Une histoire à découvrir
Beau comme un dieu grec
Je suis passé par deux phases, à partir de mes quinze ans, dans la découverte que je faisais de mon attirance invisible pour le sexe masculin. D’abord, une sorte de peur, de repli sur moi-même, qui a duré des années. Si bien qu’en entrant à dix-neuf ans en fac de Lettres, lorsque j’entendais un groupe de copains dire : «Untel est un pédé», je riais avec eux, me moquant moi aussi. Il me semblait que, par ce mépris, je me sauvais moi-même.
Ce «Untel» s’appelait Marcel, un type d’ailleurs sympa, mais que j’évitais comme la peste. Trois années ont passé et, en licence, je me suis retrouvé dans le même groupe de travaux dirigés que lui. J’ai commencé à échanger quelques mots avec lui. Un jour, il s’est retourné et m’a souri, et j’ai rougi violemment, sentant en même temps mon sexe se tendre. Commença alors pour moi une terrible lutte intérieure. À quoi rimaient mes masturbations solitaires ? J’allais donc faire ça toute ma vie ? D’un autre côté, une peur, celle d'être pris dans l’engrenage et surtout d’être « étiqueté » puis rejeté, m’étreignait...
C’est le destin qui a donné un coup de pouce. Le prof de nos travaux dirigés, agacé par le manque de volontaires quand il demandait des exposés, a désigné des groupes de deux étudiants par sujet à étudier. Le sort nous a rassemblés ! Il fallait se rencontrer, et Marcel m’a invité chez lui. Il est temps que j’évoque son visage fin, ses cheveux blonds, son corps athlétique qui contrastait avec ma maigreur et ma fragilité. À peine entré chez lui, j’ai pu vérifier ce qui m’avait été raconté sur lui. Ses murs étaient recouverts de posters de garçons nus, dont certains enlacés, et il y avait même sur son bureau, dans un cadre doré, deux garçons en plein 69. Il a vu mon malaise et s’est excusé.
«Je suppose,» m’a-t-il dit, «que tu sais de quel côté je suis, et que cela ne te choque pas ?» J’ai balbutié que non, et nous nous sommes mis au travail. Façon de parler, car je ne cessais pas de bander, et je n’arrivais pas à me concentrer un tant soit peu. Il a fini par s’impatienter. Il s’est arrêté net au milieu d’une phrase, et a plongé son regard bleu dans le mien : «Oh ! Tu es là ?» La gorge nouée, j’ai murmuré : «Non, pas très bien, euh, je ne suis pas très bien...» Il s’est levé, s’est calé dans un fauteuil, et m’a fait un signe de m’asseoir sur l'autre.
Et voilà comment les confidences ont commencé. Lui, disait les choses net et crûment, et moi, je m’empêtrais dans mes phrases, honteux, cœur battant. «Tu aurais besoin d’être déniaisé, tu sais...» Je me sentais cette fois à ce fameux carrefour. Mais mon corps avait choisi : tout entier, il appelait l’expérience, tout entier, il brûlait du désir de la «rencontre». «Si tu veux, on se douche ensemble, et après, tu feras comme tu voudras...» Il a plongé le séjour dans la pénombre, je me suis dévêtu, et je suis resté là, confus. Revenant de la salle de bains où il avait commencé à faire couler l’eau, il m’est apparu en contre-jour, massif, beau comme un dieu grec. Il m’a pris par la main. Ah ! L’ivresse chaude de nos corps enlacés ! Ah ! La friction savonneuse, la découverte de ses muscles épais, de cette chair ferme et tendue. Par moments, il me retournait, me soulevant comme un fétu. Quelle force !
Ensuite, il a jeté sur moi une sortie de bain, et m’a entraîné sur son lit. C’est là que j’ai reçu ma première «leçon» d’amour masculin. Ce n’était qu’une initiation, mais je me libérais brusquement, me montrais fougueux, avide de tout sentir. Il semblait vouloir se contenter de me sucer, le plaisir était intense, et pourtant, je voulais davantage. Il s’est mis un préservatif, m’a lentement graissé, m’a fait mettre à quatre pattes, et a fait ses premières tentatives... Je serrais les dents car j’éprouvais des douleurs irradiantes plutôt pénibles. Soudain, je l’ai senti s’enfoncer au plus profond : impression inouïe ! Dès lors, le processus s’est enclenché, et j’ai perdu un peu conscience, n’étant plus que jouissance exaspérée.
Telle a été notre première «préparation d’exposé». Il m’a confié son extrême plaisir, car il possédait mon corps très mince, le manipulant comme une plume. Moi, j’étais fasciné par cette force, cette puissance, qui s’imposait et me dominait. Depuis deux ans, nos rencontres sont régulières. Hélas, voici venu le temps des concours, et mon cœur se serre à l'idée que l’un de nous pourrait partir au loin. Mais je ne veux pas y penser. Marcel, c’est pour toute la vie que je m’offre à toi !
Jérôme, 23 ans.