Une histoire à découvrir
Bassin de boue
Ce matin le sergent-chef Mahmood était en pleine forme, cette nuit il avait bien niqué le sergent Mouloud qui avait beaucoup gémi et bien gueulé, reconnaissant ainsi sa supériorité. Il était quatre heures du mat' et sa section , à poil, au garde à vous, avait bien du mal à se réveiller. Ce n'est pas les quelques braquemarts bien bandés qui lui donneraient l'illusion que ces connards allaient se défoncer en quittant le dortoir. Il se rapprochait insensiblement de Stéphane, son souffre-douleur. Comment pouvait-on être aussi beau, avoir une bite parfaite, des balloches lourdes qui pendaient déjà bien et un cul bien rond qu'il ne connaissait pas encore ! Une baffe magistrale, Stéphane bougea... le rêve !
— Je croyais avoir dit qu'au garde à vous, c'est cul serré, pecs et paquet en avant, ligne bleue des Vosges et on ne bouge pas, c'est pas encore compris Stéphane ?
— Si chef !
— Ta gueule connard t'as bougé !
— Oui chef.
— Tu m'en fais cinquante ! Exécution !
Stéphane plongea à terre et lui en fit cinquante, cul serré, dos plat ; Mahmood râlait intérieurement, et en plus l'animal est très physique, très sportif !
À cinq heures, en flottant, t-shirt, le ventre vide, l'inspection terminée, la section attendait l'ordre du départ. Mahmood avait viré quatre pieux au carré, renversé deux placards, le tout accompagné de baffes destinées à montrer qui commandait. Personne ne mouftait mais tous savaient qu'une autre journée de merde commençait.
Mahmood, lui, savourait ce matin, les couilles bien vidées, reposé, il était en forme et le parcours qu'il avait préparé pour eux lui donnait encore plus la pêche.
Il grimpa dans la jeep dont Paulo le chauffeur avait rapidement giclé pour se flanquer au garde à vous à son arrivée. Bonne bête, il a des manières !
— Mouloud tu me les mets au petit trot et je vous veux dans une heure en haut de la colline, bien groupés et j'ai dit au petit trot, c'est clair ?
— Oui chef, brama Mouloud
La jeep s'éloigna dans un nuage de poussière. Vingt minutes plus tard, il était en haut de la colline.
— Paulo, les jumelles !
— Tout de suite chef.
Quarante minutes plus tard, bien groupée, le souffle court, ruisselante de sueur, la section se présenta où Mahmood l'attendait.
— Une demi-heure de repos !
Les gars se laissèrent glisser au sol, buvant sans en perdre une goutte l'eau du jerrycan que Paulo leur avait apporté.
Le parcours prévu par Mahmood était difficile, certes, mais dans leurs possibilités. Trois obstacles en particulier le réjouissaient : les tunnels en barbelés étroits et bas avec gravillon au sol, la corde suffisamment haute et longue qu'il fallait traverser en courant et le bassin de boue où Mahmood se posta avec à l'autre bout le docile Mouloud, armé d'un jet d'eau puissant pour bien les décrasser.
L'épreuve était simple, les gars arrivaient, se foutaient à poil à quatre pattes devant le bassin, Mahmood leur plantait une bougie dans le cul, l'allumait et les mecs devaient foncer, traverser sans éteindre la bougie, la tête totalement sous l'eau. À l'arrivée Mouloud vérifiait que la bougie était bien allumée, passait le gars au jet d'eau, ce dernier repartait vers le sergent-chef, remettait flottant, t-shirt, espadrilles et au pas de course continuait le parcours.
Les deux premiers n'appelèrent aucune remarque du sergent chef.
— Continuez les gars vous êtes dans les temps !
L'arrivée du troisième ne lui plut pas du tout, c'était ce con de Stéphane, tout à fait capable de finir dans les cinq premiers et de bénéficier de la perm' pour se vider les burnes, qu'il leur avait promise. Stéphane, prudent, vira flottant et t-shirt (qu'il plia soigneusement pour ne pas être accusé de détérioration de matériel) puis à quatre pattes il attendit la bougie et le top donné par le bruit du briquet. Mahmood planta sans ménagement la bougie, fit cliquer le briquet, Stéphane prit une grande inspiration et fonça cul serré pour garder cette putain de bougie allumée.
— Bougie éteinte, sergent-chef ! beugla Mouloud à l'arrivée.
Stéphane comprit qu'il ne serait peut-être pas dans les cinq premiers, il s'offrit au jet sachant très bien où Mouloud allait insister mais il se laissa faire. Arrivé prés du sergent-chef il allait se rhabiller quand ce dernier lui rappela :
— T'as encore deux essais si tu veux !
— Merci chef !
Et il se mit en place, se cambra plus, persuadé que c'était là la cause de son échec. Mahmood planta la bougie un peu plus profond, trouvant qu'un beau cul rond bien offert c'était bien agréable. Stéphane prit son inspiration quand le briquet cliqua et fonça, le cul toujours serré mais plus cambré.
— Bougie éteinte sergent-chef !
Passé au jet une nouvelle fois il revint se mettre en position. Comme il était en pétard quand il fut à quatre pattes, il cambra beaucoup plus, les genoux écartés, un plaisir pour le sergent-chef qui planta sans ménagement un peu plus profond la bougie ; Stéphane serra le cul, inspira et au déclic du briquet il fonça.
— Bougie éteinte sergent-chef !
Jet, retour, il s'habilla vite.
— Pas de bol Stéphane mais magne toi pour terminer, pas grave tu les garderas bien pleines !
Il termina troisième mais fut éliminé pour avoir raté une épreuve. Il fut bien chambré.
— Avec le cul que t'as t'aurais quand même put le cambrer ça aurait suffi !
Le sergent-chef établit son rapport qu'il transmit au lieutenant. Lorsque le capitaine le lut il le transmit au Colon avec un point d'interrogation face au seul échec du parcours. Le sergent-chef n'ayant pas d'explication supplémentaire, tout partit alors chez le CHEF.
Le lendemain Mouloud était convoqué. Le chef le fit attendre longtemps, le temps de réfléchir, de mouiller la chemise, cette méthode d'attendrissement qu'affectionnait le CHEF était souvent efficace. Mouloud avait de nombreuses années servi sous le CHEF, il le craignait tout en le sachant juste.
— Alors Mouloud, ça va ? Tu m'expliques tout ! Pourquoi il a échoué Stéphane ?
— Ben CHEF rien de spécial, la bougie était bien éteinte à l'arrivée ! Je sais pas...
— Mouloud , me prends pas pour un con, et tu vois là avec une réponse comme ça je suis déjà en train de penser à toi pour un long voyage, très long voyage, très loin. C'est dommage Aicha ta femme elle va être bien seule ici...
La chemise se teintait de plus en plus, Mouloud suait toujours au garde à vous. Il savait que la réponse attendue devait être la bonne sans dénoncer le sergent-chef !
— CHEF, la bougie elle a peut-être pas été allumée !
— Merci Mouloud, c'était un beau voyage, tu sais, six mois en Guyane dans un camp disciplinaire commandé par un pote à moi. Bien sûr tu fermes ta gueule, compris?
— Promis CHEF.
— Tu peux disposer !
Le chef convoqua le sergent-chef Mahmood trois fois de suite mais après des attentes toujours plus longues, le Viet son secrétaire l'informait que le chef ne pouvait pas le recevoir, on le re-convoquerait.
Lorsqu'il le reçut, personne ne sut jamais ce que le chef dit au sergent-chef (le Viet savait depuis longtemps que parfois il faut savoir ne pas laisser traîner ses oreilles) ; ni ce que ce dernier répondit mais le soir même il préparait son paquetage, il partait six mois... pour un long voyage, loin.