Une histoire à découvrir
Bayard
Quatre heures et vingt du matin. Je me suis dit, c’est l’été enfin, avec ces bouffées indolentes de chaleur et de vent incertain. La rue Saint-Denis se faisait déserte et mon pas vaguait dans des remous sous-terrain. Une nuit de bar, encore, une nuit de couche-tard qui s’endort. Je finissais de travailler, heureux, un vendredi qui avait bien marché. Au bar, tout le monde avait fait de l’argent, et tous les clients étaient contents, je marchais sur la rue, en souriant. Et puis bon, j’avais des allumettes mais plus de cigarettes. À cette heure tardive le garage restait la plus belle solution; à cette station les clopes sont moins chères et c’est tout près de la maison.
Il m’arrivait souvent de bifurquer à la station Esso, histoire de m’acheter quelque fumage et à la caissière dire quelques mots. Une fille que je trouvais sympathique et qui savait que j’étais homo. Nous avons eu parfois de longs bavardages pour passer le temps qu’elle assumait avec courage. Inutile de dire qu’elle vivait des nuits d’inquiétude, même si elle en avait l’habitude. Or, ce soir-là, elle n’y était pas. Je fus un peu déçu. C’est ainsi que je fus reçu par un nouveau venu, à la chemise entr’ouverte, aux seins joliment velus.
— Un Du Maurier régulier et une bouteille d’eau Perrier.
Il me répondit, sans me regarder:
— L’eau Perrier, c’est en arrière de toé.
Je m’informai au sujet de sa précédente. Il me répondit avec la plus grande indifférence:
— Elle est absente.
Devant si peu d’esprit, je rétorquai ceci:
— Ah, bon? merci. J’avais pas remarqué qu’elle n’était pas ici!
C’est alors qu’il me toisa, me soupesa, me sourit puis se reprit:
— Escuse-moé, je dis pas bien ce qu’il faut; c’est parce que je suis nouveau. Suzanne ne travaille plus ici, elle a quitté, c’est moé qui l’a remplacée...
Sur ces mots qui se voulaient plus gentils, j’ai payé et j’ai quitté.
Les nuits passèrent et il m’arrivait à nouveau, dépourvu de cigarettes, d’aller m’approvisionner à la station-service Esso. Le nouveau était désormais celui qui me répondait.
Se souvenant sans doute qu’il m’avait naguère répondu avec rudesse, il tentait maintenant d’être d’une conviviale politesse. Bien sûr, j’en étais flatté et de surcroît un peu excité. Ce jeune homme, je me dois de l’avouer, mettait le feu à mon âme, quoique évidemment des plus aux femmes. Et, malgré qu’il gardait toujours une certaine distance à mon endroit, il lui arrivait de faire quelque passe-droit, de me confier qu’il aimait fumer, parfois, et s’adonner délibérément à des excès de sexe, quelquefois. Bayard, il me dit qu’on l’appelait Bayard. En fait, son nom au long était Robert Bayard mais sa première blonde avait décidé de laisser tomber son prénom parce que c’était trop quétaine. Depuis tous ses amis l’appelaient ainsi.
Vint une nuit où je me pointai légèrement étourdi par une soirée d’alcool et de fumerie, avec Patsy, une de nos barmaids des plus dégourdies, une hétéro accomplie et la meilleure amie des gais du Plateau réunis.
Derrière son comptoir, mon straight lança:
— Patsy?
Agréablement surprise, Patsy répondit:
— Mon Dieu, Bayard! Comme c’est trippant, je viens ici, par hasard, acheter des cigarettes avec mon ami Jay-Dee, et qui c’est que je trouve-tu pas là, le beau Bayard, bla, bla, bla, bla...
Le caissier, Bayard, me regarda en fronçant les sourcils:
— Jay-Dee?, c’est pas le nom que tu m’as dit?
Patsy, volubile, battant des cils, s’empresse de régler le conflit:
— Ben non, c’est pas son vrai nom, c’est nous autres, au bar, on a décidé de le rebaptiser, en fait ce sont ses inititiales qu’on prononce à l’anglaise, c’est l’fun, hein, ça fait moins quétaine que son vrai nom...
Bayard fit un sourire en diagonale, c’est alors que je compris que sa première blonde était nulle autre que Patsy.
Patsy, excitée, tintinabulante de tous ses bracelets et colliers, ne cessait de bavarder:
— Ben oui, j’trouve que c’est tellement cool que d’avoir des beaux noms, bla, bla, bla, bla...
Patsy continuait son papotage sans réaliser que l’on commençait à se lasser, alors comme pour recapter l’attention, elle lança cette invitation:
— ’Magine-toi donc, Bayard, que je fais un party chez moi, samedi prochain, comme dans le temps, ça te tenterais-tu d’y venir?
Ce à quoi, Bayard, répondit avec empressement:
— Ben certain, ça fait tellement longtemps que j’ai pas fait des beaux trips comme on en faisait avant, j’vas demander ma soirée off au boss...
J’ai payé mes cigarettes et mon eau Perrier. Patsy, à l’extérieur, m’a révélé:
— J’ai ben remarqué, Jay Dee, que t’avais un oeil su’ le beau Bayard, j’veux pas te chagriner mais c’est pas ta poche de thé.
Je pouffai de rire:
— Voyons, Patsy, on dit pas ta poche de thé; on dit ta tasse de thé.
— Vraiment? En tous cas, dans son cas c’est une poche, parce que laisse-moi te l’dire, la poche, il l’a! Pis le body, ayoye! C’est ben dommage mais je pense pas qu’il te montre jamais ça; y’est tellement aux femmes! By the way, toi aussi t’es invité, mais je dois t’avertir que ce genre de party est ben straight. It’s up to you...
J’ai fait signe à Patsy, avec un haussement d’épaules que je ne savais pas, que j’y réfléchirais... Mais déjà dans ma tête, c’était tout décidé. L’idée de me retrouver dans un contexte inhabituel me fascinait à ce moment même.
Je me suis souvent ramassé dans des foires d’hétéros et j’ai souvent eu un plaisir fou à constater que ceux-ci aiment bien avoir parmi eux un délinquant, c’est-à-dire: un homosexuel, ils trouvent que ça fait changement...
L’aubaine était trop belle.
C’est ainsi que je me suis retrouvé le seul gai avoué dans un party de straights déchaînés.
Il devait bien y avoir une soixantaine de garçons et de filles. La musique vociférait à fond de train et ne semblait pas déranger les voisins. Partout, dans les pièces du grand appartement, on buvait, s’exclamait, on jouait à des jeux. Ici et là, les plus partis dansaient lascivement, les yeux fermés. Les gars faisaient semblant de ne pas trop cruiser les filles et les filles faisaient semblant de ne pas être trop intéressées à ce dont elles ne font que rêver. De mon côté, je n’avais pas de misère à trouver de la compagnie, l’alcool aidant, je me composais un trip agréable avec des gars et des filles qui m’avouaient rapidement être très à l’aise avec les gens gais. Bayard, de son côté en faisait tout autant et ne manquait pas de présence féminine qui l’invitait tantôt à danser, tantôt à fumer, tantôt à sniffer.
Si j’avais cru que je me rapprocherais de lui dans ce party, il ne me restait plus qu’à constater que je m’étais bel et bien trompé.
La veillée commençait à se faire hétérosexuelle en chien et je pensais, avant qu’il ne soit trop tard, à regagner les miens.
C’est alors que m’apparut le beau Bayard, une bière à la main, agréablement zinzin. Il me débita quelques banalités, puis m’empoignant par le bras m’invita à faire une tite ligne d’in toélettes, à côté. L’avouerais-je, je ne suis pas fervent de la poudre, ayant concentré mes exaltations à l’alcool, et encore, à l'occasion. Mais, là, ben coudon, je me suis dit que je pouvais bien faire exception.
Bayard a refermé la porte des toilettes derrière nous, prenant bien soin de glisser le verrou. Bayard me semblait soudainement un peu trop consciencieux; après tout, bien d’autres en faisaient un peu partout sur les lieux. Ici, il était clair que tout le monde connaissait le tabac. Bayard me donna le petit sac, et dit, comme ça:
— Fais-nous deux lignes pendant que je pisse; j’ai la vessie pleine à ras la canisse.
Je m’exécutai, coupant comme un pro la petite poudre sur un petit miroir d’auto. Bayard, lui, s’était dézippé et de sa main farfouillait dans son pantalon cherchant ainsi à sortir l’objet de son envie. Mine de rien, se sortant la queue, la tenant comme seuls les hommes peuvent si bien le faire, la pointant vers la cuvette, il me dit d’un regard goguenard:
— Amène ma sniffé icitte, j’vas la prendre pendant que je me soulage.
Je commençais à me demander s’il n’y avait pas une grande part de provocation dans cet innocent stratagème si sympathiquement polisson. Il agissait avec moi comme le font les hétéros naïfs; y’a rien là, une queue c’est une queue, on est tout’ fait’ pareil, et tatati tatata. Entre straights, ce charabia peut avoir une certaine allure mais quand on est avec un gai et qu’on le sait; y’a comme un désir d’agacer...
Docile, je fis ce qu’il me demandait, comme si cette situation en rien m’incombait. Le miroir sous le nez, je le faisais sniffer, pendant que j’en profitais pour lui regarder, de tout mes deux grands yeux, sa belle queue qui me faisait énormément tripper. Je ne ferai pas à croire qu’elle était grosse comme ça, qu’elle bandait déjà, et que des couilles comme les siennes on a jamais vu ça, ce serait faux. Mais, bonté divine, qu’on m’assassine si quelqu’un a déjà vu une aussi belle pine!
Autant Bayard s’en foutait plein le nez, autant je m’en foutais plein la vue; parce que, voyez-vous, sa queue, même dans son état le plus jeune, m’emplissait d’un désir éperdu. Vous savez, ce genre de queue qui pend de toute sa lourdeur, bien assise sur deux grosses couilles joliment poilues, qui rebondit mollement avec candeur, avec fierté, qui s’allonge subtilement parce qu’on l’a un peu agitée, qui se laisse découvrir, peu à peu, parce que deux doigts, innocemment, ont commencé à retirer son enveloppe épaisse et charnue afin de découvrir un gland soyeux et rosé, lustré comme un tissu satiné où perle à son bout une goutte, une larme salée.
C’est bien simple, je savais plus comment me mettre, où regarder, étant viscéralement attiré par l’image de ce beau fruit mûr, prêt à être mangé.
Bayard renâcla d’un seul trait la ligne cocaïnée et d’un geste du menton m’incita à faire du siphon. Ce que je fis, avec un frisson. Bayard, cependant, n’avait toujours pas pissé. C’est alors qu’il détacha sa ceinture et laissa glisser son jeans jusqu’à ses chevilles, il inspira fortement afin de ne rien perdre de ce qu’il avait reniflé et de ses deux mains empoigna les pans de sa chemise pour les remonter, au plus haut, juste en haut de ses pectoraux. Il me regarda droit dans les yeux, et me dit, d’un petit air baveux:
— Tu me trouves-tu beau?...
J’ignore encore si c’est ma sniffé qui fit cet effet mais j’eus, là, à cet instant même, une réaction qui me foudroya à la vue d’un si splendide paysage. Bayard avait le corps d’une carte postale que l’on reçoit d’un pays que l’on a toujours rêvé de visiter. Un corps parsemé d’ombres et de vallons, de routes sinueuses jonchées d’une fraîche végétation, avec, ça et là, des oasis de lumières, des précipices où on a envie de se jeter tant ils semblent parfumés au creux de leur plus creux, au fin fond de leurs ravins suaves parsemés de mousses bruissantes de clair matin.
J’étais halluciné.
J’ai simplement répondu:
— T’es beau en chien...
De nouveau il a reniflé et il a ajouté:
— T’es-tu capable de me sucer?
Capable? Qu’essé qu'y a dit? Capable? Y as-tu vraiment dit capable de le sucer? J’étais à boutte. Mais pas assez pour m’empêcher de m’exécuter. J’ai sauté dessus comme la misère saute sur le pauvre monde. Je me suis accaparé de son cul à bouche que veux-tu, l’effet de la coke sans doute! Je l’ai sapé comme savent saper les sapeurs devant un grand brasier, afin de dominer le feu qui sur tout son corps s’était allumé. Bien sûr, son érection n’était pas évidente, mais je prenais plaisir à le faire jouir, sachant très bien que j’en viendrais à me faire obéir, à dresser cette queue réticente, à la faire frémir tant et si bien qu’elle raidirait à en être subjuguée. À force de l’astiquer, le pommeau s’est mis à briller. Ainsi bandé, j’ai compris qu’il n’y avait plus rien pour l’arrêter. Tout son être s’était crispé, ses deux mains étaient dans ma chevelure agrippées. Levant les yeux, je pouvais voir son regard exalté, ses muscles gonflés, presque prêts à exploser. Son corps tout entier s’est mis à exhaler, recouvert d’une fine pellicule de sueur, sa peau entière était lustrée. Bayard gémissait cramponné à moi, le souffle saccadé, il ronchonnait en poussant sa queue dans ma bouche affamée. Sa queue, parlons-en, avait atteint une dimension que je n’avais pas imaginée et se tenait maintenant fière et dure, vibrante sous mes attaques répétées, rutilante de salive, je pouvais sentir sur mes lèvres abondamment mouillées, chacune de ses veines ostensiblement gonflées. Je l’avais, le beau Bayard, dans toute sa splendeur, dans toute sa virilité, le beau Bayard s’abandonnait maintenant, entièrement, au plus pur plaisir de l’homosexualité. Du fond de ses poumons, une sourde plainte se mit à gronder jusqu’au moment où il se mit à éjaculer. Dans ma bouche ce fut la débâcle, il me semblait que des torrents de sperme déferlaient, jaillissaient dans ma gorge, sur mes lèvres, dans mes yeux. J’étais aveuglé par sa belle performance, mais j’étais fier aussi par la mienne, car il faut bien le dire, Bayard était plutôt «avancé» et s’il avait réussi un si bel exploit, c’était un peu à cause de moi.
Malhabile, Bayard s’est reculotté, doucement je l’ai caressé, histoire de profiter encore un peu de cette chance ultime qui m’était donnée. Je regardais avec bonheur son corps agréablement musclés et j’en respirais le parfum légèrement épicé. Il se laissa faire, gardant encore sa chemise entr’ouverte, il me laissait farfouiller dans le poil doux de son torse, mes doigts faisaient le contour de ses côtes, glissaient sur ses hanches puissantes et serrées, pour aller se loger enfin aux creux de ses reins. Il s’approcha de moi et tendrement me serra dans ses bras, mais sa bouche évita confusément la mienne... Les journées passèrent, et les nuits aussi. Patsy, au bar, entre deux clients me demandait inlassablement:
— Qu’essé qui s’est passé dans les toilettes, à mon party?
Imperturbable, je lui répondais innocemment:
— Y s’est rien passé, Patsy, on ajuste fait une ligne...
— Une ligne!?! Juste une ligne? Ben voyons, prends-moi pas pour une niaiseuse. Vous avez passé une heure enfermés là-dedans à brasser comme des laveuses. On était à peu près douze à attendre à porte, on en pouvait plus de se retenir, on était à moitié mortes. On a eu beau gémir, y’avait pas moyen de vous faire sortir...
D’ordinaire, Patsy et moi, on se raconte franchement toutes nos baises mais, en ce qui concernait Bayard, je savais qu’il était préférable de ne pas dire un mot, de peur de violer le secret de mon bel hétéro. Et puis, secrètement, j’espérais le reposséder à nouveau, s’il apprenait que j’avais tout raconté, mon projet tomberait, à tout jamais, à l’eau.
Impatiente, elle m’a jeté:
— Dis-moi pas qu’il a reviré? Pas encore un autre de gaspillé! Bien vite, il nous en restera pu si vous arrêtez pas de tout’ nous les sauter!!!
— Patsy, cesse de t’énerver; t’as ben plus de chance que moi de le baiser. Tu l’as déjà dit, les hommes c’est pas sa poche de thé.
— Merci, Seigneur Jésus, ch’us rassurée...
Résolument, l’été s’était installé. Une douce folie s’insurgeait dans les rues de Montréal. Par certaines journées où les rayons du soleil étaient particulièrement échauffés, on pouvait voir déambuler des cuisses, des bras, des poitrines, des corps au complet sans complet.
Je n’avais pas osé retourner au garage, je n’en avais pas eu le courage. Je considérais que ça pourrait faire téteux, je ne me voyais pas aller zouiffer devant le comptoir de mon beau ténébreux.
Et pourtant, Dieu sait à quel point le souvenir de cette soirée m’avait hanté. Par ailleurs je me trouvais bête de penser à lui, qu’est-ce que cette relation pouvait m’apporter? J’avais presque décidé de l’oublier lorsqu’un jour, sur la rue, je l’ai rencontré. C’est fou, tout en moi s’est déréglé, je cherchais mes mots et j’arrivais mal à m’exprimer. Bayard, par contre, était radieux dans son petit chandail bleu. Il semblait particulièrement heureux. Innocemment, il me demanda:
— As-tu cessé de fumer?
— Fumer? heu, non... je fume toujours, pourquoi donc?
— Ben, il me semble que ça fait longtemps que t’es pas venu t’acheter des cigarettes au garage.
— On a un spécial, deux paquets pour un. Viens ce soir, je travaille jusqu’à minuit, tu vas faire des économies.
Il m’a tapé un p’tit clin d’oeil piégé, et s’en est allé.
Des économies? Il m’a dit que j’étais pour faire des économies? Franchement, ce ne sont pas des économies que je voulais faire avec lui, mais des dépenses... des dépenses d’énergie.
De plus, il me semble que ça fait louche son spécial à deux paquets pour un...
J’ai pris ma douche, je me suis changé et comme par hasard à dix heures et demi, mon paquet de cigarettes était fini.
— Elles sont combien vos cigarettes?
— Trois et vingt cinq, monsieur. Mais si vous aimez le tabac brun, les américaines sont à deux et soixante quinze. Les allumettes sont gratuites.
Bayard était d’humeur à la plaisanterie. Il semblait content que je l’aide à chasser son ennui!
Accoudés au comptoir, chacun de notre côté, il m’arrivait de cesser de rire et de me surprendre à le regarder. Bayard n’avait jamais été si beau. Ce gars-là, véritablement, me fascinait. Je n’arrivais pas à déceler exactement ce qui me perturbait; ces allures de gentil macho, cette façon de m’enligner, son charme de gigolo ou toute cette perversité que je savais plus ou moins réservée.
— Rentre par la porte de côté pendant qu’y a personne pour tinquer, je l’ai débarrée...
Prenant bien soin de ne pas passer dans le champ de la caméra de surveillance, je me glissai furtivement à l’intérieur de la cabine où je fus invité à m’installer avec déférence dans un minuscule réduit qui servait de bureau, de vestiaire et d’armoire à outils.
J’étais des plus excités et visiblement Bayard l’était tout autant. Il ne cessait de remonter le stock de son entrejambe que je croyais voir grossir à chacun de mes regards. Chez Bayard, il y a deux personnalités; il y a le côté mâle, celui qui régente toutes ses attitudes d’homme qui ne s’en laisse pas imposer, ce côté un peu baveux qui est fier de montrer ses bras, d’ouvrir sa chemise afin qu’on voit bien ses beaux pectoraux bien formés légèrement recouverts d’un duvet foncé, des poils tous dans le même sens couchés. Et puis, il y a l’autre, celui qui déconcerte au moment où on s’y attend le moins, le Bayard au sourire enfantin, au regard polisson et à la fois incertain. C’est sûr, il aime le jeu, il aime le risque aussi. Il aime baisser ses culottes derrière le comptoir et ainsi, les fesses à l’air, sérieux comme un fonctionnaire, il sert son client, sachant parfaitement que moi, derrière, je bave à voir son arrière-train presqu’à la portée de ma main. Il le fait exprès et ça me plaît. Je suis convaincu que cette sorte de jeu nous appartient d’ores et déjà, je suis convaincu que j’ai déjà cette sorte d’emprise sur son cul, je suis convaincu qu’avec moi, il se libère de son vécu.
Ai-je tort, ai-je raison? Peu importe, la vision qui se présente à moi est affriolante, caché dans mon petit cagibi, je dévisage le cul magnifique de ce garçon qui dans l’exercise de ses fonctions me présente le fond de son fond, et sa queue au gland si rond, aux doux replis mignons qui déjà font des petits bonds, candides vers le plafond. J’exulte de le voir agir avec tant de maîtrise comme si toute sa vie il dut cacher ce désir inassouvi.
Et lorsque le calme gagne la petite cabane, Bayard s’amène du côté des plaisirs pas normaux et glisse voluptueusement sa queue érigée comme un drapeau et râle lorsque je lèche son brillant pommeau. C’est alors que j’attaque mon fort Bayard, défonçant la forteresse de ses retenues et tendrement ma langue pénètre son cul...