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Boîte de province

J’habite une préfecture de province. Il y a beaucoup d’étudiants, mais en fait, il n’y a aucune distraction. Tout ce qu’on peut faire, c’est traîner dans les bars ou sortir en fin de semaine à la seule boîte potable, le Barracuda. Oui, sûr, chaque ville de province a son "Barracuda", probablement aussi provincial que ses congénères, avec ses concours de "Miss tee-shirt mouillé". Moi, j’ai vingt-trois ans et je travaille déjà, dans les composants électroniques pour voitures, mais j’ai gardé tous mes copains dont quelques-uns continuent des études plus poussées.

J’ai peu d’aventures, pratiquement pas, en fait. Mon "best of", c’est lors de mon dernier voyage dans la capitale, chez mon cousin qui, lui aussi, est homo. Le Marais, c’est too much, mais je n'y vivrais pas. Je ne trouve pas les mecs très sympas ni très ouverts. Je me suis aperçu à ce moment-là que je plaisais. Je suis plutôt châtain-blond avec des yeux gris-noisette, 1m85, 72kg, mince, ni muscu, ni stéroïde, dans la moyenne. Peu de copains savent que je suis homo. Mon dernier "plan" pour parler comme les Parisiens, ne s’est pas passé dans la capitale, mais au Barracuda. Je ne m’y attendais vraiment pas. C’est une boîte tout ce qu’il y a d’hétéro, limite beauf et nouveau beauf genre Cabu, avec un peu de caillera mais pas trop et une masse indéterminée d’étudiants divers.

Je n’avais pas envie de passer le samedi soir chez mes vieux; je suis sorti avec ma bande de potes. Vers minuit, on s’est retrouvés bien sûr au... Barracuda. Ambiance habituelle: mauvaise house limite disco, Kylie Minogue et Britney Spears pour faire danser les nanas, sans compter les blagues salaces du DJ de service. Tout y était, y compris le lot habituel de dragueurs en chasse et de pochtrons déjà bien entamés. J’ai commencé à m’emmerder sérieux avec ma canette de bière à la main. Je ne me sentais pas à ma place, décalé. C’était glauque de chez glauque. Pas envie de danser ou de me soûler la gueule. Pas envie de X non plus. Je faisais la tronche, that's all! Alors, j’ai maté la faune. Pas reluisante, même si quelques beaux mecs m’auraient fait craquer, mais tous du mauvais côté sexuel... C’est là que j’ai vu son regard, à ce mec. Peut-être trois ou quatre ans de plus que moi, lui aussi en groupe, agglutinés au bar. Il semblait s’emmerder autant que moi. J’ai senti tout de suite qu'il était homo, le regard, la façon d’être décalé, pas à sa place, c’était clair. Ça m’a fait quelque chose au cœur. Puis on s’est perdus de vue.

On s’est retrouvés côte à côte sur la piste. La zique était un cran juste au-dessus des standards NRJ. D’un seul coup, j’en ai eu assez de rester là, à me trémousser dans cette galère pour connards.

Et puis, à force de se mater et de se sourire, on s’est retrouvés tous les deux au bar à siroter un gin-tonic, pour parler de banalités. Impossible d’en dire plus avec le sound-system à fond les potentiomètres. Des potes à lui sont venus, sont repartis. Il était déjà près de deux heures et demie. Isabelle, une copine qui aimerait bien qu’elle et moi... nous a rejoints. J’ai présenté Aurélien comme un vieux pote de primaire, on faisant sentir qu’elle était de trop dans nos retrouvailles. Alors que ma main tenait mon verre posé sur le comptoir, Aurélien a posé sa main dessus. Tout était dit. On s’est regardés, on s’est compris. J’ai triqué tout de suite, la vraie barre à mine. Puis il m’a dit : "On va dehors, ça me les brise, ici?" J’ai dit "OK". Je savais qu’on n’allait pas passer la nuit à se raconter nos vies...

Tout s’est fait très vite, naturellement. On a traversé le parking, et puis on s'est enfoncé dans un sous-bois (le Barracuda est en plein champ, au bord de la nationale). Tout de suite, Aurélien s’est approché de moi et m’a embrassé. Jamais on ne m’avait roulé des patins aussi bien, avec autant de chaleur. Et puis nos mains, après nous être serrés, enlacés et tout le reste, sont descendues plus bas pour tâter les paquets respectifs. Aurélien bandait lui aussi, et c'était plus visible que moi, car il n'avait pas de caleçon. C’était fin avril, les nuits étaient encore fraîches, mais je m’en foutais. On s'est à moitié dépoilé au fil des investigations mutuelles. Quand on baise très peu et qu’on a les couilles pleines en permanence, et qu’un mec vous embrasse et vous caresse aussi bien, c’est le top niveau! Je me suis retrouvé avec la teub d’Aurélien dans la bouche. Un régal! Pourtant, à peu près ma taille, dans les dix-huit, sans être un monstre. Ça n’a pas duré longtemps. On s’est vite retrouvé en 69, chacun avec la bite de l’autre dans la bouche. Je répétais servilement ce que me faisais Aurélien qui savait y faire plus que moi. Trop même, car à plusieurs reprises, j’ai failli jouir. Pendant ce temps, on n'arrêtait pas de se palper des mains libres partout où l’on pouvait, j'étais déchaîné, j’étais continuellement au bord d’exploser tellement tout ça m’excitait trop.

C’est là qu’Aurélien m’a demandé :

— Tu veux que je te prenne? J’ai des capotes, tout ce qu’il faut

— J'ai jamais fait!

— T’es vierge?

— Comme Marie...

— Tu veux quand même? T’auras pas mal du tout.

J’ai craqué, j’ai dit oui, mais tout de suite, j'ai eu peur, pas d’avoir mal, mais que la capote craque, il paraît que ça arrive. Aurélien m’a demandé de m’agenouiller dans les feuilles mortes. J’étais sans jean ni slip. Il s’est placé derrière moi et a commencé à me sucer l’anneau. Pour moi, c’était aussi une première. J’ai adoré ça, ça m’a fait triquer dur comme de l’acier. Plus il me léchait fort, plus je lui chuchotais d’aller encore plus loin. Il a fini par enfoncer sa langue. Je sentais que je me donnais. La vraie meuf en chaleur! Puis il a passé une crème lubrifiante, un truc froid et mentholé. Il a enfoncé un doigt, puis deux pour dilater le trou. J’ai entendu le déchirement de l’enveloppe du préservatif. Il se la mettait sur la queue. Puis il a pointé, et il a poussé tout doucement. OK, j’ai eu mal au début, j’ai même cru qu’on allait s’arrêter là. Ça me déchirait. Mais il a été patient. Il est ressorti, a attendu en me caressant, puis il a recommencé. C’est quand le gland est passé que la douleur a disparu. Voilà, pour la première fois, je me faisais mettre. Il n’aurait pas fallu que mes potes me voient, surtout pas Isabelle...

Il ne m’a pas limé le cul longtemps. Moi, j’étais trop excité. D’une main, j’ai réussi à me branler, et je n’ai pas pu m’empêcher de jouir. Neuf sur dix sur l’échelle des orgasmes! Quand Aurélien a senti que je crachais, il a accéléré, et en deux-trois coups, il a joui lui aussi, en s’écroulant sur moi. On est restés de longues minutes comme ça, allongés dans les feuilles mortes.

En fait, on s’est quittés très vite. Il m’a laissé son numéro de téléphone sur un bout de papier. J’avais le trou du cul en feu. J’ai repris ma bagnole. Le lendemain soir, j’ai rappelé : il n’y avait pas d’Aurélien à ce numéro. Je m’étais fait avoir...