Toutes les histoires

Une histoire à découvrir

365 nuits d'adieux (41): En grève

Moi qui prends le train quotidiennement, je ne râle jamais les jours de grève. J'étais sur Paris-Orléans au moment des grands débrayages. Il partait un seul train le matin, on ne savait jamais trop quand, entre cinq et sept. La foule se massait dans les wagons-salons du Corail, délaissant les compartiments où les militaires s'installaient pour dormir tranquille. Le nez dans mon bouquin, je m'aperçus que je n'étais plus seul lorsqu'il demanda :

— Ça ne vous gêne pas que je tire les rideaux côté couloir ?

Sans doute ne voulait-il pas de compagnie supplémentaire, puisqu'il en profita pour tirer le verrou. Ce n'était pas un petit bleu crâne rasé, mais un jeune cadre, style loup dynamique, Westons, chaussettes jacquard vert pomme, que je voyais régulièrement le matin sur la ligne. Je renonçai volontiers à ma lecture quand il éteignit le plafonnier. Le train s'ébranla. Le compartiment baignait dans la faible lumière irréelle dispensée par la veilleuse violette. À peine avions-nous traversé les premières banlieues que la motrice perdit de la vitesse. Le long des voies, les grévistes en groupes, agitant des drapeaux rouges ou noirs, avaient allumé des feux qui liquéfiaient les dernières plaques de neige. Parfois les hommes faisaient des signes au passage du train. Parfois le convoi s'arrêtait quelques minutes avant de s'ébranler à nouveau pour parcourir à une vitesse d'escargot les quelques kilomètres qui nous séparaient du barrage suivant. Sur la banquette d'en face, le petit businessman ne profitait même pas de ce paysage de guerre civile. Il terminait sa nuit, ses grosses cuisses ouvertes gonflant les jambes étroites de son pantalon beige.

C'était au milieu des grèves aussi, deux ans auparavant, que s'était produit l'incident qui avait mis fin à mes efforts pour me couler dans le moule hypocrite de la vie conjugale :

— Qu'est-ce qu'il a à me regarder la braguette, celui-là ? avait aboyé le loubard. Touche à ton cul, pédé !

Dans la surprise du réveil, je n'avais pas pu contrôler mon regard. Faut dire que le mec, lui, ce vicieux, faisait semblant de dormir, pattes écartées, et son jean usé moulait une paire de couilles encombrante. Ils s'étaient installés, ses deux compères et lui, dans mon compartiment, pendant que je somnolais dans mon costume trois pièces.

— Tu veux le voir mon braquemard ? menaça celui qui me faisait face.

Ça allait mal tourner. Je suis pas particulièrement coincé, mais trois brutes à six heures du mat, il y a mieux pour commencer une journée de travail ! Je tentai de leur échapper. Le troisième m'attrapa par la ceinture avant que j'aie eu le temps de gagner le couloir. Le petit brun verrouilla la porte. J'étais bon pour subir. J'étais mal barré. D'autant plus qu'au moment où ils me tiraient vers l'intérieur, j'avais eu un flash : celui qui jouait le chef, le blond au teddy, la boule rasée, je l'avais déjà rencontré quinze jours plus tôt, alors qu'il voyageait sans billet. J'avais même eu le tort de prêter main forte au contrôleur qui l'avait descendu par le colback en gare de Villeneuve-Saint-Georges. Il allait m'apprendre à m'occuper de mes affaires. C'est la promesse qu'il m'avait fait en tentant de me cracher à la gueule ; mais le glaviot s'était écrasé sur la porte du wagon.

— Pas de ça, Lisette ! Mets-le à genoux, cet enculé !

Le petit brun me tordit le bras en m'enfonçant son genou dans l'épaule. Le blond fit sauter les boutons de sa braguette et approcha de mes lèvres son slip lâche taché de jaune. Un gros gland violet pointait sur le côté. Le troisième me regardait en rigolant et se malaxait la queue à travers le jean. Deux baffes suffirent à me convaincre de l'ouvrir sans protester. Le pieu du blond s'enfonça dans ma gorge ; il pistonnait de façon désordonnée, voulait me la rentrer jusqu'aux couilles tandis que son jean glissait le long de ses cuisses trop maigres. La peur m'encourageait à bien faire, même si je manquais d'expérience : j'enroulai ma langue autour de son gland, en salivant tellement que je lui bavais sur les couilles. Il fléchit sur ses jambes et dit :

— C'est qu'il aime ça, ce con !

— P't'être bien qu'il jouit du cul aussi, fit le troisième qui s'était débraguetté, exhibant la tête de mort tatouée sur sa cuisse gauche.

Les trois se jetèrent sur moi comme un seul homme, m'arrachèrent pantalon et caleçon avant de m'allonger sur la banquette, à plat ventre, en me tenant les épaules et les chevilles. Je ne bandais même pas, j'avais la trouille au ventre, une sensation de vide intense dans l'estomac. Justement ils avaient l'intention de me remplir. Le bout dur et sec du troisième larron cogna contre mon trou. Je voulus crier, mais le blond m'enfonça la tête dans la banquette au moment où je sentis l'horrible déchirement, la progression violente de la queue qui me faisait sauter le pucelage. Sans me donner le temps de souffler, le loubard se mit à limer. Ses couilles claquaient contre mes fesses. La douleur s'atténua un brin, je sentis la chaleur m'envahir et, tandis que le rouge de la honte me montait aux joues, j'éprouvai pour la première fois l'envie d'être fourré. Mais comme ils continuaient à me caler la tête dans les coussins, ils ne risquaient pas de le voir. J'essayai de soulever le bassin pour dégager ma queue qui frottait contre le faux cuir des sièges, ce qui m'empala jusqu'à la garde. Le blond en profita pour me tirer par les cheveux afin de me recoller son zgueg dans la bouche. Le mec dans mon cul accélérait ses poussées et déchargea en giclées brûlantes. Le petit brun attendait son tour, jean aux chevilles :

— Vas-y mon gars, il est bien ouvert maintenant, tu t'écorcheras pas la teub.

C'était une murène dans son slip, vingt-trois centimètres, au moins. Je pris toute la mesure du monstre quand il essaya de me pénétrer. J'essayai de me détendre, et son engin de torture s'imbriqua pouce après pouce dans mon fondement. J'en pleurais, tellement c'était inédit. Le blond encourageait le puceau :

— Vas-y petit, profite. C'est plus étroit qu'une meuf, hein ?

Le petit mec s'effondra sur mon dos, et laissa sa bite dégonfler dans mon cul après avoir joui. Il me fallut un bon quart d'heure pour reprendre mes esprits ; le temps pour eux de filer en douce. Dans mon veston déchiré, il n'y avait plus ni billet de train ni porte-feuille. J'ai considéré dix minutes l'idée de porter plainte. Mais ce qui me chamboulait vraiment, c'est qu'au bout du compte, même sans jouir, j'avais pris mon pied. Alors j'ai décidé qu'il valait mieux aller voir un psy que les flics. Le vrai choc, c'était que j'avais fini par consentir et coopérer, preuve que j'étais pas si hétéro que je voulais bien croire.

Ce jour-là, je ne suis pas allé travailler. Je suis rentré chez moi. J'ai expliqué à ma femme que j'étais malade, et j'ai filé aux gogues vider le sperme qui me gargouillait dans le ventre. J'étais déjà pas des plus inspirés au lit avant ; là j'avais définitivement perdu l'envie de me forcer à bouffer de la moule, et chaque fois que je grimpais ma nana avec effort, j'entendais la voix gouailleuse répéter dans mes oreilles : «P't'être bien qu'il jouit du cul aussi...»

Un mouvement de mon vis-à vis dans le sommeil me ramena à l'instant présent. L'arrondi de sa braguette me tomba sous les yeux. Les lumières des feux au dehors zébraient son corps, soulignant la forme d'un muscle, jetant une barre claire clignotante à l'entrejambe. On n'entendait plus que le bruit des roues et sa respiration sur laquelle je rythmai la mienne.

«La trépidation incessante des trains Nous glisse des frissons dans la moelle des reins»

écrivait Alphonse Allais. En fait de trépidation, on ne roulait pas à plus de dix à l'heure. Mais les secousses des départs avortés et des arrêts imprévus me communiquaient tout de même cette excitation agaçante, responsable d'une semi-érection permanente, impossible à éliminer.

Échauffée par l'évocation du souvenir autant que par le spectacle du ronfleur, ma queue tendue, coincée dans un pli de mon pantalon, commençait à me faire mal. Certain qu'il n'y aurait pas de contrôle, je me suis déboutonné et j'ai commencé à me branler dans l'inconscience la plus totale. Tous à coup, dans la lumière d'un brasero, il me sembla distinguer sur le visage de mon vis-à-vis, un sourire en coin. J'eus du mal à ranger ma queue dans mon fute et le bruit que je fis le réveilla. Il regarda sa montre, excédé par le retard. Un petit bout de ma chemise sortait de ma braguette à boutons que je n'avais pas réussi à fermer complètement. Son regard se fixa sur la bosse qui déformait mon pantalon. Il dégrafa sa ceinture en disant :

— T'as raison. C'est sans doute le meilleur moyen de passer le temps !

Un éclair de peur et de plaisir fusa dans mon ventre quand j'aperçus le bout rose de son gland qui soulevait l'élastique du slip. Sans lui laisser le temps de m'échapper, je plongeai entre ses genoux. Il se marrait de mon empressement, sans m'encourager ni me repousser. Mes coups de langue lui arrachaient des soubresauts nerveux.

— On t'appelle comment dans l'intimité ? Saute-au-paf ? Il faut pas t'en promettre, dis-donc... Ouais, là, salive la tête du nœud. Elle te plaît, hein ? Oh chéri, t'as vraiment une bouche à pipes...

Ça m'excitait qu'il cause. J'avais seulement peur qu'on l'entende dans le compartiment voisin, mais ça ronflait ferme à côté d'après ce que je pouvais en deviner entre ses halètements de plaisir.

— Oui, bouffe-moi bien les couilles. Roule-les dans ta bouche.

Le pantalon descendait lentement, découvrant de grosses cuisses velues. Il se branlait dans ma bouche. J'avais peur qu'il vienne. Je tentai le coup :

— Je voudrais te lécher le cul.

— Oh là, c'est des trucs de pédé, ça ! Je veux bien t'utiliser comme une meuf, mais pas plus, sinon, ciao, mec !

Aussitôt dit, aussitôt fait. J'ai descendu mon futal, je me suis retourné, mains appuyées sur la banquette ; je me suis lubrifié moi-même avec ma salive, des fois qu'il oublie. En rigolant toujours, il a pointé mon cul et mis du temps à trouver l'entrée. Au moment où il allait me forcer, un coup de frein du machiniste l'a projeté en moi. J'ai gueulé, il m'a pris les hanches et tiré à lui ; déséquilibré je me suis cogné à un accoudoir mal relevé. Sans s'en préoccuper, il pesait de tout son poids sur mon dos pour se caler à fond. Avant même qu'il pompe, je sentais sa queue remuer en moi. Puis la chevauchée a commencé. Il m'a baisé longuement, paresseusement, à petits coups de bassin, me glissant dans l'oreille :

— Tu l'aimes ma gaule? Hein, c'est mieux que dans la gueule. Putain, t'es bonne, t'es large comme une bouche d'égout, on en mettrait trois comme moi à l'aise là-dedans. T'aimes ça, te faire fourrer, salope... Écarte-toi le cul, je veux voir ma pine rentrer.

Il s'amusait à la ressortir, à regarder mon trou lui faire de l’œil, avant de me la replonger jusqu'à la racine. Il m'agaçait le rosette limant juste de la pointe du gland, avant d'en remettre une salve par surprise. À ce jeu-là, il n'a pas tenu longtemps et a ouvert les vannes en couinant comme un porc. Des rires confus montèrent du compartiment voisin. C'est à ce moment-là que je remarquai que le jour s'était levé. Il avait pris soin de me tringler devant la fenêtre en me retournant dans toutes les poses possibles comme pour présenter le meilleur angle à l'objectif d'une caméra. Lui, au contraire, faisait bien attention à rester debout, la tête au-dessus de la bordure supérieure du vitrage. J'ai réalisé qu'il m'exhibait, cet abruti, faisant profiter de la sodomie les ouvriers regroupés le long de la voie. On nous voyait de l'extérieur : d'ailleurs certains des travailleurs faisaient des gestes obscènes dans notre direction, et c'était les gesticulations des mecs au dehors qui faisaient marrer les troufions d'à côté.

— Tu veux me faire jouir une deuxième fois, bouche à pipes ? Alors nettoie-moi le chibre avec ta langue. Non, pas comme ça, dans l'autre sens, et colle ton cul contre la vitre. Ouvre-le en grand pour montrer mon jus qui dégouline de ta bouche de derrière. C'est bien ; tête-moi le bout du nœud. Plaque ta queue contre le carreau pour leur faire voir comment tu bandes de t'être fait ramoner à sec.

Accroché à ses larges cuisses, le regard et la langue fixés sur le réseau veineux qui courait le long de sa queue plus très dure, j'ai fait comme il demandait. Mais le train a ralenti encore ; dans mon dos quelques spectateurs enhardis par notre passage à petite vitesse se sont rapprochés, suivant le compartiment au trot. Il a pris peur, en dix secondes il était rhabillé, et balbutiant «On se connaît pas !», il a rouvert le verrou et s'est tiré sans demander son reste. J'ai refermé derrière lui avant que les militaires s'en mêlent.

Dehors, derrière la vitre, un mec bedonnant, la cinquantaine, moustache touffue, casque de chantier sur la tête et un jeune arabe en gilet de sécurité orange accompagnaient le wagon. Tournant le dos à leurs collègues déjà loin, ils avaient tous les deux sorti leur bite de leur bleu et ils se branlaient comme au ciné porno. Je me suis retourné et j'ai léché sur la vitre froide les traces gluantes que mon cul avaient laissé. Le pouce au chaud dans mon trou élargi, je me suis astiqué devant eux jusqu'à ce que mes jets de sperme s'écrasent sur le carreau. Longtemps je les ai regardé faire semblant de pisser et de s'égoutter la queue pendant que le train reprenait de la vitesse, deux taches qui s'amenuisaient avec la distance, entre les rigoles de mon foutre qui cristallisait sur le double vitrage.

Quand on est arrivés à Orléans, avec trois heures de retard, j'ai pris le train en sens inverse et je suis rentré à Paris.