Une histoire à découvrir
Branlettes en cinémascope
Henri II! Non, celui-ci n’était pas l'amant de la belle Diane! Il fut le mien quelques trop brèves fois pendant l’été 1948. Pas d'hier! Hé non! C’est le propre des vieux gâteux de ressasser leurs exploits. J’espère seulement que ça ne vous lasse pas trop. À moi, ça fait tant de bien! Ouvrir de temps en temps mon calepin... fouiller les souvenirs... Celui-là est noté Henri II tout simplement, comme les rois, parce qu’il eut un prédécesseur du même prénom et que je ne lui connaissais pas de surnom. Car dans ma liste, l'un et l’autre sont utilisés indifféremment pour cocher mes bonnes fortunes.
Or donc, à cette époque, j’étais en partance pour l’Indochine et c’est dans un camp de la région lyonnaise que je fus envoyé pour toucher le paquetage tropical (casque verdâtre de l'Afrikakorps, chemisettes US, lunettes de soleil italiennes et caleçons courts transformés par les soins de l’Intendance en shorts (sic), ainsi qu'y subir plusieurs vaccinations.
L’effectif était hétéroclite puisque nous n’étions pas destinés à rester ensemble au-delà du voyage. Hors de rares corvées et les théories sur les maladies vénériennes, le stage fut de tout repos. J’avais remarqué dans mes bonshommes un jeune caporal-chef blond frisé aux yeux vicieux à souhait. Il ne marqua pas d’étonnement quand je fis semblant de lui arranger sa fourragère au cours d’une inspection, laissant ma main errer sur son épaule.
À Marseille, nous eûmes quarante-huit heures à tuer au sinistre camp Ste-Marthe avant d'embarquer. Nous avons, bien sûr, fait une virée sur la Canebière. Je l’imposai à mes copains et nous avons fini dans un cinoche (pas de porno à l’époque) où je me coinçai près d’Henri. Mes mains ne purent résister à l’envie d’aller au-delà de l’accoudoir caresser sa cuisse. J’étais mort de trouille que mes potes nous voient ou qu'il ne fasse un esclandre... Rien. Je pus même, par la ceinture qu’il dégrafa doucement, peloter un généreux paquet dans son slip. Je bandais comme un dingue, je le bouffais des yeux et le trouvais le plus beau de tous les mecs que j’avais jamais dragués. Il m’a plusieurs fois reluqué du coin de l'œil avec son sourire moqueur qui voulait si bien dire, à la fois, son plaisir de se donner et celui d'en donner à l’autre. Ses pupilles dans la pénombre auraient fait péter toutes les braguettes homos bien nées.
À l’entracte, c’est en toute complicité que nous avons sucé notre esquimau, nous appliquant à ouvrir la bouche au même rythme. Je ne savais comment m’installer sur mon fauteuil pour que mon érection ne se remarque pas. Enfin le film commença. Henri, d’autorité, poussa ma main hésitante qui bafouillait au bord de son pantalon. Assez fort il dit:
— Qu’est-ce qu’il fait chaud les gars! puis tout bas à mon oreille: Qu’est-ce que t’attends?
J’entamai alors le plus discrètement possible une branlette savante comme je savais déjà en faire. Henri sut s’arranger pour me cramponner le bras si bien que, par ses crispations croissantes, je suivis la montée de sa jouissance. J’en eus vite plein la main d’un foutre généreux que j’aurais aimé libérer moins discrètement.
Le soir, tard, après la rituelle bouillabaisse au café des “Deux Sœurs” sur le vieux port, nous sommes rentrés au camp. Les chambres étaient simplement pourvues de bat-flancs sur lesquels nous devions nous allonger avec nos couvertures. Le passage était tellement important et l’hygiène tellement rudimentaire, que les interstices des planches abritaient une foule immense de punaises bien nourries, énormes et voraces.
Ce fut notre excuse pour, avec Henri, aller nous allonger sur un coin d’herbe rare que j’avais repéré derrière le mess. Bien que nous n’y soyions pas seuls, on a pu s’isoler suffisamment pour reprendre nos ébats amoureux de l’après-midi. Je ne m’étais pas trompé. Il aimait les mecs et savait distiller le plaisir en même temps qu’il en prenait. L’entendre souffler sa jouissance et le voir aussitôt cracher son sperme par grandes giclées laiteuses était un vrai bonheur. Bonheur qu’il savait autant prodiguer à son partenaire... Jamais il ne finissait en égoïste. Ses baisers savaient vous faire à la fois regretter la brièveté du plaisir et espérer son prochain renouvellement.
La traversée dura quarante-et-un jours! Je me suis souvent arrangé pour le retrouver, en rencontrer d’autres... et apprendre que ses capacités étaient généralement appréciées. Henri II! Quel souvenir! Mon pote, où que tu sois, merci!
Werner, 63 ans.