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Une histoire à découvrir

Beau et la bête (1)

Il était une fois un marchand qui était extrêmement riche. Il avait deux fils très différents. Comme ce marchand était un homme d'esprit, il n'épargna rien pour l'éducation de ses enfants et leur donna toutes sortes de précepteurs pour leur apprendre les choses de la vie. Son aîné était très intelligent mais manquait de grâce ; son cadet était d’une beauté à faire pâlir Brad Pitt et se faisait admirer par tout ceux qui le rencontraient.

— Dieu, qu’il est beau !

— C’est un beau mec...

— Plus beau que lui, ça n’existe pas...

Il n’y avait que «beau» pour le qualifier ; en sorte que le nom lui resta. Beau sortait en boîte et ne rentrait qu’aux premières heures du jour. Son père lui posait des questions mais le jeune homme restait vague sur ce qu’il faisait de ses nuits... Lorsque son père lui annonça que la fille d’un banquier était follement amoureuse de lui et qu’il devrait penser à se «caser»... avec un beau parti... Beau lui rit au nez et lança :

— Si tu crois que c’est ça que je désire !

— Je sais que tu es jeune, Beau, et que tu as peur parce que tu ne te sens pas prêt...

— Je ne serai jamais prêt pour ça ! (ça c’était le mariage !)

À la fin de l’année 2001, des mouvements boursiers défavorables portèrent un coup fatal au père de Beau. Le marchand qui se sentait coincé perdit aussi de grosses sommes d’argent au jeu. Il fut contraint de se débarrasser de ses parts dans la société qu’il avait créée de toutes pièces.

— Je suis ruiné ! confia-t-il à ses fils.

— Tu es vivant... N’est-ce pas la plus grande richesse ? lui répondit l’aîné.

Son second fils ne réagit pas avec autant de philosophie.

— Qu’est-ce que tu as fait ? Tu as tout perdu. Tu as pensé à nous ? Non, ça, tu t’en fous... Peux-tu me dire ce que nous allons devenir ?

Effectivement, il y avait lieu de s’inquiéter. Il ne lui restait qu'une petite maison de campagne, bien loin de la ville, et il était probable qu’il doive également s’en séparer.

— Je vais m’y retirer un certain temps, loin du déchaînement de la presse... Vous savez où me trouver !

La vie continua tant bien que mal pour les deux fils. L’aîné s’occupa de la maison et trouva un travail de secrétaire dans une banque. Beau, gêné par le scandale, changea de nom et se fit appeler «Bello».

Bello refusa de travailler. Lorsqu’il dût se séparer de sa Ferrari, il fit une crise. Ce changement de vie le rendait extrêmement agressif. Il y avait un an que la famille vivait dans un certain dénuement lorsque le marchand reçut une lettre d’Amérique. Elle lui annonçait qu’un avion atterrirait le lendemain sur un aéroport proche avec une mallette remplie de documents très importants. Le père savait depuis longtemps qu’il avait été la victime d’un complot destiné à le ruiner. Cette lettre lui prouvait qu’il avait raison et que quelqu’un voulait lui donner le moyen de s’en sortir en faisant éclater un grand scandale financier. Il expliqua ce qu’il en était à ses fils. Bello lui demanda si il pourrait bientôt lui rendre sa vie d’autrefois.

— Tu m’achèteras la nouvelle Ferrari, n’est-ce pas, père ?

Le père se tourna vers l’aîné lorsque Bello fut sorti et il lui demanda :

— Tu ne me pries pas de t'acheter quelque chose ?

— Je t’ai déjà dit ce que je pensais de tout ça... Tu es vivant et ça me comble de joie.

Le père partit. En arrivant à l’aéroport, il attendit l’avion, caché dans l’ombre d’un haut mur. Il attendit longtemps. L’avion arriva enfin et ce qui se passa lui enleva définitivement tout espoir de s’en sortir. Une fusillade éclata sur la piste. Le porteur de mallette s’effondra au pied de la passerelle et un motard s’empara de l’objet convoité pour disparaître à toute vitesse.

Le père se mit à poursuivre la moto et sa folle course l’emmena devant une énorme propriété. La moto était passée de l’autre côté du portail et elle filait vers une bâtisse que l’on devinait derrière les feuillages. Le père attendit la tombée de la nuit dans sa voiture et décida d’entrer dans la propriété. Tant bien que mal, il passa par-dessus la grille et se dirigea vers l’habitation gigantesque. La lune était faible et il s’approcha sans problème d’une porte. Bizarrement, celle-ci était ouverte ! Le père pénétra donc dans la demeure à la recherche d’une réponse à ses questions. Qui était donc le propriétaire des lieux ? Était-il le commanditaire de sa faillite ? Pourquoi avait-il fait cela ? Gravissant une à une les marches de l’imposant escalier menant aux étages, le père ne remarqua pas qu’on le surveillait. Soudain, alors qu’il visitait un bureau au premier étage, une voix se fit entendre :

— Je vous attendais !

Silence.

— J’étais persuadé que vous viendriez... Vous êtes un homme de ressources...

— Qui êtes-vous ? Que voulez-vous de moi ?

— De vous ? Pas grand chose...

L’homme resta longtemps dans la pénombre et le père n’osa s’approcher.

— C’est à vous que je dois ma... ruine, n’est-ce pas ?

— C’est à moi que vous devrez peut-être votre résurrection !

— Ne vous moquez pas de moi en plus...

— Je n’ai pas envie de me moquer de vous. Je veux vous parler de votre fils...

— J’ai deux fils !

— Un seul m’intéresse ! Beau !

— Qu’est-ce que Beau vient faire dans toute cette histoire ?

— Ouvrez le dossier vert qui se trouve sur le bureau.

Le père se dirigea vers le meuble, saisit le dossier et l’ouvrit. Ce ne fut pas vraiment une révélation pour lui... Il avait des doutes depuis longtemps... mais il y eut tout de même un effet de surprise. Là, devant ses yeux, s’étalaient une vingtaine de clichés photographiques d’un genre assez particulier. On y voyait Beau, à quatre pattes sur un lit, se faisant enculer par un noir musculeux.

— Vous saviez, n’est-ce pas ?

Silence.

— Vous ne vouliez pas vous l’avouer mais, au fond de vous, vous connaissiez la vraie nature de votre cadet.

— Je ne comprends pas... C’est du chantage ? Que voulez-vous encore de moi ?

— Que pourriez-vous encore me donner ? Vous n’avez plus rien !

— Voilà ! Alors, expliquez-moi...

— Je veux votre fils.

— Pardon ?

— Je le veux pour moi comme sur cette photo.

— Vous êtes un malade !

— Votre fils souffre de votre ruine, ne le niez pas... Il aime le luxe, la richesse et... les hommes ! Je peux lui offrir tout ça...

— Vous voudriez que je vous livre mon fils pour...

— Vous avez juste à lui expliquer ce que je lui propose. S’il accepte, vous retrouverez tout ce que vous avez perdu...

— C’est ça ! Et vous croyez que je pourrais encore me regarder dans un miroir ?

— Beau est malheureux, mon ami.

— Je ne suis pas votre ami.

— Sans doute, oui, excusez-moi pour ce lapsus...

Le père s’apprêta à quitter la pièce.

— Ne partez pas si vite. Ouvrez le dossier bleu...

— Qu’est-ce que...

Le père s’exécuta. Là, il poussa un petit cri et fit un pas vers l’arrière.

— Ordure ! Qu’avez-vous fait à mon autre fils ?

— Calmez-vous, calmez-vous ! Hier, nous l’avons — disons — emmené avec nous... C’est un garçon très coopérant. Il nous a suivi parce qu’il vous croyait en danger. Il est sans doute aussi un peu naïf car c’est lui maintenant qui nous sert de monnaie d’échange. Voilà donc mon deal... Vous m’envoyez Beau ici dans moins de 24 heures et je vous rends fortune et fils aîné...

— Vous n’êtes qu’un...

— Chuttt... Ne dites rien que vous puissiez regretter un jour ! Je suis juste un homme fortuné qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient toujours. Je vais vous faire raccompagner par mon maître d’hôtel... N’oubliez pas... Je veux Beau dans moins de 24h...

Le père savait qu’il était inutile de discuter avec cet homme.

— Expliquez la situation à Beau... Faites-le à votre façon... Sachez que je lui donnerai tout ce qu’il désire le plus au monde ! Il faudra juste qu’il s’habitue à... ceci !

L’homme était sorti de l’ombre et se trouvait à deux mètres du père. C’était un homme grand et bien bâti mais son visage était barré d’une longue cicatrice disgracieuse et de plusieurs autres plus petites.

— Il apprendra à accepter... comme moi !

À suivre...

Dernier courriel connu de l'auteur : dirtygayhairy@hotmail.com