Une histoire à découvrir
Black nights (2)
Il n'y avait personne sur la placette. J'ai traversé l'ombre des platanes et continué jusqu'au pont noyé de lune. Là il ne pourra pas manquer de me voir avant même que je rentre dans la lumière de son phare, il viendra à moi, je monterai derrière lui. L'envie de partir nu sur la route loin de mes vêtements me reprenait. Certainement Jyss voudra se dénuder aussi et nous irons rouler dans les chemins, faunes modernes, enlacés, hurlants de joie.
Je n'étais pas inquiet, je savais que Jyss viendrait. Jamais aucun de nous n'avait manqué à une parole. J'étais sûr qu'il allait venir et cette attente renforçait mon désir. Chaque minute supplémentaire de nudité était un plaisir renouvelé. Mon cœur battait fort, le risque de me faire surprendre n'était pas nul même s'il était infime et ce qui m'excitait le plus était de savoir mes vêtements inaccessibles à plus de cent mètres. Parfois un début de panique me prenait à cause d'un bruit imprévu, j'avais alors envie de courir les rechercher, de les avoir prés de moi pour me rassurer. Je me forçais à résister, à calmer l'angoisse qui montait et pour en combattre les effets, je me forçai à m'allonger à plat dos sur le large parapet du pont. La pierre était tiède et moussue sous mes fesses. Je tirais mes bras loin au-dessus de ma tête pour offrir mon buste à la lune, je fis pendre mes jambes de chaque côté du parapet pour dédier aux étoiles ma verge dressée et mes bourses remontées, je fermai les yeux pour ne plus voir le monde autour et domptai ma volonté pour rester ainsi, immobile, dans la pose d'un sacrifié humain chez les Aztèques, jusqu'à l'arrivée de mon amour.
J'entendis au loin des pas sur les graviers, la panique me prit, ma belle résolution s'envola, je roulai sur la chaussée et, accroupi contre le parapet, essayai de percer la nuit. Jyss arrivait à pied, son scooter n'avait sans doute pas voulu démarrer. Il m'avait vu allongé sur le pont et la nuit était assez claire pour qu'il comprenne que j'étais nu. Il m'avait vu sursauter et tenter de me cacher puis, quand j'eus reconnu sa silhouette, me diriger vers lui. Nous nous retrouvâmes au centre du triangle d'herbe et il me saisi dans ses bras, me plaqua contre lui. Il riait et me couvrait de baisers, passait ses mains sur tout mon corps, s'attardait sur mes fesses comme pour s'assurer que j'étais bien entièrement dévêtu.
— Tu es fou... Tu es complètement fou... Tu es mon fou adoré...
Et il redoubla ses caresses, plongea sa bouche dans mon cou, me lécha autant qu'il m'embrassa, me prit les fesses dans ses deux mains pour mieux me coller à lui, visiblement excité par mon état de nudité dans ce lieu. Cette fougue qui confinait à la fébrilité valait bien les risques que j'avais pris. Le sentir aussi brûlant de désir me récompensait et faisait monter mon propre désir, ma propre fougue.
— Baise-moi… Ici… Sur un banc !
J'avais dit « baise-moi » comme un ordre, une supplique. Jamais, ni lui ni moi, n’employions ce mot cru dans nos enlacements. Il venait naturellement un temps après de longues étreintes où je me retournais et lui offrais ma rosette ou bien je lui soufflais à l'oreille un « j'ai envie de te prendre… » tendre et implorant qu'il ne refusait jamais. Ce soir là, j'ai dit ce « baise-moi » impératif qui correspondait à l'urgence de mon désir. « Enfile-moi » ou « Fais-moi l'amour », locutions trop douces, n'auraient pas reflété ce que je voulais qu'il me fasse. Ce soir, excité comme jamais par ma nudité, je voulais être baisé.
J'avais dit aussi « sur un banc » car je ne voulais plus aller dans l'ombre complice entre les contreforts de l'abside, ces sortes d’alcôves sombres où bien des pucelages depuis des générations, avaient été perdus pendant les foires ; je ne voulais pas de la mesquinerie d'une cachette, je voulais être pris dans la lumière de la lune qui augmentait le danger. J'étais d'un seul coup si chaud, si bouleversé de désir, qu'une crampe me barrait le ventre et que mes jambes se dérobaient sous moi. Jyss, me portant presque, éteignant mon souffle oppressé sous ses lèvres, me fit reculer jusqu'à un platane. Il colla mon dos à l'écorce douce de l'arbre, plaqua ses mains à mes fesses et me souleva. Oui, comme çà ! Oh oui, ça allait être bon ! Je me pliai à ses exigences, l'aidai en m'accrochant à ses épaules, en nouant mes jambes à ses hanches. Sa verge, tout juste sortie de son short trouva naturellement le chemin de mon anus lubrifié largement offert. Elle s'y encastra plus sûrement qu'un tenon dans une mortaise. Jyss n'eut pas besoin de pousser de ses reins, il tint simplement mes fesses ouvertes et je me laissai glisser sur son sexe.
Ce fut la plus belle de toutes nos pénétrations, la plus exquise, la plus complète. Il n'y eut pas les habituelles pauses pour que je m'habitue, non rien qu'un long coulissement irrémédiable sur son manche jusqu'au plus profond de mon ventre. J'en suis resté ébahi, palpitant sous la douleur, au bord de la jouissance, la verge parcourue de spasmes. Maintenant il pouvait me piner avec toute la force dont il était capable, avec toute la violence qu'il retenait habituellement, je savais que j'allai pouvoir l'accepter, je savais que j'allai en prendre un plaisir encore jamais atteint. Ce fut fort, très fort, inouï. Jyss me baisait lentement, profondément, la position contre l'arbre ne lui permettait pas vraiment de déployer toute sa fougue, parfois sa queue s'échappait de mon cul, glissait sur mon coccyx puis, guidé par l'entonnoir de mes fesses, se replantait inexorablement en m'arrachant une plainte. Nous avons prolongé cette pose acrobatique aussi longtemps que nos muscles le permirent puis quand il m'eut reposé à terre, je l’entraînai vers le banc le plus proche.
Je l'enfourchai et déposai ma verge, mon ventre, ma poitrine et ma joue sur la pierre froide. J'enserrai entre mes cuisses les bords émoussés pour faire corps avec l'assise et, les reins creusés, les fesses ouvertes, j'attendis Jyss. Il ne mit que quelques secondes à se dévêtir et à venir se coucher, nu à son tour, sur moi et m'écraser de son poids, pourtant je trouvai cette attente intolérable. Il fit glisser son gland sur toute la longueur de ma raie, frotta mon périnée, remonta jusqu'à ce que sa pine s'échappe vers son ventre et recommença. À chaque passage j'espérai qu'il s'enfonce, qu'il me plante de son sexe de pierre, je me crispai dans cette attente et ne pus retenir un sanglot, une brève plainte nasale de frustration. Enfin il me pénétra, doucement, profondément, inéluctablement. J'ai le souvenir, mais les souvenirs sont parfois trompeurs, de n'avoir jamais été aussi bien offert, de n'avoir jamais eu les fesses aussi tendues à son sexe, jamais auparavant il ne m'avait pénétré aussi totalement, jamais il ne m'avait semblé ni aussi gros ni aussi long. Je jouissais de tout mon corps, étalé sur la pierre et quand il dégagea son torse, quand il vint prendre appui de ses deux mains sur mes omoplates pour me bourrer avec plus de force et rapidité, j'ai souhaité que ce moment ne s’arrête plus, qu'il me baise ainsi le reste de la nuit.
Cela ne dura pas la nuit entière bien sûr mais, je l'ai dit, il fut ce soir là d'une endurance redoutable. Était-ce dû à l’inquiétude de faire l'amour dans un lieu publique et d'y être tout nu ? Certainement. Beaucoup auraient débandé dans ces conditions. Jyss, lui, avait la verge plus dure que du bois, plus tendue qu'un pal mais n'arrivait pas à éjaculer. Il me pinait presque avec rage pour arriver à la jouissance et me fit connaître toutes les étapes d'une très longue sodomie : le moment où le plaisir monte, enfle, devient énorme, ce moment qui nous ravi et où l'on se dit que l'on a jamais connu ça, puis le moment où le plaisir devient presque insupportable, où le corps se refuse à tant de sensations et réagit dans des soubresauts incontrôlés, enfin le moment où l'on voudrait jouir pour calmer le feu qui embrase les testicules, pour décharger toute la pression accumulée. Je me suis abstenu de me faire jouir, je ne me suis pas touché la queue de crainte de me faire partir, je savais que cela terminerait nos ébats, que Jyss se finirait à la main en se branlant sur mon ventre. Je ne le voulais pas, je voulais qu'il vienne par le frottement de son gland dans mes entrailles et qu'il crache son foutre dans mon boyau.
Je me suis accordé un peu de répit en l’entraînant vers un autre banc. Sur la pierre rugueuse j'ai posé mon dos et sur ses épaules mes talons. Ils ont glissé le long de ses bras et quand il s'est dressé, menaçant et impérial entre mes cuisses ouvertes, j'étais prêt à subir ses assauts. Ils furent brutaux, presque violents, je ressentais leurs chocs jusqu'au fond de mon ventre et le relâchement de mon anus, l'antre accueillant et moelleux qu'était devenu mon cul incitait Jyss à redoubler d'ardeur, à me bourrer sans retenue. Dans ma tête je pensai « Arrête ! Arrête ! Arrête ! Je n'en peux plus !» à chacun de ses coups de reins, pourtant je bandais ma volonté et dans un souffle rauque je scandai des « Vas-y ! Vas-y ! Vas-y ! Plus fort !» en écho à chaque claque mate de son ventre sur mes fesses pour l’exhorter à aller plus vite encore.
Sur le troisième banc, il s'allongea de tout son long et je l'enfourchai comme un cavalier sa monture. Je me fis une selle de sa verge dressée. Je ne ménageai ni mes cuisses grandes ouvertes ni mes mollets pour aller à toutes les allures. Au trot langoureux je fis succéder le galop sauvage puis vins à l'amble pour reprendre souffle. Ma queue s'était assouplie par trop d'attente, elle sautait de mon ventre au sien en suivant mes mouvements. Son jeu amusait Jyss qui la regardait tourner et tressauter ainsi que mes couilles qui s'écrasaient sur son pubis. Je me suis penché en arrière pour prendre appui de mes mains à ses genoux, me suis presque renversé. Dans cette position, j'ai ressenti un plaisir inouï et inconnu. Il y avait un point, au creux de mon ventre, qui me bouleversait quand son gland passait dessus. J'ai perdu toute retenue, j'ai massé ce point sensible avec une vigueur désordonnée, je me suis déchaîné sans la moindre retenue. Je crois que j'ai crié, au moins ai-je râlé, je ne me contrôlai plus, je m'empalai comme un damné.
Et puis ma verge a coulé, des gouttes légères jetées dans toutes les directions en suivant les mouvements tournoyants de ma queue. J'ai aspergé Jyss, mon ventre et le sol alentour pourtant je ne pouvais m'arrêter de me branler sur son sexe, de faire aller et venir sa bite dans mon cul. Je n'avais pas ressenti l'explosion de l'orgasme, ce moment divin où le monde s'arrête. Cela en était très proche mais sans la force explosive et définitive de l'orgasme. Je sentais qu'il allait venir et je me démenais pour qu'il me submerge. Ce sont mes jambes qui m'ont trahi, tétanisées par un trop long effort. Je me suis abattu sur Jyss, mon front brûlant posé sur sa poitrine, hors d’haleine mais le cul relevé comme celui d'un jockey. Jyss a joué des reins et des jambes, il a fait claquer ses cuisses à mes fesses et bousculé mes testicules. Je n'étais plus qu'une chose en attente de la délivrance, je la sentais venir, je la sentais monter. Ma queue avait retrouvé toute sa rigidité. J'ai pris la bouche de Jyss, je crois même que je l'ai mordu. L'orgasme est arrivé en tornade et m'a emporté. J'ai joui à longs traits, secoué de spasmes, j'ai couvert de sperme sa poitrine brûlante, j'ai serré son pénis dans les contractions irrépressibles de mon anus et me suis affaissé sur ce pal pour le garder encore en moi. Je ne m'appartenais plus, j'étais un bloc de jouissance, un supplicié de plaisirs, ballotté au seuil de l'inconscience par les derniers soubresauts de Jyss qui s'écoulait en de longs traits dans mes entrailles.
Nous avons peiné à reprendre pied dans le monde réel, celui fait de murs, d'arbres et de maisons, de villageois hostiles qui auraient pu surgir. Je regardai autour de nous le triangle herbu, les platanes et les croix au dessus du mur sans que cela m'évoque la réalité et le danger d'être nu et emmanché sur le corps relâché de mon amour. Sa bite avait molli dans mon anus surmené mais je voulais la garder encore en moi, laisser le temps filer, laisser nos corps brûlants se refroidir. Jyss frissonna le premier et me claqua une fesse pour que je me dégage. Non, pas déjà ! Je voulais prolonger cet état de grâce, ce moment de calme félicité. Je me suis courbé sur sa poitrine et ai récupéré de ma langue mon sperme épars ; tout ce que mes lèvres ne purent atteindre, je le ramassai de mon index replié et le portai à ma bouche. Jyss sourit et, contractant les muscles si beaux de son ventre, releva son buste, me saisit aux épaules et colla sa bouche à la mienne. Ce fut une communion totale de nos langues dans nos salives mélangés, de nos lèvres humides de foutre mais aussi de nos âmes. Plus qu'une communion, la célébration de notre amour, un acte d'union pour la vie… Enfin le croyais-je à ce moment. Comme je me suis trompé !
Enfin repus et heureux, nous nous sommes désaccouplés. J'ai regardé Jyss se rhabiller et quand il s'est étonné que je n'en fasse pas de même je lui ai expliqué où j'avais laissé mes vêtements. Il m'a serré affectueusement contre lui et a murmuré à mon oreille : « Tu es vraiment fou, plus fou que je ne le pensai ». Puis nous avons remonté enlacés la rue le long de l'église. Je me sentais comme saoul, enivré de bonheur, détaché des réalités du monde. Arrivés sur le parvis, j'allais chercher mes vêtements mais je n'avais nulle envie de les passer, j'étais trop bien ainsi. Alors je les ai tendu à Jyss.
— Tiens, cadeau ! Tu me les ramèneras demain…
— T'es dingue ! Tu vas pas rentrer comme ça chez toi ! C'est à plus d'un kilomètre…
— Oh que si !
Et j'ai fait trois pas en arrière pour m'éloigner de lui puis j'ai tourné sur moi-même dans une valse lente en écartant les bras et ai pris ma course dans la rue obscure en agitant la main pour dire « au revoir ». C'est long un kilomètre quand on est tout nu dans son village et que l'on a rien pour se rhabiller, que l'on est à la merci d'un insomniaque ou d'une voiture qui surgit dans la nuit. C'est long mais j'aurais voulu le chemin plus long encore, je l'aurais voulu plus hasardeux avec des fenêtres éclairées devant lesquelles j'aurais dû passer prudemment ou des silhouettes au loin dont j'aurais dû me cacher. Même l'angoisse et la peur en passant le portail de tomber sur un de mes parents éveillé m'ont excité et dans le noir de ma chambre, dans la sécurité de mes draps, j'ai me suis branlé en me promettant de recommencer dès le lendemain et de partir avec Jyss tous deux nus sur son scooter dans des chemins perdus. Nous nous sommes promis de le faire… Des orages de chaleur puis un temps maussade empêchèrent la réalisation de ce rêve.
C'était l'été dernier… Une éternité… Pourtant le souvenir physique de l'air partout sur mon corps et celui des pensées et des sensations que j'avais ressenti est toujours présent à mon esprit avec précision. Comment ai-je pu être aussi inconscient ? Comment ai-je pu faire une chose pareille ? Quelle force me poussait ainsi ? Il me semble que je serai incapable de le refaire et que notre idée de balade en scooter était irréalisable. Pourtant sur le moment, qu'est-ce que c'était bon ! Quel somme de plaisirs avais-je pu prendre !
Toujours perdu dans mes souvenirs, j'arrive à notre point de rendez-vous. Jyss est là, assis sur un banc, le dos tourné, le regard perdu vers le pont et la route qui disparaît dans l'ombre. Il est comme tassé, immobile, les épaules voûtées. Il n'a plus rien du fier garçon que j'ai aimé. Ce n'est pas Jyss, c'est un étranger. Il lève les yeux quand je me place devant lui. Il est plus saoul que je ne pensais et a les pupilles dilatées. Il tente de faire un sourire, ne réussit qu'un rictus. Il a pris dix ans, peut-être quinze d'un coup. Je le vois comme il va devenir, flou, pâteux, bedonnant, pilier de bistrot, homophobe, quelconque… Je vois son avenir à l'image de celui de tous les jeunes piégés dans notre village, piégés par la vie et les conventions. Tu n'y échapperas pas, Jyss ! Je te croyais fait du bois des révoltés et tu as fait le choix de la normalité.
Je sais que je ne suis pas objectif, que c'est la jalousie et la déception qui me font penser ainsi. J'ai trop cru qu'ensemble nous étions différents, j'ai trop cru que nous allions dévorer le monde et renverser les barrières. À le voir ainsi, je n'ai plus envie de lui, il n'y aura pas de baise d'adieux, elle serait trop laide, une caricature de nos si lumineux enlacements passés.
Ses yeux dans mes yeux se troublent, ils prennent l'aspect de ceux d'un chien battu quémandant le pardon.
— Je t'aime Fyss ! Je t'aime encore… J'ai été voir de l'autre côté… du côté des gens normaux… Ce n'est pas mon monde Fyss, ce n'est pas mon monde car tu n'y es pas.
Son ton est sincère, je ne crois pas qu'il feigne. Et comme un écho à mes pensées, preuve que nous nous comprenons toujours aussi bien sans avoir besoin de paroles :
— Il faut qu'on foute le camp d'ici sinon on va se faire bouffer… Il faut partir, il faut fuir sinon je vais te faire du mal…
Il se lève, rejette le blouson de nylon de ses épaules et le laisse glisser le long de ses bras sur le banc. Il tire par le col son polo. Il se met torse nu, pâle et frissonnant dans la fraîcheur printanière. Il enlève ses chaussures sans se baisser et déboucle sa ceinture. Il a tout enlevé, tout même ses chaussettes. Il est devant moi immobile et implorant et c'est bien MON Jyss dans sa beauté éclatante, c'est bien le Jyss que j'ai toujours connu, celui que j'ai toujours aimé. Il ne dit rien puis se détourne et va relever son scooter penché sur un arbre. Il s'assoit sur la selle, saisi le guidon et attend sans me regarder. Alors je me dépêche de me déshabiller. Je jette pèle-mêle mes vêtements sur les siens puis je m'avance et enfourche la bécane. Je me colle à son dos et le prends par la taille.
Nous sommes nus et réunis comme nous nous l'étions promis. Nous avons toujours tenu nos promesses et réalisé nos envies. La nuit nous attend, elle est notre complice. Jyss lance le moteur et sa pétarade traverse le village. Le pont est passé, nous fonçons dans le bois. Il fait un froid humide, ce n'est pas la chaleur de juillet dernier mais je ne le sens pas, je ne sens que la peau de Jyss, sa peau si douce et si tiède contre la mienne pareille, je ne sens que la courbe de son dos que mon ventre épouse et les muscles de son buste qui jouent sous mes bras croisés. Je pose mon menton sur son épaule. Je ferme les yeux. Je suis bien. Je l'aime.
De notre correspondant sur place
Les enquêteurs de la gendarmerie restent perplexes après la découverte des corps de deux jeunes Valonais au pied de la falaise du Landis. Ce n'est pas le premier accident que l'on déplore dans ce terrible virage qui commande la descente dans la vallée du Landis. La pose par la DDE l'année passée d'une barrière de sécurité a permis d'en limiter le nombre mais dans la nuit du 24 au 25 Mai ce sont deux jeunes motocyclistes qui ont percuté le rail et basculé dans le vide. Une enquête à été diligentée par le Parquet car les deux garçons ont été retrouvés entièrement nus. La hauteur de la chute permet de penser qu'ils ont été tués sur le coup. Leurs identités ne nous ont pas encore été communiquées cependant nous savons qu'il n'étaient pas connus des services de police et considérés comme des jeunes sans histoires par les habitants. Les premiers éléments de l'enquête font penser à une sorte de pari ou à un jeu stupide qui aurait mal tourné. En effet, leurs casques et tous leurs vêtements ont été retrouvés dans le square de l'église à Valon-sur-Pierre, soit à près de sept kilomètres du lieu de l'accident. Des interrogatoires se poursuivent auprès des jeunes du village pour déterminer s'il y a eu d'autres participants à ce que l'on pourrait appeler un rodéo naturiste. La piste du suicide n'est pas écartée mais elle n'est pas privilégiée du fait de la personnalité des deux mineurs qui ne sembleraient pas avoir eu des raisons particulières à commettre un tel acte.