés, ça a mal tourné, et ils t'ont filé la trempe que tu mérites. Ou pire, t'es un petit gigolo et quelqu'un a pas été content que tu lui choures sa place. Lève les jambes, plus haut... Lève les jambes, j'te dis, ou je te menotte les pieds, merde! Tiens, regarde Marcel, il a du foutre qui lui coule du cul, le collègue !" Et là, il m'a mis deux doigts dans l'anus, il les a tournés pour ramasser le sperme et il me les a essuyés sur les lèvres en disant: "Suce !"

— Quelle honte ! a fait le capitaine en se rapprochant comme si mon histoire le fascinait soudain.

Heureusement, la camionnette a démarré, et ils se sont assis sur le banc en face pour pas se casser la figure. Je crois bien qu'eux non plus, à deux heures du matin, ils étaient plus très frais. Le vieux s'est remis à déblatérer : "Tu sais, Marcel, je suis sûr que c'est une bonne suceuse ; aussi bonne que la petite black de La Madeleine qui t'a dégorgé l'autre soir." Et à mesure qu'il s'enflammait, il agaçait la braguette de son partenaire, toujours hilare, qui le laissait faire, les jambes ouvertes à l'équerre. "Et toi tu bandes, grand con ! Hé, le rebeu ? Tu voudrais bien la voir sa queue ? T'aimerais ça, te la fourrer dans la gueule ? Regarde-là bien, Ali Boron, mon collègue, c'est Queue d'Ane ! Il y a des moyens d'avoir la paix dans ton métier. Seulement ça se paye, en liquide, ou en nature. Alors, si t'étais gentil gentil avec mon copain..."

Tu parles ! Moi, j'étais couvert d'ecchymoses, et personne pour me donner une aspirine ! Je voyais à peine la bite sortie du jeunot que le vieux continuait à branler en bavant... Au poste, ils m'ont jeté dans l'aquarium avec une couverture. Ça a encore pas mal rigolé quand ils m'ont enfin transporté à l'hôpital.

— Normalement, ils auraient dû vous remettre directement à l'autorité militaire. À nos médecins. Vous savez, la décharge que vous avez signé comme quoi vous renoncez à la médecine civile pendant vos obligations. J'ai peur qu'au plan légal, un constat civil ne vous serve pas à grand chose.

Martellini avait l'air emmerdé aussi. Il se grattait nerveusement le sourcil droit.

— Voilà ce qu'on va faire : je vais intervenir personnellement et discrètement auprès de mes collègues municipaux, pour qu'ils vous fassent des excuses, orales, ça va de soi. Exceptionnellement, on ne retiendra pas la tenue volée sur votre solde. Peut-être même qu'on pourra vous dédommager sur des fonds occultes... Ne vous montrez pas trop dur ! Reconnaissez qu'ils ne pouvaient pas vraiment se douter... Et puis, ils ne vous ont pas touché... À propos de cette incapacité de travail de quinze jours, peut-être serait-il bon que nous jetions un coup d'œil afin de pouvoir faire état d'informations de première main dans nos rapports.

Oui, ça je voulais bien leur montrer comme ils m'avaient arrangé, les quatre saligauds. Après ils arrêteraient de prendre mon histoire à la légère... J'ai enlevé mon t-shirt et mon pantalon. En découvrant la bande qui comprimait mes côtes cassées, mon épaule en écharpe et les croûtes de mes jambes, ils ont secoué la tête d'un air navré. Martellini, regard compatissant, m'a fait signe du menton d'ôter mon caleçon, et j'ai montré mes couilles bleuies gonflées par un début d'œdème. Il a tendu le cou pour les regarder de plus près, et le tutoiement a repris de plus belle :

— Qu'elles sont grosses ! Et belles... Ils t'ont rasé à l'hosto ? Non ? T'as naturellement les couilles glabres ? Et ça, c'est vraiment de la queue d'hétéro cette petite bite de rien du tout ? Après tout ce qui t'es arrivé ? Et t'as même pas pris ton pied ?

Croyez-moi si vous voulez, mon Adjudant, mais après chaque question, la pointe de sa langue me chatouillait sous le gland. Abasourdi, j'ai tourné la tête vers le capitaine, qui m'a fait signe de la boucler, tandis que Martellini disait entre deux lampées :

— Expliquez-lui comment ça marche, mon capitaine, et que c'est dans son intérêt.

— Il te fera pas de mal Nadir. On est tous derrière toi. C'est les petits secrets de la famille. J'appuierai ta demande de retour anticipé à la vie civile. Et tu oublieras vite toute cette mauvaise expérience.

Martellini commençait à me sucer doucement. Le capitaine a continué un ton plus haut :

— Montrez-lui, Martellini, montrez-lui pourquoi vous êtes le chef.

Martellini m'a lâché la grappe. Il a eu du mal à baisser son froc trop juste. Il n'a même pas tiré sur son caleçon. Sa queue a jailli, aussi violacée que mes noix, pas très large, mais la plus grosse que j'avais jamais vu, épaisse comme une bouteille de bière. Le capitaine m'a dit :

— On fera en sorte que tu rentres dans tes foyers. Tout ce que tu as à faire, c'est de t'asseoir sur le fauteuil où est Martellini. Tu tends les fesses en arrière, et tu t'assois sur ses cuisses. C'est pas compliqué ?

Martellini salivait sa queue raide en crachant dans ses mains. J'ai jamais su résister à l'autorité. J'avais les larmes aux yeux en me retournant pour lui présenter mon derrière. Quand sa bouche m'a aspiré le trou et que sa langue m'a humecté la raie, le rouge m'est monté aux joues. Heureusement depuis la veille au soir, j'étais bourré de cachets anti-douleur. Il m'a semblé tout à coup que j'avais rien de mieux à faire que m'écarter les fesses, expirer un bon coup, et m'asseoir, comme tout le monde voulait. Avec le sang à la tête, j'ai regretté de pas avoir goûté à la carotte du flic municipal. J'ai repensé au médecin qui m'avait massé le rectum à l'hosto et Martellini m'a rentré son gland sans prévenir. Il a dit: "Souffle !" et je me suis retrouvé pénétré, lentement, avec une décharge d'adrénaline qui me cisaillait les reins et des petites étoiles dans la tête. Le capitaine n'en perdait pas une miette. Il se branlait sous son pantalon kaki, la main rentrée dans la braguette. Le flic ne remuait pas, sa matraque inoxydable imbriquée dans mon cul agitée de raidissement intempestifs.

— Maintenant que t'es bien installé, branle-toi. Le capitaine veut te voir jouir.

J'ai eu toutes les peines du monde à bander avec ce fer au cul. Le capitaine a sorti sa queue, une bite fine et blanche, qui ne devait pas voir souvent la lumière. J'ai pensé rendre service en avançant la main, mais avant que je l'atteigne il a eu un pas de recul en disant : "Non, on touche pas, je regarde seulement." Il n'avait pas fini sa phrase que son éjaculation m'a sauté à la tête, et la mienne est montée douloureusement de mes couilles meurtries. Martellini dans mon dos poussait des soupirs de satisfaction à chaque rasade :

— Ah, son cul se contracte, il me fait le casse-noisettes en jouissant ! Je vais larguer la purée...

Le brigadier m'a collée toute sa sauce dans le fusil. C'est comme ça que je suis devenu libérable. Mais, vous comprenez, mon Adjudant, je pouvais plus rentrer chez mes parents. Alors, je me suis bourré la gueule, je suis allé chez le tatoueur et je me suis fais écrire "Pas de chance", là, sur le bas-ventre, comme les bagnards et les marins de l'ancien temps. Puis j'ai pris le premier train pour Aubagne, et je me suis dit que quitte à en chier, je pouvais peut-être oublier tout ça à la Légion.

Derrière le bureau, l'officier recruteur, bite au poing sous son képi blanc, répond :

— Passe sous la table, soldat ! Montre-moi que tu sais aussi te taire. Après, on verra si tu peux signer chez nous...