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365 nuits d'adieux (42): Lyon-Paris

Lyon-Part-Dieu, gare entre les tours : je me gèle sur le quai, visage dans le vent, matant dans la direction du petit gars que je ne lâche plus depuis le guichet, rivé que je suis à sa braguette saillante, à la diagonale que dessine sa queue contre sa cuisse, et qui ne s'arrête qu'en-dessous de la poche... Très brun, cheveux en arrière collés au Pento, petit, râblé, une boule de muscles ; sous les deux gros sacs qui pèsent sur son dos, un énorme cul ferme balance sur la musique de ses souliers ferrés.

Le train entre en gare. Chance ! dans le wagon, je l'aperçois en biais dans le reflet d'une vitre, et la bosse de son jean décoloré grossit quand il croise les jambes. Vers le milieu du voyage, il va aux chiottes. La queue à angle droit sous mon pantalon de costume, je le croise dans la travée centrale. Il me semble qu'il jette un œil... Je n'en peux plus, je rentre dans les toilettes qu'il vient de quitter. Sur le rebord de la cuvette, il reste une trace gluante de purée blanchâtre. Je libère ma bite avant de me jouir dessus et en deux aller-retour, je crache. Je ressors, un peu rouge. Lorsque je passe à sa hauteur, il m'interroge le pantalon. Une heure plus tard, je le perds dans les couloirs du métro.

Le lendemain, dimanche, je me réveille avec une trique phénoménale et l'envie impérieuse de partir en chasse. Je mets mon jean déchiré et mon blouson de marlou. Station République, arrêt-pipi et voyeurisme. Cul moulé dans un jean neuf rehaussé de tissu zébré aux poches et à la braguette (comme si le relief n'attirait pas suffisamment le regard), c'est mon petit macho d'hier, sans ses sacs de voyage. Le même exactement, un tour de cochon du destin. Il me regarde à peine, je lui file le train ; la dame des toilettes me fusille d'un œil meurtrier quand je remets deux francs dans sa sébile ; les autres mecs aussi qui se tripotent depuis trois quarts d'heure doivent trouver que j'abuse quand je m'installe à côté de lui, les yeux fixés sur la bande tigrée. Il se déboutonne, enfourne la main droite et ressort difficilement tout le paquet, avec les burnes. C'est comme un serpent qui se déroule, ça n'en finit pas de s'allonger. Je reste bouche-bée devant le truc, il me regarde, fais un signe du genre "Qu'est-ce t'as ?" Je dis :

— Tu viens chez moi ?

Les autres n'en croient pas leurs oreilles. Deux mecs se barrent. Il pisse, sans répondre, s'égoutte, se tapote le paquet, l'air satisfait, remet tout en place, tourne les talons, dit :

— Bon, alors, tu te magnes, oui ou merde ?

Et comment ! Il ne veut pas venir chez moi, il lui faut du public. Il propose le ciné porno. On entre, il file tout de suite à l'étage, vers le baisodrome, crache son chewing-gum. J'essaye de l'embrasser. Il dit que tout ce qui l'intéresse c'est me baiser, et ajoute :

— Hein, depuis hier que t'es en manque ? Je parie que tu t'es branlé dans le train avec ce que je t'avais laissé. T'as goûté au moins ?

Quand il se déculotte, quelques mecs rappliquent qui n'en croient pas leurs yeux. Le piston de Rick Donovan sur l'écran ne les intéresse plus ; c'est le même, en vrai. Il repousse les mains baladeuses en disant :

— On regarde seulement...

Un mec déboutonne mon jean qui me tombe sur les chaussures. Comme je reste cul nu, les bras ballants, il ordonne à un des gars : "Prépare-le ! Lèche !" Des doigts salivés s'activent contre mon trou, je m'appuie au mur des deux mains. J'éloigne celui qui tente de m'attraper la queue, une bouche à moustache se pose dans ma raie et me pique les plis de la rosette. Il dit "Assez !" et en désigne un autre pour continuer. Celui-là me crache au cul et se sert de ses pouces pour m'élargir. Je veux me retourner mais sa large main me saisit la nuque et m'en empêche :

— Reste comme ça. Toi t'es pas là pour voir. Mais je te promets que tu vas sentir !

Les mecs font cercle autour de nous. Deux se branlent près de mes lèvres. Le bout cogne, je respire, je me détends. La douleur est immédiatement intenable, je crie qu'il arrête, mais, les genoux fléchis, il pousse par dessous et je glisse le long de la colonne. Quelqu'un me fait sniffer du poppers. La tête me tourne, je perds l'équilibre ; je m'ouvre. Le seul repère est cet axe sur lequel je m'enfile comme un poulet sur la broche. Il me semble que l'introduction se prolonge ; j'en pleure. Des mains m'écartent les fesses (j'entends "Mon Dieu !"), me passent sous les couilles pour tâter le piston qui m'emmanche. Dès qu'il est à son aise, à demeure, il me traîne vers le centre de la pièce, et, me tenant les poignets dans le dos, entame la cavalcade.

Je crie à chaque poussée. Des giclées de sperme s'écrasent à mes pieds et contre mes joues. Les commentaires reprennent : "Mets-la jusqu'à la garde, ramone à fond, pas de pitié !" Il me semble qu'il y a des heures qu'il est en moi, qu'ils sont plusieurs dans mon cul. Quand il se retire enfin, j'ai l'impression que mes organes sont aspirés vers l'extérieur et je jouis dans la douleur.

Les voyeurs se rhabillent. Un attardé s'accroche désespérément à son énorme béquille. Il le laisse le nettoyer, puis le repousse, me dit: "Salut !", s'en va. Je n'ai pas pu le suivre dans la rue. J'avais trop mal au cul pour marcher vite.