Une histoire à découvrir
Besoin de tutorat (01)
Son père éleva le ton :
— C'est ça, tu fous en l'air ta futur carrière ! Mais à quoi tu penses Loïc ? Les recruteurs te font déjà de l'œil et toi, tu te fais recaler en maths, en français et en histoire... Parfois, je me dis que nos parents à nous l'avaient l'affaire dans le temps : ils nous bottaient le cul, voilà !
Loïc, désemparé, demeurait coi, face à son père, ne sachant quoi répondre.
— Tu vois cette lettre ? ragea le père devant son fils. Eh bien... Réponds ! C'est une lettre de ton directeur. Si tu ne passes pas les examens de rattrapage dans deux semaines, et, faire monter ta moyenne générale de 10 points pour le prochain semestre, ils te foutent hors du programme sport-étude. As-tu idée de ce que cela signifie ? Tu veux finir ta vie comme moi, éboueur ?
Loïc était frustré que son père lui ressorte cette éternelle rengaine. Il s'échauffa lui aussi et répondit à son paternel :
— P'pa, je ne suis pas comme toi ! Je n'ai jamais eu honte du travail que tu faisais... sans compter que je n'ai jamais manqué de rien avec un père éboueur comme tu dis !
Cette réplique de Loïc le désarçona et plus calme, il poursuivit :
— Voyons fiston... ce n'est pas une question de fierté, de honte, ou quoi que ce soit du genre. Ne crois-tu pas qu'en tant que parent, un père peut avoir des aspirations pour son fils – doué en plus! – pour qu'il fasse un métier qu'il aime plus tard et qu'il ne soit pas obligé de passer ses journées dans les déchets. Je l'ai toujours dit : La merde et les ordures des uns, c'est l'or des autres. J'espère tout simplement que ton or soit plus brillant que le mien.
Loïc se rendait au bureau de la direction. Il avait préparé une note qu'il voulait faire afficher au tableau des étudiants, mais pour ce faire, il devait toutefois la faire autoriser par la secrétaire. Quand Mlle Roy le vit franchir la porte, elle se précipita vers son comptoir, et comme à son accoutumée, commença à flirter avec l'adolescent sportif. C'était bien connu, elle faisait tout pour aguicher les étudiants en sport-étude !
— Bonjour Loïc ! Comment ça va ce matin ? Bien dormi ? lança-t-elle, presque langoureusement.
— Bonjour, fit Loïc en affichant un sourire à dix milles dollars – il fallait bien jouer de ses atouts pour conserver les avantages reliés à sa position. J'ai cette note que j'aimerais ajouter au tableau étudiant. Pourriez-vous me l'autoriser ? ajouta-t-il en lui roulant ses yeux enjôleurs.
Mlle Roy lut rapidement la note et mit le sceau de la direction autorisant l'affichage.
— Voilà Loïc... Dommage que je ne sois pas bonne en maths, j'aurais pu t'aider... fit-elle.
— Je ne crois pas que j'aurais pu penser aux maths avec vous à mes côtés, mentit-il à l'intention de la secrétaire dont les joues rougissaient à l'idée. Merci beaucoup, Mlle Roy. Je vais aller ajouter cette note immédiatement.
Et Loïc tourna les talons, trop content de quitter cet endroit. Il détestait le bureau de direction ! Le directeur, M. Deblois, était un homme court, chauve et bedonnant qui l'intimidait énormément. Et Mlle Roy, sa secrétaire, une bimbo de 35 ans qui se croyait toujours adolescente. Mais bon ! Il se rendit vers le tableau des étudiants et prit une punaise libre pour placer sa note, bien au centre, en évidence.
Il regarda la note avec espoir... Faut que ça marche ! se dit-il avant d'aller à ses cours.
Sur l'heure du midi, Loïc alluma son téléphone pour voir s'il avait reçu des courriels ayant rapport à sa note. Rien du tout. Il ne paniquait pas, quoiqu'il eut espéré déjà avoir des messages. Il fallait néanmoins laisser le temps aux autres étudiants de consulter le tableau.
Après les cours de la journée, pratique de hockey. Il se donna à fond, comme à son habitude. Le sport lui faisait oublier tous ses petits tracas et lui donnait un exutoire qui lui permettait de performer. À la fin de la pratique, quand son coach le félicita, il n'eut comme réflèxe de se maudire lui-même de ne pas être aussi performant dans ses matières académiques que dans son sport.
Il fila sous la douche avec ses coéquipiers, relaxant sous les jets d'eau chaude, tout en espérant qu'il aurait des messages à la sortie de l'école. Contrairement à son habitude, au lieu de rester dans les vestiaires à chahuter avec les autres gars de l'équipe, Loïc les salua et sortit de l'école. S'il n'avait pas de messages, il passerait au moins cette première soirée à réviser ses livres de maths. Il n'avait pas droit à l'erreur.
Tout en marchant, sur le chemin du retour, Loïc vit une dizaine de messages dans sa boîte de courriel : trois pourriels, cinq autres qui ne demandaient que la rémunération offerte, un autre d'une élève qui précisait qu'elle pourrait l'aider en français et en histoire, mais pas en maths, et un autre qui attira son attention :
Salut ! Je pourrais sûrement t'aider dans ces trois matières. Ton horaire me convient totalement. Côté rémunération, je demande 7$/l'heure. Habituellement, c'est 10$ avec les autres étudiants mais dans ce cas-ci, comme on parle de pratiquement 50 heures d'ici tes examens, je peux faire exception. Comme on est mardi aujourd'hui, si tu veux commencer dès ce soir, alors avise-moi avant 18 heures. Simon.
Loïc était tout à coup rassuré. 350$... c'était une grosse somme ! Mais son père lui avait déjà parlé d'environ 200$ qu'il lui remettrait à cet effet ; et avec un peu de ses économies, il pourrait combler la différence. Il n'était pas certain, mais il croit connaître le Simon en question. Si c'est bien le garçon qu'il pensait, ce petit geek à lunettes était dans le même cours de maths que lui l'an dernier... et c'est vraiment un génie !
Il s'empressa de répondre immédiatement à Simon pour lui confirmer qu'il serait prêt dès ce soir à débuter le tutorat. 19 heures... Chez moi ou chez toi ? Dois-je te payer tout d'un coup ou à chaque fois ? Loïc accéléra le pas une fois son message terminé. Il avait hâte de rentrer pour annoncer la bonne nouvelle à son père.
Quelques dix minutes avant l'heure, on sonna à la porte chez les Marsan. Claude, le père de Loïc, s'empressa d'aller ouvrir pour rencontrer ce jeune homme qui allait sauver la carrière de son fils. Les présentations faites, Claude invita Simon à suivre Loïc jusque dans sa chambre. Ce dernier n'avait pas été ouvrir la porte car il tentait par tous les moyens de faire un peu de ménage dans sa soue à cochon, comme son père le lui réprimandait sans arrêt.
Partout, des livres qui traînaient, des vêtements sales en piles, et des propres aussi, jonchant le plancher à côté des vêtements sales, une vraie chambre de gars quoi ! Loïc avait réussi tant bien que mal à libérer un passage jusqu'à sa table de travail et le dessus de celle-ci était libre, et il y avait tout juste assez de place pour installer les deux chaises. Loïc rougit et baissa les yeux lorsque Simon se présenta à sa porte, conscient de l'état des lieux.
— S'cuse moi, dit Loïc en s'adressant à Simon. C'était plutôt dernière minute et je n'ai pas eu le temps de tout mettre en ordre.
— On dit excuse-moi, répondit Simon, un sourire coquin aux lèvres. Aussi bien commencer immédiatement avec le bon français si l'on désire des résultats probants pour ton tutorat, non ?
Loïc s'esclaffa et fit signe à Simon de venir prendre place à ses côtés. Simon mit immédiatement Loïc au travail. Il progressait bien, selon les dires de Simon. Même Loïc se surprenait lui-même. Il est vrai que Simon était particulièrement doué pour présenter la matière de deux, trois, voire quatre façons différentes afin que Loïc comprenne bien. Simon était vraiment doué pour l'enseignement – plus que bien des professeurs !
D'ailleurs, Loïc ne s'était pas trompé sur l'identité de ce Simon. En effet, l'année précédente, les deux adolescents suivaient le même cours de mathématiques. Simon, un grand gringallet qui faisait plus de 1m90, avait tout du geek : grand, mince à en faire presque peur, de cheveux coupés comme à l'armée, rien d'à la mode dans sa tenue vestimentaire et de grosses lunettes noires en corne achevaient l'image de ce garçon tranquille, à la limite renfermé, mais qui connaissait sa matière sur le bout des doigts. D'ailleurs, depuis deux ans, il était récipiendaire du prix d'excellence toutes catégories de l'école que lui et Loïc fréquentait.
Au bout d'une heure, Simon décréta une pause obligatoire de 15 minutes. Loïc, heureux de ses progrès voulait plutôt continuer.
— Non, c'est la pause, déclara Simon, presque autoritairement. Le cerveau, c'est comme tes muscles... On les réchauffe, ensuite on les entraîne, et après suit une période de repos... Sinon, la prochaine fois, tes muscles ne suivent pas ou n'auront pas eu le temps de récupérer et progresser... Je commence à avoir soif.
Loïc obéit à son nouveau tuteur. Son explication avait du sens et son analogie avec les muscles et le sport dans son cas tenait la route. Il se leva et partit à la cuisine après avoir demandé à Simon ce qu'il voulait boire. « Un jus de fruit serait l'idéal. Ses glucides donneront une bonne dose d'énergie à notre cerveau pour la suite... » fut la réponse de ce dernier.
Pendant ce temps, Simon regardait autour de lui, dans la chambre. Un vrai bordel ! Difficile de dire ce qu'il y avait de propre ou de sale dans toutes ces piles de vêtements par terre. Il remarqua cependant, sur l'une d'entre elle, un jock-strap. Il entendait Loïc qui, dans la cuisine, préparait les rafraîchissements. Rapide comme l'éclair, il s'empara du suspensoir et le porta à ses narines. Ce dernier était loin d'être propre... sans toutefois être malodorant pour autant. Se le plaquant contre le visage, Simon huma cette fragrance masculine à pleins poumons et ne put réprimer une érection qui se développait dans son pantalon.
Il ne voulait plus se séparer de cette pièce d'équipement de hockey de Loïc mais à regret, il dut la lancer sur le tas lorsqu'il entendit les pas de ce dernier revenir dans le couloir. Il eut à peine le temps de replacer son membre bandé et tenter de cacher cet état de chose que Loïc pénétrait à nouveau dans la chambre. Simon se maudit intérieurement d'avoir violé l'intimité de son élève et se promit bien de ne pas récidiver.
Loïc, après sa pause, procéda du côté des maths pour l'heure restante au tutorat. À nouveau, les explications précises de Simon l'aidèrent à comprendre les problèmes rencontrés et c'est un étudiant tout à fait changé que Simon avait devant lui à la fin de la période d'étude. Loïc était enjoué malgré le sérieux de la situation, sa nervosité d'autrefois semblait disparue. Loïc était d'ailleurs très fier de lui-même et son enthousiasme suprit Simon quand, après lui avoir remis ses honoraires de tutorat, le pris à bras le corps :
— Je ne te remercierai jamais assez, Simon. Merci ! J'ai presque hâte à jeudi, ajouta-t-il avant de lancer la phrase qui tue : Ouf ! Mais c'est que tu sens le vestiaires de hockey ! dit-il en riant aux éclats.
Simon se souvint de s'être enfoui le visage dans le jock-strap de Loïc et ne put qu'être gêné que l'odeur fut perceptible au moment de l'accolade soudaine de son ami. Il allait bégayer de plates excuses quand Loïc reprit la parole :
— J'avoue, ma chambre est sens dessus-dessous. L'odeur de mon équipement de hockey a impreigné tes vêtements. J'en suis désolé. Tu verras jeudi, la chambre sera propre comme un sou neuf !
Rassuré par la déduction de Loïc, Simon sourit timidement et s'excusa auprès de ce dernier avant de rentrer chez lui. Loïc retrouva son père pour lui raconter les exploits réussis pendant cette toute première rencontre avec Simon. Fils et paternel étaient ravis et la bonne humeur et le calme reprit peu à peu possession de la maisonnée.