Une histoire à découvrir
365 nuits d'adieux (40): Le douanier
Le train de nuit file vers Quévy, frontière franco-belge selon la S.N.C.F. Au prochain arrêt, Jeumont, on sera en France, et de là, plus qu'à trois heures de Paris où Bastien ne s'attend pas à me voir revenir si tôt. Une main me secoue, qui me tire de mon rêve :
— Police des frontières, monsieur, dit le douanier penché sur moi dans son uniforme bleu azur aux parements rouges et or.
Un instant je me crois revenu à l'armée devant sa sale gueule, boule à zéro, mâchoire proéminente, nez aplati par plusieurs fractures. Deux autres douaniers fouillent les bagages de suspects chevelus, car le train vient d'Amsterdam.
— Je peux voir votre sac ? grogne la trogne d'aryen.
Il se jette sur la trousse de toilette, en extrait mon tube de dentifrice avec l'air rusé du mec au courant, le tripote à le faire éclater. Visiblement déçu, il dit sèchement :
— Suivez-moi pour la fouille.
Fouille rapprochée dans les toilettes de deux ou trois personnes par wagon, c'est la méthode. C'est toujours des mecs qui y passent afin qu'il n'y ait pas d'ambiguïté sur leurs intentions.
— Et si je refuse ?
— Vous descendez avec les bracelets à la prochaine et on vous fait ça dans les locaux, mais je vous préviens, c'est pas des tendres, mes collègues.
Faut pas abuser des bonnes choses, mieux vaut obtempérer. Au passage, il me fait renifler par son clebs qui me colle la truffe au cul, là où ça sent la sueur. À chaque fois qu'il lui ordonne "cherche", le cabot montre les dents et je sens la peau de mes couilles se rétracter à l'idée du coup d'incisives. Le douanier pose son képi pour être plus à l'aise et me pousse dans les chiottes de la voiture corail. On tient à peine debout à deux là-dedans. Il verrouille la porte. Je lui fais remarquer que je viens de Bruxelles, billet à l'appui. Le décors rend le dialogue surréaliste :
— Vous avez très bien pu jeter le complément de billet et échapper à mes confrères belges.
Il écarte les pans de mon blouson et me tâte les côtes, très pro, sans la moindre ombre de sourire. Il me fait défaire mes chaussures, baisser mes chaussettes. Le roulis me projette contre lui, qui, campé, jambes écartées, garde son équilibre. Comme il fait deux têtes de plus que moi, je m'écrase la gueule sur ses boutons de cuivre.
— Excusez, mais je vais être obligé de vous demander de baisser votre pantalon.
— Je risque pas de planquer quoi que ce soit dans mon slip, j'en porte pas.
— On est entre hommes, y a pas de honte, ce sera vite fait, vous vous retournez, vous appuyez les mains sur la lunette.
Je déboutonne lentement mon jeans. Rouge à la fois de colère et de honte, je me penche en avant. Il tire du distributeur une serviette en papier, m'essuie la raie, et je sens son pouce et son index m'écarter l'anus pendant qu'il se baisse, armé d'une petite torche, pour regarder à l'intérieur. Tout à coup, son doigt, sur lequel il a fait couler un filet de savon liquide, s'introduit en gigotant pour s'enfoncer plus aisément. La brûlure acide du savon me picote la muqueuse. Il cherche en tournant si aucun corps étranger ne dépasse. La trique du réveil me revient illico malgré mes efforts désespérés pour débander qui me font resserrer le sphincter. Je trouve qu'il pousse un peu loin la conscience professionnelle :
— Vous ne croyez pas que vous abusez de la situation ?
— On me la fait pas, dit le douanier dans un gloussement grave. Ça n'a pas l'air de te déplaire tant que ça.
Et, passant l'autre main sous mes couilles, il tâte ma gaule pour vérifier. Avec le tutoiement humiliant - mais je ne suis plus en position de lui demander de me vouvoyer et de garder ses distances -, le majeur vient se glisser par-dessus son index. Il tente même de rentrer l'ongle du pouce. Je halète, je cède complètement, je m'ouvre en grand pour lui faciliter le travail. Son clébard gratte et gémit à la porte de la cabine. Il doit trouver que je deviens bruyant pour me bâillonner avec la main qui me fouillait, parfumée, malgré le savon, par l'odeur de mon intérieur. Je reste le cul tendu vers lui, demi inconscient, désireux d'aller jusqu'au bout maintenant qu'il est complice et que je crois avoir échappé au pire.
Justement le pire m'envahit dans l'instant : je n'ai pas vu sa queue ; on dit que c'est pas les plus grosses qui font le plus mal, alors il doit pas avoir une énorme quille. Le déchirement irradie dans mon ventre. J'ai porté la main gauche à ma queue pour me branler et supporter stoïquement. D'une poigne de fer, il m'a saisi le poignet pour que je repose la main sur la cuvette. J'avais pas droit au plaisir, je ne devais pas me montrer consentant ; ses coups nerveux m'envoyaient cogner contre le mur. J'essayai de poser un genou sur la lunette, il me tirait en arrière comme un cheval par la bride, appuyé sur mon dos de tout son poids, m'étranglant avec son bras pour que je me cambre. Il m'a joui sur les cuisses, s'est essuyé, m'a coincé un morceau de P.Q. dans le trou, s'est tiré sans un mot. Par terre dans la mouillasse, je me suis branlé, le cul en feu.
Jeumont : j'entends les douaniers descendre du wagon. L'un dit :
— C'était long ta fouille.
— J'étais sûr qu'il cachait quelque chose cet enculé, répond la voix grave.
— Tu lui a regardé le cul aussi ?
— Ça va pas, non ! Je suis pas un sale vicieux comme vous ! On croirait que ça vous fait bander ces saloperies...