Une histoire à découvrir
Battements de cœur
J’étais seul, j’étais bien. Oubliés tous mes désirs, tous mes tourments. La soie du vent sur ma peau nue. Douce béatitude. Douce ivresse qui remue là-dedans. Calme, baisers des vagues contre les algues des rochers là en-dessous. Paix.
Il s’est approché sans que je l’entende venir. J’ai senti sa présence avant de le voir. Sursaut, gorge sèche, et battements de cœur désordonnés. Je savais le lieu fréquenté par des homosexuels. Les homos, monde étrange, inquiétant. Était-il celui que j’attendais ? Qu’allait-il dire ? Me faire ? La peur me nouait le ventre. Il n’a rien dit. Il n’a rien fait. Il m’a simplement montré ses dents dans un bref sourire éclatant. Serviette éponge étendue soigneusement. Fringues légères, vite ôtées, et rangées sur ses pompes. J’avais mille histoires dans ma tête.
On a très peu parlé. Comme à la terrasse d’un café. Petit cérémonial de l’huile solaire. J’admirais ses mains, ses doigts, le jeu du soleil sur le grain de sa peau. Si je voulais lui en passer sur le dos j’ai dû bégayer. Ma main elle, a su, elle a versé sans trembler, elle a étendu doucement, elle a suivi avec beaucoup d’application les lignes des muscles épouser les creux, recouvert les rotondités, jouer sur des axes, des courbes, des lignes, des rythmes, qu’elle semblait connaître depuis la nuit des temps.
Si je voulais moi aussi ? Mon corps s’est tourné de lui-même, ma joue sur le tissu éponge, lunettes glissant sur le côté, les yeux clos. Je me suis détendu peu à peu. Un à un, mes muscles se sont décrispés, détendus, dénoués, mon souffle est devenu plus profond. Plus lent même. Ses doigts étaient comme je les imaginais. Souples, fermes, nerveux, légers, chauds, glissants, précis, sans hâte. Ils se plaisaient à ce jeu de doigts et ça me faisait plaisir et ça m’excitait et le désir était là, troublant, grossissant, enflant en vagues généreuses. Était-ce seulement ses doigts, la paume de ses mains, le contact de ses genoux, ou de sa cuisse le long de la mienne qui me faisait cet effet. Ou bien, son souffle que je percevais dans mon cou. Était-ce son désir que je devinais avec une certitude troublante. Et ses doigts ? Mais où vont-ils, mais que font-ils ? Surtout pas avoir l’air choqué. Doucement, là oui, encore un peu d’huile. Ouahou.
Le trouble, ça tourne ma tête. Comment lui dire ? Comment lui faire comprendre ? Que j’aime ça, que c’est bon. Nous n’avons pas eu besoin de parler. Nous avons même ri. Au-delà de mes rêves, au-delà de mes espérances. Je n’ai jamais su son nom. Mais sa main, sa peau, les détails de son corps, je ne suis pas près de les oublier.